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lundi 5 janvier 2015

2015


Un petit mot pour souhaiter une merveilleuse année aux lecteurs et lectrices de « Tout à l’ego » !

Pour vous accueillir dignement, le blog s’est fait une beauté (merci à Nepsie pour la jolie bannière). J’ai également ouvert une page Facebook « Tout à l’ego », je serai ravie de vous y retrouver.

En 2014, 138 billets ont vu le jour ici (versus 122 en 2013), ma ligne éditoriale change au fil du temps mais j’ai toujours autant de plaisir à écrire et à échanger avec vous.

Professionnellement, il y a eu de belles rencontres, ma collaboration avec l’Express Styles notamment. Alors qu’habituellement les pigistes sont souvent considérés comme des roues de secours, des pions interchangeables que l’on sort de leur boîte quand on en a besoin, j’ai vraiment eu pour la première fois l’impression d’appartenir à une équipe. Merci donc à Géraldine et Mathilde.

Professionnellement toujours, j’ai également réussi à me pousser à sortir de ma zone de confort, un leitmotiv qui me poursuivra encore cette année : accepter de participer à une émission de télé ou de rédiger une série de 16 portraits en moins de 3 semaines font partie de mes (petits) défis relevés cette année. J’espère qu’il y en aura d’autres en 2015.

Au niveau personnel, je travaille toujours sur le difficile équilibre entre vie virtuelle et vie réelle. Je suis toujours accro à mon portable mais essaye de définir des plages de temps où je ne le consulte pas. J’ai repris avec beaucoup de plaisir le théâtre, je me suis inscrite à la bibliothèque, je retrouve peu à peu le plaisir de feuilleter un bon livre. Je me suis aussi rendue compte aussi que ma perception des possessions  avait changé peu à peu (j’en reparlerai ultérieurement) : cette année, j’ai vendu beaucoup de choses, en ai donné aussi. Moins d’avoir, plus d’être, j’espère continuer sur cette lancée en 2015.

En 2014, je n’ai pas écrit de texte de fiction et j’avoue que cela me manque un peu. Je réfléchis donc à de nouveaux jeux d’écriture pour 2015 sur le blog, j’espère que vous serez partants.

D’ici là, très belle année à tous et toutes et merci de votre fidélité !

mardi 11 novembre 2014

L'heure du bilan


Mon blog a fêté ses 3 ans en septembre dernier.

Je n’en ai pas parlé parce que je n’aime pas particulièrement les anniversaires.

Et puis j’ai une très mauvaise mémoire des dates (je suis d’ailleurs obligée d’aller voir dans les archives dès que l’on me demande depuis quand mon blog existe).

Pour autant, j’avais envie de dresser un bilan car le blog, tel qu’il existe aujourd’hui, ne me convient plus.

Mon blog en quelques chiffres c’est 451 articles, près de 900 000 visites et des lecteurs qui proviennent de Google en majorité.



Le top 10 des requêtes me laisse d’ailleurs assez dubitative et relativise énormément la portée de ce que j’écris ici : beaucoup de ceux qui arrivent là par hasard veulent juste entendre parler du régime de Chimène Badi. Ou pire, sont persuadés de l’existence du « nez juif ».

Au départ, ce blog avait pour vocation de parler pêle-mêle de mes aventures en tant qu’auto-entrepreneure, de ma vie de famille mais aussi de féminisme (d’où le nom de « Tout à l’égo, ma vie en vrac sans tri sélectif »). Au fil du temps et sans vraiment m’en rendre compte, j’ai abandonné les 2 premières thématiques au profit essentiellement de la dernière. En tant que blogueuse non anonyme, j’ai en effet rapidement réalisé à quel point il était difficile de parler de ma vie personnelle sans impliquer indirectement mes proches. Les rares fois où je l’ai fait, notamment en évoquant ma grand-mère, je me suis pris une telle volée de bois vert que je tourne désormais 7 fois mes mains sur le clavier avant de me lancer.

La conséquence indirecte, c’est la vision parcellaire de moi-même qu’offre ce blog. En relisant parfois plusieurs billets d’affilée, j’avoue ne pas me reconnaître dans cette femme qui semble avoir fait de l’indignation son fond de commerce. 

Je ne parle pas ici de mes doutes, des mes coups de cœur, de mes questionnements de mère, de femme et d’épouse ou de ce qui fait battre mon cœur. Je me rends compte que la colère est un puissant facilitateur d’écriture pour moi : j’ai bien pris la bonne résolution de ne plus écrire à chaud, pour autant les billets positifs, drôles ou anecdotiques ne constituent qu’une infime partie de ce que j’ai écrit ici. J’ai parfois l’impression d’avoir crée une sorte de Frankenstein bloguesque qui ne me ressemble plus et qui me dépasse un peu.

Symptôme préoccupant, les gens rencontrés par le biais de ce blog récemment semblent étonnés du décalage entre ce que j’écris ici et ce que je suis vraiment. Ce hiatus me dérange de plus en plus.

Autre évolution : écrire sur le féminisme m’enthousiasme de moins en moins. Il y a 3 ans, nous n’étions que quelques unes à aborder cette thématique dans la blogosphère, il y avait tout à faire. Aujourd’hui, et il faut s’en féliciter, cette problématique est rentrée dans le débat public : des magazines féminins aux médias plus sérieux, tout le monde parle de genre ou de sexisme et s’indigne des clichés rétrogrades véhiculés par les marques.

Des associations comme Osez le féminisme ou des collectifs comme Georgette Sand ont pris la parole avec une force de frappe bien plus importante que des blogs comme le mien d’où une relative impression d’inutilité. J’ai également arrêté progressivement de dénoncer les publicités sexistes ici, certaines marques, à l’image de Perrier ou de Rue du Commerce, ayant intégré les féministes à leur plan de communication. Je n’ai donc plus envie de contribuer indirectement à leur buzz.

Pour autant, l’envie d’écrire et de partager est toujours là.

Dans les semaines ou les mois à venir, ne soyez donc pas étonnés de me voir aborder d’autres thématiques qui me tiennent à cœur et que je me refusais d’aborder jusque là comme l’éducation, la consommation éthique ou même la cuisine.

J’espère que vous resterez malgré tout.







dimanche 23 mars 2014

Les mères, des féministes de seconde zone?



Il y a quelques jours, un article d’Isabelle Alonso, écrit par Agnès Ledig, une sage-femme, a fait le tour de réseaux sociaux, suscitant indignations et questionnements. Celle-ci décrivait une pratique apparemment répandue après un accouchement appelée « le point du mari ».

Concrètement, la manœuvre consiste « lors de la suture d‘un périnée déchiré, ou d‘une épisiotomie, à faire un dernier point supplémentaire pour resserrer l‘entrée du vagin, et permettre, lors de l‘intromission de Monsieur, un plaisir accentué. Pour lui. ».

J’ai lu beaucoup de témoignages à ce sujet sur les forums, lorsque j’étais enceinte de mon premier enfant mais n’ai pas réussi à trouver de sources plus « officielles », provenant de médecins ou d’études scientifiques. La pratique me révolte bien sûr mais ne m’étonne malheureusement pas plus que cela au regard du peu de place accordée au libre choix des femmes lors d’un accouchement. Pour ma part, pour mon premier enfant, la sage femme a percé la poche des eaux sans mon consentement afin d’accélérer le travail et ne m’a pas demandé mon avis pour pratiquer l’épisiotomie (juste un « attention, je coupe »). Pour mon  deuxième enfant, je n’ai même pas été prévenue et ai découvert la chose une fois dans ma chambre. Après l’accouchement, j’ai subi une forte pression pour l’allaitement et ai même dû pleurer pour obtenir un biberon. Quand j’ai refusé d ‘emblée l’allaitement pour mon deuxième enfant, les sages-femmes sont revenues malgré tout plusieurs fois à la charge en me demandant « Même pas une tétée d’accueil ? ». On est loin du consentement éclairé.

La blogueuse Aezaria, féministe nullipare, a écrit un très bon billet à ce sujet qui pose la question de la maternité et du féminisme.  Pourquoi ces problématiques ne trouvent-elles pas davantage d’écho au sein de la pensée féministe ?

« Mon corps, mon choix, ce n'est pas seulement de décider de ne pas avoir d'enfant, de décider d'avoir recours à une IVG. Mon corps, mon choix, c'est aussi le choix de vivre sa grossesse et son accouchement comme on l'entend. Pourquoi se projette-t-on si facilement dans la perspective de devoir se battre pour avoir accès à une IVG sécurisante et non-culpabilisante mais pas dans celle de devenir mère et d'être maltraitée par le personnel soignant, abandonnée de son conjoint, évincée de la vie professionnelle et sociale ? ».

Je pense que l’on peut apporter plusieurs réponses à cette question.

La première est, selon moi, historique. Ce texte de la revue Clio explique très bien les 3 étapes successives de la deuxième vague du féminisme à l’égard de la maternité : La première, située dans les années 1970/1971, est celle de la « Maternité volontaire » ou de la lutte pour la libération de l'avortement (« un enfant quand je veux si je veux »). La deuxième étape, 1970 à1975, est celle de la théorie de la maternité comme esclavage. « La seule attitude cohérente quand on a réellement pris conscience de ce que notre société a fait de la maternité est de la refuser » écrivait ainsi en 1975 un collectif de femmes à l’origine de l’ouvrage « Maternité esclave ». La dernière étape, 1976 / 1980, est celle de la « maternitude ». À partir de 1976, c'est un tout autre discours qui émerge : les textes évoquent désormais tout ce qui touche au sensible, au relationnel et au plaisir. L’auteure nuance néanmoins la portée de ce discours « Pour l'anecdote, notons que la quasi-totalité des femmes rencontrées avaient déjà quitté le mouvement quand ce discours de la maternitude est devenu central. En tant que militantes féministes actives, elles n'auront donc connu que la théorie de la « maternité esclave », une théorie dans laquelle elles ne se reconnaissaient pas. Et l'on peut se demander dans quelle mesure la distance existante entre leur vécu quotidien de mère et la thèse longtemps dominante du mouvement à l'égard de la maternité n'a pas contribué à les éloigner d'un mouvement dans lequel elles se sentaient marginalisées. ».

L’idée de la « maternité esclave » a donc profondément marqué les racines du féminisme et influe forcément le regard des militantes à l'égard des mères.

La deuxième raison est sociologique. Dans les années 70, la composition sociale du mouvement féministe était homogène nous apprend la revue Clio, notamment en ce qui concernait l'âge des militantes (entre 20 et 30 ans en moyenne) et leur situation familiale, la majorité des militantes de cette époque n'étant pas mariée et n'ayant pas d'enfant. Aujourd’hui, je retrouve cette homogénéité parmi les féministes engagées sur le net (qui ne représentent certes pas la totalité des féministes mais en constituent néanmoins un échantillon représentatif). A part quelques exceptions (Poule Pondeuse, les vendredis intellos, Olympe ou A contrario), la grande majorité des féministes actives sur internet sont encore étudiantes et sans enfant. Tout naturellement, elles auront donc à cœur d’aborder plutôt les problématiques qu’elles vivent au quotidien (le fait de devoir se justifier constamment de leur volonté de ne pas vouloir d’enfant par exemple). Elles sont aussi éduquées et ont une connaissance livresque et théorique du féminisme très développée, qui peut parfois être déconnectée du quotidien très terre à terre des mères. Il peut paraître ainsi plus valorisant intellectuellement de théoriser sur des concepts abstraits plutôt que de disserter au sujet de « vulgaires histoires de couches ». Et je suis malheureusement la première à m’autocensurer sur ce type de sujets, par peur qu’ils soient jugés anecdotiques ou par crainte de me voir définie simplement en tant que mère. Pourtant, le privé est, ô combien politique.

La troisième est de l’ordre de la circulation de l’information. Pour avoir fréquenté les forums de futures mamans pour mon premier enfant, je peux assurer que la problématique du libre choix des femmes s’y pose régulièrement. Les participantes ne s’y définissent pas en tant que féministe bien sûr mais la question du libre arbitre y est prépondérante. En refusant de ne pas subir son accouchement notamment : de nombreux conseils y sont d’ailleurs délivrés pour rédiger son projet de naissance. Les futurs parents indiquent sur ce document écrit la manière dont ils souhaitent voir se dérouler l'accouchement (avoir une liberté de mouvement pendant le travail, refuser l’épisiotomie ou la péridurale ou vivre son accouchement avec le moins de touchers vaginaux possible par exemple). Ces informations existent, tout comme les témoignages au sujet du « point du mari » : ils restent simplement confinés à la sphère « forum doctissimo », souvent raillée mais peu consultée par les nullipares. Et les conseils véhiculés par les média traditionnels tiennent plus de l’injonction (s’épiler avant l’accouchement, reprendre au plus vite une activité sexuelle pour faire plaisir à Monsieur) que de véritables questionnements sur les libres choix des mères. Il s’agit avant tout de vendre de la culpabilité et donc des produits, ne l’oublions pas.

La dernière raison, enfin, tient selon moi aux différentes dissensions qui parcourent le féminisme. Même Despentes, qui clame « marcher à côté des mères, des salopes, des grosses» dans une tribune dans Libération, distingue le « féminisme des musulmanes » mais aussi « celui des bonnes mamans » de celui des nullipares. Comme s’il n’existait pas assez de divisions au sein du mouvement…

Etre définie par son utérus un comble pour une féministe non ?


samedi 8 mars 2014

8 mars, journée de l'infâme...plagiat

         Source : Copy this, Copy that. Par Leeks. CC-BY-NC. Source : Flickr

Outre l'outrancier détournement commercial du 8 mars, j'ai désormais une raison de plus à mon actif pour ne pas apprécier la journée de la fâaaaamme.

L'année dernière, c'était Libération qui pompait allégrement un de mes articles "le bêtisier des pires opérations commerciales pour la journée des droits des femmes".

Aujourd'hui, un an jour pour jour après cette mésaventure, c'est un journaliste du site Terrafemina qui reprend mon article "Top 10 des pires publicités sexistes de 2013" sans bien évidemment me sourcer.

Mes 10 exemples, glanés patiemment au fil du temps sur la toile, se retrouvent ainsi repris en intégralité et reformulés sans aucun scrupule.

Furieuse de cette découverte, j'interpelle le journaliste sur Twitter, lui faisant remarquer l'absence de source.

Il me répond que son article reprend effectivement le mien, qu'il a simplement oublié de sourcer mais qu'il va corriger immédiatement. Terriblement agacée par sa réponse, je demande le retrait immédiat de l'article, ce qu'il fait sur le champ (il est néanmoins encore visible en cache ici).

Il se justifie ensuite en affirmant qu'il cite toujours ses sources habituellement, s'excuse puis affirme qu'il a fait des recherches sur le net mais n'a pas trouvé de meilleurs exemples que mon article (tweets effacés depuis). Suite au petit buzz crée sur Twitter, il s'excuse de nouveau en invoquant des prétextes tous plus farfelus les uns que les autres (crève, égarement, jeunesse dans la profession...).

Manque de chance pour lui, je suis de près ces sujets et il a été pris la main dans le sac.

Mais combien d'articles sont ainsi allegrement pompés chaque jour par ces sites d'informations, qui, eux génèrent de confortables profits?

Je trouve, avec un peu de recul, la situation d'un cynisme incroyable! Se faire plagier par un homme, le 8 mars, au sujet d'un article au sujet de la journée des droits des femmes : c'est un comble!

jeudi 13 février 2014

Mes mésaventures avec Alexandre Chombeau de l'agence CSV sont dans le magazine Stratégies cette semaine!


Mes mésaventures avec Alexandre Chombeau, fondateur de l'agence CSV auront au moins servi à quelque chose : faire parler de l'importance de l'e-réputation.

Aujourd'hui, un article dans le magazine "Stratégies" y est consacré : l'affaire est même devenu un cas d'école!

C'est à lire ci-dessous:


Mon petit doigt me dit qu'on n'a pas fini d'en entendre parler...A suivre...

mardi 31 décembre 2013

2013, mon blog et moi





2013 se termine dans quelques heures, l’occasion pour moi de revenir sur ce qui s’est passé en 365 jours sur ce blog.

Cette année, j’ai rédigé 122 billets contre 166 en 2012. Pour la première fois, la lassitude s’est faite sentir, impression de bondir trop souvent sur l’actualité brûlante, la polémique à chaud. Au moment de commencer à taper sur mon clavier, j’ai été très souvent prise d’aquoibonisme. D’où les nombreux billets à peine commencés et qui ont fini directement à la poubelle. Ces bébés mort-nés, je ne les regrette pas. Quand l’envie n’était plus là ou mes mauvais démons trop présents, j’ai préféré m’abstenir. J’espère que ces derniers me laisseront un peu tranquille en 2014.

Cette année, j’ai crée et participé à 9 jeux d’écriture sur le blog. A chaque fois, j’ai été surprise et touchée par les créations des participants. Merci à eux.

Le billet le plus lu cette année a été celui sur Facebook et la couleur des soutien-gorges, plus de 20 000 visites à ce jour. C’est celui qui a été le plus commenté également.

Les requêtes les plus fréquemment tapées sur Google pour arriver sur mon blog ont été, dans l’ordre : Chimène Badi grosse, nez juif, juif, juifs, Chimène Badi régime. Heureusement que je n’en tiens pas compte au moment de rédiger mes billets.

Mon billet le plus personnel a été celui qui parlait du magasin de journaux de mon père. J’ai été touchée de voir que son histoire a pu voyager de tweets en tweets, une façon de lui rendre hommage et de le faire revivre un peu.

Le billet que j’ai préféré écrire est « De mains en mains », le texte rédigé lors des ateliers « nouveaux talents ».

Le billet qui m’a le plus amusée au moment de l’écriture a été « Quand les enfants schtroumpfent-niquent ta dignité ».

Le billet que j’aurais préféré ne jamais écrire a été celui qui annonçait le décès de mon père.

Cette année, j’ai rencontré 10 personnes grâce à ce blog. De belles âmes et des échanges enrichissants qui justifient le temps et l’énergie passés ici. Merci à Cédric, Marlène, Ariane, Gaëlle, Corinne, Celina, Kriss, Cyrille, Thomas, Sandrine.

Merci également à tous ceux qui viennent me lire. Merci à ceux qui commentent et à ceux qui n’osent pas. Merci à ceux qui prennent le temps de m’envoyer un message d’encouragement.

Bye bye 2013, pas fâchée de te quitter.

samedi 3 novembre 2012

Un blogueur est né!




Cela fait plusieurs semaines que mon fils de 7 ans note consciencieusement sur un carnet ce qu'il appelle ses "notes de critiques".

Au début, ses petits textes ne faisaient qu'une ligne puis après l'avoir encouragé à développer, à expliquer plus en détail ce qu'il avait aimé et moins apprécié, ils se sont progressivement rallongés. Il a pris, quant à lui, gout à l'exercice au fil des jours.

Sur le ton de la plaisanterie, je lui ai lancé la semaine dernière "et si tu ouvrais ton blog?". Il m'a alors répondu, d'un air offusqué "Pour que tout le monde me lise? Mais ça va pas?". Je n'ai donc pas insisté.

Puis, à pas de loup, il est revenu me poser des questions sur mon blog, sur ce qu'il m'apportait, sur ma façon de communiquer avec mes lecteurs. Et la semaine dernière, il m'a lancé d'un air décidé "ça y est je veux ouvrir mon blog!" (puis tous les jours, jusqu'à ce que je m'exécute).

Le voici donc en ligne, il se nomme "Les critiques de Joseph" et ne contient pour l'instant que son avis sur des pièces de théâtre ou des restaurants. Il compte déjà le faire évoluer vers des récits plus personnels! Tout à l'heure, avant d'aller voir "Frankenweenie" il était tout excité de me dire "je pense déjà à ce que je vais raconter dans mon blog!". Ca y est le pli est pris!

Nous verrons s'il tient la distance sur la durée, en tout cas je suis ravie de ce moment de partage autour de l'écriture.

Pour l'instant, il note sa critique sur son carnet puis je la tape sur le blog en corrigeant les fautes. L'étape suivante sera qu'il tape ses textes lui-même en essayant de corriger seul un maximum de fautes.

"Il va falloir que tu me laisses l'ordinateur pendant un long moment maman!"

Faut-il que je l'aime mon fils!

lundi 3 septembre 2012

"Génération blogueuses", le portrait réducteur de la blogosphère féminine



En aout dernier, j’ai vu passer un article au sujet d’un livre intitulé "Génération blogueuses", dont la sortie était prévue le 5 septembre. Enthousiasmée par toute initiative visant à mettre à l’honneur les femmes sur le net dans leur diversité, j’ai immédiatement essayé d’en savoir plus.
En fouinant sur le web, j’ai pu ainsi découvrir la couverture et le descriptif du livre.

1er choc visuel, les illustrations très girly censées symboliser toute la richesse de la blogosphère féminine : du rose et du pastel à gogo, du headband, du t-shirt Mickey et du tutu, et bien sûr des blogueuses forcément toutes montées sur talons hauts. Pourquoi pas, si le contenu tient la route.
Sauf que les thèmes ultra-stéréotypés supposés être représentatifs de la "génération blogueuses" ne plaident toujours pas en la faveur de l’ouvrage : mode, beauté, cuisine, shopping, déco et lecture. Pour dédramatiser cette dernière thématique-alibi un peu trop intello sans doute, la jeune fille représentée porte son livre d’une main et le magazine "Elle" de l’autre. L’honneur (et la futilité) sont saufs !
A la lecture de ces thématiques, on croirait feuilleter un magazine des années 50, un  "Modes et Travaux" version 2.0 auquel il ne manquerait que la rubrique "couture" ! Où sont passées les blogueuses politique, high-tech, cinéma, sport ou humour ? Pas assez vendeuses sans doute…
Un coup d’œil à la quatrième de couverture a confirmé mes premières réticences:
« Comment customiser une simple veste en jean ? Quels sont les accessoires indispensables à la réalisation des cupcakes ? Où se rendre pour siroter un bon mojito ? Quelles sont les expositions incontournables de la saison ? La vie de tous les jours est constellée de petites interrogations auxquelles il est souvent bien difficile de trouver une réponse simple et rapide. Les bloggeuses, des filles dans l’air du temps et avec des idées plein la tête, publient chaque jour sur la toile un nombre impressionnant d’articles de qualité afin de nous faire partager leurs passions, coups de cœur, adresses fétiches, ou encore leurs petites astuces du quotidien. Nouveau phénomène de société, la blogosphère féminine est vite devenue une référence ludique et pratique pour tout un ensemble de lectrices, en quête d’informations riches et personnalisées. Chaque bloggeuse a reçu carte blanche pour la réalisation de son portrait afin de rendre compte au mieux du lien complice qui existe entre chacune d’elles et leurs lectrices. Un livre unique qui dresse le portrait de filles modernes et aux univers fascinants. L’ouvrage sera également ponctué d’interventions de personnalités sur le phénomène des blogs et conclu par un guide thématique des blogs à ne pas manquer. ».
Dommage qu’au-delà de toutes ces interrogations plutôt futiles ne figurent pas également  "quel film aller voir ?" "comment comparer les programmes électoraux des différents candidats ?" ou "où trouver les résultats du dernier tournoi de tennis ?". Il est déplorable de devoir l’écrire mais ce sont aussi des thématiques qui sont traitées par les femmes et qui les intéressent.
Piquée par la curiosité, j’ai donc sollicité le service de presse, qui m’a envoyé le livre au format PDF.

Au total, une cinquantaine de blogueuses interviewées, chaque portrait représentant une double page. J’ai été étonnée de n’y voir figurer qu’une ou 2 « influentes » : c’était apparemment une volonté de l’auteure qui souhaitait faire découvrir un vivier de nouveaux talents. Pourquoi pas, intention louable. Sauf que l’explication est peut-être autre, une blogueuse célèbre m’ayant confié qu’elle avait refusé d’y figurer par manque de temps. En effet, il était demandé aux participantes de fournir non seulement les réponses à l’interview mais également la mise en page de leur double page !
Les textes restants étant rédigés par des personnalités, laïus qui cadrent parfaitement avec l’angle ultra-stéréotypés du livre.

Voici ainsi la vision éthérée de la blogueuse selon Ariel Wizman :
« Ah ! les blogueuses et leur univers douillet, leurs posts, sans doute envoyés à proximité d’une tasse de lapsang souchong, depuis un studio impeccable fleurant la bougie parfumée. Leurs passions, curiosités, points de vue, découvertes et enthousiasmes, toujours authentiques, lumineux, me font rêver et souvent me tiennent en haleine. Un post de fille n’a pas le même goût qu’un post masculin, toujours suspect d’émaner d’un nerd. »
Ben oui, une « fille » ça sent forcément bon, ça a du goût et ça sirote du thé. Mais le meilleur est à venir :
« La féminité dont participe tout blog est sans doute plus importante que la qualité des blogs féminins. Car il y a dans cette expression libre un fond de révolte réfléchie, qui est à l’honneur du Web et souvent bien plus nuancé que le féminisme criard des pasionarias médiatiques, ou celui, édulcoré et complaisant, des magazines féminins. »
Forcément, ce qui compte dans la blogosphère féminine c’est la féminité, pas le contenu ! Prenez-en de la graine, « féministes criardes » ! Ce qui est savoureux, c’est qu’Ariel Wizman tape sur les magazines féminins alors même qu’il écrit chaque semaine un édito pour Grazia ! Cherchez l’erreur !
Pour Dominique Cuvellier, « captologue, décrypteur de tendances et blogueur », les blogueuses sont « des jeunes femmes vivantes et vivaces qui s’épanouissent dans notre société de consommation qui, pour être parfois illusoire, n’en est pas moins palpitante tant elle produit de gestes, d’usages, d’objets, de marques. » Comprenez, de potentielles mannes financières pour les marques (n’oublions pas que l’auteure est également directrice d’une agence).
Farid Chenoune quant à lui, historien de la mode, résume les blogueuses à des divas de cour d’école et réduit celles qui commentent à des commères « féroces et teigneuses »
« Les blogueuses me font penser à ces reines de mes cours d’école et de collège qui par une autorité, une aura ou un charme mystérieux savaient imposer leur empire au peuple des filles sans éclat. On les idolâtrait ou on les détestait. Sur les blogs, les relations qui se tissent autour des reines ont cette même âpreté cash. Les demoiselles d’honneur, les amoureuses, celles-qui-voudraient-être-la-préférée, déposent à leurs pieds leurs compliments électroniques et leurs bouquets de fleurs virtuelles. Et les commères amères, féroces et teigneuses, leur crachent leur fiel à la figure. Ce que j’aime le plus chez les blogueuses, ce sont les commentaires. »
Qu’en est-il de la cinquantaine de blogueuses retenues ? Au total 22 blogs figurent dans la rubrique « mode », 11 dans la rubrique « cuisine,  8 dans la rubrique « beauté », », 1 dans la rubrique déco. Il n’y a que 4 blogs pour représenter la rubrique « culture », 1 seul dans la rubrique « illustration », un seul également dans la section « design ». Nulle trace des blogueuses politiques, sport ou high-tech.

Il faut attendre la fin de l’ouvrage pour tomber sur un annuaire aride de 700 blogs, uniquement composé d’une très brève description et du nom du site et enfin découvrir des rubriques moins stéréotypées telles que « voyage » « geek/tech » ou « art/culture ».

Dans un billet récent, j’avais évoqué une récente étude américaine menée par le « OpEd project ». Celle-ci avait démontré que les journalistes féminines avaient tendance à être cantonnées aux « sujets roses » (« pink topics ») résumés par l’abréviation « 4F » : food (cuisine), furniture (décoration), fashion (mode) et family (famille). Seuls 11% des articles de la rubrique « économie » avaient été écrits (ou co-écrits) par une femme.

Sur internet, alors que les femmes s’emparent plus facilement de sujets moins stéréotypés, les médias semblent rechigner à leur offrir la visibilité qu’elles méritent, préférant dessiner la caricature d’une blogosphère buveuse de thé et mangeuse de macarons. Sortiront-elles un jour les femmes des «4F » dans lesquels elles les ont enfermées ?

Edit 1 : Je n'ai bien évidemment rien contre les blogs cuisine ou mode, les lisant moi-même régulièrement. Ce qui me dérange, c'est résumer  la blogosphère féminine à ces seules thématiques.
Edit 2 : Dans les commentaires, une lectrice a remarqué l'absence des blogs de maman, pourtant très actifs sur la toile, dans cet annuaire. Pas aussi glamour que les macarons et les bougies parfumées, les biberons et les couches culottes ?