Hôtesses déguisées en infirmières à l'occasion de "Le Web", confèrence qui réunit actuellement les start-up du numérique
Il y a quelques jours, j’ai été amenée à échanger sur
Twitter avec @Cyroultwit et d’autres féministes au sujet de ce tweet :
Bien évidemment, nous ne sommes pas tombés d’accord, sans
pour autant nous invectiver, je précise (ceux qui en doutent peuvent aller
vérifier sur mon compte Twitter).
« Ok, l'article sort ce soir. Vous pourez vous défouler
en plus de 140 carac dedans » nous a alors prévenus @Cyroultwit.
Ca commençait bien. Comme si argumenter parce qu’on ne
partageait pas son point de vue c’était « se défouler ».
En dépit de ce tweet, j’attendais impatiemment de lire son
billet : Twitter est souvent caricatural et s’exprimer avec mesure en 140
caractères relève parfois de la gageure.
Son article allait donc nous expliquer posément sa position,
j’en étais sûre…jusqu’à ce que j’en lise les premières lignes :
« Gros agacement depuis hier. Qui s’est amplifié après
un thread twitter particulièrement agressif d’une bande d’hystériques voulant
annihiler mon tweet de dimanche soir »
Ca commence bien : on notera la jolie accumulation de
stéréotypes au sujet des féministes compilés en une seule phrase :
« agressif » « hystérique » « voulant annihiler mon
tweet de dimanche soir ». Sortez votre bingo féministe, le reste de
l’article est du même acabit :
« Tout d’abord,
Fleur Pellerin, ministre de mes fesses, qui telle
une Nathalie Kosciusko-Morizet à l’approche des élections,
se met à passer des vrais sujets digitaux à des sujets “people” pour
journalistes en mal de papier (et ils
sont nombreux en ce moment). En ce début de semaine ces journalistes ont
donc pu se réjouir, car Fleur
Pellerin a décidé de s’attaquer au douloureux et vital problème du machisme
dans l’informatique. »
Donc si je résume, 2 femmes ministres (« de mes
fesses ») osent s’attaquer à des sujets non-prioritaires, voire
« people » selon l’auteur. Celui qui nous intéresse ici est celui du
sexisme dans l’high tech. Une problématique pourtant importante, balayée d’un
revers de main par celui qui n’est pas concerné : l’homme blanc,
confortablement assis sur ses privilèges. Circulez, y a rien à voir, je décrète
que ce sujet n’est pas prioritaire puisque je ne le subis pas.
-> Sortez votre
bingo et cochez la case « le sexisme n’est pas prioritaire » ainsi
que la case « oh mais il y a des sujets plus importants comme les femmes
violées/les afghanes ».
L’auteur poursuit :
« Or, si il
y a bien une majorité d’informaticiens dans ces entreprises poussiéreuses,
sachez que dans la nouvelle économie, les sociétés de patrons femmes
pullulent. Oui, il s’agit d’une vision personnelle, mais dans la
pépinière dans laquelle j’ai mes locaux, il règne une très belle parité. Sauf
chez Curiouser (ma boite dont je partage la
gouvernance avec – devinez quoi – une femme) où l’on compte 4 femmes (dont
une développeuse de jeux vidéo) pour 1 homme. »
Donc selon @Cyroultwit, les femmes pullulent dans la
nouvelle économie. Sa source : son expérience personnelle, à savoir son
microcosme professionnel, qui a vraisemblablement plus de valeur que la
gigantesque somme de travaux universitaires, sociologiques, démographiques
réalisés sur le sujet.
Etrangement, les études sur cette thématique ne vont
pas du tout dans son sens : la dernière en date, celle
de Markess International pour le comité « Femmes du numérique »
de Syntec Numérique a ainsi mis clairement en évidence la sous-représentativité
des femmes au sein des effectifs des entreprises de ce syndicat
professionnel, avec une part de 28% des effectifs, alors qu’elle est de 48%
dans la population active en France selon les chiffres 2011 de l’INSEE.
-> Sortez votre
bingo féministe et cochez la case « Le sexisme n’existe pas car je ne l’ai
pas vécu »
« Car
l’informatique n’est pas sexuée. »
« L’informatique n’est pas sexuée » ne veut
rien dire.
Les femmes s’orientent peu (ou sont peu orientées) vers les
métiers techniques et sont plutôt poussées vers les fonctions de support, de communication.
Il s’agit de stéréotypes liés au genre, très présents dans le milieu de l’high
tech et qui commencent dès l’école, avec l’apprentissage des mathématiques.
Les femmes ont d’ailleurs très bien intériorisé ces
stéréotypes : une étude l’a ainsi très bien démontré : « Des
chercheurs de l'Université de Provence ont fait passer un test à des écoliers
et des écolières. Ils leur ont montré une figure géométrique assez compliquée
en leur expliquant qu'ils allaient devoir la reproduire de mémoire, à main levée.
Cette expérience a été réalisée sur deux groupes comprenant
des filles et des garçons. Au premier groupe, les chercheurs ont dit qu'il
s'agissait d'un exercice de géométrie. Alors qu'au second, ils ont présenté le
test comme un exercice de dessin.
Résultat de l'expérience : lorsque l'on dit aux enfants
qu'il s'agit d'un exercice de géométrie, les filles réussissent moins bien que
les garçons. Mais lorsque l'on présente l'exercice comme une épreuve de dessin,
les filles obtiennent des résultats meilleurs que les garçons, alors que le
test est rigoureusement le même dans les deux cas. Autrement dit, la seule
évocation de la géométrie (référence directe aux mathématiques) constitue un
obstacle pour les filles. »
« La société
l’est, ne nous trompons pas de débat. »
Donc l’informatique serait une bulle coupée de toute
interaction avec la société et ne subirait pas, de fait, le sexisme. Les
féministes doivent donc s’attaquer « à la société », sorte d’entité
fourre-tout non identifié, mais pas à l’informatique.
« Aussi cette “ministre de l’innovation et de
l’économie numérique“,au lieu d’aider des PME innovante à se
développer dans un
contexte administratif pourri, ou au lieu de développer l’accès à Internet
en France (ce
qui gênerait les lobbies), fait
des claquettes en condamnant des réflexes passéistes de boites
préhistoriques. C’est clair que ça va faire plaisir aux sondages, aux
lectrices féministes et aux médias qui s’ennuient. »
La rhétorique classique du « elle ferait mieux
de ». « Les féministes feraient mieux de s’occuper des femmes violées
plutôt que de dénoncer les publicités sexistes » par exemple, comme si un
combat empêchait d’en mener d’autres.
Ici, @Cyroultwit accuse Fleur Pellerin de « faire des
claquettes » au lieu de se préoccuper des vrais problèmes : comme si s’attaquer
au sexisme l’empêchait de travailler sur d’autres sujets du numérique.
-> Sortez votre
bingo féministe et cochez la case « Les féministes feraient mieux de…»
« Mais je ne vois
vraiment pas le rapport avec l’innovation qui aurait bien besoin d’être
aidée »
Pourtant, le rapport est flagrant : le sexisme est un
réflexe rétrograde, passéiste et totalement en opposition avec le mot
« innovation ». Que l’informatique ait besoin d’être aidé est, encore
une fois, un problème différent mais pas antinomique.
Je ne commenterai pas le reste du texte, que je vous invite
à lire, celui-ci se bornant à taper sur les politiciens façon « tous
pourris » (le sujet du sexisme dans le numérique ne serait qu’une vile
manipulation politicarde destinée à détourner l’attention des vrais problèmes).
La solution, selon l’auteur : le parti Pirate, chantre de la « parité
sexuelle ».
Si vous avez quelques minutes, je vous invite à lire ce
billet qui dénonce l’extrême tolérance du parti vis à vis du sexisme de ses
membres sur Twitter.
Mais ce devait être, encore une fois, le fait d’une
« bande d’hystériques » sans doute…

