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mercredi 27 août 2014

Concours d'écriture : interview de Dominique Bochel Guégan



Aujourd'hui j'ai le plaisir d'interviewer Dominique Bochel Guégan,  2ème prix du concours d'écriture organisé sur le blog.

Vous pouvez retrouver sa nouvelle "Briques à la sauce caillou" ainsi que 10 autres textes inédits sur le site de Librinova.

Bonjour Dominique, peux-tu te présenter ?  

Bonjour, Dom, ½ siècle au compteur et pas mal de kilomètres parcourus. Je vis entre le continent africain et le continent européen, avec ma famille, mes chats et mes trois tortues, et je navigue à vue entre entreprenariat et chroniques société sur le Plus/Nouvel Obs en espérant un jour arriver à bon port.

Comment es-tu venue à l’écriture ?

Par mon ancien blog, ménagères de moins de 50 ans, qui m’a donné le goût des chroniques et des billets d’humeur, qui m’a permis de comprendre aussi l’intérêt presque thérapeutique d’écrire ses grands bonheurs et ses petits malheurs quotidiens.

Aujourd’hui, je n’écris plus sur moi, mais le Nouvel Obs m’offre le plaisir ineffable de pouvoir râler sur tout et n’importe quoi par écrit, mes proches ne l’en remercieront jamais assez.

Qu’espérais-tu en participant au concours ? Comment t’est venue l’idée de la nouvelle « Briques sauce cailloux» ?

Je n’espérais rien, je n’attendais rien, si ce n’est de relever un petit défi personnel, celui de dépasser les deux pages. L’idée, elle ne m’est pas venue car elle est en moi depuis déjà longtemps, presque un besoin, comme une évidence.

Qu’est ce que le prix a changé pour toi ? (même si c’est assez récent !). Que conseillerais-tu à ceux qui hésitent à se lancer ?

Il n’a changé qu’une chose mais elle est essentielle, c’est de me dire qu’il est possible d’aller plus loin, d’oser aller plus loin. Que deux pages, ou sept, ou quatre cents, finalement, c’est pareil et que c’est un voyage désormais possible qui a commencé avec ce premier pas.

Un conseil ? Ecrivez, c’est tout. Faites juste le premier pas.

Quels sont tes rituels d’écriture ? Où trouves-tu l’inspiration ?

Si je dis aux wc ? la douche ? Au coucher ? En fait, ce sont des mots qui se bousculent dans les moments calmes, ces rares instants dans nos vies furieuses où l’on peut entendre non pas notre silence intérieur, mais au contraire nos dialogues intimes. Des mots  murmurés que parfois je retiens, que parfois je note, et qui sont l’ébauche d’une idée, d’une phrase, d’un commencement ou d’une fin,  d’une ossature à nourrir.

Quels sont tes écrivains préférés ? Et tes blogs préférés ?

Je n’ai plus de blog préféré depuis longtemps, je surfe aujourd’hui vraiment, ce qui est à mon sens l’essence même du web, se laisser porter par l’intérêt de blog en blog, de tumblr en tumblr, de site en site en laissant sa part au hasard.
Je fuis surtout tous les blogs qui ne sont que prétexte à publicité, billets sponso déguisés ou non et petite vitrine commerciale. Là je viens de fermer ma page facebook, et je reviens de plus en plus à la vie en dehors des pixels, celle où on écrit des courriers et non plus des statuts. Je ne conserve que Twitter pour son instantanéité, ce flux permanent de choses sérieuses qu’une autre qui ne l’est pas viendra chasser et que tous auront oublié avant la fin de l’heure.

Mes écrivains préférés ? Du moment alors…
Lionel Shriver pour ce livre « Tout ça pour quoi » que j’aurais tant aimé écrire (et tous les autres que j’ai, de fait, dévorés).
Céline pour le « voyage au bout de la nuit » dont il faut absolument passer les 120 premières pages soporifiques pour apprécier la brutalité et l’ironie de ses mots.
Marc Dugain, pour tous ses livres et son regard inspiré et connaisseur sur l’histoire du monde, et surtout dans son dernier livre « l’emprise » qui résume si bien la vanité des politiques actuels et l’iniquité de leurs petits calculs personnels dans la quête du pouvoir.
Et Zola, Ken Follet, Pagnol, Stephen King, bon, en réalité je lis un peu tout ce qui me tombe sous mes lunettes de presbyte

Es-tu plutôt livre numérique ou papier ?

Avant, j’étais papier, irréductiblement papier, mais ça c’était avant. Avant de découvrir que la tablette économisait la nature, qu’on pouvait emporter l’équivalent de la Bibliothèque Nationale dans sa valise, or je bouge souvent avec ma valise et l’excédent de bagage coûte l’équivalent de la peau des fesses. Qu’il suffisait d’appuyer avec son doigt, même plein de chocolat fondu, sur un mot compliqué pour en avoir la définition et surtout, surtout, que cela permettait de lire au lit tout en laissant son conjoint ronfler peinard à ses côtés, et ça, ça n’a pas de prix. (Pour tout le reste, il y a les boules Quiès).

Quels sont tes prochains projets d’écriture ?

Hmm, je n’en sais rien, ou plutôt si, mais après le premier pas, il y a le second et il n’est pas moins difficile à faire.

mercredi 16 juillet 2014

Concours d'écriture : "La chimio et ses thérapies" par Gwen Proc



Aujourd'hui j'accueille sur le blog Gwen Proc, une des participantes au concours d'écriture.
Voici sa nouvelle : "La chimio et ses thérapies".


Le 22 mai 3012

Je me sens enfin adulte ! Ma maturité engrange une réflexion pure, limpide et pertinente mais mon physique est tout bonnement arrivé à son apogée : juste ce qui est souhaité ! J’ai 25 ans, je suis mince, je suis blonde, je suis diplômée en communication, j’ai signé mon premier contrat à durée indéterminée, je suis amoureuse, je viens de signer mon premier bail ! De plus, je suis une croqueuse d’épicurisme. Cette vie, je la mords à pleines dents et ne la modifierai pour rien au monde.

Aujourd’hui

j’ai 27 ans, et tout a changé ….

Je maudis cette ligne fixe.
Depuis son installation quelques mois plus tôt, les opérateurs de call center s’en donnent à coeur joie… Mes amis aussi. Alors, lorsque j’entends cette sonnerie, je cours tant bien que mal, clopin-clopant après cette cicatrisation abdominale rapide suite à l’ablation d’un kyste sur l’ovaire démesuré, mais pas suffisamment à mon goût, réjouie par l’idée qu’il s’agisse d’un long échange de potins et débats existentiels (ou non) en tout genre.
Ce n’était pas le cas. “Mademoiselle? Je suis désolé de vous l’apprendre ainsi mais vos résutats d’analyse sont arrivés et …”.Ces quelques mots échangés ont bouleversé le cours de mon existence. Ce chirurgien mal à l’aise et compatissant a mis à mal mes perspectives d’avenir à jamais. Ces mots qu’il a prononcé ont été d’une telle dureté que j’en frissonne encore en vous l’écrivant: foyer invasif de cellules cancéreuses agressives. Le couperet etait tombé. Six semaines d’attente qui m’ont rendues si confiante car le problème semblait bénin. Un simple accident de parcours… 
La solution chirurgicale semblait toute trouvée, une ovariectomie (ablation du second ovaire) ainsi qu’une ablation des ganglions lymphatiques (ganglions porteurs, dans un cas extrême, de cellules cancéreuses dans le corps), un curage aortique et une ablation de l’épiplon (si vous désirez vous renseigner, comme je l’ai dit dans un article précédent, âmes sensibles s’abstenir). Et une chimiothérapie…
Groggy et croulant sous le poids de ces nouvelles presque insupportables, ma réaction première fut  conduite par mon instinct animal, celui qui régit tout espèce naturelle de l’univers: la procréation. “Pourrai-je avoir un bébé?” “Non, je suis désolé”, me répondit-il*. Et là, après avoir convenu d’un rendez-vous en extrême urgence, j’ai raccroché et j’ai pleuré. J’ai sangloté en appelant mon fiancé et ma maman à l’aide. Ces êtres si chers à mon coeur qui ont bravé le temps, couru dans la neige, conduit à toute vitesse sur des routes verglassées en oubliant toute prudence. Tout cela pour me réconforter.
Et là, j’ai décidé de relever la tête, de ne pas laisser mes épaules s’affaiser sous le poids croulant de ces néfastes nouvelles, puis tout s’est enchaîné. 
 
“La beauté du ciel est dans les étoiles, la beauté des femmes est dans leur chevelure”... Ou pas!
Ce qui est extraordinairement génial quand vous vivez une expérience de vie comme la mienne, c’est que vous sautez le cap de grandes étapes avec parcimonie de sentiments désagréables. Affronter sa destinée donne le sentiment de relativiser énormément. Comme pour la ménopause à 25 ans. C’est presque un élément qui est passé entre les mailles du filet et pourtant, il est dit, par Simone de Beauvoir, que “la crise de la ménopause coupe en deux, avec brutalité, la vie féminine”. C’est une étape péniblement importante! Pas pour moi. Les effets secondaires arrivaient, mais dans quelle mesure en comparaison des traitements qui allaient suivre.
 La sélection de ressentis, sensations, impressions opérée par mon cerveau est parfois un mystère pour moi! Je tire souvent des leçons de mes propres expériences pour laisser constamment évoluer mes pensées et je tente d’acquérir une certaine “sagesse” (je place des guillemets car le mot est fort!) et mon instinct protecteur m’indique que j’ai acquis une préférence pour la protection des sentiments des autres en étouffant quelque peu les miens.
 Alors, je me suis mise à avoir peur. Peur de ce qu’il allait ressentir en découvrant l’effet secondaire le plus définitif de ce traitement: la perte de mes cheveux...
 La douleur, c’est supportable! La perte de féminité visible, ça l’est moins! Cette rupture s’est établie lorsque j’ai découvert, pour la première fois dans la glace, ce boîtier au-dessus de ma poitrine, porte-à-cathéter dont la visibilité apparente signifiant que j’étais comme marquée au fer, portant la mention “j’ai un cancer!”
 Je n’ai jamais eu autant de dégoût pour l’affirmation de ce qui était en train de m’arriver, de cette perte de féminité en puissance qui allait gagner du terrain et de la vitesse, qu’en ce moment-là. J’avais littéralement  le coeur au bord des lèvres.
 Mais un des mes atouts principaux est la facilité à assimiler un fait indésirable. Je comparerai mon propre système limbique à un ordinateur dont le classement de dossiers en cours s’effectue inéxorablement de manière rapide  pour passer ensuite au suivant. Cela peut vous sembler sévère, impitoyablement froid et dur, mais cette auto-gestion est une bénédiction pour survivre à la bataille frontale que je devais faire à la maladie, c’est l’art de ma propre guerre....

 Bref, je m’égare des sentiers battus de l’histoire trouble de mon alopécie dont je vais vous raconter quelque anecdote. Cela vous inspirera peut être un sentiment drôle et touchant.
 Je l’ai choisie, cette perruque blonde en matière synthétique qui me donnait des faux-airs de Barbie... Et, tant mieux! Si vous devez porter de faux cheveux, autant jouer une carte à fond! La mienne, celle du symbole ultra féminisé d’une poupée figée qui contrebalançait cette perte de féminité occasionnée par la chute inévitable de ma pilosité. Et, avez-vous déjà vu une perruque qui n’y ressemble pas? Savez-vous quel est le coût d’un assemblage de cheveux naturels? Pour être gravement atteint d’une maladie, soyez dans l’opulence! Cela me rend cynique, mais le débat est tout autre...
 Mes cheveux, que j’avais eu tant de mal à renforcer, abîmés par cette vanité de vouloir toujours être parfaite et par la chaleur du fer à lisser allaient disparaître presque une année.
 Alors, j’ai joué avec les coiffures, le carré plongeant, la crête en pagaille puis la vérité m’explosa en plein visage. Enfin, sur le visage lorsque j’ouvris les yeux et découvrit ce coussin recouvert d’une pelade annoncée, ingérée, digérée, mais tout de même surprenante...
 Je pris le taureau par les cornes et fis moi-même ce que les professionnels de coiffure et perruquiers m’avaient proposé de faire à ma place. Je voulais exécuter le geste fort et symbolique qui signifiait au plus profond de moi-même que j’étais la seule à prendre mon corps et mes émotions en charge durant la maladie. Je voulais que mon propre moi intérieur dise juste une fois qu’il y a peu de femmes dont “le mérite dure plus que la beauté”. Et en tenant le rasoir, en déracineant cet amas de cellules mortes que sont les cheveux pour ces mois interminables, j’ai senti que je faisais partie,un court instant, de cette catégorie de femmes.
 Une fois ce geste exécuté, je savais que l’autre combat, celui contre moi-même, était commencé...
 La meilleure arme contre le malaise des personnes qui vous entoure, c’est l’humour. Vous évitez ainsi qu’on vous prenne en pitié et qu’on se dérobe de vous regarder dans les yeux. C’est un mécanisme de protection et de défense si bienfaiteur! Alors cette carte, je l‘ai utilisée.
 Je suis allée fureter dans notre dressing commun, j’ai déniché son équipement de foot, je l’ai enfilé et je me suis présentée à lui, sous ce nouveau jour. Je lui ai dit, tout sourire que j’étais son “ Fabien Barthez”. J’ai lu de la panique un quart de seconde dans ses yeux car il ne savait comment réagir, quels mots utiliser pour ne pas heurter ma sensibilité en employant un terme maladroit. Puis j’y ai lu de l’amour, un véritable amour. Un de ceux qu’on qualifie d’indéfectible. Et il m’a souri.
 Puis, enfin, nous avons ri. La pilule était avalée, nous pouvions passer à l’obstacle suivant et nous savions déjà qu’ensemble, nous serions invincibles car, à ce moment-là, “la beauté a séduit la chair pour obtenir la permission de passer à l’âme”...
Et j'allais me battre comme une lionne! 
(Chimio) thérapie(s) d’acceptation en tout genre !

Excellente nouvelle! Le cancer ne s’est pas propagé!
 Mais la chimiothérapie est un passage obligatoire sur la voie de la guérison totale. Et dans mon cas, il s’agissait d’une chimiothérapie agressive... Ma jeunesse engendrait une décision médicale radicale et intensive pour éviter une rechute dans les années à suivre. Alors ca y est! Après une nouvelle nuit passée à l’hôpital pour vérifier que mon corps réagit positivement à ce corps étranger*, posé sous la clavicule pour y introduire les perfusions de ce remède miracle, je suis emmenée vers le service le plus effroyable par lequel je sois passée: le service oncologie.
 J’étais craintive, avant de partager la chambre de cette pauvre femme mal en point qui se raccrochait à la vie avec cette conviction qui forçait mon respect. Elle était si abîmée par la maladie, sa maigreur, son crâne nu, ses traitements de chimio et et ses dialyses journalières.... Un de ses membre supérieurs était paralysé, sans que la médecine ne décèle la moindre possibilité d’explication scientifique et elle se préparait à passer quarante jours en chambre stérile, sa dernière chance... Cette femme si douce, si seule, a déclenché en moi une telle réaction qu’elle me surprend encore aujourd’hui. Je ne me disais plus “pourquoi moi?” mais bien “pourquoi elle?”.
 J’ai décidé de ne pas être plaintive et accepté sans broncher cette décharge électrique produite cette aiguille qui perce la chair et diffuse le liquide médicamenteux toxique dans mes veines. Et c’était parti pour cinq longues heures d’attente, renouvelables pour une durée déterminée de 6 mois et une durée indéterminée d’effets secondaires...
Le premier, si anodin et si surprenant à la fois, a été d’habituer mon palais à ce dérangeant goût métallique... Et je suis rentrée à la maison, anxieuse, trac au ventre car l’inconnue est, à mon sens, la pire des données dans l’équation de ma propre vie. Comment mon corps allait-il réagir? Je n’allais pas tarder à le découvrir...
 La première étape est si euphorisante! Puis, on s’écroule. Le moindre mouvement semblait une punition à mon corps et la léthargie engourdissait tout mon être. Je me révélais semblable à une statue de cire dont le crâne reluisait. Mon coeur était si dérangé par ces odeurs pourtant habituellement agréables et familières et mon système digestif ne pouvait ingérer de fortes doses de nourriture sans ressentir les effets désagréables et nauséeux que l’on décrit dans les manuels de cancérologie. Ces maux, différemment diffus selon la période de traitement, duraient généralement deux semaines. Chouette! Cela me laissait une semaine sur trois pour croquer la vie à pleine dents!
 Ce qui est propre à l’être humain, c’est de construire un sentiment attrayant sur base d’un souvenir désagréable, lorsque les faits engendrés sont proportionnels à la taille des émotions dévastatrices. Le meilleur exemple est celui de la nourriture, qui m’inspirait un dégoût totalement radicalisé durant une quinzaine puis devenait jouissance. Même l'odeur du café, ce délicieux et puissant nectar auquel j’avais pris goût depuis mes longues nuits d’étude, était insoutenable!
  Pourtant, lorsque mon corps se rétablissait de manière échelonnée, je savourais avec un tel plaisir les joies épicuriennes que procurent les sensations de la bonne chère à mes papilles gustatives. Un élément comestible, devenu insupportable périodiquement, se faisait redécouvrir à mon palais. Le vin, savouré avec délectation, devenait breuvage des Dieux. La malbouffe et les quantités ingérées étaient scandaleusement délicieuses et la viande rouge me rendait presque exclusivement carnivore...  J’attendais, chaque jour, l’heure de l’exquisité des ces plaisirs savoureux.
 Je croquais littéralement, comme écrit plus tôt, la vie à pleine dents, pour mon plus grand plaisir! Je dessinais ces sourcils fardés, collais ces faux-cils sur mes paupières, me maquillais, plaçais des bandes adhésives sur ma perruque et partais danser fièrement devant salle comble de 3.000 personnes, sans me soucier du regard que me portait le public.  Même si je revenais plus épuisée encore, et surtout éprouvée par ces regards de pitié qui m’irritaient, j’étais grisée de bonheur!
 Les souvenirs que je garde de cette période sont psychologiquement si forts. Je me souviens avoir réalisé une de mes premières apparitions publiques devant ces 500 personnes, derrière un micro, à présenter un gala de danse! Cette auto-thérapie me permettait d’affronter d’une seule traite les mécanismes de défense activés par la phobie du regard des autres.
 Moments de détente entre amis, en famille renforçaient les liens déjà préétablis auparavant. J’étais si bien accompagnée, je n’étais jamais seule. Même lorsque le besoin de m’éloigner du regard des autres pour ne pas exposer mes souffrances, j’avais toujours droit à du réconfort. Ce chiot qui s’imprégnait de mes ressentis, mettait son débordement d’énergie entre parenthèses et restait des heures allongé à mes côtés...
 J’affectionnais toujours autant le shopping et adorais adopter un choix de tenue savamment étudié à l’avance, j’avais tout mon temps! J’acquis d’ailleurs une collection éclectique de vernis à ongles à la parapharmacie de l’hôpital dans laquelle j’avais droit à une réduction sur les produits de beauté en rapport avec le mal qui me rongeait. Après chaque chimio, je me récompensai de plusieurs mini-vernis, comme un enfant à qui on donne une sucette après un bobo.  Je contrebalançais les moments difficiles par des rituels composés de petites réjouissances, qui me procuraient des petits moments de bonheur...
  Et puis, le glas sonnait, l’heure fatidique de la souffrance d’une nouvelle cure arrivait à nouveau, sombre éternel recommencement de fluctuations de sensations.
 Mais ce que je retiendrai par-dessus tout de cette expérience de vie, c’est d’avoir véritablement défini le sens de ce mot si formidablement simple: l’amour. L’amour maternel, l’amour familial, l’amour amical,... L’affection sensationnelle de ces proches est imprégnée en moi. Alors, même si j’y ai laissé des plumes, même si je ne suis pas encore guérie et même si mon insouciance s’est égarée à jamais sur le chemin de mon destin, je suis aujourd’hui enrichie de cet apport... Si le coeur avait un fond, le mien déborderait pour eux!
 Et, je n’allais pas tarder à voir le bout du tunnel même si le chemin était encore escarpé...
Ode à la vie…
Six mois ont passé. Succession en demi-teinte de fatigue grandissante et de béatitudes acquises qui fluctuaient sans cesse, cet ascenseur émotionnel serait d’ailleurs parfaitement représenté sur un graphique à courbes.
 Mais le traitement est terminé! Et je suis plus que décidée à clôturer ce déplorable chapitre du livre ouvert de ma vie en accomplissant une petite chose...
 Aujourd’hui, je vais chez l’oncologue. Aujourd’hui, j’ai décidé d’enlever mon boîtier! Ce petit assemblage, diffuseur médicamenteux sous-cutané que les spécialistes préconisent de conserver une année entière après la fin du traitement car la guérison n’est pas fait établi... Moi, je ne veux pas! J’ai décidé que, si j’en avais de nouveau besoin, je repasserai sur le billard, point.
 Vous vous demandez certainement pourquoi. L’explication est plus que rudimentaire. Même si j’arbore toujours fièrement ces cicatrices, simple mémorial d’un combat physique presque grandiose reflété chaque jour par le psyché, le combat mental se devait d’être également mis en exergue. Je pouvais supporter le caractère succint de ma perruque, mais mon cerveau me soufflait que je devais cloîtrer à jamais cette minuscule épée de Damoclès qui laissait planer un doute, une rémission uniquement provisoire.
 Après avoir reçu l’obtention d’un avis positif, je dus subir une dernière petite bourde médicale. Endormie localement, je me souviendrai encore de ce scalpel qui a transpercé ma chair sur ce minuscule espace qui n’avait pas réagi à l’anesthésie... Pour une fois, j’ai hurlé! Un petit cri de souffrance efficace et bénéfique car, pour une fois, j’exprimais la douleur. Cela signifiait-il que je ne la contiendrai plus exclusivement à l’intérieur de mon être? Rien n’était moins sûr...
 Mais, cette fois-là, et pour la première fois depuis des lustres, à peine l’habillage stérile ôté, je quittai l’hôpital à toute vitesse et le coeur léger.
J’aurais dû rentrer me reposer. Et en lieu et place,  nous sommes allées faire du shopping avec mon double qui m’a engendré, joindre le futile au désagréable, et nous avons beaucoup plaisanté sur mes phrases presque incohérentes, étourdie par les substances administrées plus tôt, transformant ainsi la journée en un souvenir encore une fois presque agréable... J’étais tout de même assez soulagée de rentrer après cette escapade diurne chargée en émotions diverses et logistiquement compliquée... En effet, avez-vous déjà essayé de passer tops en tous genres sur une plaie fraîchement suturée? Il faut être un peu dingue, je le suis clairement. Dingue de joie de vivre car, ce jour-là, j’ai senti pour la première fois que quelque chose de néfaste était enfin derrière moi, même si le futur était encore incertain!
 Et, je suis enfin rentrée, à bout de forces après ces cures de chimio qui, accumulées,  ont dangereusement épuisé ces réserves d’énergie que contenaient mon corps,...pour me préparer! J’ai même osé  la barrette en forme de petit noeud fixé sur ma perruque, geste futile peut-être ridiculement optimiste... Mais nous célébrions la vie ce soir-là, avec ces amis proches qui avaient même passé l’après-midi à peindre une énorme banderole uniquement pour moi, alors qu’importait la fatigue, j’avais encore devant moi de longues années pour dormir, non?
Et maintenant ?
Trois mois ont passé. Douze semaines qui se sont écoulées avec une lenteur extrême où l'inquiétude atteignait son paroxysme tant la nouvelle attendue était d'une importance capitale. J'allais enfin savoir quels effets découleraient de ce traitement, quelle tournure allait prendre mon avenir...
J'ai décidé, ce jour-là, de porter le poids de cette nouvelle sur mes épaules devenues si frêles. Même si j'étais accompagnée de mon cher et tendre fiancé dans la salle d'attente de ce cabinet de cancérologie, je désirais assumer seule les retombées qu'allaient avoir cette information qui scellerait notre destin. Pourquoi? Si le traitement ne fonctionnait pas, je voulais me composer un visage pour le rassurer... Et, je suis entrée.
Lors de l'annonce de cette rémission occasionnée par les effets bénéfiques de ce traitement lourd de conséquences, je me sentis frissonner de plaisir extatique. La béatitude atteignait son apogée. J'étais (presque) guérie! J'allai tout de même devoir attendre cinq longues années avant de savoir si mon corps ne me jouerait pas des tours d'une atrocité sans nom mais là, je pouvais enfin expirer correctement. Une page se tournait.
Sans demander mon reste, j'ai franchi presque effrontément la porte, en annihilant quelque peu les règles de savoir-vivre et de politesse sans saluer les spécialistes présents, et j'ai couru dans ce couloir sombre, pour finalement tomber dans les bras de mon âme soeur. J'étais sauve, nous étions sauvés! Nous regorgions d'un bonheur sans nom que nous avions envie de vociférer si haut et si fort.
Nous voulions également le partager. J'ai pris mon Blackberry et ai appelé mes amis présents lors d'étapes importantes et tous ensemble, nous avons célébré cette spectaculaire nouvelle attablés à une immense surface qui n'en finissait pas sous le crépuscule de cette chaude soirée entre chien et loup. L'ambiance était calme et sereine, chacun sirotait un apéritif savoureux et leur présence me comblait au point que les mots me manquaient. Je soupirais d'aise, j'étais enfin heureuse...

Lorsque l'homme enclenche son instinct protecteur de survie pour se quereller férocement contre un adversaire de taille, il ne visualise que l'instant présent, que ce déferlement d'actes propices pour contrer cette guérilla, dicté par son instinct primaire. J'étais cette guerrière, derrière ce masque protecteur de sentiments qu'était mon armure sensorielle.
Une fois le glaive et l'épée déposés, lorsque les hostilités sont levées, il ne reste plus que les blessures de guerre auxquelles l'homme doit faire face et le combat le plus laborieux est le plus long qu'il m'ait été donné de connaître... Le masque était tombé...
En effet, maintenant que tout a merveilleusement fonctionné, que reste-t-il hormis ces retombées psychologiques et physiques lourdes de conséquence, qu'advient-il de ce mot lourd de sens, choc post-traumatique, qu'on ose à peine murmurer? Entre cette masse musculaire fragilisée qui a si fortement fondu que les articulations morflent au point de se sentir névralgique, cette perte de poids considérable qui est géniale pour enfiler du crop top au skinny en passant par la mini robe taille 34 mais qui trahit également une dangereuse faiblesse lorsque la chute libre de ces centaines de grammes est enclenchée par cette anxiété qui allait me suivre comme mon ombre... Et cette fatigue chronique, si forte, si puissante, causée par la toxicité de ces produits qui ont détruit le malin mais qui ont également enduit une couche de fragilité sur ma force de caractère...
 Ah, ces insomnies! La nuit est devenue ma pire ennemie... Lorsque le soleil se couche, lorsque j'aimerais me sentir apaisée sous ce ciel bleu nuit, repaire accueillant de ce Morphée devenu invisible et recherché avec une telle ardeur que l'excitation du coucher n'en devient que plus pénible lorsque les secondes s'écoulent et que mes yeux restent béants dans l'obscurité, je cogite sans cesse. Oh, je n'ai pas établi de théorie scientifique ou encore réfléchi à une invention utile ou intelligente. Je réfléchis à ce qui m'est arrivé, à ce qu'il adviendra de moi, à ce lever du jour qui annonce le renouvellement d'un cycle absurde et épuisant lorsque le couchant se montrera, telle Sisyphe avec ce lourd rocher qu'il pousse au sommet d'une montagne et roule en bas de la vallée, éternel recommencement mythologique à subir...
Si je poussais l'auto-psychanalyse à deux balles, je pourrais chercher à démontrer que le problème se situe à quelque endroit entre les dédales presque impraticables de mon cerveau où l'émotionnel est si fortement sollicité depuis peu... Je suis une fille, après tout. Nous surjouons toutes dans l'émotionnel, c'est un fait établi depuis des lustres! Alors pourquoi cette évidence ancestrale me pose tant de difficultés? Pourquoi ne redeviens-je pas maîtresse de mon psychisme?
Peut-être parce que j'ai peur, si peur de vivre avec ce corps et ces esprit déjà usés par la ménopause et les traitements?
Peut-être parce que je suis moins sollicitée puisque je ne suis plus malade, je me dois forcément d'aller bien, suite logique de ce long fleuve tranquille où la normalité de la vie se doit de suivre de nouveau son cours ?
Peut-être parce que cette idée d'être mère sans le pouvoir me taraude au point de me ronger?
Cruel collectif de sombres pensées, lourd épuisement, choc post-traumatique... Mais cette fois, la vie allait me jouer un tour merveilleusement fabuleux... Pour une fois!!

Petit pas par petit pas...
Une fois que vous avez appris à contenir, durant des mois, votre débordement d'émotions en cas de difficulté extrême, il faut apprendre à doucement vous reconstruire et vous tirer de cette constipation émotionnelle. Ca y est, j'avais affronté le cancer, je l'avais même terrassé, écrasé, atrophié, explosé, ce foutu cancer! Mais, il sévissait encore,  ombre spectrale sur mon mental diminué, car il m'avait ôté ce don de vie qu'est la fertilité. A jamais... Que je croyais!
Souvenez-vous de cette annonce, quelque mois plus tôt, de cette nouvelle qui m'avait achevée... Le corps médical m'avait certifié que l'impossibilité d'engendrer un petit être devait désormais faire partie de mon existence déjà fort perturbée par ces expériences de vie si caractérisées par la maladie.
En dépit de tout ce qui m'arrivait, cette vision projetée de l'avenir, je ne la digérais pas. Cela me préoccupait, me trottait dans la tête voire même, me rongeait... Cela a duré presque un an. Un an de torture mentale inavouée qui faisait de moi cette femme inaccomplie, non par choix mais par obligation. Je peux l'avouer aujourd'hui, je ne suis pas un "surhomme". Au fait, pourquoi ce mot s'emploie-t-il uniquement au masculin? Encore une déformation du langage peu subtile certainement entraînée par ce machisme qui sévissait déjà à l'origine du terme...
Oups, je m'écarte du sujet! Ah, ce flux d'idées qui traverse toujours si furtivement mon esprit et qui le rende si intellectuellement torturé... Peut-être est-ce pour cela que je n'arrive jamais correctement à m'assoupir? BREF, je ne suis pas cette "wonderwoman" nonobstant ce que chacun semble croire. Affronter un problème ponctuel, je peux le faire, aussi grave soit-il, mais accepter cette donnée enregistrée, je ne pouvais pas.
En effet, je ne comprenais pourquoi ils avaient écrit en toutes lettres, sur ce rapport médical du comité de concertation de spécialistes onco-gynécologiques en charge de maladies rares: "nous évitons une ablation de l'utérus, compte tenu du jeune âge de la patiente..." Pourquoi? Dans quel but, si la ménopause précoce est enclenchée, conserve-t-on cet organe de gestation par définition? Cela me trottait dans la tête et ne pouvait durer indéfiniment...
Alors, j'ai décidé de me documenter, de longues heures durant, parfois de manière inadéquate en surfant sur les vagues si approximatives du monde du web, et j'ai nourri l'once d'un espoir, si infime soit-il. Et, prenant le taureau par les cornes, j'ai décidé de m'en remettre à l'avis de ces spécialistes qui ne pouvaient que me donner une réponse précise.
 J'étais nerveuse. Je savais quel angle d'attaque aborder mais je ne connaissais que trop bien la déception d'une situation irréversible. Pourtant, au fond de moi, je savais que ce n'était pas le cas. Et, je n'ai jamais connu pareil bonheur qu'en cet instant-là. J'exultais, d'une excitation d'abord profondément contenue, assommée par l'ampleur de l'annonce. Et, lorsque je suis rentrée de cette consultation, j'ai tout déballé. J'avais encore une fois conservé pour moi ces démarches car l'appréhension de construire de faux-espoirs n'auraient eu pour but que de maximiser la déception de mon cher et tendre. Il me l'a souvent reproché, de toujours vouloir porter le poids de mon petit monde et celui qui m'entoure sur mes épaules, mais je n'y peux rien, je n'ai jamais connu que d'autre manière d'agir qu'avec cet instinct qui n'était que trop protecteur...
Nous n'avons pas réalisé, nous étions tellement sonnés, anesthésiés cérébralement. J'avais l'impression de n'avoir communiqué que cette information basique: " passe-moi le sel". Il nous a fallu plusieurs dizaines de minutes, voire un couple d'heures avant de se tourner l'un vers l'autre, animés presque simultanément de cette lueur d'optimisme. Nous avions le choix.
Nous n'aurons droit à aucune facilité, nous n'y arriverons peut-être jamais, mais nous avions reçu ces clés qui nous menait vers ces portes que nous pouvions peut-être entrouvrir, peut-être pas... Ces poignées qui,abaissées, symbolisaient la résolution de quelques interrogations et doutes qui m'avaient terriblement submergée. C"était déjà beaucoup.
J'y aurai droit, à ce don d'ovocytes, comme n'importe quelle autre femme, seulement après deux ans de rémission! D'ailleurs, je me sentais véritablement femme, de nouveau, enfin... Peut-être ridiculement femme, car je n'oserais jamais remettre en doute la féminité de toutes ces demoiselles ou dames stériles ou qui n'ont jamais enfanté. Mais, soyez empathiques et comprenez qu'avec ces organes internes et ces hormones triturés en tous sens, je me sente enfin en paix avec moi-même. J'avais signé un traité de paix, un accord tacite qui réglait provisoirement ce combat introspectif.

La voie serait longue, certes! Mais, qu'importent les embûches, la vie est si belle... Une splendeur! Vous ne trouvez pas?



lundi 14 juillet 2014

Concours d'écriture : interview de Serval Frayer

 Aujourd'hui j'ai le plaisir d'interviewer Serval Frayer, blogueuse et gagnante du concours d'écriture dans la catégorie "Coup de coeur du jury".

Vous pouvez retrouver sa nouvelle "Bien ordinaire" ainsi que 4 autres textes inédits sur le site de Librinova.


Bonjour Serval, peux-tu te présenter ?

Bonjour :-) Serval Frayer,  40 et quelques années, éducatrice spécialisée, en reconversion professionnelle après un peu plus de 15 ans de terrain. Bretonne, parfois parisienne et ailleurs aussi, j'ai une vie assez mouvementée et je passe beaucoup de temps dans les trains. Habitante et taulière du blog « Frayer ».

Comment es-tu venue à l’écriture ?

Je ne sais pas. C'est difficile pour moi de répondre à cette question. Je n'ai pas eu de prise de conscience. Il n'y a pas un avant et un après. J'ai toujours aimé écrire je crois. Ou plutôt, l'écriture a toujours été le moyen pour moi d'exprimer ce que je ne savais pas verbaliser. J'étais une timide maladive (mais je me suis soignée, un peu) et donc écrire me permettait de sortir un peu de moi, ou quelque chose comme ça. C'est devenu une habitude : j'écris ce que je ne sais pas dire.

En quoi tenir un blog t’aide-t-il pour travailler ton écriture ?

Je n'ai vraiment commencé à travailler mon écriture que lorsque je me suis amusée à participer à des jeux d'écriture. Tu le sais, tu en proposes sur ton blog, Twitter regorge de personnes qui écrivent et qui proposent de partager ce plaisir via des jeux d'écriture. Le cadre formel (thématique, nombre de mots ou temps limité, etc...) m'a obligé à aborder l'écriture autrement. A être plus réfléchie, moins instinctive.

Qu’espérais-tu en participant au concours ? Comment t’est venue l’idée de la nouvelle « Bien ordinaire ? » ?

Je n'espérais pas grand chose. Je pensais vraiment que c'était hors de ma portée et que je n'avais pas une écriture assez « jolie » ou « forte » pour plaire à un jury de concours.
L'idée de la nouvelle s'est imposée. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai tout de suite pensé à Marie (le personnage de la nouvelle). Mes expériences professionnelles passées m'ont fait côtoyer le monde agricole et industriel, en agroalimentaire. Mes quelques mois passés à travailler comme opératrice (ouvrière) à la chaine m'ont permis de percevoir les choses autrement. C'est d'ailleurs ce qui m'a poussé à ouvrir mon blog il y a deux ans, j'avais besoin de raconter ce que je vivais.
Lorsque j'ai lu le sujet proposé, « Femme exceptionnelle », j'ai pensé à une personne de mon entourage (mais elle n'aurait pas apprécié d'être mise en avant) et à Marie. Je crois que c'est aussi ce qui a plu au jury : Marie est exceptionnelle dans ce que sa vie peut avoir d'ordinaire à ses propres yeux.

Qu’est ce que le prix a changé pour toi ? (même si c’est assez récent !). Que conseillerais-tu à ceux qui hésitent à se lancer ?

Changé pour moi ? D'être publiée !! C'est juste incroyable. C'est pas seulement un article de blog c'est un vrai recueil de nouvelles (5 en tout) avec une couverture, mon nom dessus, un  numéro ISBN... C'est colossal ! Je suis allée sur les sites marchands pour vérifier que je ne rêvais pas et il y a écrit « auteur » avant mon nom... Je suis devenue auteure d'un petit recueil de nouvelles.

Des conseils ? Je ne sais pas si je suis bien placée pour en donner. Chacun a une relation à l'écriture particulière. Après, se lancer, je ne sais pas à quoi cela fait précisément référence. Si c'est se lancer pour écrire, faites-le ! Quelque soit le support, quelque soit le sujet, écrivez ! Après, si c'est pour être lu-e, internet fourmille de blogs, Tumblrs, sites dédiés à l'écriture. Pourquoi pas vous ? Je sais que j'ai fait le choix de l'anonymat pour plein de raisons sur lesquelles je ne vais pas revenir mais conclusion, je me suis sentie plus à l'aise pour oser. Aujourd'hui, je ne regrette rien ! J'ai osé et c'est tellement riche de tant de choses que je n'imaginerais pas ne plus poster en ligne. Une seule règle doit prévaloir : le plaisir d'écrire. Si vous n'avez rien à raconter, n'insistez pas et revenez-y à un moment plus propice. Soyez vous-même, n'essayez pas d'écrire « à la manière de » (sauf si c'est pour un jeu ou un concours d'écriture!) ;-)

Quels sont tes rituels d’écriture ? Où trouves-tu l’inspiration ?

Je n'ai pas de rituel. J'allume mon ordi, en général je suis assise en tailleur sur mon lit ou sur le canapé et je laisse aller. Mes doigts font le reste.
Quant à l'inspiration, elle vient du quotidien, de ce que j'observe, lis, vis. Parfois, j'ai juste envie d'écrire et à d'autres moments un article de journal ou une affiche ou une conversation me donne envie d'en dire plus sur le sujet ou de réagir.

Quels sont tes écrivains préférés ? Et tes blogs préférés ?

Je peux répondre pour les écrivains mais je ne peux pas répondre pour les blogs. Je lis beaucoup mais par périodes. Le fait d'avoir repris des études m'oblige à lire beaucoup de bouquins pour mes cours et me laisse peu de temps pour d'autres lectures.
Il y a certains livres vers lesquels je reviens régulièrement : L'usage du monde (Nicolas Bouvier), Train de nuit pour Lisbonne (Pascal Mercier), Le seigneurs des anneaux (Tolkien), certains Haruki Murakami (j'ai acheté Kafka sur le rivage pour cet été). Ta question est compliquée pour moi car je ne suis pas constante dans mes gouts au sens où quand j'achète des livres, c'est moins par rapport aux auteurs qu'aux histoires. Il y avait une librairie indépendante (qui hélas a fermé pour départ en retraite) formidable dans la ville pas loin de mon village : le libraire m'a recommandé quantités de livres, pas forcément des classiques mais des ouvrages que lui et sa femme avaient aimés et qu'ils conseillaient. Souvent, c'est suite à des discussions que je me retrouve à acheter des bouquins. Et puis, je viens d'une famille de lecteurs. J'étais boulimique de lecture petite. J'ai même écrit sur le sujet d'ailleurs.

Es-tu plutôt livre numérique ou papier ?

Papier ! Pour moi, la lecture a quelque chose de charnel : un livre a une odeur, une texture, une densité et même une musique ! Le bruit des pages d'un livre neuf que tu fais dérouler sous ton pouce, c'est une invitation murmurée au voyage des mots.
J'ai essayé de lire des livres numériques, ça me fait mal aux yeux et je n'arrive pas à entrer dans l'histoire. J'ai besoin de tenir l'objet « livre » dans mes mains et de tourner les pages.

Quels sont tes prochains projets d’écriture ?

Je suis en pleine réflexion par rapport à mon blog et ce que je souhaite désormais y écrire. Je suis à une croisée des chemins à titre personnel et bientôt professionnel. Mon blog tel qu'il est aujourd'hui n'est plus tout à fait moi (pour le dire vite) donc j'explore et je réfléchis.
J'ai aussi bien aimé écrire ou retravailler certains de mes textes au format « nouvelles », peut-être que je vais essayer de poursuivre dans cette direction. Apprendre à mieux canaliser et travailler mon écriture. Plus poser plutôt que déverser mes mots.

vendredi 4 juillet 2014

Concours d'écriture : "Lettre unique" de Grégoire Poncet



Récemment, j'ai proposé aux participants du concours d'écriture qui le souhaitaient de venir poster leurs textes ici.

C'est aujourd'hui Grégoire Poncet qui nous présente son texte "Lettre unique".

Vous pouvez retrouver Grégoire sur son blog "Broute le gazon".

Cette femme se retrouve là, debout dans la cuisine, à regarder les bulles de beurre crépiter dans la poêle à frire qu’elle tient d’une main, la spatule ondulant dans l’autre comme si elle battait la mesure d’une musique silencieuse qui ne jouait que pour elle. Elle sourit. Elle sourit car cette musique elle l’entend. Enfin.

Là devant cette poêle, où le beurre n’est bientôt plus qu’une virgule blanche dans une mer grasse et tumultueuse, elle se redécouvre le goût perdu de l’harmonie. Elle ouvre les yeux. Elle ne reconnait pas les lieux. Une ombre passe sur les plis de malaise qui se dessinent sur son front mais disparait aussitôt. Elle se sent bien. Mieux. Elle n’a plus peur. Elle n’est plus une parmi tant d’autres. Elle ne l’a jamais été. Elle le sait désormais.

Fini les soirées à se demander quelle partie de son corps va morfler. Terminé les nuits à mordre l’oreiller pour étouffer les cris de désespoir et de douleurs. Physiques, psychiques ou affectives peu importe. Adieu les heures au petit matin à maquiller les stigmates laissés par une main qui de caresses amoureuses est passée aux coups jaloux. Une main qu’elle avait eu tant de mal à faire sienne dans un monde où le mouvement va toujours plus lentement que l’évolution de la nature des sentiments. Une main qu’elle avait chérie. Une main qui l’avait guérie de ses apparentes différences. Une main qui lui avait fait comprendre que oui, on peut aimer qui l’on veut. Une main qui l’a laissé un matin de mai pour morte au milieu d’un parc d’une grande ville où elle n’habitera plus jamais.

Il n’y a rien qui ressemble moins à l’enfer qu’un espace de verdure au milieu de la cité au petit matin et pourtant c’est de cet enfer que cette femme, ce matin-là, a su s’extirper. On aurait pu croire qu’elle fut secourue par un des nombreux joggeurs habitués à passer sur les sentiers du parc à petites foulées, mais non. Elle était passé, en sang, du sol au banc, de bancs en bancs et ce jusqu’à la guérite du gardien qui, par extraordinaire, prenait son service à l’heure.

Puis il y eut l’hôpital où la gentille indifférence, quasi condescendante, avait commencé à faire son œuvre : anesthésier la douleur de ses larmes sans pour autant les priver d’une raison de couler. Ensuite, le dépôt de plainte, transformant une condition victimaire en statut officiel de victime. Enfin, une fois que le circuit obligé fut terminé, il y eut le départ. Souhaité ardemment d’abord pour fuir cette vie d’avant. Craint ensuite. La peur de se plonger dans l’inconnu d’une reconstruction, de l’apprivoisement d’un ailleurs.

Sur le quai d’une gare de cette grande ville, au moment de poser le pied dans le wagon, un passager trop pressé d’être en retard la bouscule. Son pied glisse entre le quai et le marchepied, son visage se heurte à la poignée, qui aurait dû l’empêcher de tomber. Tant la douleur est vive qu’un voile rouge passe devant ses yeux, l’empêchant de voir qui se trouve au bout de la main puissante qui la saisit et la redresse.

L’étourdissement passant, elle voit tout d’abord un regard inquiet, puis entend une voix grave « ça va ? » et distingue enfin un visage empreint d’une sincère inquiétude. Celle d’un homme, monté avant elle et qui par chance se retournait pour saluer l’ami à qui il avait rendu visite dans la grande ville. Elle le rassure qu’elle se sent mieux. Il s’inquiète de la marque qu’elle ne manquera pas d’avoir à l’œil après une telle chute. Elle lui dit qu’elle en a vue d’autres. Ce début de conversation les amène à s’asseoir sur le même banc dans le wagon et à discuter aussi loin que leur destination le leur permet. Il était assis côté fenêtre, elle côté couloir, forcément. Elle devine dans ses yeux tous les sentiments d’effroi et de révolte que suscite la violence de ce qu’elle lui raconte. Elle trouve dans le
timbre grave de sa voix et les précautions de ses questions tout le réconfort nécessaire pour restaurer sa confiance dans le monde. Quand son récit lui fait quitter le regard franc et sincère de son compagnon de voyage, elle s’aperçoit dans la vitre derrière lui et baisse le regard en replaçant une mèche de cheveux derrière son oreille.

A deux arrêts de sa destination, il se raconte un peu. Il lui demande où elle va, elle lui répond que l’aide aux personnes dans son cas lui ont donné une adresse d’un foyer pour personne comme elle. A sa grande surprise, il lui demande alors si c’est là qu’elle veut aller. Elle ne sait que répondre.

Il lui dit alors qu’il est surveillant dans une maison familiale qui ne rouvrira ses portes que dans une semaine et qu’il peut l’héberger dans un des dortoirs vides, le temps qu’elle se décide. Elle lui dit d’accord mais à la condition qu’il accepte qu’elle lui cuisine le repas du soir. L’affaire est entendue.
Elle se tient donc là dans la cuisine, le cœur plus léger qu’il ne l’a jamais été, une spatule dans une main, une poêle dans l’autre alors que le beurre est en train de devenir aussi noir que son œil blessé par une poignée de porte de train et elle sourit.

Elle avait pu désirer, aimer une autre femme contre tous les codes d’un monde où tolérance rime bien souvent avec indifférence. Elle s’était vu détruire par cet amour devenu contre-nature par la violence qu’il lui a fait subir. Reste qu’à la fin, l’espace d’une rencontre fortuite, la source de la petite musique dont elle bat la mesure au moment où je pose ses lignes ressemble étrangement à un amour naissant.

Toutes ses peurs sont encore bien présentes et ses appréhensions bien réelles mais elle a conscience désormais qu’être capable de ressentir de nouveau ce sentiment fait d’elle, non pas une exception, mais un être exceptionnel.



jeudi 26 juin 2014

Concours d'écriture : Clara de Cyril Oliverio



Lundi dernier, j'ai proposé aux participants du concours d'écriture qui le souhaitaient de venir poster leurs textes ici.

C'est aujourd'hui Cyril Oliverio qui ouvre le bal avec "Clara".


- « Vous savez, parfois, je peux être une vraie garce et d’un snobisme épuisant. Mais, ce que je viens d’accomplir ce soir restera dans.......

Une explosion gigantesque fit voler en éclat le véhicule blindé. Partout, des morceaux de ferrailles, de verre, de chair. Un énorme cratère s’était formé sous la voiture, cicatrisant le bitume sur plusieurs mètres, les vitres des bâtiments autour ont éclaté sur 4 étages sous la déflagration. Des cris de gens paniqués déchiraient la nuit, des flammes éparses consumaient des bouts de plastiques, de tissus, d’autres choses indescriptibles.

Tout était à refaire.

6 mois plus tôt :

Elle se tint droit et sourit modestement en faisant de petites révérences aux clameurs d’une foule qui la plébiscitait. Elle s’écarta légèrement de son pupitre et remercia d’une main émotive un parterre de convives guindés et souriants. Elle marcha à reculons avec une certaine maladresse, sans doute déroutée par l’ivresse de sa gratitude, avant de disparaître derrière un grand rideau noir, laissant la scène orpheline de son aura.
Les applaudissements se tarirent lentement, et bientôt, une rumeur sourde vint envahir le grand théâtre.

Une fois dans les coulisses, pas un soupir de soulagement, elle resta muette, slalomant entre les techniciens qui l’ignoraient et quelques personnes de son staff qui la congratulaient d’applaudissements éparses.
On aurait pu voir son visage se durcir et reprendre les traits de la femme ambitieuse et froide qu’elle était, si elle ne baissait pas la tête en fonçant vers sa loge.
Clara Verdhen, est de ces femmes silencieuses qui n’usent de leur langue que pour aller à l’essentiel. Elle ne s’éparpille pas, ni ne se parjure, droite dans ses escarpins.

-       « J’avais demandé une bouteille d’Orezza très fraîche et un panier de fruit »
-       « Oui, désolé, nous n’avons pas eu le temps  de…»
-       « Pas le temps de quoi ? d’être compétente ? Je n’ai pourtant pas demandé qu’on retapisse ma loge à l’or fin que je sache ? Laissez tomber et dites à mon chauffeur de se préparer »

L’assistante de Clara déguerpit la tête basse en taisant de nombreuses insultes.
Dans la loge, un écran allumé sur une chaîne d’info en continu, rediffusait le discours de Clara. Une journaliste souriante dressait un portrait flatteur et ronflant de la femme exceptionnelle qu’elle était.

Récemment élue « femme la plus puissante du monde » par le magazine Forbes, Clara Verdhen a, une fois de plus, captivé son auditoire par un discours plein de convictions et d’enthousiasme quant à l’énorme charge qui pèse sur ses épaules, de diriger ce conglomérat…

Elle se trouva grosse et détourna le visage de l’écran.

-       « Allo ? Oui, prenez rendez-vous avec mon coach forme pour demain matin. Merci »
 Elle raccrocha et plongea son regard dans ses yeux noirs et profonds, que sa chevelure blonde, n’égaya pas. Elle se scruta dans le miroir jusqu’à voir les abysses de son âme et conclua d’un sourire satisfait que plus rien ne l’arrêterai.


Jour J :

Le Global Water Act met fin à cette guerre que nous nous livrons depuis ces dernières années. Nous savions les réserves d’eau potable amoindries et nous nous les sommes disputés. Bien trop de victimes et de morts que nous aurions pu éviter si nous nous étions entendu intelligemment comme nous sommes désormais en train de le faire. Les deux dernières grandes réserves que sont l’aquifère Guarani et les deux inlandsis géants du Groenland et de l’Antarctique que les Russes ont déjà largement entamé vont être désormais nos trésors, notre espoir. N’oublions pas nos chercheurs, qui redoublent d’effort pour créer le précieux liquide. Que reste-t-il de notre humanité si ce n’est notre responsabilité ? Quel autre être-vivant courrait vers sa mort en connaissance de cause ? Nous l’avons fait ! Esclave d’une société capitaliste et cupide, nous nous sommes enrichis de biens futiles et de confort en nous dépouillant nous-même les ressources vitales et fragiles de notre monde. Vous, les chefs d’état, réunis autour de cette table, vous êtes engagés dans un processus de reconquête de la raison. Il en va de notre avenir, l’avidité ne nous est plus permise…

Clara brillait d’éloquence. Les internautes du monde entier étaient pendus à ses lèvres. Sa voix prenait de l’ampleur, de la profondeur, comme si la fonction lui donnait une dimension de géante.
Elle fut applaudi généreusement, et resta le torse bombé, rigide, en transe. Elle se rappela de ce parlementaire américain qui lui glissa lors de sa nomination à la tête du World Water Act « On avait bien besoin d’une naïade pour nous sauver des eaux héhéhé ! » avec un air de vieux dégueulasse répugnant et machiste. Elle s’accrochait à cet instant comme on s’accroche parfois à des détails insignifiants. Elle méprisait cet homme autant que tous ceux qui ont essayé de lui barrer la route. Mais l’enjeux était trop important pour qu’elle se laisse intimider.

Plus tard, dans la voiture qui la ramenait chez elle, elle regardait les lampadaires dessinant les rues et les avenues en pointillées qui se laissaient découvrir sous les roues de la berline. Elle leva les yeux vers les bâtiments à moitié détruits pour certains et d’autres encore éclairés malgré l’heure tardive, combien de destin derrière ces fenêtres ? Combien de vies encore en danger.

Elle s’adressa à son assistante sans se retourner :
- « Vous savez, parfois, je peux être une vraie garce et d’un snobisme épuisant. Mais, ce que je viens d’accomplir ce soir restera dans.......












lundi 23 juin 2014

Résultats du concours d'écriture "Une femme exceptionnelle".



Vendredi dernier, j'ai rejoint les 2 fondatrices de Librinova dans leurs locaux pour discuter ensemble du choix des 3 gagnants.

Nous avons reçu au total 25 participations, toutes de très grande qualité, et choisir n'a pas été une mince affaire.

La preuve, nous avons finalement décidé de décerner 4 prix et non 3 comme prévu initialement, tant il nous a été difficile de trancher!

Je ne vous fais pas patienter davantage, voici donc le nom des gagnantes:

1er prix : gagne une formule publication d'une valeur de 75€ + le service premium pendant 3 mois  (valeur : 45€) :  Carène Ponte avec "3 femmes"

2ème prix : gagne une formule publication d'une valeur de 75€ : Dominique Bochel Guégan avec "Briques sauce cailloux"

3ème prix : gagne une formule publication d'une valeur de 75€ : Nicole Prieur avec "La maison au toit de chaume"

Coup de coeur du jury : gagne une formule publication d'une valeur de 75€  : Serval Frayer avec "Bien ordinaires"

Bravo à toutes les 4!

Sachez que j'ai eu beaucoup de plaisir à vous lire, le petit plaisir quotidien de vos textes dans ma boîte mail va me manquer!

Pour information, je n'avais pas connaissance de l'identité des auteur(e)s et n'ai découvert ces informations qu'après la délibération. Si 4 femmes ont gagné, ce n'est que pure coïncidence!

Pour ceux qui le souhaitent et qui ne font pas partie des gagnants, je propose de publier leur texte sur le blog, afin d'en faire profiter le plus grand nombre. Contactez-moi si cela vous intéresse.