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mardi 19 novembre 2013

L'implacable dictature du sourire féminin



Des seins hauts et fermes, un corps mince et sans cellulite, un sexe épilé et rosé, des fesses hautes et rebondies : on ne compte plus le nombre d’injonctions faites aux femmes en terme de beauté (j’en ai déjà parlé précédemment sur Rue89 en dressant une cartographie du corps parfait).

En Asie, on peut rajouter une exigence de plus à cette interminable liste : celle de sourire continuellement.

En Corée du Sud plus précisément, où une femme sur 5 a déjà subi une opération de chirurgie esthétique, on ne manque pas d’imagination pour booster le juteux marché de l’apparence. Après le rabotage de la mâchoire, les injections de fossettes ou le débridage des yeux, voici le « Smile lipt » (contraction de "lip" (lèvre) et "lift" ).



La clinique Aone, qui réalise cette opération pour 2000$, nous la présente façon télé-achat dans une vidéo surréaliste : « Les coins de la bouche s'élèvent naturellement après l'intervention, et bien que les coins de la bouche restent renversés sur un visage impassible, ils s'élèvent bien plus distinctement que la normale au cours d'un sourire ».


Un résultat façon sourire de Joker qui fait froid dans le dos….

Cette dictature du sourire s’immisce dans tous les moments de la vie quotidienne, même lors d’un repas au fast-food. Une chaîne de restauration rapide japonaise l’a bien compris en proposant à sa clientèle le « Liberation wrapper » : un emballage de hamburger qui permet aux femmes de dissimuler leurs bouches quand elles mangent et d’afficher ainsi un sourire permanent, même en avalant un énorme sandwich.


La vidéo de présentation nous explique l’importance de l ‘ « ochobo » au Japon, « un petit sourire modeste considéré comme attirant ».


Résultat : la chaîne de fast-food a vu ses ventes augmenter de 213% auprès des femmes. On notera que le nom de l’emballage, « Liberation Wrapper », est quelque peu paradoxal : on vend aux femmes l’injonction de se couvrir comme une libération !

En Occident, même si les femmes n’ont pas encore sauté le pas de la chirurgie esthétique pour afficher une bouche de Joker, la dictature du sourire n’en est pas moins présente.

Brigitte Laloupe (la blogueuse Olympe) l’explique très bien dans son livre « Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ? » : les femmes sourient plus que les hommes, c’est un fait établi.

« Sur des photos de classe de la maternelle à l’université, dans les magazines et les journaux, les personnes de sexe féminin sourient plus souvent : 63 % des garçons en maternelle et primaire contre 82 % des filles, 58 % des hommes contre 80 % des femmes dans les magazines. Cela n’est manifestement pas inné puisque la différence n’apparaît qu’à 5 ans. Incontestablement, il est attendu des femmes qu’elles sourient, mais qu’attend-on des hommes ?

Une analyse du nombre de réponses obtenues par les utilisateurs des sites de rencontres sur internet nous donne des indications. On apprend que, pour espérer obtenir plus de messages que la moyenne les femmes doivent regarder l’objectif tout en souriant ou en adoptant une moue un peu coquine.
Pour les hommes, c’est l’inverse, il faut plutôt faire la gueule (ou, du moins, ne pas sourire) et regarder ailleurs. »

Laissons à Vincent Estellon, cité dans l’ouvrage, le soin de conclure ce billet : « Il y a effectivement une inégalité des sexes face à la mauvaise humeur. Un homme qui fait la tête est perçu comme ayant du caractère, alors qu’une femme énervée sera souvent taxée d’hystérique. »

Dur de garder le sourire dans ces conditions…

Edit : A lire sur le sujet, un article très intéressant que m'a transmis Mona Chollet et qui démontre que le genre influence également le port d'appareils dentaires

dimanche 21 avril 2013

Seins et dictature de l'apparence



Jusqu’où ira la dictature de l’apparence ? Des seins à gonfler aux sexes à blanchir en passant par les aisselles à sublimer, on pensait avoir tout vu.

Pourtant, la nouvelle tendance esthétique au Royaume Uni prouve qu’il reste encore des zones corporelles non exploitées. Le « titooing », tatouage des mamelons à des fins purement esthétiques, fait actuellement fureur, notamment auprès des jeunes femmes de 18 à 25 ans. L’opération sous anesthésie locale consiste à foncer et mieux définir l’aréole des seins jugée trop rose et source de complexes pour de nombreuses femmes.

Gail Proudman, médecin indépendant dans une clinique, explique : « Beaucoup de femmes souhaitent avoir des mamelons foncés. C'est la mode. Certaines les trouvent trop roses ou pensent que cela ferait plaisir à leur petit ami. En feuilletant les magazines, elles subissent malheureusement la pression de leurs pairs. Ces femmes se font donc opérer pour pouvoir être seins nus sans complexer. »

La procédure, autrefois réservée aux cas de chirurgie reconstructrice, a désormais envahi le terrain purement esthétique.  D’un coût de 1500€ pour une durée de 12 à 18 mois, elle constitue une véritable manne financière pour les praticiens et rattrape en volume la chirurgie intime et mammaire. Le titooing touche désormais des clientes de plus en plus jeunes explique Danielle Price, une technicienne : « Des jeunes filles viennent me voir et me disent que leur petit ami les aimera davantage. C’est assez inquiétant de voir qu’elles le feraient juste pour ça ». Michelle, une mère de 32 ans, s’estime, quant à elle,  ravie de l’opération « Mes mamelons étaient trop petits, je me sentais comme une jeune fille. C’est une des meilleurs choses que j’ai jamais faite, cela m’a redonné confiance en moi».

Graham Offer, de l’association britannique des chirurgiens plastiques met néanmoins les femmes en garde : le tatouage est semi-permanent et l’on ne sait pas comment il évoluera au fil du temps. En effet, la taille de l’aréole et du mamelons subissent des variations, notamment au cours de la grossesse : il est donc nécessaire d’être prudent et de mûrement réfléchir avant de s’engager dans ce type de procédure.

Après les mamelons, les tétons subiraient eux aussi la dictature impitoyable de l’apparence. Un gadget japonais poétiquement nommé « Inverted Nipple Suction Dream Charm Adjuster » se charge désormais de corriger les tétons qui ne seraient pas assez saillants ! 


En Thaïlande, un nouveau métier à vu le jour : gifleuse de seins ! A coups de claques et de pincements, ces femmes promettent à leurs clientes d’augmenter leur tour de poitrine d’une taille de soutien-gorge. Une méthode naturelle qui n’en est pas moins coûteuse : 450 euros pour deux sessions de 15 minutes, une par sein.



Sur la vie de mammaire, le business des seins a encore de beaux jours devant lui !

dimanche 14 octobre 2012

Le marketing du vagin : quand le marché de la beauté s'attaque à l'intime


Mon dernier article est en ligne chez Slate.


Du rouge à lèvre pour sexe à la teinture pubienne, j'y décrypte cette course à la beauté et à la jeunesse poussée dans ses recoins les plus intimes. 

Plus blancs, plus fermes, plus rosés, plus jeunes, plus parfumés: les sexes féminins sont désormais soumis aux mêmes injonctions que les autres parties du corps plus visibles. Les industriels de la beauté, surfant sur cette culpabilité savamment entretenue, redoublent d’imagination pour créer des produits pour le moins iconoclastes.

Décryptage en 7 exemples.

Bonne lecture !