> Bavoirs genrés : comment le sexisme s'apprend dès le biberon

lundi 26 mai 2014

Bavoirs genrés : comment le sexisme s'apprend dès le biberon



Il n’est jamais trop tôt pour enfermer les enfants dans les stéréotypes genrés.

On se souvient de l’épisode des bodys Petit Bateau qui définissaient les petites filles par leur apparence physique (« jolie », « mignonne », « élégante » », belle », « coquette » etc.) par opposition aux garçons agissants (« courageux », « fort », « robuste », « vaillant », « déterminé »...).



Plus récemment, j’avais parlé ici des tétines sexys pour petites filles:



 Ainsi que des perruques pour bébé destinées à féminiser les nourrissons dès le berceau:



Il y a quelques jours, une de mes abonnées sur Twitter, @Pralyonne, m’a fait parvenir ces photos prises dans le magasin Gibert Joseph de St Michel :

Bavoirs version garçon :

"Plus tard je serai sapeur pompier"



"Plus tard je serai ballon d’or"



Bavoirs version fille :

"Plus tard je serai une princesse"



"Plus tard je serai super fashion"



Un coup d’œil sur le site qui vend ces bavoirs en ligne (dans la catégorie « humour », qu’est ce qu’on se marre) confirme bien le sexisme de cette gamme :

Version garçon :

"Plus tard je serai un super-héros"


"Plus tard je serai champion du monde"


Version filles :

"Plus tard je serai la reine du shopping"



"Plus tard je serai super cuisinière"



Apparence et passivité pour les filles versus action et performance pour les garçons : un tristement grand classique du stéréotype de genre que l’on retrouve également dans la littérature enfantine. Une étude a ainsi démontré que les femmes et les fillettes étaient plus souvent représentées à l’intérieur qu’à l‘extérieur et dans des activités passives. A l’opposé, les hommes et les garçons étaient davantage illustrés dehors que dedans, vaquant à des occupations actives. Le blog "Fille d'album" vient d'ailleurs d'écrire un excellent article au sujet de la nouvelle segmentation par genre de la bibliothèque rose/bibliothèque verte.

Les conséquences de ces représentations sont nombreuses : "Pour les filles, le manque de modèles valorisants porte un coup à l'estime de soi et conditionne des comportements. Les stéréotypes de la littérature enfantine restreignent par exemple leurs choix professionnels: il leur est difficile de choisir un métier qu'elles n'ont jamais vu exercer par d'autres femmes. Les garçons sont également confinés dans un rôle rigide: ils auront plus de difficulté à choisir un métier dit "féminin", par peur des moqueries de l'entourage, des copains" explique Anne Daflon-Novelle, en charge de l'étude.

Aujourd'hui, seuls 17 % des métiers sont mixtes et certains, comme ceux de la petite enfance, sont essentiellement féminins.
                 
Et il ne faut pas compter sur ce genre de produits sexistes pour faire bouger les lignes.