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dimanche 7 mai 2023

La limonade salée ou comment les femmes sont élevées pour avaler des couleuvres.

 


En 2003, une expérience a été menée par la chaîne ABC sur un panel d’enfants.

Encadrée par Campbell Leaper, professeur et chercheur en psychologie à l'université de Californie à Santa Cruz, elle consistait à proposer à un groupe de filles et de garçons une limonade volontairement salée et d’observer leurs réactions.

Les garçons ont été francs et directs ("Beurk" "C’est dégoûtant") , tandis que les filles ont été polies et ont cherché à ne pas être blessantes. L’une d’entre a affirmé que la limonade était bonne, les autres se forçaient à boire, y compris une fille qui semblait déglutir difficilement.

Lorsque l’expérience leur a été révélée, les participantes ont expliqué qu’elles ne voulaient pas être impolies ou faire de la peine. La plupart des garçons ne se sont pas souciés de ça.

Dans une autre expérience, le chercheur leur avait offert un cadeau décevant comprenant un stylo et des chaussettes. Là encore, les petites filles se sont exclamées "Des chaussettes et un crayon ? Pile ce qu'il me fallait !" alors que les garçons ont crié à l'arnaque.

Lorsque le chercheur leur a demandé de se décrire, les filles se sont décrites comme "gentilles", tandis que les garçons se sont décrits comme "talentueux", "intelligents", "bons en mathématiques" ou "drôles". Les garçons ont rarement dit "gentil".

Le chercheur a expliqué que ces différences dans les réactions sont en partie dues à la socialisation des garçons et des filles par leur famille et leur société. Les filles sont souvent encouragées à être polies et à éviter de blesser les sentiments des autres, tandis que les garçons sont souvent encouragés à être francs et directs. Plus tard, ce syndrome de "la bonne élève" freinera les femmes dans leur carrière en les empêchant de s'imposer et d'affirmer leurs positions. Dans leur vie personnelle, cette volonté de ne pas faire de vague ou de déplaire contribuera à faire passer les besoins des autres avant les leurs.

Ces stéréotypes sont intégrés par les parents bien avant que les enfants ne sachent parler.

Une étude célèbre appelée "Baby X" conçue par Phyllis Katz a testé des adultes sur la manière dont nous traitons les bébés en fonction de ce que nous pensons être leur sexe.

"Nous avons dit que c'était Johnny. Jouez simplement avec Johnny comme vous le souhaitez. Ou c'est Jane. Jouez simplement avec Jane comme vous le souhaitez", a déclaré Katz.

C'était toujours le même bébé. Mais quand les adultes pensaient tenir Jane, ils la tenaient avec précaution et lui donnaient des poupées. Quand ils pensaient que le bébé était Johnny, ils lui offraient un ballon de football.


En résumé, les stéréotypes de genre peuvent être profondément ancrés dans notre culture, mais cela ne signifie pas que tout est perdu. Nous avons un rôle prépondérant à jouer en tant que parents.

En étant conscients de nos propres préjugés et en travaillant activement à les déconstruire, nous pouvons encourager les filles à faire des choix pour elles-mêmes et à affirmer leurs opinions, tout en incitant les garçons à exprimer leurs émotions de manière constructive. 

Vous cherchez un livre pour enfant qui déconstruise avec poésie les stéréotypes de genre dès 3 ans? Qui invite filles et garçons à se dire que rien n'est impossible?

Mon livre est fait pour vous :-).




jeudi 22 octobre 2015

Elles osent! Entreprendre au féminin : interview de Nina Astruc, co-fondatrice de la marque de jouets éthiques "encore!"



Aujourd'hui je reçois sur le blog Nina Astruc, co-fondatrice de la marque "encore!". Un projet qui entre parfaitement dans la ligne éditoriale du blog puisqu'il associe une entreprise co-créee par une femme à des jouets produits de manière éthique, 2 sujets qui me tiennent particulièrement à coeur!



Bonjour Nina, peux-tu te présenter? Peux-tu nous parler de ton parcours professionnel ?
Après des études de lettres et de communication, j‘ai commencé à travailler en tant que journaliste et photographe.
Je réalisais des reportages en France et à l’étranger pour des magazines de tourisme, d’outdoor et de décoration intérieure.
C’est une période où j’ai beaucoup voyagé. Au bout de quelques années le constat était clair : je me voyais mal concilier cette vie de baroudeuse avec une vie de famille. J’avais également envie de profiter de mes enfants. C’est à cette époque que j’ai passé le concours de professeur des écoles. De plus l’enseignement a toujours été une autre de mes passions.

Comment est née ta marque de jouets « encore !» ?
Pendant 7 ans, j’ai adoré mon métier de professeur des écoles. On est face à des enfants et on a un rôle essentiel. Ce que j’aime c’est apprendre en s’amusant et en étant heureux. J’ai toujours essayé dans les classes dont j’étais en charge de mêler le ludique et les apprentissages. Malheureusement je ne pouvais pas enseigner comme je le souhaitais. Je passais à mon temps à faire des remplacements à changer sans cesse d’école. Au fur et à mesure, cette instabilité permanente, est devenue insupportable. Mais il m’a fallu du temps pour me faire à l’idée que je pouvais à nouveau me reconvertir. Une fois de plus ! Et surtout m’avouer et avouer aux autres que je voulais réaliser un rêve de petite fille : faire des jouets.

En quoi cette marque est-elle différente ? Quelle est sa philosophie ?
Nous avons voulu insuffler à nos jouets des valeurs qui nous tiennent à cœur : des valeurs écologiques, éthiques et pédagogiques.
D’un point de vu écologique, nous utilisons exclusivement du hêtre 100% massif issu de forêts européennes éco gérées (FSC), du coton bio, des peintures et vernis  à l’eau.  Nos jouets également ont une seconde vie ! Ils sont évolutifs et peuvent être complétés au fil du temps, au gré des anniversaires. De plus, nous avons imaginé un design qui évolue, ils  deviennent des meubles. La grande maison se transforme en bibliothèque, table de nuit, la petite, en niche de décoration.
Par ailleurs nos maisons et le mobilier sont fabriqués en Europe, dans une petite ébénisterie choisie pour sa fiabilité et le respect des ouvriers ; les personnages en coton dans un atelier de réinsertion en Inde.
Enfin d’un point de vue pédagogique nous voulions des jouets qui soient une source d’apprentissage des bonnes pratiques écologiques au quotidien.

En quoi « encore ! » permet-elle de sensibiliser les enfants à l’écologie ?
L’écoquartier est un jeu d’imitation. Les enfants imitent des comportements, se les approprient, les intégrent puis les détournent à leur manière. L'éolienne, le panneau solaire, le bac récupérateur d'eau de pluie et le potager initient aux grands principes de l'écologie.  Il nous paraît essentiel de sensiblier les enfants à cette dimension écologique et qu’ils comprennent ces gestes. C’est pourquoi nous avons également conçu une illustration qui accompagne les maisons et les éléments pour expliquer comment fonctionne un habitat écologique, la vie dans un écoquartier. 

Les personnages en coton bio sont cousus dans un atelier de réinsertion de femmes en Inde à Calcutta. Les revenus et les conditions de travail des couturières répondent aux normes internationales et elles bénéficient d'un  accompagnement. Pourquoi avoir tenu à apporter un soin particulier aux conditions de travail des femmes employées? Qu’as-tu pu constater sur place, quelles sont leurs conditions de travail ailleurs, pour d’autres marques ?
Intégrer des critères écologiques et éthiques était pour moi essentiels dans la creation de ma marque de jouets. Je ne voyais pas les choses autrement. Comment offrir à des enfants des jouets saturés de produits chimiques et produits dans des conditions indécentes ? Comment aurais-je pu me regarder le matin  dans la glace si j’avais produit moi même des jouets en exploitant des femmes ou des enfants ?  C’était in-envisageable.  Je suis vraiment heureuse aujourd’hui de travailler avec cet  atelier de confection et de réinsertion et mes petits lapins portent en eux une belle histoire.

Consommer de manière éthique est devenu une vraie préoccupation: 71% des Français souhaiteraient ainsi être mieux informés des conditions de production des produits qu'ils achètent : comment peut-on être informé de la traçabilité de tes produits ? Pourquoi ne pas avoir produit en France ?
Notre demarche est globale elle vise autant les matières que nous utilisons coton bio, hêtre FSC, peintures écologiques, que le respect des gens qui les fabriquent. Nous essayons de conserver au maximum une relation de proximité avec les artisans. D’ailleurs bientôt nous allons mettre en ligne une video que  nous avons tourné dans l’atelier bois qui fabrique nos jouets. Mais bien sûr nous sommes conscients de nos limites et nous ne les cachons pas. Nous aurions voulu faire mieux. L'importation de nos jouets depuis la Roumanie en camion est une source d'émissions de Gaz à Effets de Serre (GES). Une fabrication française aurait nécessité moins de transport et contribué à l'économie locale. Mais après avoir contacté une cinquantaine d'ateliers à travers la France (et particulièrement dans le Jura), aucun n'a souhaité produire nos jouets en bois (notamment les petites pièces) du fait du savoir-faire souvent disparu que nécessitent ces pièces uniques le plus souvent réalisées à la main. A l'heure où 80% des jouets vendus sur le marché français viennent de Chine, l'Europe reste à notre avis un bon compromis en attendant mieux. 

Les jouets que tu proposes ne sont pas genrés et mettent en scène indifféremment filles et garçons. A l’heure de l’hyper-segmentation des jouets, s’agit-il d’une volonté délibérée de ta part ?
C’est une volonté et cela s’est fait aussi naturellement. J’ai un petit garcon et une petite fille et j’ai imaginé des jeux avec lesquels indifféremment l’un et l’autre pouraient jouer. Garcon ou fille peut importe ! Ils ont toujours envie avec leurs lapins de planter les carrottes, récolter les salades ou mettre des bûches dans le poële.

Comment les parents et les enfants ont-ils perçu ta gamme de jouets?  
Je suis profondément touchée car les retours sont très positifs. Les gens sont sensibles à l’esthétique à la demarche globale . Mais ce qui me fait encore plus plaisir c’est de savoir combien les enfants jouent avec les maisons des lapins. Et le retour est unanyme ! Les enfants ne les lâchent pas.

Quels conseils donnerais-tu à une femme qui souhaiterait se lancer ou se reconvertir aujourd’hui ?
Y aller, foncer mais …pas à pas. Les choses ne se font pas en un jour, il faut du temps… et de la perseverance. Il faut se mettre des objectifs réalistes et savoir estimer pour chaque jour le travail accompli et s’en féliciter. Personnellement j’ai travaillé 2 ans pour le lancement d’encore!

As-tu un exemple de femme qui a pu t’inspirer ou avoir valeur d’exemple ?
J’ai toujours été passionné par les récits des premières aventurières. J’ai d’ailleurs effectué un travail de mémoire à ce sujet. J’aime l’idée de ces femmes qui au début du siècle bravaient les convenances et l’ordre établi pour partir découvrir le monde sans renier leur féminité. J’aime la fougue de ces aventurières en crinoline…

Quels sont tes projets pour le futur ?
Je fourmille d’idées… je voudrais ajouter quelques éléments à notre écoquartier pourquoi pas lancer une nouvelle gamme pour plus petits. Mais on va faire les choses pas à pas… essayer de continuer sereinement et être heureuse chaque jour du chemin parcouru.

mardi 8 septembre 2015

Etude - Jeux Iphone pour enfants : des pixels et des stéréotypes



En janvier dernier, j’avais épinglé sur le blog une application Iphone destinée aux enfants de 9 ans et plus intitulée «Chirurgie esthétique et chirurgien esthétique et clinique version Barbie». Ce jeu proposait aux petites filles de s’entrainer à pratiquer la liposuccion avant d’être retiré par l’App Store suite au buzz suscité sur les réseaux sociaux.

Pour autant, les jeux pour enfants que l’on trouve aujourd’hui sur cette plateforme sont-ils tous exempts de stéréotypes ?

En jetant un œil sur les applications téléchargées par ma fille de 7 ans, comme je le fais régulièrement, j’ai été surprise par le nombre de jeux portant sur l’apparence (comment se maquiller, se coiffer, s’habiller) ou tournant autour du « care »(s’occuper d’un bébé ou d’un animal, le soigner).

Après lui avoir demandé comment elle était tombée sur ces applications, ma fille m’a expliqué avoir tapé « jeux pour filles » dans le moteur de recherche de l’App Store (on a beau avoir une mère féministe lui expliquant à longueur de temps qu’il n’y a pas de jeux de filles ou de garçons, certains réflexes restent profondément ancrés).

Pour en avoir le cœur net, j’ai donc décidé de mener l’étude suivante : comparer les 100 premiers jeux proposés par Apple en tant que « Jeux de filles » et « Jeux de garçons » et disponibles sur Iphone.


Un petit aperçu des 27 premiers jeux du classement du 3 septembre dernier



J’ai pour cela tapé « Jeu pour fille » et Jeu pour garçon » dans le moteur de recherche de l’App Store le 3 septembre dernier et ai classé les 100 premiers résultats proposés par Apple au sein d’un tableau Excel comprenant les 8 catégories suivantes:

-       Beauté/Cuisine/Décoration/Care
-       Action/Rapidité/Adresse
-       Construction/Stratégie
-       Profession médicale
-       Graphisme/Vocabulaire/Histoires
-       Musique
-       Religions
-       Rencontres (oui, ça existe !)

Pour comprendre d’où sortent ces 100 premiers jeux, cet article explique comment l’algorithme d’ Apple utilise plusieurs critères pour faire remonter une application plutôt qu’une autre au sein de l’App Store : le choix des mots clés, le visuel, la description, les notes, mais aussi le nombre de commentaires entrent en ligne de compte.

Ce classement évolue régulièrement, il a d'ailleurs changé depuis mon étude, qui ne constitue qu'une photographie à l'instant T du Top 100 de l'App Store.

Voici ce qu’il ressort de mon étude :

- > 57% des 100 premiers jeux pour filles, soit près de 6 jeux sur 10 portent sur l’apparence (comment s’habiller, se coiffer, se maquiller, se relooker), la cuisine, la décoration ou le « care » (s’occuper ou soigner un bébé ou un animal).

Certains d’entre eux ont particulièrement retenu mon attention :

« Soin de bébé » propose de s’occuper d’un bébé d’une façon un peu particulière : soin du visage, extraction de boutons et maquillage sont ainsi au programme ! Parce qu’il n’est jamais trop tôt pour commencer l’hypersexualisation !





« Dr Spa » : contrairement à ce que laisse penser le titre, cette application n’a rien à voir avec l’exercice d’une quelconque profession médicale. Le but du jeu : relooker une infirmière sexy !



« Air plucker » : Vade retro poil maudit, ce jeu pour petites filles leur apprend à s’épiler !


 
« My boyfriend Spa » : parce que, c’est bien connu, les hommes sont de grands bébés qui se laissent aller et les femmes des esthéticiennes en puissance, ce jeu propose de laver son petit ami, de lui enlever les boutons enkystés dans son dos, de le raser et de soigner ses vilains chicots cariés.



-> Seulement 21% des jeux de la rubrique « Jeux pour filles » sont des jeux d’action ou de rapidité. Mais certains d’entre eux ne sont pour autant pas exempts de clichés.

Ainsi, le jeu « Mall Shopping Run » consiste à attraper le maximum de sacs de shopping tout en courant le plus vite possible à l’intérieur d’un centre commercial



- > 10% des jeux pour filles mettent en scène une profession médicale (dentiste, chirurgien, ORL…)

-> Seuls 8% des jeux rentrent dans la catégorie « Jeu de construction ou de stratégie » et 4% dans la catégorie « graphisme ».

Sans surprise, chez les garçons, la catégorie « Beauté/Cuisine/Décoration/Care » est largement sous-représentée : les jeux portant sur l’apparence, la cuisine, la décoration ou le « care » (s’occuper ou soigner un bébé ou un animal) ne représentent que 7 applications sur 100.

En revanche, les jeux d’action, de rapidité et d’adresse représentent 65% des applications pour garçons (6 jeux rentrent dans la catégorie « guerre », catégorie inexistante chez les filles).

-> 11% des jeux pour garçons rentrent dans la catégorie « Jeu de construction ou de stratégie » et 8% dans la catégorie « graphisme ». Il est intéressant de noter à ce sujet que le jeu de QI qui arrive en 21ème position ne fait pas partie des 100 premiers jeux proposés aux filles



-> 5% des jeux pour garçons mettent en scène une profession médicale (dentiste, chirurgien, ORL…)  soit 5 points de moins que les filles

-> Certaines catégories  de jeux pour garçons n’existent pas chez les filles : musique (2%), religion (un jeu propose de découvrir la Bible) et… rencontres !


Oui, vous avez bien lu, en tapant « Jeux pour garçons », « Voo », une application de rencontres, arrive en 61ème position ! D’où l’intérêt de bien surveiller ce que téléchargent vos enfants !
 


 Après avoir compilé plus de 200 jeux, je garde en tête la vision d’un monde ultra binaire, sorte de persistance rétinienne d’un univers très stéréotypé.

Apparence et passivité pour les filles versus action et performance pour les garçons : un tristement grand classique du stéréotype de genre que l’on retrouve également dans la littérature enfantine. Une étude a ainsi démontré que les femmes et les fillettes étaient plus souvent représentées à l’intérieur qu’à l‘extérieur et dans des activités passives. A l’opposé, les hommes et les garçons étaient davantage illustrés dehors que dedans, vaquant à des occupations actives.

Heureusement, il existe néanmoins des initiatives enthousiasmantes : dans un article publié dans le Telegraph, Björn Jeffery, CEO de Toca Boca, explique ainsi comment il s'efforce de développer des jeux pour enfants sur iPhone « non-genrés ».

« Plutôt que travailler sur le ciblage d'un jouet par rapport à un genre, on a pu se concentrer sur le fun et sur le fait de faire de super applications pour les enfants ».
Le studio teste  également systématiquement ses jeux avec des enfants (aussi bien des filles que des garçons).

Et le succès est au rendez-vous puisque l’entreprise a cumulé 60 millions de téléchargements à travers 160 pays.

A l’heure où même le site américain d’Amazon décide de supprimer les catégories filles/garçons de son offre de jouets, il serait temps qu’Apple remette en question cette segmentation par mots-clés au sein de l’App Store.

Et que la marque en profite pour se pencher sérieusement sur la pertinence de certains jeux destinés aux enfants.

Quant à nous, parents, restons vigilants!

Edit 1 : Le site Slate a fait un article sur mon étude, c'est à lire ici. 
Le site 7 sur 7 a également écrit un article sur mon étude à lire ici.
Le site "Le square de l'info" destiné aux 7-12 ans explique mon étude aux enfants et en profite pour parler des stéréotypes.

Edit 2 : La journaliste Marie Jamet nous conseille les éditeurs d'applications suivants : Sago mini pour les petits et Tiny Bop pour les plus grands

mercredi 20 mai 2015

Littérature enfantine : quand les Editions Magnard genrent la planète



Récemment, j’évoquais ici le caractère stéréotypé des magazines pour enfants : de l’action, de la découverte, des sciences pour les garçons, du rose bonbon, de la cuisine, de la mode, de l’amour et des poneys pour les filles.

L’auteure du blog « Activités à la maison » a récemment fait le même constat : en parcourant le rayon livres d’un supermarché, la blogueuse est ainsi tombée sur 2 cahiers  d’activités « spécial filles » et « spécial garçons » destinés aux enfants de CP.

La couverture donne immédiatement le ton : du rose et des dauphins pour les premiers, du bleu et des chevaliers pour les seconds.

Un grand classique des livres genrés.

Mais les stéréotypes ne s’arrêtent pas là puisque l’éditeur a décidé d’aller encore plus loin dans la segmentation en genrant la planète, rien que ça.

Dans le planisphère version garçon : des détails sur les habitants, la végétation, les monuments, les moyens de locomotion, le climat.





Dans la version fille, du rose, quelques animaux mignons (un panda, un dauphin, un lapin, un castor) et…c’est tout ! Après tout, les filles ont-elles vraiment besoin de connaître autre chose ?




Les Editions Magnard ne sont malheureusement pas les seules à véhiculer des stéréotypes d’un autre âge : Fleurus avait déjà fait très fort question clichés avec sa collection « P’tite fille » et « P’tit Garçon ».


Heureusement, des alternatives existent : si vous manquez d’inspiration, j’avais dressé il y a 2 ans une liste de livres garantis 0% de sexisme !

A consulter sans modération!

Edit : Les Editions Magnard ont répondu sur leur page Facebook...avant d'effacer leur message :

"Nous avons vu depuis hier les critiques concernant la collection de parascolaire "Mon cahier d'activités", sur notre page facebook et sur les réseaux sociaux.
Voilà la réponse que les éditions Magnard souhaitent faire à tous ceux que ces cahiers ont choqué :
"Les critiques concernant le contenu des ouvrages « Mon cahier d’activités » sont infondées : les activités pédagogiques proposées sont les mêmes d’un cahier à un autre, aucune discrimination n’est faite entre les filles et les garçons dans les apprentissages, ni ailleurs !
Les thèmes proposés sont variés : ainsi, on trouve la thématique de la cuisine pour les garçons, et celle des instruments de musique, pour les filles…
Concernant la carte du monde, elle est, dans chacun des ouvrages, l’interprétation libre d’un illustrateur sur le thème du monde, l’un ayant préféré aborder cela sous l’angle des animaux, l’autre sous l’angle des monuments, sans aucune arrière-pensée sexiste.
Ces cahiers sont avant tout des ouvrages ludiques et nous sommes sincèrement désolés si certaines personnes ont voulu y voir une atteinte à l’égalité homme-femme !"


Edit 2 : Voici la deuxième réponse officielle des Editions Magnard postée sur leur page Facebook:

"C’est avec la plus grande attention que nous avons pris connaissance de vos messages concernant nos cahiers d’activités.
Il y a quelques années, nous avons conçu ces ouvrages en interrogeant des parents. Nous les avons donc édités en pensant répondre à leurs demandes.
Après un examen minutieux de leurs contenus, à la lumière de vos messages, nous prenons bien-entendu en compte vos remarques et vous informons que ces cahiers seront refaits.
Avec nos remerciements,"
 

dimanche 10 mai 2015

Au secours, la presse pour petites filles veut transformer mon enfant en caricature !



J’aborde souvent ici la question des jouets et du genre en pointant les stéréotypes véhiculés et les rôles prédéfinis dans lesquels ils enferment les enfants mais je n’ai pas eu encore l’occasion d’évoquer le sujet de la presse pour petites filles.

Je m’arrache d’ailleurs très régulièrement les cheveux lors des mes passages chez mon détaillant presse en compagnie de ma fille de 6 ans. Comme pour les rayons de jouets, les étals de nos magasins de journaux sont scindés en 2 parties distinctes : les magazines pour garçons et ceux pour filles.

Pour les premiers : de l’action, de la découverte, des sciences, pour les seconds : du rose bonbon, de la cuisine, de la mode, de l’amour et des poneys (malheur au petit garçon qui aimerait l’équitation). Je vous invite d’ailleurs à lire l’article de Lila qui a analysé en détail sur son passionnant blog l’offre des magazines pour petites filles.




Pour ma part, il m’est très difficile de proposer à ma fille des alternatives à ces journaux rose bonbon. Autant en littérature jeunesse, je trouve toujours le moyen de lui conseiller des livres pour sortir un peu des « Martine » et autres livres de princesses (sans compter tous les ouvrages récupérés de son grand frère), autant je me heurte à un handicap de taille lorsque je suis devant les rayons de mon détaillant presse.

La cause : le cadeau offert avec ce type de magazines. Comment lutter contre un collier de perles, un set de maquillage, un téléphone portable avec diamant incrusté et les mettre en concurrence avec un simple J’aime Lire ou un Journal de Mickey ? C’est perdu d’avance.

(Et pour les abonnements, ce n'est pas mieux!)

D’ailleurs, la plupart du temps, le choix du journal par ma fille se fait en fonction de l’objet offert et non pas du contenu, les éditeurs le savent bien. Précision importante que je tiens de l’époque où j’étais en charge de l’achat d’objets publicitaires, il faut savoir que la valeur du cadeau est limitée légalement à 7% de la valeur du produit.

Donc pour un journal à 6€, la valeur du cadeau offert s’élèvera au maximum à…42 cents ! On imagine dans quelles conditions celui-ci a été fabriqué…

Double peine, ces cadeaux, à l’image de leurs magazines, enferment eux aussi les petites filles dans des stéréotypes sexistes. Dernier exemple en date, le dernier numéro du journal de Charlotte aux fraises.

Ma fille, qui connait ma position sur la question, profite régulièrement de ses balades avec son père pour lui faire acheter ce type de journaux. J’ai compris que c’était le cas aujourd’hui encore quand elle s’est empressée de me dire en arrivant à la maison « Je n’ai pas acheté le journal de Charlotte aux fraises pour le cadeau mais parce que j’adore lire ! ».

Le cadeau en question : un magnifique « kit shopping », rose bonbon forcément, composé d’un faux rouge à lèvres, d’une clé de voiture et d’une carte bleue…euh rose !

Quand ma fille m’a vue dégainer mon appareil photo pour immortaliser ce petit condensé de stéréotypes, elle m’a lancé en souriant « Je sais ce que tu vas faire : encore un écrire un truc pour critiquer hein c’est ça ? ».

Ouf, la presse pour petites filles ne l’a pas complètement lobotomisée !

EDIT : Si vous avez des revues à me conseiller pour les 6-8 ans, je prends! J'en ferai un billet complémentaire!