> Lili poupée casse-couille ou quand les parents ont des devoirs

lundi 5 décembre 2011

Lili poupée casse-couille ou quand les parents ont des devoirs


Vendredi soir, j’ai récupéré mon fils à la sortie de l’école avec sa bouche pincée, caractéristique d’une contrariété ou d’un truc resté en travers de la gorge. « Tiens », s’es-il contenté de me dire en me fourguant dans les bras un sac en tissu synthétique à grosses fleurs roses. En jetant un coup d’œil à l’intérieur j’ai identifié une poupée noire, une valise et un cahier A4. « Elle s’appelle Lili, va falloir la garder le week end et marquer dans le cahier ce qu’on a fait avec elle » a-t-il expliqué d’un air aussi guilleret qu’un condamné sur l’échafaud.

Et merde. Le retour de la malédiction du machin à trimballer partout pour faire plaisir à la maîtresse. Parce qu’on y avait déjà eu droit en petite section au doudou cochon nommé « Tititata ». La première fois on avait trouvé ça rigolo, même mon fils s’était senti investi. Mais là, en CP, il est davantage dans le trip Beyblade/chevaliers/pirates que pouponnage. C’est donc moi qui allais m’y coller…Joie dans les cœurs !

Arrivée à la maison, j’ai ouvert le cahier et y ai découvert 2 avertissements « MERCI DE NE PAS LAVER LES VETEMENTS ET D’EN PRENDRE GRAND SOIN », assorti d’un inventaire en 2 exemplaires des 12 tenues de Lili. J’ai reconnu la légendaire souplesse de l’instit, celle-là même qui file des mauvais points aux élèves qui osent aller aux toilettes pendant la classe. Contrairement à Tititata, nous n’étions, cette fois-ci, pas les premiers à inaugurer le cahier, 3 familles s’y étaient déjà collées avant nous. Et on peut dire qu’elles avaient fait les choses bien : photo encadrées, légendes tapées sur l’ordi avec polices différentes à chaque fois, agenda de ministre (« Lili au cirque » « Lili au cinéma » « Lili chez une copine »). Les parents modèles quoi : moi qui comptais bâcler le truc ça n’était plus possible, la barre était très très haute. Je me suis demandée comment feraient des parents qui parlaient très mal le français ou n’avaient pas d’appareil photo numérique. Ok, l’enfant pourrait toujours dessiner ce qu’il a fait avec Lili mais il serait forcément mal à l’aise par rapport au professionnalisme des élèves précédents. De toutes façons, pas le droit de critiquer c’est « un projet PE-DA-GO-GI-QUE » : j’imagine toutes les bonnes raisons formulées dans un charabia didactique pour justifier cette mascarade qui n’a d’autre finalité que de faire bosser les parents !

Visiblement, ce genre de projet a le vent en poupe, si j’en juge les réactions de mes amies sur Facebook « moi c'était un ours en peluche. J'y suis déjà passée mais NOAH en avait rien à faire. il ne l'a même pas calculé. Bon courage:-) » « moi l'année dernière un ours cette année... une souris!!! » « nous, on a eu Mr Moustache....et Laetitia* n'en avait rien à faire non plus ! Mr Moustache..je te jure, quelle idée ! » « ahah je me souviens de Lucette la souris qui épongeait le vomis de mon chien l' an dernier :-))) ». Une véritable épidémie cette invasion de bestioles à poils !

Ne voulant pas que mon fils se fasse remarquer, je me suis attelée au remplissage consciencieux du cahier, tout en pestant intérieurement. Il en a fallu de l’imagination d’autant que nous avons été cloitrés à la maison pour cause de weekend pluvieux ! Ce fût parfois électrique « JOSEPH VIENS TOUT DE SUITE FAIRE SEMBLANT DE LIRE UNE HISTOIRE A LA POUPEE POUR QUE JE FASSE UNE PHOTO » mais la mission a été accomplie. Mon fils ne sera pas la risée de sa classe et j’ai gagné ma médaille de mère parfaite.

Enfin, officiellement. Parce qu’officieusement, je n’ai pas pu m’empêcher de régler son compte à cette saleté de Lili qui nous a pourri le week end. Petit extrait de mon shooting perso :

Lili version sado maso


Lili version Véronique Courjault


Lili version "Tu t'es vue quand t'as bu"


Lili version "Bob Marley power, je fume la ganja"

*Certains prénoms ont été changés pour préserver l'anonymat des mères!