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mardi 12 janvier 2021

Si à 5 ans t'es pas Greta Thunberg, t'as raté ta vie!

 

La semaine dernière, j’ai vu passer un tweet de Fille d’album mettant le doigt sur un questionnement que j’ai depuis la sortie de mon livre.

Elle pointait l’offre pléthorique de livres jeunesse censés inspirer les enfants, les amener à changer ou à prendre exemple sur d’autres illustres figures enfantines. Pour les plus grands, ces ouvrages s’apparentent même à du développement personnel.

Fille d’album décrit dans son thread les différentes catégories : en mode "toi aussi tu peux le faire"







Avec un bonus s'il y a Greta sur la couverture



Dans un registre approchant, on a les livres de développement personnel pour ado en mode girl power.



Même s’il faut se réjouir d’enfin trouver des ouvrages mettant en scène des role models féminins autre que des princesses passives, on peut aussi se demander si cette avalanche d’enfants exemplaires ne pourrait pas en définitive être contre-productive.

En gros, si à 5 ans t’es pas devenue Greta Thunberg, t’as raté ta vie.

Ces héros en culottes courtes glorifiés au fil des couvertures deviennent alors pour les enfants des statues du commandeur impressionnantes et culpabilisantes.

Comment fait-on si on n’a pas envie ou les capacités de changer le monde ? Est-ce vraiment aux enfants de porter cette responsabilité alors même qu’ils n’ont aucun pouvoir de décision ? Une injonction, même positive (« Ne change jamais ») ne reste-t-elle pas une injonction malgré tout ?

J’ai l’impression que cette course à la performance commence de plus en plus tôt.

Cette question s’était déjà imposée à moi lorsque j’ai écrit mon livre destiné aux 3-6 ans « Les filles et les garçons peuvent le faire aussi ». 


Dans une double page de la partie destinée aux filles, j’évoquais les choix professionnels : « Tu peux, quand tu seras grande, devenir maîtresse d’école car tu aimes beaucoup les enfants, docteure ou bien vétérinaire, tu ne sais pas vraiment. Pas grave, tu as le temps !

Mais tu peux aussi savoir déjà ce que tu veux, vraiment. Pompier, astronaute et même présidente ! Fille ou garçon, tout est possible, le monde t’attend ! ». 

J’avais envie d’offrir des role models variés aux petites filles sans pour autant leur mettre trop de pression. La phrase « Tu ne sais pas vraiment. Pas grave, tu as le temps » était justement là pour dire qu’on a aussi le droit de ne pas savoir.

Une mère m’a écrit peu de temps après la sortie du livre pour me dire que sa fille l’avait adoré. Elle me rapportait, amusée, ses propos : « Tu sais maman, moi je ne veux pas être présidente ou astronaute. Je veux juste rester tranquille à la maison, tout ça c’est trop fatigant ». Preuve que même avec la meilleure volonté du monde, la pression peut être tapie en embuscade.

L’idée n’est pas, bien sûr, de tirer à boulets rouges sur les role models car dans certains cas ils peuvent vraiment faire changer les mentalités, comme l’a démontré une étude américaine. Quand on a demandé à des enfants américains dans les années 70 de dessiner un ou une scientifique, seuls 28 des 4800 enfants participants ont dessiné des scientifiques femmes. Toutes ont été dessinées par des filles et elles représentent moins d’1% des élèves étudiés. Aujourd’hui, comme l’explique cet article « une nouvelle étude publiée dans Child Development et citée par Mashable montre que 28% des enfants dessinent désormais des scientifiques de sexe féminin. Il faut dire que depuis la fin des années 60, les femmes n’ont jamais obtenu autant de diplômes dans les domaines de la science et elles sont beaucoup plus représentées en tant que scientifiques dans la pop culture. ».

Une étude menée récemment par 2 chercheuses anglaises a néanmoins pointé les limites des roles models comme seuls outils de lutte contre les inégalités. « Une représentation accrue n'est pas en soi susceptible d'être efficace si cette représentation est négative » explique une des 2 chercheuses.

Tout d’abord, les filles qui ont été interrogées lors de cette étude étaient parfaitement conscientes des expériences négatives vécues par les femmes célèbres, notamment la misogynie en ligne dirigée contre les femmes politiques, les célébrités et les militantes, en particulier les femmes noires ou asiatiques. Elles ont également trouvé que les médias traditionnels représentaient les dirigeantes de manière humiliante et stéréotypée et jugeaient les femmes plus durement que leurs homologues masculins.

Enfin, les filles n’avaient qu’une expérience limitée de la prise de décision : la présentation de modèles éloignés via divers médias ne peut pas compenser cela. Pour la plupart des filles de l'étude, leurs responsabilité se limitaient à leur vie domestique. Si certaines matières scolaires ont donné l'occasion de pratiquer le débat et la prise de décision collaborative, dans l'ensemble, il était peu probable qu'elles aient un avant-goût du leadership.

Les chercheuses concluent : « Ces résultats sont troublants. Ils suggèrent que la participation aux représentations médiatiques des femmes aux yeux du public a un effet dissuasif sur les filles en raison des conditions de visibilité des femmes. Même lorsque ce n'est pas le cas, les modèles proposés sont probablement des femmes qui viennent de positions avantageuses, ce qui signifie que leurs expériences peuvent ne pas résonner avec de nombreuses filles. Enfin, les modèles éloignés ne peuvent pas compenser une infrastructure pour les jeunes très réduite, et de nombreuses écoles en difficulté ne sont pas non plus en mesure de compenser cela. Les filles de notre étude s'intéressaient aux processus de leadership, à différents modèles, et en particulier au leadership pour la justice sociale, mais elles manquaient d'occasions de développer de tels intérêts. »

Au-delà de cette question de la représentativité se pose celle du culte de la performance instillé dès le plus jeune âge.

Pour conclure, je citerai ces mots lumineux issus du dernier livre de Lola Lafon « Être fragile est devenu une insulte. Qu’adviendra-t-il des incertaines ? De celles et de ceux qui ne s’en sortent pas, ou laborieusement, sans gloire ? On finit par célébrer les mêmes valeurs que ce gouvernement que l’on conspue : la force, le pouvoir, vaincre, gagner ».

 

 

 


mercredi 23 septembre 2020

Pourquoi les femmes payent très cher les timides avancées en matière de droits des femmes?

 

Cette semaine, je suis tombée sur un chiffre qui a attiré mon attention : « 69% des Français ont le sentiment de vivre dans une société patriarcale. » 

C’est en soi une excellente nouvelle aussi bien sur le fond que sur la forme : l’existence même de la question au sein d’un sondage grand public est le signe fort qu’un changement de mentalité est à l’œuvre (auparavant le mot « patriarcat » étant plutôt réservé au vocabulaire de la sphère militante). Le fait de constater qu’une grande majorité des répondants estime donc avoir le sentiment de vivre dans une société fondée sur la détention de l’autorité par les hommes, dans un système où le masculin incarne à la fois le supérieur et l'universel est très encourageant.

Pourtant, à l’heure où le féminisme devient tellement bankable qu’il s’imprime sur des t-shirts à 450€, j’ai du mal à complétement me réjouir (une féministe qui annonce une bonne nouvelle c’était forcément suspect).

J’ai du mal à me réjouir car les femmes payent déjà très cher ces avancées, de #metoo à l’intérêt grandissant du public sur la question des sujets féministes.

Oui, on n’a jamais autant parlé des violences sexistes et sexuelles.

Pourtant les féminicides augmentent. En 2019, 146 femmes ont été tuées par leur compagnon ou ex-conjoint, selon le ministère de l’intérieur. C’est 25 de plus qu’en 2018.

Pourtant, un ministre visé par des accusations de de viol se permet de lancer une blague sexiste en pleine audition au Sénat « « Je me ferais un plaisir de passer une soirée, une nuit, une journée avec madame la sénatrice»

Oui, on n’a jamais autant parlé des corps des femmes, du body positive au vêtements à message s’affirmant en toutes lettres féministe

Pourtant une femme s’est vu refuser l’entrée du musée d’Orsay à cause de son décolleté

Pourtant partout en France, des lycéennes se sont habillées avec des décolletés et des jupes courtes pour protester contre les règlements sexistes de certains établissements scolaires

Pourtant cet été des gendarmes sont intervenus pour demander à des femmes qui bronzaient seins nus sir la plage de remettre leur haut.

Comment expliquer ces montagnes russes, ces avancées à pas de fourmi immédiatement suivies d’un recul à pas de géants ? C’est justement ce qu’explique Susan Faludi dans son livre « Backlash » (en français « le retour de bâton) et que dont je vous conseille vivement la lecture.

Il date des années 90 mais n’a pas pris une ride (pas sûr qu’il faille s’en réjouir d’ailleurs).

Cet essai pointe de manière percutante l’ « excessive réactivité des hommes aux victoires les plus microscopiques des femmes », chaque avancée du droit des femmes étant systématiquement suivie d’une offensive réactionnaire.

Aux Etats-Unis, alors que l’emploi féminin et le contrôle des naissances ont nettement progressé dans les années 70, les représailles ne se sont pas fait attendre dans les années 1980, à l’image du vote de réglementations draconiennes sur l’emploi des femmes ou l’interruption de la recherche sur la contraception.

« Rien n’abîme davantage les pétales masculins que la plus légère ondée féministe car elle est perçue comme un déluge » explique Susan Faludi. Une phrase tristement d’actualité.


mardi 5 mars 2019

Quelques nouvelles de mon livre + dédicaces


Voici quelques nouvelles de mon livre sorti le 14 février dernier!

Je suis ravie et touchée des retours de mes petit.e.s lecteur.rice.s et j'ai hâte de pouvoir les rencontrer lors des prochaines dédicaces!

Voici le livre dans leurs petites mains (courage aux parents de monfilsenrose qui ont dû se taper la lecture 53 fois!)




 Le livre a été également cité dans les médias : merci "Le Monde", "La maison des maternelles", LCI, TV5Monde (je suis interviewée à la 19ème minute), "Paroles de maman"...

Voici les événements à venir:
- Je serai en dédicace au Salon du livre le 17 mars de 11h à 13 h sur le stand d'Edi8/Gründ
- Je participerai en direct du Salon du livre le 17 mars à 17h à l'émission de Louise Tourret "Etre et savoir" sur France Culture
- Je serai en dédicace à la Fnac de Rosny 2 le 20 mars de 15h à 18

D'autres dédicaces sont prévues mais je n'ai pas encore les dates définitives.

J'ai hâte de vous y rencontrer :-)


vendredi 6 avril 2018

Concours - Un exemplaire de "Ne tournez pas la page" de Seray Sahiner" à gagner!




Belleville Editions est une maison que j'ai découverte récemment sur Twitter.

Ses 2 fondatrices, Dorothy Aubert et Marie Trébaol, parcourent le monde pour dénicher des pépites littéraires dans des langues habituellement délaissées par les éditeurs français.

Depuis 2015, elles donnent la parole à des femmes et des hommes du Moyen-Orient, d’Amérique latine, d’Europe du Sud-Est et des Balkans… Leur but : être le porte-voix de celles et ceux qu’on entend moins.

Récemment, leur thématique "Les femmes turques lèvent le poing" a particulièrement attiré mon attention, notamment l'ouvrage "Ne tournez pas la page" de Seray Şahiner voix montante du féminisme en Turquie, auteure et journaliste engagée.

Ce titre nous invite à ne pas fermer les yeux devant les violences conjugales, à ne pas tourner la page des "faits divers" dans laquelle les féminicides sont habituellement consignées. Roman à la fois sombre,cru mais aussi plein d'espoir, il nous lance à tout.e.s un défi : passer à l'action, tourner la page pour découvrir qu'une autre issue est possible. Lumineux.

Je vous propose aujourd'hui un concours pour gagner cet ouvrage ainsi qu'une jolie affiche, tous 2 offerts par Belleville Editions.

Le principe : poster un commentaire dans lequel vous citerez le nom d'une femme qui vous inspire, célèbre ou pas, et pourquoi.

Vendredi 13 avril, je tirerai au sort un.e gagnant.e et annoncerai les résultats ici même.

Pour celles et ceux qui n'auraient pas la chance de gagner, Belleville Editions vous offre les frais de port sur votre commande en ligne +  une petite surprise qui sera jointe à votre colis avec le code TOUTALEGO (je ne touche rien sur les ventes, je précise).

Alors, à vos marques, prêts, jouez!


lundi 16 octobre 2017

Mes lectures : "Femmes et santé, encore une affaire d'hommes?" de Muriel Salle et Catherine Vidal



« Femmes et santé, encore une affaire d’hommes ? » de Muriel Salle et Catherine Vidal

Les liens entre santé et genre mont toujours énormément intéressée. En 2014, j’avais d’ailleurs écrit un article à ce propos pour le site Womenology ainsi qu’un article pour Slate sur le thème du genre et de la santé mentale

Le sujet est passionnant car on pense, à tort, que s’il y a un domaine dans lequel les femmes sont favorisées c’est bien celui de la santé, notamment car elles vivent plus longtemps que les hommes. 

Pourtant, si elles sont mieux suivies, celles-ci sont moins bien soignées que les hommes. Elles vivent certes plus longtemps qu’eux mais en moins bonne santé. 

C’est ce que nous apprend « Femmes et santé, encore une affaire d’hommes? », un petit livre très pédagogique de Muriel Salle et Catherine Vidal. Cette différence s’explique parfois par une raison financière (dans 35% des cas les femmes renoncent à des soins par manque de moyens). Mais aussi parce qu’elles souffrent de maladies que l’on s’imagine « masculines » , donc diagnostiquées moins rapidement et soignées plus tardivement (comme les maladies cardiovasculaires). Le poids des stéréotypes va considérablement en biaiser la détection : pour les mêmes symptômes de troubles cardiaques, ceux des femmes ont ainsi 3 fois plus de chance d’être attribués à des raisons émotionnelles qu’à des causes biologiques.

Alors même que les médias et les marques n’ont de cesse de nous rebattre les oreilles avec octobre rose et son cortège de pinkwashing, les maladies cardiovasculaires demeurent la première cause de mortalité  des femmes dans le monde, bien avant le cancer du sein qui n'occupe que la dixième place. Sans pourtant bénéficier de la même couverture médiatique rose bonbon. Les femmes sont, de plus, davantage vulnérables que les hommes à cette maladie :56% en meurent contre 46% des hommes.

Autre biais lié à un stéréotype de genre : le sous-diagnostic de l’autisme chez les petites filles. Le retrait sur soi, la timidité sont en effet considérés chez les filles comme de la timidité et de la réserve alors qu’ils sont interprétés chez les garçons comme un indice de trouble de la communication. Ces derniers étant censés être « naturellement » plus expansifs et dynamiques que les filles. Inversement, la dépression sera sous-diagnostiquée chez les hommes car la faiblesse émotionnelle, signe de vulnérabilité, n’est pas socialement admise et ne sera donc pas exprimée. Ils présenteront en revanche d’autres symptômes qui satisfont davantage aux critères de la virilité (colère, agressivité, consommation d’alcool et de drogue).

Pour changer les choses, les auteures estiment que la mise en œuvre d’un système de santé égalitaire ne dépendra pas seulement de la bonne volonté des professionnel.le.s de santé mais nécessitera un changement de société plus large. « Les conditions de travail et de rémunération des femmes, leur accès à la prise de décisions stratégiques, politiques et économiques sont également déterminantes. Il s’agit d’impulser et de promouvoir une culture de l’égalité entre les sexes. Veillons… ».

Livre envoyé par l'éditeur


mercredi 10 juin 2015

Résultat du concours pour gagner le livre "Travailler à tout prix"!

Merci à tous et toutes pour vos participations, certaines de vos anecdotes sur le monde du travail m'ont fait froid dans le dos, d'autres m'ont amusée ou touchée.

La gagnante du concours, d'après Random est donc...le commentaire N° 4, Chulinetti!


Merci de me contacter par mail (sophiegourion(@)hotmail.fr) pour que je puisse te faire parvenir le livre!

mardi 9 juin 2015

Vendre ses livres sur internet : j'ai testé Gibert Joseph et Momox



Je n’ai pas lu le livre de Marie Kondo sur le rangement, pour autant je m’astreins régulièrement à faire le vide dans la chambre des enfants (c’est une tâche partagée, mon mari s’occupe de celle de mon fils,  moi de celle de ma fille).

Nous donnons, vendons et cette activité de tri est très intéressante pour les enfants : elle leur permet de redécouvrir des jouets ou livres mal rangés et donc oubliés et de faire le point sur leurs possessions.

Comme je leur refuse rarement un livre, nous sommes rapidement encombrés par les ouvrages. Contrairement aux jouets, il est plus difficile de les vendre : ils pèsent lourds, donc il est parfois compliqué de les transporter jusqu’aux magasins d’occasion (parfois pour rien, c’est la loterie de l’achat-vente). Quant à vendre sur le bon coin, cela oblige à démultiplier les envois pour des sommes minimes.

En cherchant un peu sur le net, j’ai trouvé 2 moyens de vendre ses livres en sachant tout de suite ce qui est repris ou pas et sans se déplacer en magasin : Momox et Gibert Joseph.

Voici donc une petite synthèse de mon expérience :


 
-       Principe : En entrant le code barre de votre livre (à la main, c'est assez fastidieux), vous connaissez tout de suite le montant de votre vente. Un minimum de 15€ est nécessaire pour conclure votre vente.

-       Livraison : Attention, le montant total de votre vente diffère selon le mode d’envoi choisi. Ex : pour un dépôt au bureau de poste ma vente s’élevait à 26€ contre 35€ si je choisissais un dépôt en magasin. Les frais de port sont donc indirectement déduits.

-       Mon expérience : J’ai vendu 16 livres pour un montant de 26€ et ai été payée par virement une semaine après l’envoi du colis. En revanche 3 livres ont été refusés car non conformes à la charte de qualité de l’enseigne. Si je souhaitais les récupérer, les frais de port étaient à ma charge. De mémoire, l’un des livres avait un coin de la couverture un peu plié, les autres me paraissaient en très bon état mais en effet pas proche du neuf. Attention donc à l’état des livres que vous envoyez.




-       Principe : En entrant le code barre de votre livre (à la main, c'est assez fastidieux), vous connaissez tout de suite le montant de votre vente. Un minimum de 10€ est nécessaire pour conclure votre vente.

-       Livraison : contrairement à Gibert Joseph, le port est gratuit, avec dépôt à la poste

-       Mon expérience : J’ai vendu 14 livres pour un montant de 30,75€. 2 semaines après l’envoi des livres, je reçois un mail m’informant du virement d’un montant de 1,03€. En effet, seul un livre a été réceptionné sur les 14 alors qu’ils faisaient partie du même carton. Perdre un livre je veux bien mais 13 ! Difficile de le prouver néanmoins car le poids ne figure pas sur le bordereau d’envoi, uniquement un cachet de la poste. Je me fends donc d’un mot assez virulent sur la page Facebook de Momox et la manœuvre semble porter ses fruits. En effet, je reçois rapidement un mot du service client m’informant que les 13 livres ont miraculeusement été retrouvés ! Néanmoins, l’un d’entre eux (le plus cher) a été refusé car non conforme à la charte de qualité.  Je me console en me disant que l’essentiel est que les 13 livres aient été retrouvés avant de recevoir un autre m’informant que, finalement, ma commande a été entièrement acceptée. J’ai reçu mon virement 2 jours après.

En conclusion, suite à ma mésaventure, je recommanderais davantage Gibert Joseph que Momox. Néanmoins, ces derniers semblent faire l’unanimité sur le net si l’on jette un œil aux forums et avis de consommateurs. Et ils ont été malgré tout réactifs suite à mon message sur Facebook.

Si vous souhaitez donner des livres, pensez à Recyclivres.com, une entreprise éco-citoyenne qui vient gratuitement récupérer vos livres et les revend ensuite sur internet. Recyclivre reverse 10% de son chiffre d'affaires à des programmes ayant des actions concrètes en faveur de l'éducation, et s'associe avec des partenaires qui privilégient l'embauche de personnes en difficultés. Si vous pouvez vous déplacer, pensez également à donner vos livres au Secours Populaire qui les reprend.

mercredi 3 juin 2015

Concours pour gagner le livre "Travailler à tout prix" de Cédric Porte et Nicolas Chaboteaux


Il y a quelques jours, je vous parlais ici du livre de Cédric Porte et Nicolas Chaboteaux : "Travailler à tout prix, dont j'avais beaucoup apprécié la lecture.

Aujourd'hui, je vous propose de gagner un exemplaire de ce livre sur le blog.

Pour participer, il suffit de me raconter en commentaire la meilleure ou la pire anecdote vécue au cours de votre vie professionnelle.

Je tirerai ensuite au sort un des commentaires mercredi 10 juin et annoncerai le résultat sur le blog.

Bonne chance!


lundi 1 juin 2015

J'ai lu "Chez soi, une odyssée de l'espace domestique" de Mona Chollet

 
Quand on se réjouit de rater son métro pour pouvoir replonger avidement dans sa lecture, on sait que l’on a en main un très bon livre.

Après avoir adoré « Beauté Fatale » de Mona Chollet (j’en ai parlé à plusieurs reprises ici mais aussi dans un article pour Slate), j’ai dévoré « Chez  soi, une odyssée de l’espace domestique » de la même auteure.

J’ai le curieux sentiment que les livres de Mona Chollet font écho à chaque fois à des périodes-clés de ma vie, qu’ils résument avec talent les contradictions que je ressens à l’instant T. 

Quand j’ai lu « Beauté fatale », qui évoquait les nouveaux visages de l’aliénation féminine, je venais de quitter la World Company de la cosmétique après 11 ans de bons et loyaux services. En tournant les pages frénétiquement, je prenais alors conscience, entre jubilation et accablement, de la mécanique implacable des industries du « complexe mode-beauté ».

Aujourd’hui, après avoir réinvesti mon chez-moi en passant du statut de salarié à celui de free-lance, je me plonge avec délectation dans « Chez soi », véritable ode à la sagesse des casaniers, si souvent dénigrés. Oui, je l’avoue, je fais partie moi aussi de cette espèce étrange qui adore les retours de vacances et se réjouit de retrouver son intérieur, entre impatience et excitation.

Mais « Chez soi » ne se borne pas à être un éloge des charentaises et du plaid en pilou, loin de là. L’essai envisage le foyer sous toutes ses facettes, davantage comme une fenêtre ouverte sur le monde extérieur et ses perturbations qu’un cocon imperméable d’ailleurs.

Impossible en effet d’être totalement coupé de la civilisation grâce à internet : « Vous pouvez bien chasser le monde par la porte : il revient par la fenêtre qui scintille sur votre bureau. Et cela change tout. Dès lors, s’isoler chez soi ne revêt plus du tout la même signification ». Une fenêtre qui peut également se transformer en trou noir au pouvoir d’attraction irrésistible et aux nombreux effets indésirables: infobésite, peur de rater quelque chose ou dépendance compulsive.

Impossible non plus, même confiné entre ses 4 murs, d’échapper à la dureté du monde extérieur dont la crise immobilière constitue l’une des facettes. Aujourd’hui, le vrai luxe c’est l’espace, comme l’affirmait une publicité célèbre il y a quelques années et cette situation impose des choix cornéliens : « Payer un loyer exorbitant, se laisser dévorer tout cru par un crédit ; partir à la campagne et passer sa vie dans les transports ; partir à la campagne et s’enfoncer dans la pauvreté…il faut se rendre à l’évidence : pour ceux qui n’ont pas la chance d’avoir conservé un loyer d’il y a 20 ans, d’avoir acheté il y a longtemps ou fait un héritage, il n’existe que des mauvaises solutions aux problèmes de logement actuels. » Alors, on fait contre mauvaise fortune bon cœur en s’enchantant des « tiny houses » et autres « living small » qui érigent les petits logements en mode de vie cosy.

Après l’espace, l’autre vrai luxe contemporain, le temps, est abordé dans le chapitre « À la recherche heures célestes ».  « Si la clé du bonheur c’est d’être maître de son temps, comme le conclut le documentariste allemand Forian Optiz (…) alors ce monde compte peu d’heureux. Une longue période – ne parlons pas d’une vie entière – qu’on est libres d’occuper à sa guise et au cours de laquelle, délivré de toute contrainte, on peut suivre son propre rythme : ce luxe suprême, hormis les rentiers, bien peu de gens y ont accès, du moins pas avant la retraite ». Par opposition,  le seul temps valorisé est celui qui est productif, rentable : « Le temps soudain vidé de sa comptabilité monnayée tourne au temps mort, c’est à peine s’il existe ».

Un temps libre, bien inéquitablement distribué, comme l’explique le chapitre « Métamorphoses de la boniche » : « En moyenne, selon la dernière enquête « Emploi du temps », les hommes vivant en couple effectuent 1h17 de travail ménager par jour et les femmes 2h59 ; avec un enfant de 3 ans ou plus cela devient respectivement 1h09 et 3h17 (même si ce temps ne concerne pas les soins aux enfants, évalués séparément, mais bien le ménage et les courses) ». « Quoi qu’elles puissent faire, les femmes restent comme marquées au fer rouge de la domesticité. Qu’elles soient revenues en masse sur le marché du travail à partir des années 60 n’y a pas changé grand-chose. Comme l’écrit Christine Delphy, elles ne sont libres que de « fournir un double travail contre une certaine indépendance économique ».

Pour autant, même si elle considère le travail féminin comme un facteur d’indépendance financière, Mona Chollet ne le valorise pas outre-mesure, elle semble même être favorable à l’instauration d’un salaire ménager, en citant notamment une des ouvrières de Lipp qui affirmait  « Mon salaire me libère, mon travail m’écrabouille ». « Les défenseurs du revenu garanti ont bien conscience qu’une telle mesure ne changerait pas la nature du système. Ce qu’ils veulent, en assurant à chacun les moyens de vivre sans être obligé d’avoir un travail rémunéré, c’est remédier à une situation bloquée, donner de l’air à une société au bout du rouleau, permettre à du neuf de surgir. Le tout en acceptant de ne pas savoir à l’avance où mènera le processus, en laissant aux gens la possibilité de réfléchir à leur désirs et de reprendre du pouvoir sur leur vie, en faisant confiance à leurs ressources propres, au lieu de fournir clé en main une émancipation pensée à leur place ».

J’avoue avoir trouvé cette réflexion particulièrement rafraichissante car j’ai lu trop souvent des remarques méprisantes adressées aux femmes au foyer par des féministes. Ces dernières souhaitaient libérer les femmes à leur place, à l’image de Gisèle Halimi qui affirmait « Être une femme au foyer reste un choix, et il est respectable, mais c'est un choix qui n'est pas compatible avec la démarche de libération des femmes».

J’ai néanmoins trouvé une certaine incohérence dans la critique teintée de condescendance que Mona Chollet adresse ensuite à Mimi Thorisson, une blogueuse culinaire à l’univers esthétique ultra-léché : « Voici une femme cultivée, qui parle 5 langues, qui a étudié la finance, travaillé dans la mode, a été productrice pour CNN mais qui a finalement a trouvé le bonheur en s’installant à la campagne pour se consacrer à la cuisine et la vie de famille. Toutes les opportunités s’offraient à elle, et elle, a choisi de rentrer à la maison : n’est-ce pas merveilleux ? ». Pour Mona Chollet, le blog de Mimi Thorisson impliquerait la « réactivation d’une mystique féminine conservatrice ». A ses yeux donc, pas de choix éclairé de la part de la blogueuse (qui, soit dit en passant, est à mon sens davantage une business woman qu’une femme au foyer) : elle ne ferait que subir  la prégnance de modèles ancestraux.  Il n’est bien sûr pas question de nier ici l’influence de l’imagerie domestique ou la valorisation des  archétypes de la féminité parfaite. Il me semble juste un peu réducteur de nier les choix personnels d’une femme et de juger sa réussite personnelle à l’aune de ses propres critères ( en prenant un métier intellectuel comme modèle d’accomplissement personnel). Si Mimi Thorisson a préféré écrire un blog, animer des émissions de télévision et écrire des livres plutôt que devenir trader est-ce nécessairement parce qu'elle est conditionnée? Doit-on forcément considérer cela comme un échec qui porterait atteinte à toutes les femmes?

Cette réserve mise à part, la lecture du livre de Mona Chollet m’a littéralement transportée. 

Etrange paradoxe pour un ouvrage qui parle du bonheur de rester chez soi !

"Chez soi, une odyssée de l’espace domestique", Mona Chollet, Editions Zones