> Tout à l'ego: Girl Power
Affichage des articles dont le libellé est Girl Power. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Girl Power. Afficher tous les articles

dimanche 7 mai 2023

La limonade salée ou comment les femmes sont élevées pour avaler des couleuvres.

 


En 2003, une expérience a été menée par la chaîne ABC sur un panel d’enfants.

Encadrée par Campbell Leaper, professeur et chercheur en psychologie à l'université de Californie à Santa Cruz, elle consistait à proposer à un groupe de filles et de garçons une limonade volontairement salée et d’observer leurs réactions.

Les garçons ont été francs et directs ("Beurk" "C’est dégoûtant") , tandis que les filles ont été polies et ont cherché à ne pas être blessantes. L’une d’entre a affirmé que la limonade était bonne, les autres se forçaient à boire, y compris une fille qui semblait déglutir difficilement.

Lorsque l’expérience leur a été révélée, les participantes ont expliqué qu’elles ne voulaient pas être impolies ou faire de la peine. La plupart des garçons ne se sont pas souciés de ça.

Dans une autre expérience, le chercheur leur avait offert un cadeau décevant comprenant un stylo et des chaussettes. Là encore, les petites filles se sont exclamées "Des chaussettes et un crayon ? Pile ce qu'il me fallait !" alors que les garçons ont crié à l'arnaque.

Lorsque le chercheur leur a demandé de se décrire, les filles se sont décrites comme "gentilles", tandis que les garçons se sont décrits comme "talentueux", "intelligents", "bons en mathématiques" ou "drôles". Les garçons ont rarement dit "gentil".

Le chercheur a expliqué que ces différences dans les réactions sont en partie dues à la socialisation des garçons et des filles par leur famille et leur société. Les filles sont souvent encouragées à être polies et à éviter de blesser les sentiments des autres, tandis que les garçons sont souvent encouragés à être francs et directs. Plus tard, ce syndrome de "la bonne élève" freinera les femmes dans leur carrière en les empêchant de s'imposer et d'affirmer leurs positions. Dans leur vie personnelle, cette volonté de ne pas faire de vague ou de déplaire contribuera à faire passer les besoins des autres avant les leurs.

Ces stéréotypes sont intégrés par les parents bien avant que les enfants ne sachent parler.

Une étude célèbre appelée "Baby X" conçue par Phyllis Katz a testé des adultes sur la manière dont nous traitons les bébés en fonction de ce que nous pensons être leur sexe.

"Nous avons dit que c'était Johnny. Jouez simplement avec Johnny comme vous le souhaitez. Ou c'est Jane. Jouez simplement avec Jane comme vous le souhaitez", a déclaré Katz.

C'était toujours le même bébé. Mais quand les adultes pensaient tenir Jane, ils la tenaient avec précaution et lui donnaient des poupées. Quand ils pensaient que le bébé était Johnny, ils lui offraient un ballon de football.


En résumé, les stéréotypes de genre peuvent être profondément ancrés dans notre culture, mais cela ne signifie pas que tout est perdu. Nous avons un rôle prépondérant à jouer en tant que parents.

En étant conscients de nos propres préjugés et en travaillant activement à les déconstruire, nous pouvons encourager les filles à faire des choix pour elles-mêmes et à affirmer leurs opinions, tout en incitant les garçons à exprimer leurs émotions de manière constructive. 

Vous cherchez un livre pour enfant qui déconstruise avec poésie les stéréotypes de genre dès 3 ans? Qui invite filles et garçons à se dire que rien n'est impossible?

Mon livre est fait pour vous :-).




samedi 19 février 2022

Comment dire "non" au travail sans avoir peur de passer pour un pitbull ou une tire-au-flanc?

 


 Dans un précédent article « Et si on arrêtait d'acheter le gâteau? De la charge affective des femmes au travail » j’ai mis en lumière le poids des tâches liées au "care" (au travail affectif) que les femmes prenaient en charge au travail : s’occuper de l’onboarding des nouveaux/nouvelles, consoler des collègues, les aider, penser aux cadeaux d’anniversaire, rédiger des tutoriels. Au bureau, 20% du temps de travail des femmes serait ainsi consacré à ces tâches "gratuites"

Pour ne pas rester au simple stade du constat, je me suis dit qu’il serait intéressant de vous aider à passer à l’action : voici donc quelques conseils pour apprendre à dire « non » au travail sans avoir peur de passer pour un pitbull ou une tire-au-flanc.

3 étapes d’introspection pour changer votre regard sur le « non »

Etape 1 -Faites le point sur vos besoins : en tant que fille, notre éducation ne nous a pas habituées à nous écouter mais plutôt à faire passer les besoins d’autrui avant les nôtres. A dire oui même quand nous pensons non, à faire plaisir, à être polie, bonne élève et surtout pas trop revendicative.

Examiner vos besoins régulièrement est pourtant fondamental car cet exercice permet de poser des limites claires et de prendre des décisions éclairées.

 Il ne faut donc pas hésiter à prendre rdv avec vous-même, plusieurs fois dans l’année pour vous demander : « De quoi ai-je besoin dans ma vie en ce moment ? : de plus de temps pour moi? De davantage de reconnaissance ? De stimulation ? Est-ce que la demande qui m’a été faite me permet de nourrir ce besoin ou répond uniquement au besoin de mon interlocuteur ? Quand je lui dis oui, à quoi dis-je non pour moi ? ». Pour reprendre les mots de l’entrepreneur et auteur Derek Sivers : « If it’s not a hell yes, it’s a no » (« Si ça n’est pas un putain de oui, c’est non ! »).

Etape 2 -Demandez-vous pourquoi vous dites oui : très souvent chez les femmes que j’accompagne, derrière le « oui », se cache le désir d’être appréciée, de faire plaisir ou la peur d’être considérée comme incompétente ou tire au flanc. Tout ces croyances sont largement alimentées par les stéréotypes de genre : comme on l’a vu dans l’article précédent, le regard porté sur les collaboratrices qui refusent de rendre des services est généralement plus sévère que celui porté sur leurs homologues masculins. Et il flotte souvent autour des femmes une présomption d’incompétence qui les oblige à sur-travailler ou à faire plus que ce qui leur est demandé.

Il est pourtant très important de savoir marquer ses limites. Je l’ai souvent remarqué, une personne qui dit « non » fermement et avec des arguments posés est bien plus respectée que la bonne poire qui dit oui à tout, quitte à charger la mule et à ne plus arriver à mettre en œuvre les missions qui lui sont assignées.

Etape 3 - Déconstruisez vos croyances autour du « non » : dire non ne veut pas dire taper sur la table, claquer la porte, s’imposer ou hausser le ton. On peut tout à faire dire non de manière polie, argumentée et en respectant les besoins d’autrui, nous le verrons plus loin dans cet article.

Quelques conseils pour apprendre à dire non :

- Entraînez-vous à dire non : vous pouvez commencer par de petites choses au début comme refuser la carte de fidélité qu’essaie de vous refiler votre magasin de vêtements préférés ou le soin à 15€ que vous propose votre coiffeur. Ou encore décliner votre participation au pot de départ de ce collègue qui vous a pourri la vie depuis son arrivée dans la boîte. En vous entraînant avec des actions à faible enjeu, vous prendrez de l’assurance et vous verrez que la terre ne s’ouvre pas sous vos pieds quand vous dites non.

- Préparez une liste de réponses toutes faites : quand j’ai commencé à travailler à mon compte, j’ai reçu beaucoup de sollicitations, plus ou moins intéressantes, plus ou moins rémunérées. J’ai dû à chaque fois arbitrer en fonction de mes besoins et objectifs et ça a été l’occasion parfaite pour apprendre à dire « non » poliment et fermement. J’ai depuis préparé une liste de réponses toutes faites qui me font gagner du temps et m’évitent de trop avoir à tergiverser.

Quelle que soit votre décision, ne laissez pas passer trop de temps avant de répondre afin de ne pas donner une mauvaise image ou mettre dans l’embarras votre interlocuteur. Ne vous répandez pas non plus en justifications, soyez ferme et simple dans votre réponse.

- Prenez le temps de donner votre réponse : trop souvent, poussée par l’urgence du besoin de son interlocuteur on répond trop rapidement, quitte ensuite à s’en mordre les doigts. La première chose à faire est de reformuler la demande histoire de temporiser et mettre l’autre face à ses responsabilités. « Si je comprends bien, tu veux que je reprenne ce dossier, qui est déjà hors délai, en plus des 5 dossiers que j’ai à gérer, j’ai bien compris ta demande ? ». En général, votre interlocuteur acquiescera et sera légèrement déstabilisé face à l’énoncé de la demande , surtout si elle est exagérée. Quant à vous, vous aurez gagné un peu de temps. Ensuite, montrez que vous avez compris son besoin : « Les ressources en interne sont débordées, tu as donc besoin d’efficacité et de clarté, c’est pour cela que tu te tournes vers moi c’est bien cela ? ». Suite à sa réponse, réservez-vous le droit de ne pas y donner suite immédiatement. « J’ai bien entendu ta demande. Comme tu le sais, être efficace est très important pour moi. C’est pourquoi, j’ai besoin de faire le point sur mes dossiers en cours : je ne veux pas te dire oui et ensuite fournir un travail qui n’est pas à la hauteur de mes attentes en terme qualité. Je reviens vers toi dans l’après-midi sans faute, j’ai compris que c’était important pour toi ».

- Proposez une alternative : si vous le souhaitez, vous pouvez répondre « Oui, mais… » : « Ok pour prendre en charge ce dossier si j’ai un délai supplémentaire/des personnes en interne pour m’aider/la possibilité de déléguer un autre projet ». Mais aussi « Non, mais … » : « Désolée, je ne peux pas t’aider, en revanche je peux te recommander une personne très compétente sur le sujet/je ne peux pas prendre ce sujet en intégralité, en revanche, je veux bien apporter mon expertise sur un point en particulier »

- Ecoutez vos émotions : Si on se sent dépassé.e par la colère car on vient une énième fois vous demander un service, plutôt que d’y céder, il vaut mieux prendre un temps d’arrêt, sortir prendre l’air et faire une pause. Cette émotion doit être entendue comme un clignotant sur un tableau de bord : c’est le signe qu’un de vos besoins est contrarié. L’idée n’est pas ici de la refouler en fumant une cigarette, en vous jetant sur votre téléphone pour scroller indéfiniment ou sur une tablette de chocolat. Mais plutôt de la prendre comme un messager qui essaie de vous dire quelque chose : une limite a été franchie.

Pour conclure, je reprendrai les mots du psychosociologue Jacques Salomé, "Oser dire non à l’autre, c’est oser dire oui à soi-même" . Alors, vous commencez quand ?

 


jeudi 27 septembre 2018

Le problème avec le corps des filles


Il y a quelques jours, j’ai vu passer ce tweet émanant d’une conseillère principale d’éducation:

Forcément, ça m’a fait réagir :


Ces « gros gros débats » au sein de l’équipe éducative pour savoir si un rouge à lèvre liquide mat pose problème sont loin d’être anecdotiques.

Ce tweet n’est qu’un exemple parmi tant d’autres tant les injonctions et les jugements à l’encontre de leur physique et de leur tenue semblent être devenus monnaie courante de manière totalement décomplexée.

Dernier exemple en date, celui de cette collégienne partie à l'école en short et qui s'est vue reprocher par la CPE sa tenue "incorrecte". Elle lui a alors fait enfiler un jean sale.  Il y a quelques jours, la nouvelle proviseure d’un lycée du sud de la France a décidé d’interdire purement et simplement le port du short aux filles. "Selon la proviseure, les filles doivent s’habiller de façon "décente", c’est-à-dire avec des pantalons, afin que les garçons ne soient pas dérangés dans leur apprentissage scolaire. Nous devons donc, pour le bien des garçons, nous couvrir afin qu’ils puissent étudier tranquillement. ". Grâce à la mobilisation des élèves, la proviseure est finalement revenue sur sa décision.

Cette police du vêtement ne se limite pas au collège ou au lycée malheureusement.En 2016, un centre de loisirs a demandé à des parents de mettre "un short sous la jupe" de leur fille de 4 ans pour éviter "des situations complexes à gérer" et "des comportements déplacés". L’année dernière, ma fille, à l’époque en CM1, m’avait fait état de discussions entre maîtresses de l’école pour savoir s’il fallait interdire short et débardeurs aux petites filles au motif qu’"elles auraient bien le temps de s’habiller plus tard comme elles le veulent".

Paradoxalement, alors que la parole des femmes s’est récemment libérée et qu’elles sont enfin écoutées, la liberté d’action des filles et des jeunes filles, elle, semble se réduire. Dans une indifférence quasi-générale, leurs tenues sont contrôlées, leurs jupes et leurs shorts mesurés au nom de la décence et de la tranquillité des garçons.

Mais ce contrôle sur leurs corps ne s’arrête pas là.

Ce seraient les parents eux-mêmes qui exercerait une pression plus ou moins inconsciente sur le corps de leurs filles comme l’explique cet article d’Arièle Bonte sur le site "RTL Girls".

La journaliste évoque ainsi l’ouvrage du scientifique Seth Stephens-Davidowitz "Tout le monde ment... (et vous aussi !) Internet et le Big Data : ce que nos recherches Google disent vraiment de nous", paru en mai 2018 : "peu de parents iraient affirmer qu'ils ou elles sont conscientes d'élever leurs garçons et leurs filles de façon inégale. Pourtant, selon les données collectées par Seth Stephens-Davidowitz et publiées en 2014 dans un essai dans le New York Times, la question "mon fils est-il surdoué" est posée à Google deux fois plus que son pendant féminin (aux États-Unis). Au contraire, "ma fille est-elle en surpoids" obtient deux fois plus de recherche que "mon fils est-il en surpoids".

Dans la vraie vie pourtant, peut-on lire dans le livre, les garçons sont majoritairement en surpoids, aux États-Unis, par rapport aux filles tandis que les filles ont majoritairement plus de chance d'intégrer un programme spécialisé pour enfants surdoués. Un bel exemple des rôles que l'on assigne aux hommes et aux femmes dès le plus jeune et qui n'appartiennent pas qu'aux États-Unis. ".

Cette pression sur les corps des petites filles n’est pas passée inaperçue auprès des marques d’hygiène qui ont su flairer la manne financière qui pourrait en découler. Le site France Info cite ainsi un numéro de Causette épinglant un nouveau produit de la marque Lactacyd, commercialisé sous le nom de "Maman et moi" : "Le groupe, spécialisé dans les soins d’hygiène intime pour femmes, propose un pack contenant deux lotions lavantes pour la vulve : l’une pour la mère, l’autre pour la fille, pour "un usage quotidien dès 3 ans". Lactacyd n’est d’ailleurs pas la seule marque à exploiter ce filon : Hydralin, Saforelle ou Saugella proposent des produits similaires, avec le même type de packaging rose bonbon. Pourtant, chez les petites filles, les indications pour utiliser des soins d’hygiène intime spécifique sont rares, indique la Dre Phryné Coutant-Foulc, dermatologue spécialisée dans les pathologies de la vulve. "Ce sont des produits purement marketing : on cible une zone qui n’a pas lieu d’être ciblée", explique-t-elle. ".

Un "marketing de la honte" appliquée aux plus jeunes (j’en parlais déjà en 2012 sur Slate) : « Pendant qu’elles perdent un temps et une énergie folle à s’occuper de leurs corps, les femmes ne s’occupent pas du reste. Comme l’explique Mona Chollet dans son brillant essai Beauté fatale:

"La dévalorisation systématique de leur physique que l’on encourage chez les femmes, l’anxiété et l’insatisfaction permanente au sujet de leur corps, leur soumission à des normes toujours plus strictes et donc inatteignables sont typiques de ce que l’essayiste américaine Susan Faludi a identifié en 1991 comme le backlash: le "retour de bâton", qui, dans les années 1980 a suivi l’ébranlement provoqué à la fin de l’année 1960 par la "deuxième vague de féminisme". Le corps, a permis de rattraper par les bretelles celles qui, autrement, ayant conquis –du moins en théorie– la maîtrise de leur fécondité et l’indépendance économique, auraient pu se croire tout permis. "

Aujourd’hui, ce sont nos filles qui sont victimes de ce retour de bâton. Ne les laissons pas seules.





 

dimanche 15 janvier 2017

"Sois belle, mince et tais-toi": quand les marques de vêtements complexent les petites filles




En mai dernier, je m’insurgeais contre les marques de vêtements pour filles systématiquement sous-taillées, alertée par ma fille qui se plaignait des pantalons qui lui cisaillaient le ventre ou dans lesquels elle avait du mal à passer les jambes. Sans parler des t-shirts qui lui remontaient au-dessus du ventre. Un problème que je n’ai pas rencontré pour mon fils de 11 ans.

Quand elle m’a demandé si je la trouvais grosse et qu’elle a demandé à se peser, j’ai commencé à tiquer.

Pourtant ma fille est plutôt mince, elle a juste un petit ventre. Enfin, je devrais dire plutôt : elle a un ventre. Elle est également pourvue des cuisses et non pas de tiges longilignes. Des éléments anatomiques dont les fabricants de vêtements pour filles semblent totalement faire abstraction. En croisant il y a quelques mois une mère dans un magasin de vêtements aussi dépitée que moi devant les rayons, j’ai brièvement échangé avec celle-ci. Elle aussi déplorait l’impossibilité de trouver un pantalon autre que slim. Et me confiait devoir prendre systématiquement une taille au-dessus pour que sa fille puisse respirer et ne pas avoir le nombril à l’air.

L’injonction à la minceur n’attend donc pas le nombre des années. Les stéréotypes sexistes non plus.

Lors d’une séance de shopping chez C&A avec ma fille hier, je suis tombée en arrêt devant ce t-shirt au rayon fille (j’ai cherché, nul équivalent au rayon garçon).


Le message «  Trop jolie pour faire mes devoirs » cumule stéréotype sexiste et faute grammaticale (le « much » est justement too much).

En 2011 et 2015, des marques américaines avaient fait le bad buzz avec des t-shirts imprimés "Too pretty to do homework". 


Et ce genre d’horreur sexistes est loin d’être une première : en 2011, on se souvient de l’épisode des bodys Petit Bateau, puis les t-shirts « Plus tard, j’en aurai une grosse comme papa/Une paire comme maman », sans oublier les bavoirs « "Reine du shopping" pour elle et "Champion du Monde"  pour lui ».

Et il ne faut pas compter sur le monde des super-héros pour relever le niveau, alors même que ces personnages ont justement vocation à devenir des modèles pour les enfants.

En 2014, la célèbre maison d'édition américaine de bandes dessinées DC Comics a ainsi crée la polémique aux Etats-Unis en lançant 2 t-shirt genrés.




Sur la version pour garçons on pouvait y lire : « Je m’entraîne pour être Batman ».

Sur la version filles : « Je m’entraîne pour être la femme de Batman ».

Et puisqu’il n’est jamais trop tôt pour être victime de stéréotypes, DC Comics a également rhabillé les bébés avec des bodys dans la même veine sexiste.




Version garçon : « Futur « Man of steel » (homme d’acier, du nom d’un super-héros) »

Version fille : « Je sors uniquement avec des super-héros »

En Espagne, des bodys du même genre ont fleuri dans les rayons de supermarché.




Version garçon : « Intelligent comme papa »

Version fille : « Belle comme maman ».

Voilà comment rhabiller nos filles pour l’hiver. L’égalité fille/garçon s’est décidément pris une bien belle veste.

lundi 16 mai 2016

Qui a fait croire à ma fille qu'elle était grosse?


« Maman, tu trouves que je suis grosse ? »

Quand ma fille de 7 ans m’a posé la première fois cette question, j’ai commencé à tiquer. 

Puis quand elle a demandé à se peser, je me suis dit que quelque chose ne tournait pas rond.

J’ai alors réalisé que nous avions récemment fait ensemble un tri drastique dans sa penderie : les ¾ de ses pantalons, pourtant achetés au cours de cette année ne lui allaient pas, non pas au niveau de la longueur mais de la taille.

Souvent, je la retrouvais le soir, la taille cisaillée à cause de l’étroitesse des vêtements et le matin, c’était des contorsions sans fin pour arriver à passer ses jambes l’une après l’autre dans les pantalons. 

Quant aux t-shirts, ils lui découvraient souvent le nombril si je ne lui achetais pas systématiquement une taille au-dessus. Je précise que je n’ai jamais rencontré ce genre de désagrément avec mon fils ainé.

Pourtant ma fille est plutôt mince, elle a juste un petit ventre. Enfin, je devrais dire plutôt : elle a un ventre. Elle est également pourvue des cuisses et non pas de tiges longilignes. Des éléments anatomiques dont les fabricants de vêtements pour filles semblent totalement faire abstraction.

Il y a quelques mois, j’errais désespérément dans les rayons de vêtements pour filles à la recherche d’un pantalon à taille élastique et à la coupe droite et confortable. J’y ai alors croisé une mère aussi dépitée que moi et nous avons échangé à ce sujet : elle aussi déplorait l’impossibilité de trouver un pantalon autre que slim. Et me confiait devoir prendre systématiquement une taille au-dessus pour que sa fille puisse respirer et ne pas avoir le nombril à l’air.

En voyant passer les tweets de Sacripanne puis son billet « Attention ça taille un peu petit », j’ai alors réalisé que nous n’étions pas seules et que ce phénomène n’avait rien d’isolé.

Voici une photo tirée de son billet : 


« Dessus un t-shirt fille  en taille 3 ans. Dessous un t-shirt garçon taille 3 ans. Sans même focaliser sur la longueur, il y a bien 2-3 cm d'écart (à multiplier par un devant et un dos, donc le double, voyez ce que ça fait comme différence sur un corps d'enfant) en largeur ».



« Je suis dans une rage folle. Contre le monde. Contre les injonctions faites sur le corps de toutes petites filles. Sur le fait de faire flipper des parents si tôt, sur les fabricants, les distributeurs, les cons. En colère.


Et je partage avec vous.


Pour que tous les parents qui se disaient que c'était bizarre, cette taille de vêtement, tiltent comme j'ai tilté. Pour qu'on ait encore moins de remords à piocher dans les rayons qui leur vont, pour qu'on coupe leurs étiquettes (ça rend le tri compliqué, je sais, j'ai fait !), pour qu'on les rassure, pour qu'on soit de moins en moins nombreux à être dupes et de plus en plus nombreux à être scandalisés.


Parce que c'est un scandale. »

L’injonction à la minceur n’attend donc pas le nombre des années. Et le phénomène est mondial.

En faisant quelques recherches, je suis ainsi tombée sur cet article du DailyMail daté de 2014 : une mère de York, Pennsylvania, raconte avoir écrit une lettre à la chaîne de magasins Target pour dénoncer la différence flagrante de tailles entre vêtements pour filles et ceux pour garçons, photos à l’appui.




Récemment, j’ai aussi découvert qu’un journal destiné aux filles de 8 à 13 ans, « Discovery Girls », délivrait des conseils pour choisir son maillot de bain en fonction de sa morphologie (qu’est ce qu’une morphologie à 8 ans, sérieusement ?).


« If you're curvy up top, coverage is key » : « si vous avez des courbes en haut, se couvrir est la solution »

En avril dernier, enfin, la marque Playmobil créait la polémique en postant sur page Facebook cette image.


Histoire de formater les petites filles dès le plus jeune âge et les préparer à l’épreuve du maillot de bains.

Face à cette profusion d'exemples et d'anecdotes, je n’aurais qu’un conseil : parents, soyez vigilants. 

Et parlez à vos filles avant que les marques ne s’en chargent.


dimanche 13 mars 2016

Les émojis ne sont plus racistes...mais sont toujours sexistes #Likeagirl




Vous connaissez sans doute les « émojis » ces petits smileys qui permettent de ponctuer nos échanges de SMS de symboles plus ou moins compréhensibles.

Fait peu connu, ils n’appartiennent pas à Apple mais ont été crées par une société japonaise comme l’explique cet article.

Epinglés pour leur manque de diversité, les émojis ont fait l’objet d’une pétition en 2013 : n’étaient alors représentés que des visages blancs, à l’exception d’un visage apparemment asiatique et une tête enturbannée à la peau mate. 



Sous la pression des utilisateurs, Apple a intégré depuis 2015 des visages de toutes carnations ainsi que des couples gays et lesbiens.




Mais à y regarder de plus près, il semblerait qu’il demeure malgré tout d’autres stéréotypes au sein des téléphones de la marque à la pomme.

C’est ce qu’a mis en évidence le 3ème volet de la campagne de la marque Always #likeagirl lancé récemment.

Dans une vidéo assez efficace, la marque a recueilli les témoignages de jeunes filles face au sexisme des émojis. 
        

Celles-ci s’étonnent de voir les personnages féminins uniquement représentés dans des activités très stéréotypées : coiffure, manucure ou massage alors que les personnages masculins jouent au foot, font du surf, ont un métier. Les filles ont juste le droit de danser le flamenco, de jouer à la bunny-girl ou de se marier.


La marque incite donc les internautes à réclamer des émojis plus représentatifs en tweetant l’émoticône qu’ils ou elles souhaiteraient voir apparaître (footballeuse, avocate, badass…) accompagné du hashtag #likeagirl.

Une demande partagée par 3 jeunes filles sur 4, comme l’a recueilli Always lors de son étude.

Preuve que ce genre de problématique ne se limite plus à la sphère militante mais atteint progressivement le grand public. 

Et qui rejoint le constat que j'avais mis en évidence lors de mon étude sur les applications Iphone pour petites filles.

mardi 15 septembre 2015

Mon top 10 des publicités automobiles les plus sexistes


« Il a la voiture, il aura la femme » : le sexisme outrageant de cette publicité de 1993 peut prêter à sourire aujourd’hui tant il peut paraître désuet. Pourtant, même aujourd’hui, les marques automobiles usent toujours des mêmes ficelles sexistes pour séduire les hommes. Même si les femmes représentent aujourd’hui 65% des achats de nouveaux véhicules, les publicitaires les ignorent, préférant les ravaler au rang d’objets sexuels, de piètres conductrices ou de bimbos décérébrées.

La preuve en 10 campagnes tristement sexistes.

1°) Eco-voiturage (Juin 2014)


 

Pour se faire connaître, certaines marques pensent des campagnes originales, d’autres misent sur le bad buzz quitte à tomber dans l’humour beauf et le sexisme primaire. C’est le cas d’Eco-voiturage et ses visuels d’une vulgarité sans nom : « Elles sont bonnes mais qu’est  ce qu’elles sont connes » « Même les femmes sont autorisées à conduire »  « Accompagner Audette dans son dernier voyage ». Agisme et sexisme : un cocktail détonnant destiné à faire réagir les réseaux sociaux. Même si ici le bad buzz a été anticipé, il a finalement été sous-estimé : dépassé par l’ampleur du tollé, Eco-voiturage a dû précipitamment retirer les visuels et fournir des excuses pour le moins alambiquées : « Veuillez nous excuser pour cette campagne de mauvais goût dans laquelle la dérision nous permettait de mettre le doigt sur des faits que nous ne cautionnons pas. Les tweets ont été supprimés ». 

2°) OuiCar (Juin 2014)


L’exemple d’Eco-voiturage a-t-il donné des idées à OuiCar ? Quelques jours après le bad buzz, la société de location de voiture entre particuliers a en effet mis en ligne sur sa page Facebook un visuel mettant en scène un couple de personnes âgées à bord d’une voiture. L’accroche qui y figure réifie sans ambiguïté la conductrice, l’assimilant à une voiture : « Elle a des kms au compteur. Mais elle me rapporte encore pas mal ». Elle joue également sur la connivence entre hommes en comparant la location de voiture entre particuliers à de la prostitution. Agisme+sexisme = la recette utilisée par Eco-voiturage donnera-t-elle les mêmes résultats ? A suivre.

3°) Citroën (juin 2014)
Coupe du Monde + publicité automobile : la combo optimale pour garantir des publicités 100% sexistes. Ce spot de la marque Citroën intitulé « The sleeping supporter » met ainsi en scène un supporter de football se réveillant tous les 4 ans à l’occasion de la coupe du monde. Après s’être rasé et coupé les cheveux, cet homme de Cro-Magnon moderne enfourne un quignon de pain, puis s’écroule dans son canapé, sans même un regard pour sa femme qu’il embrasse vaguement, ou ses enfants pourtant assis devant lui. Femme soumise et homme beauf : ce scénario digne des années 50 a pourtant été primé aux « Cannes Lions »,  le festival International de le créativité publicitaire. Pas vraiment étonnant quand on sait que 97% des directeurs de création en agence sont des hommes. 

4°) Auto-école Bouscaren (février 2014)



 
Plutôt que de proposer aux futurs jeunes conducteurs un permis de conduire leur permettant de prendre la route ou de prendre la poudre d’escampette, une auto-école du sud de la France leur promet plutôt de prendre une auto-stoppeuse pour 1€ par jour, avec tous les sous-entendus que cela induit. Pour appuyer le propos, la publicité met en scène une jeune femme sexy, jupe courte et talons hauts, le pouce levé.  Depuis, cette sortie de route sexiste a été épinglée par le Jury de Déontologie Publicitaire.

5°) Volkswagen (Janvier 2014)
Ce spot diffusé à l’occasion du Superbowl met en scène un père au volant. Celui-ci explique à sa fille qu’à chaque fois qu’une voiture Volkswagen atteint les 100 000 miles, des ailes d’anges poussent dans le dos d’un ingénieur d’une usine de la marque automobile. Plutôt poétique comme amorce sauf que tous les ingénieurs représentés à l’image sont des hommes. Tous, sauf une jolie brune à lunettes à la fonction non identifiée puisque non ailée. Pour couronner le tout, celle-ci récolte une main, ou plutôt une aile aux fesses dans l’ascenseur.  La poésie est définitivement évacuée lors de la scène suivante : un homme dans une pissotière lorgne d’un œil envieux les ailes plus grandes de son voisin de toilettes, subtile allusion à la taille du sexe.

6°) Ford (2013)





 
En 2013, le viol collectif d’une jeune étudiante en Inde avait suscité beaucoup d’émoi et entrainé une vague de protestation dans tout le pays. Ce climat n’a pour autant pas empêché la marque Ford de lancer cette publicité au goût plus que douteux. Elle représente ainsi Silvio Berlusconi, tout sourire au volant d’une voiture, alors que 3 jeunes femmes aux décolletés avantageux sont  bâillonnées et ligotées dans le coffre. Le slogan évocateur finit d’asseoir le propos avec subtilité : « Laissez vos ennuis derrière vous avec le coffre extra-large de la Figo ».  Des ennuis, la filiale indienne du groupe de publicité WPP en a eu puisqu’elle a dû licencier plusieurs salariés après le scandale provoqué par la campagne.

7°) Seat (2012)
Pour assurer la promotion de ses voitures en Pologne et en Russie, la marque Seat a tout misé sur la plastique et l’esthétique. Mais pas celles de ses véhicules. Elle a plutôt choisi de mettre en avant la carrosserie d’une jeune femme en string, porte-jarretelles et soutien-gorge au cours d’un spot  commandé au sulfureux Alexander Tikhomirov. Dans une chorégraphie digne d’un numéro de lap dance, l’hôtesse commerciale donne de sa personne pour arriver à ses fins : vendre une voiture. Tout y passe : moue langoureuse, contorsions lascives, mordillage de lèvres et frottement de fessiers contre la portière. Avant de repasser derrière le comptoir, comme si de rien n’était et de glisser les clés dans les mains de l’acheteur.

8°) Alfa Roméo (2011)
« Regarde moi, touche moi, possède moi, contrôle moi, exalte moi, déteste moi, aime moi, retiens moi ... Je suis Giulietta mieux que des mots, essaie moi. ". La voix féminine qui susurre ces injonctions à l’oreille des hommes n’est autre que Giuletta…une voiture. Encore une fois dans ce spot, le publicitaire chosifie ici la femme, la ravalant au rang d’objet que l’on possède, que l’on contrôle, que l’on essaie. Et tente de faire croire aux hommes que puisqu’il a la voiture, il aura la femme. Depuis, la marque a rectifié le tir : en 2014, l’accroche de son dernier spot, dans lequel une voix off masculine prend la parole, n’a plus rien de sexiste « La route vous appartient ». Et plus la femme.

9°) Renault (2009)



  En 2009, cette publicité pour la Renault Clio Estate a remporté le prix de la publicité la plus sexiste décerné par les Chiennes de garde. L’affiche met en scène un couple au lit, le nez dans son journal. Alors que Madame dévore « Naissance magazine », Monsieur est plongé dans la lecture d’une brochure vantant les mérites de la Renault Clio Estate. La signature : « Un bonheur n’arrive jamais seul » réduit la femme à son rôle de génitrice tandis que l’homme est décrit comme un grand enfant égocentrique en pleine stratégie d’évitement. Pour elle, le bonheur se résume à un bébé, pour lui à une voiture.

10°) BMW (2008)

 
Une jeune fille, bouche entrouverte et regard enjôleur, offerte et désirable, illustre l’accroche de cette publicité pour les voitures d’occasion BMW « You know you’re not the first but do you really care ? ». (« Tu sais que tu n’es pas le premier mais est-ce vraiment important ?»). Ici la femme est totalement assimilée à la voiture : on s’apprête à la posséder, on rêve du plaisir qu’elle procurera tout en sachant que d’autres sont passés avant. Pour autant, cela ne pose pas vraiment problème. Femme ou voiture, elles restent des secondes mains mais peu importe, c’est le plaisir masculin qui prime.