> Tout à l'ego

jeudi 19 septembre 2013

Couper le cordon




La rentrée est décidément une somme infinie de réjouissances.

Après les achats de fournitures iconoclastes, les livres à couvrir, les 10000 formulaires à remplir dans tous les sens il y a aussi les réunions de parents d’élèves.

Je me souviens encore de la première à laquelle j’ai assistée, de mon émotion en rentrant dans la classe, de mes larmes contenues en réalisant que mon fils était désormais un élève, de mon attendrissement devant les chaises minuscules.

Mais ça c’était avant. Maintenant, alors que je totalise 9 réunions de parents d’élèves, je suis comme qui dirait devenue une routarde de l’entretien parents-professeur.

Je n’ai plus la larme à l’œil en observant les petites chaises mais me demande si je vais arriver à caser mes 2 fesses à l’intérieur.

Je ne suis plus émue à l’idée que ma fille soit une élève mais me demande si l’instit de cette année va nous demander encore une fois de nous prendre en photo avec une poupée en nous vendant ça comme un projet pédagogique.

Je n’essaye plus désespérément de deviner où s’assoit mon enfant pour me mettre au même endroit mais choisis surtout une place stratégique près de la porte pour partir plus tôt si besoin.

A me lire, on a le sentiment que je me suis endurcie. Pas tant que cela finalement.

Je dois avouer que quand l’instit de ma fille qui est en grande section nous a annoncé, sourire aux lèvres que la classe allait partir 3 jours en classe de poney, mon cœur de mère juive s’est brisé en 1000 morceaux sur le lino. J’ai furtivement jeté un coup d’œil aux autres parents hilares puis ai esquissé un sourire forcé. Ma première question a été « C’est loin de Paris ? » « Oh non 160 kms ». Allez savoir pourquoi, mon inconscient de mère juive a doublé cette distance et à chaque fois qu’on m’a posé la question par la suite j ‘ai répondu 300 kms. Ce n’est qu’en me replongeant dans les papiers distribués par l’instit que j’ai réalisé que c’était bien plus proche que je ne le pensais.

« Et comment sont les dortoirs ? ». Je m’imaginais déjà des dortoirs façon pension, ma fille en pleurs le soir, son doudou à la main, m’appelant dans le noir. « Ce sont des chambres de 4, c’est très sympa ». Je me suis retenue de demander si c’était des lits superposés histoire de ne pas passer pour une psychopathe mais j’avoue que la question m’a brûlé les lèvres.

« Oh faut pas s’inquiéter, mon ainée est partie l’année dernière, elle était ravie » a lancé un père d’un air goguenard. « Ah super » ai-je répondu alors qu’en mon for intérieur résonnaient ces mots « ma fille, la chair de ma chair, le sang de mon sang, ma fille-ma bataille va partir 3 jours loin de moi ».

Alors que je tentais d’entamer une séance de respiration par le ventre, je réalisais que nous étions déjà passé au sujet suivant : les notes ou plutôt l’absence de notes ce que je considère comme une très bonne nouvelle (ça compense la classe de poney). Cette année l’instit (ou plutôt les instits, elles sont 2 à mi-temps) ne vont pas distribuer notes, corrections en rouge ou en vert, tête qui sourit ou fait la tronche. Elle vont simplement signaler à l’enfant si quelque chose ne va pas et le laisser corriger seul. Silence des parents dans la classe.

J’ai encore le souvenir du livret de mon fils en petite section (oui, vous avez bien lu « livret d’évaluation » à 3 ans) dans lequel il était noté que la descente d’escalier n’était pas acquise. Mon fils en avait fait une fixette « j’ai eu un bon livret SAUF EN DESCENTE D’ESCALIER » à tel point que j’en étais arrivée à lui dire « c’est pas grave, tu feras comme moi, tu prendras l’ascenseur ». Quand je le vois désormais sauter les marches et descendre les escaliers à toute vitesse, je ne peux m’empêcher de sourire.

19h10, tous les sujets ont été abordés, de la coopérative à la gestion de toilettes, quand soudain une voix s’élève. « Pourrions-nous avoir un feedback de votre part sur le niveau de la classe ? Ils sont bons ou pas ? ».

Alors que l’instit avait expliqué quelques minutes avant qu’il n’y aurait pas de notes. Mais visiblement c’est encore trop dur à entendre pour certains parents qui ont besoin de « feedbacks » et autres « retroplanning asap ».

Moi qui attendais une excuse pour partir, je me suis alors levée comme un ressort en entendant le mot « feedback », souvenir amer de la novlangue franglaise de mon ancienne vie professionnelle.

En arrivant à la maison, j’ai pris une grande respiration puis ai annoncé à ma fille « Tu sais quoi ? Tu vas partir 3 jours en classe de poney avec ta classe, c’est génial ! » « Youpi, je suis trop contente ».

Quelqu’un a une paire de ciseaux pour couper le cordon ?

vendredi 13 septembre 2013

Jeu d'écriture


Les jeux d'écriture reprennent sur le blog!
Voici la consigne du jour :
Ecrire un texte dont la première phrase contient une forme géométrique : carré, rond, rectangle, triangle, hexagone, c'est vous qui choisissez!
Contrainte de temps : le texte doit être rédigé en 20 minutes maxi.
Si vous souhaitez participer, je vous conseille de ne pas lire ma participation ci-dessous pour ne pas être inspiré.
Comme d'habitude, ceux qui le souhaitent peuvent poster leur participation dans les commentaires.
Merci de noter qu'exceptionnellement je n'aurai pas accès à internet entre ce soir et demain soir 22h. Les commentaires resteront donc en attente de modération dans ce laps de temps.
A vos claviers!


Elle décroche un carré de papier jaune. L’applique consciencieusement contre la vitre d’un geste mécanique. En prend un autre. Le colle juste à côté. « RDV à 10h20 précises juste à côté de l’open-space » disait l’email envoyé par le directeur marketing. Ici chez CDBG, grosse agence de pub internationale, on presse les employés comme des citrons mais toujours avec le sourire. On les entasse dans des open-spaces surchauffés mais on prétexte que ça renforce le « team-building ». Et on a installé des babyfoots dans les salles de réunion pour faire oublier qu’elles durent jusqu’à 21 heures.
La dernière lubie du directeur marketing : montrer à la terre entière et surtout à l’agence concurrente d’en face qu’on est des gens cools, hypes et qu’il fait bon travailler ici. Un message qui tranche un peu avec le mail lapidaire reçu hier : « RDV à 10h20 précises juste à côté de l’open-space pour une Post it War. Merci de prévoir des blocs de Post-it de 3 couleurs différentes et d’imprimer le modèle de dessin ci-joint. L’idée est de recouvrir le maximum de vitres avec les créations envoyées en pièce jointe. Votre participation est obligatoire. Votre sourire aussi. ».
Elle entend ses collègues glousser en arrière-plan. Le rire rauque et gras de son N+1.  La boule dans sa gorge ne disparaît pas en dépit de ses tentatives de déglutir discrètement. Elle décroche un carré de papier jaune L’applique consciencieusement contre la vitre d’un geste mécanique. En prend un autre. Le colle juste à côté.
Elle fait un pas en arrière pour vérifier que le message est bien lisible puis penche la tête sur le côté pour observer son œuvre d’art.
Sur les vitres, se détachent en lettres jaunes ces 2 mots : Aidez-moi.


jeudi 12 septembre 2013

Cancer du sein : 2 projets qui me tiennent à coeur



En rédigeant ce billet sur Facebook et le cancer du sein, je ne pensais pas qu’il aurait un tel impact. A ce jour, 12 000 personnes l’ont déjà lu, un chiffre qui donne le tournis !

Il est même arrivé jusque sur les ondes puisque Erwann Gaucher, journaliste à France Info en a parlé dans sa chronique sur les réseaux sociaux, #info2230, que vous pouvez réécouter ici.

Aujourd’hui, afin d’être constructive, je souhaitais mettre en lumière deux projets permettant de lutter contre le cancer du sein de façon intelligente et différente.

Je ne prétends pas être exhaustive et ne mentionne que 2 de mes coups de cœur, aussi, si vous avez connaissance de projets intéressants, n’hésitez pas à me les communiquer en commentaire :



The scar project : « parce que le cancer du sein n’est pas un ruban rose », David Jay, photographe de mode reconnu a choisi de photographier une centaine de femmes victimes de cette maladie. Sans artifice ni retouche, ses clichés montrent des cicatrices, des seins, reconstruits ou pas, dans toute leur diversité, à des années lumière des images édulcorées diffusées habituellement. Les femmes y apparaissent dignes, fières et combattives, un formidable modèle d’espoir pour toutes les malades. Une initiative qui a contribué à aider les modèles à se reconstruire, comme l’explique le photographe " Avoir fait le portrait de ces jeunes femmes semble représenter leur victoire personnelle sur cette terrifiante maladie. Cela les a aidé à reconquérir leur féminité, leur sexualité, leur identité et le pouvoir, après avoir été volé d’une partie importante d’elles mêmes. Grâce à ces images simples, elles semblent avoir accepter la maladie et pouvoir, à nouveau, avancer avec fierté."



« The battle we didn’t choose » : Un photographe new-yorkais, Angelo Merendino, raconte en images le combat qu'a mené Jennifer, sa femme contre le cancer du sein. Des clichés aussi beaux que poignants qui décrivent l’alternance entre joie et tristesse, espoir et détresse. Des images d’une extrême puissance et dont on ne ressort pas indemne. « « La première fois que j'ai vu Jennifer j'ai su. J'ai su qu'elle était la bonne. Je l'ai su, comme mon père pendant l'été 51 quand il a chanté I found her à ses soeurs après sa rencontre avec ma mère. 5 mois plus tard on diagnostiquait à Jen un cancer du sein. Je me souviens du moment exact... La voix de Jen et le sentiment d'être paralysé/engourdi qui m'a envahi. Cette impression ne m'a jamais quitté. Et je n'oublierai jamais la façon dont on regardait dans les yeux de l'autre en se tenant les mains. « Nous sommes ensemble, ça ira ».




mardi 10 septembre 2013

Chère amie Facebook, je me tape de la couleur de ton soutien-gorge



Si tu es une femme et que, comme moi, tu es utilisatrice de Facebook, tu n’as pas pu y échapper.

La première fois j’en ai souri, les autres fois ça a commencé à me fatiguer et désormais ça me tape carrément sur le système.

Au début, on me demandait en message privé d’afficher en statut la couleur de mon soutien-gorge, ensuite le nom d’une sucrerie en fonction de mon statut marital, puis celui d’une boisson alcoolisée, l’endroit où je pose mon sac à main le soir, maintenant le nom d’une ville en fonction de ma date d’anniversaire.

Tout ça pour, je cite « soutenir l’information sur le cancer du sein ». « Les garçons ne vont rien comprendre ». « Partage si tu oses ». Stop.

Je vais essayer d’expliquer CALMEMENT pourquoi ce genre de jeu idiot ne sert à rien mais en plus dessert la cause qu’il prétend défendre.

Si le but est de faire le buzz, en effet, le défi a été remporté, du moins pour la première fois, du fait de sa nouveauté. La recette n’est pas compliquée : un peu de graveleux ("mon soutien-gorge est rouge" "je l’aime sur le portemanteau") d’alcool ("Tequila"), de mystère ("je pars à Miami pour 3 mois") et la mayonnaise prend. Rajoutez à cela une touche de sexisme "les garçons ne vont rien comprendre" et de culpabilité "partage si tu oses" et le buzz est assuré.

En revanche, si le but, tel qu’il est énoncé dans le corps du message, est de « soutenir l’information sur le cancer du sein » on peut affirmer qu’il s’agit d’un flop retentissant.

Combien d’entre vous connaissent les statistiques du cancer du sein ou les facteurs prédisposant ? 

Qui maîtrise mieux l’autopalpation depuis qu’elle a posté la couleur de son soutien-gorge ?

Le jeu n’a rien changé à ce niveau-là. Il a même peut-être même empiré les choses en ce qui concerne l’implication personnelle de chacun, persuadé d’avoir fait sa bonne action sur Facebook et se sentant dédouané d’en faire plus. Un cyber-activisme mou à peu de frais et contre-productif.

En ce qui concerne l’information, on ne peut pas dire non plus que ce type d’action soit très pertinent. 

Pourquoi d’emblée exclure « les garçons » (dans les messages, on ne parle que de « garçons » et de « filles », les mots ont un sens) ? Pour information les hommes peuvent également être touchés par la maladie (1% c’est faible mais ça existe). Mais surtout ils peuvent être touchés autrement que dans leur chair : ce sont aussi des frères, des maris, des pères, des amis. Pourquoi les exclure sous prétexte d’une connivence puérile entre « filles » ? Pourquoi est-on également obligé d’agiter le hochet du LOL dès lors qu’il s’agit d’une cause touchant les femmes, de surfer sur tous les stéréotypes genrés, du rose au soutien-gorge en passant par les sacs à main ? Vous pensez que je suis une féministe hystérique ? Pourtant, une étude très sérieuse publiée dans le «Journal of marketing Research» a ainsi montré que les publicités genrées contre le cancer du sein (ruban roses, visages de femmes) amoindrissaient la perception qu’avaient les femmes de leur propre vulnérabilité.

Donc si tu veux vraiment être utile, oublie-moi avec ces statuts débiles.

Va visiter des malades même si « tu n’aimes pas les hôpitaux » même si tu as « des mondanités » qui t’occupent ailleurs (je précise que ces phrases sont authentiques et vécues).

Va lire cet article de Manuela qui récapitule les 10 phrases à ne pas prononcer à un malade atteint de cancer (et lis le reste du blog aussi).

Mais oublie moi avec tes statuts débiles.

Mon père est mort d’un cancer il y a 6 mois alors le cancer, ne t’inquiète pas, j’y pense.

Edit 12/09/13 : Je parle aussi des projets contre le cancer du sein qui m'ont touchée ici

lundi 9 septembre 2013

Cartes du tendre



Hier après-midi j’ai fait un tour à la brocante qui se tenait pas très loin de mon nouveau chez-moi.

Au détour d’un stand, entre 2 masques à gaz, 3 soldats de plombs et un sac en croco, je suis tombée en arrêt sur un lot de cartes postales anciennes.




Des cartes par centaines, aux tons pastel et sépia, témoins d’une époque où l’écrit occupait une place de choix, à des années lumière du téléphone portable et des réseaux sociaux. 


Des cartes pour toutes les occasions : pour célébrer le 1er avril ou accompagner un bouquet de fleurs, envoyer ses pensées à une amie ou lui souhaiter sa fête, pour déclarer sa flamme dans l’attente enfiévrée d’une réponse. 


Des couples enlacés, des femmes apprêtées tenant dans leurs bras un bouquin ou un panier rempli de poissons, des angelots et des saints. Il y avait toujours une occasion pour manifester son affection à l’autre, tisser le lien, en dépit de la distance et de la durée imprévisible de la réponse.




Attirée par leur look gentiment rétro, j’ai été surprise de découvrir à leur verso des messages manuscrits.



D’une écriture très appliquée, tout en pleins et en déliés, les mots de ces inconnus me plongèrent alors instantanément dans leur intimité. Des bribes de vies sorties du néant pour quelques instants et autant de tranches d’existence jetées en vrac dans une vulgaire boîte en bois.

« Ma chère Joséphine, je ne t’écris pas souvent mais maman pourra te dire l’occupation que j’ai pour le chant, la musique et le travail, et me promener. Je vais souvent chez M et Mme Crosnier, ils sont venus passer la journée du lundi  de la Pentecôte chez moi, je les aime beaucoup. Je ne t’oublie pas et quand j’irai à la Membrolle, j’espère te voir et tu me trouveras toujours la même, très gaie. J’ai beaucoup d’amis et je suis très estimée, s’il me fallait m’en aller on me regretterait, surtout pour les cérémonies d’église. Quand est ce que tu viens me voir, peut-être pas cette année mais l’année prochaine je l’espère. Ne m’oublie pas auprès de ta mère de qui je garde un bon souvenir. A toi ma chère Joséphine je t’envoie mes meilleures amitiés. Marie »

Une autre, terriblement émouvante, écrite du front :

« Mardi 4 décembre 1945, 2h ¼
Ma petite Jeannou,
J’écris cette carte, me voici de retour au pays avec le cafard comme de juste car mon amour pour toi, vois-tu, est sans borne. Mon cœur est plein de beau sentiment pour toi. Je t’aime de cet amour que rien ne saura détourner. Bientôt petite Nine nos 2 cœurs n’en feront qu’un. Tu seras heureuse ce jour-là car plus jamais nous ne nous séparerons. Notre foyer sera beau car nos cœurs se comprennent. Et dans cette maison où tu as passé ton enfance, ton cœur sera rempli de joie et de bonheur car celui qui tu aimes sera là pour te guider et suivre la route qui nous est tracé. Je finis sur ces mots. A toi toujours mon amour que j’aime. Les baisers sur ton front de celui qui n’a qu’une pensée, de te rendre heureuse. Raymond avec les plus tendres baisers ».

Et nous, qu’adviendra-t-il de nos tweets, statuts Facebook ou billets de blog jetés au vent comme des bulles de savons? Intéresseront-ils ou attendriront-ils nos descendants ? Pas sûr…