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samedi 14 juin 2014

FAQ : mes réponses au bullshit bingo féministe


Lassée de répéter toujours les mêmes choses dans mes commentaires, j'ai trouvé utile de rassembler ici mes réponses aux principales objections revenant de manière récurrente.

Cette rubrique est en cours de construction, elle s'enrichira au fil du temps et de mes échanges. N'hésitez pas à la compléter en commentaire.

1°) Vous voulez interdire le rose et les princesses, forcer les petits garçons à jouer à la poupée
L’idée n’est justement pas d’interdire mais au contraire d’ouvrir le champ de possibles. Ma fille a des vêtements roses, joue à la Barbie ou à la princesse et je ne lui interdis rien. Au contraire, j’essaye de lui proposer d’autres alternatives : des livres non-sexistes, des jeux de construction mixtes ou des jeux d’extérieurs. Ce que je reproche aux marques, aux maisons d’éditions ou aux publicitaires c’est d’enfermer trop souvent les enfants dans des stéréotypes de genre. De ne proposer aux petites filles que le modèle unique de la princesse passive et superficielle et aux petits garçons le cliché de l’enfant bagarreur et aventurier.  Des schémas figés qui ont des conséquences sur le choix des métiers futurs notamment. L’idée n’est de forcer personne : juste de pouvoir montrer aux enfants qu’il existe autre chose. Libre à eux de choisir ensuite en toute connaissance de cause.
D’ailleurs, les enfants eux-mêmes réclament d’autres alternatives : CharlotteBenjamin, une petite fille de 7 ans, avait fait le buzz récemment en écrivant à Lego pour réclamer plus de figurines féminines. AntoniaAyres-Brown, une petite fille de 11 ans, avait, quant à elle demandé à Mc Donald’s de cesser de classer ses jouets en « jouets de garçons » et « jouets de filles ». Avec succès.

2°) Les petites filles aiment le rose, c’est naturel et ça a toujours existé
Rose pour les filles, bleu pour les garçons : ce code couleur est si puissant et universellement répandu qu’on en oublierait presque qu’il est une invention récente. Ainsi, à l’époque victorienne, filles et garçons étaient vêtus de robes blanches jusqu’à l’âge de 6 ans. Dans la première moitié du 20ème siècle, des règles ont commencé à apparaître pour le rose et bleu, mais elles étaient peu rigides, certains attribuant le bleu aux filles en raison de son rapport avec la Vierge Marie par exemple. Un article de 1918 affirmait quant à lui : « Le rose, qui est une couleur plus affirmée et forte, va mieux aux garçons. Le bleu, en revanche, plus délicat et gracieux, va mieux aux filles ». D’autres sources expliquaient que le bleu mettait en valeur les blonds tandis que le rose allait mieux aux bruns. Le triomphe du bleu et du rose s’explique notamment par l’apparition de l’échographie, au milieu des années 80. Les futurs parents découvraient alors le sexe de leur bébé et se précipitaient ensuite pour acheter tout le matériel nécessaire en « version fille » ou « version garçon ». « Plus on individualise les vêtements, mieux on vend » explique Jo B. Paoletti. Preuve que l’attirance des petites filles vers le rose est plus une construction sociale qu’une préférence innée.

3°) Vous feriez mieux de parler de combats plus importants comme les femmes violées ou les femmes afghanes (voire les femmes afghanes violées)
La dénonciation des stéréotypes de genre ou des publicités sexistes n’est pas un petit combat. Il permet, à petits pas, de faire changer les mentalités et de mettre les marques devant leurs responsabilités. Par ailleurs, il existe une pluralité des luttes : on peut dénoncer le sexisme d’une publicité tout en s’engageant pour la lutte contre les violences conjugales par exemple.  Critiquer cette démarche reviendrait à dire « Je ne donne pas 1€ au SDF d’en bas car ça ne résoudra pas la faim dans le monde ». Un combat n’annule pas l’autre. Par ailleurs, renvoyer systématiquement vers « l’ailleurs » (la Syrie, l’Afghanistan) permet de se dédouaner habilement. Le sexiste, le raciste, le violeur c’est forcément l’autre, celui qui est loin. Fait amusant : lorsque des féministes se sont mobilisées récemment après l’enlèvement des lycéennes nigérianes,  il leur a été reproché de ne pas s’occuper des priorités, à savoir ce qu’il se passait en France.  Cherchez l’erreur.

4°) Il ne faut pas parler des publicités sexistes, ça crée le buzz
Si une publicité m’a choquée, je revendique le droit de le clamer haut et fort et de dénoncer la marque qui véhicule ces stéréotypes. Je ne laisserai personne me silencier en me disant quoi faire. Par ailleurs, pour avoir travaillé une dizaine d’années dans un grand groupe, je peux assurer que les marques qui possèdent une forte notoriété (BN, Stabilo ou Bic par exemple) craignent davantage le buzz qu’elles ne le cherchent. Leur discours est très cadré, maîtrisé, les mots et actions sont  en théorie choisis avec soin pour ne pas sortir des rails en terme de racisme ou de sexisme. Ces grandes marques n’ont d’ailleurs pas besoin de la clameur des internautes sur les réseaux sociaux pour se faire connaître. Pourtant, malgré ces précautions, il arrive que celles-ci véhiculent des messages sexistes sans réellement s’en rendre compte. Quand j’ai appelé Bic, Sanogyl ou encore la Société Générale dans le cadre d’un de mes articles pour leur demander des explications au sujet du stylo pour femmes, de la brosse à dents pour femme ou de la carte bleue « Journée de la femme » j’ai bien compris qu’il n’y avait rien de prémédité là-dedans, aucune intention de faire le buzz mais plutôt une volonté d’étouffer l’affaire. J’ai ressenti de l’incompréhension, de l’incrédulité face aux clichés dénoncés : ces gens du marketing avaient tellement la tête dans leurs produits, pensés en terme de micro-niches ultra segmentées, qu’ils n’avaient même pas remarqué les stéréotypes qu’ils pouvaient véhiculer. Preuve que ceux-ci sont profondément ancrés. Il faut bien garder en tête qu’une marque à forte notoriété a beaucoup à perdre en risquant de s’aliéner une partie de sa cible.  Tout comme en laissant entendre qu’elle véhicule des valeurs contraires à son image.

5°) Tout ça, ça n’est que de la pub, y a pas mort d’homme
Nous sommes exposés chaque jour à environ 1 200 à 2 200 publicités, des publicités dont nous n’avons souvent parfois pas même le souvenir. Pourtant, comme nous l’explique cet article, la majorité de ces stimuli publicitaires auxquels nous prêtons si peu d’attention et dont nous sommes le plus souvent incapables de nous rappeler consciemment, vont laisser des traces mémorielles « implicites  », non conscientes, dans notre cerveau. Femmes futiles, bavardes, idiotes ou naturellement douées pour le ménage : les stéréotypes féminins égrenés au fil des spots sont donc loin d’être anodins…Et la publicité agit ici comme une véritable propagande. Pas étonnant dans ce contexte que 91% des femmes se disent incomprises par les publicitaires...

6°) Ne vous énervez pas, ne faites pas votre hystérique
Sur ce blog, je prends bien soin de ne pas céder à l’invective, d’argumenter posément en sourçant systématiquement mes dires. Mes billets sont souvent engagés, j’ouvre le débat en répondant aux commentaires mais je n’hurle jamais après mes contradicteurs. Quand un homme débat, on dit qu’il est un bon orateur et un polémiste de talent, quand une femme fait de même c’est une hystérique énervée. Pire, quand 2 femmes débattent, on parle de crêpage de chignon. Dans les milieux féministes, le fait de se focaliser sur la forme plutôt que le fond s'appelle le "tone argument" (argument du ton) comme l'explique le blog "Genre!" : "L’emploi de l’argument de ton empêche la (le) féministe accusé-e de développer son propre argument et vise in fine à la (le) faire taire" "[C'est] un argument utilisé dans des discussions, [...] suggérant que les féministes auraient plus de succès si elles (ils) s’exprimaient sur un ton plus agréable. Il est aussi parfois décrit comme "on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre", une variante particulière de l’argument de ton.
L’argument de ton est une forme de détournement de la conversation [derailment], ou un leurre, car le ton d’une affirmation est indépendant du contenu de l’affirmation en question, et le fait d’attirer l’attention sur le ton détourne du problème dont il est question."

7°) Vous feriez mieux d’aller manifester au lieu de vous planquer derrière un écran, c’est pas du vrai militantisme ça
Opposer militantisme virtuel et militantisme de terrain n’est pas pertinent. L’essentiel de ma culture féministe, je l’ai acquise au fil de mes échanges sur les réseaux sociaux et de mes lectures de blogs. Beaucoup de gens m’ont affirmé n’avoir rien lu de féministe avant d’atterrir sur le blog, preuve que cela peut constituer une porte d’entrée vers autre chose. Je ne me rends pas aux manifestations par peur de la foule, pour autant j’ai le sentiment que chaque billet écrit ici est une sorte de tract. J’ai par ailleurs remarqué que la plupart de ceux qui viennent me reprocher mon « militantisme de canapé » ne militent pas par ailleurs. Si vous souhaitez en savoir plus, Mrs Roots a  écrit 2billets très pertinents sur le sujet.

8°) C’est pas sexiste c’est de l’humour, vous n’êtes qu’une féministe coincée
Scoop : l’humour peut être oppressif. A ce sujet, je vous conseille la lecture du passionnant billet de Denis Colombi : « L’humourest une chose trop sérieuse… »

9°) Vous les Femen, les chiennes de garde, vous détestez les hommes
Pour commencer, je précise que je ne suis encartée nulle part et ne fais partie d’aucune association. Ensuite, les Femen et les chiennes de garde sont des mouvements différents, aux opinions bien distinctes et ne représentent aucunement à elles seules LE féminisme (à ce propos, il n’existe pas UN féminisme mais DES féministes). Par ailleurs, les féministes ne détestent pas les hommes, pas plus qu’elles ne veulent les castrer ou les dominer. Le socle commun du féminisme c’est aspirer à l’égalité entre hommes et femmes. Cela passe notamment par la déconstruction des stéréotypes de genre et les hommes, en dépit de ce que certains pensent, auraient tout à gagner à être féministes. En effet, ils sont eux aussi enfermés dans des modèles étouffants de virilité et de réussite , ces mêmes modèles que les féministes aspirent à déconstruire.