mercredi 18 juin 2014
Création d'un dictionnaire participatif du féminisme
Mon amie Gaëlle Picut, talentueuse journaliste et bloggeuse, a crée sur son blog un dictionnaire participatif de la conciliation vie personnelle/vie professionnelle. J'ai trouvé l'idée très pertinente et ai pensé qu'il serait intéressant de la transposer sur le blog en créant le "Dictionnaire participatif du féminisme".
Chacun(e) choisirait la définition qui lui convient et se chargerait d'écrire un petit article à son sujet.
Cela peut être une définition un peu "technique" (mansplaining, tone argument, male gaze...) comme des définitions de concepts plus globaux (égalité, parité, empowerment...). Libre à chacun(e) d'y inclure son expérience personnelle ou de porter un regard subjectif sur un concept abstrait!
L'idée est d'être pédagogique et de montrer qu'il n'existe pas un féminisme mais des féminismes!
Si vous êtes intéressé(e), contactez-moi par mail (sophiegourion(at)hotmail.fr) en m'indiquant quelle définition vous avez choisie. J'ai hâte de vous lire et espère que ce projet vous enthousiasmera autant que moi!
Edit suite aux échanges sur Twitter:
- Oui il existe sans doute d'autres dictionnaires de ce type, je ne prétends pas révolutionner le monde du féminisme, juste offrir un outil participatif et facilement accessible.
- Je précise que le dictionnaire a vocation à demeurer sur le blog et sera gratuit. Il ne sera pas fait d'exploitation commerciale du dictionnaire.
mardi 17 juin 2014
Concours sur le blog : 3 trousses personnalisées "Les Griottes" à gagner!
Si j’en juge par le nombre croissant de requêtes Google du
type « Trouver cadeau maîtresse » dans les stats du blog, c’est
panique à bord en ce moment chez les parents d’élèves.
Cette année, c’est plutôt tranquille pour moi : cadeau
commun pour la maîtresse de ma fille et nada pour la maîtresse de mon fils qui
lui en a fait voir de toutes les couleurs de septembre à juillet.
Les autres années, j’avais échappé au casse-tête en
commandant systématiquement des trousses personnalisées « Les griottes » (j’en avais déjà
parlé ici) : succès assuré. La qualité est top, l’impression magnifique et
on peut choisir le tissu, la couleur, le motif. Nouveauté: on peut désormais imprimer le nom de l'enfant au bas de la trousse…bref, un très chouette cadeau.
Je découvre également que « Les griottes » proposent des cartables Tann’s superbes, personnalisables eux aussi (à gagner en ce moment
chez « Les mamans testent »). Ma fille rentrant au CP l’année prochaine, je suis
justement en train d’y réfléchir !
Comme ils sont sympas, « Les griottes » ont pensé
aux parents au bord de la crise de nerfs : ils vous proposent donc
aujourd’hui de gagner sur le blog 3 trousses personnalisées.
Pour jouer, il suffit de poster un commentaire en me racontant le pire cadeau que vous ayez jamais reçu ou offert, pour la fête des mères ou lors d’une autre occasion.
Pour jouer, il suffit de poster un commentaire en me racontant le pire cadeau que vous ayez jamais reçu ou offert, pour la fête des mères ou lors d’une autre occasion.
(En ce qui me concerne, c’était un sac à main en serpillère
fabriqué lors de la fête des mères !)
Je tirerai ensuite au sort les gagnants le 24
juin et annoncerai les résultats sur le blog.
Si en bon parent indigne, vous ne souhaitez pas offrir la
trousse au maître ou à la maîtresse de votre enfant, il est également possible
de la personnaliser comme vous le souhaitez (impression de votre prénom ou de
celui de votre enfant). Je ne dénoncerai personne, n’ayez crainte ! :-)
Bonne chance à tous et à toutes !
samedi 14 juin 2014
FAQ : mes réponses au bullshit bingo féministe
Lassée de répéter toujours les mêmes choses dans mes commentaires, j'ai trouvé utile de rassembler ici mes réponses aux principales objections revenant de manière récurrente.
Cette rubrique est en cours de construction, elle s'enrichira au fil du temps et de mes échanges. N'hésitez pas à la compléter en commentaire.
1°) Vous voulez interdire le rose et les princesses, forcer les petits garçons à jouer à la poupée
L’idée n’est justement pas d’interdire mais au contraire
d’ouvrir le champ de possibles. Ma fille a des vêtements roses, joue à la
Barbie ou à la princesse et je ne lui interdis rien. Au contraire, j’essaye de
lui proposer d’autres alternatives : des livres non-sexistes, des jeux de
construction mixtes ou des jeux d’extérieurs. Ce que je reproche aux marques,
aux maisons d’éditions ou aux publicitaires c’est d’enfermer trop souvent les
enfants dans des stéréotypes de genre. De ne proposer aux petites filles que le
modèle unique de la princesse passive et superficielle et aux petits garçons le
cliché de l’enfant bagarreur et aventurier.
Des schémas figés qui ont des conséquences sur le choix des métiers
futurs notamment. L’idée n’est de forcer personne : juste de pouvoir
montrer aux enfants qu’il existe autre chose. Libre à eux de choisir ensuite en
toute connaissance de cause.
D’ailleurs, les enfants eux-mêmes réclament d’autres
alternatives : CharlotteBenjamin, une petite fille de 7 ans, avait fait le buzz récemment en
écrivant à Lego pour réclamer plus de figurines féminines. AntoniaAyres-Brown, une petite fille de 11 ans, avait, quant à elle demandé à Mc
Donald’s de cesser de classer ses jouets en « jouets de garçons » et
« jouets de filles ». Avec succès.
2°) Les petites
filles aiment le rose, c’est naturel et ça a toujours existé
Rose pour les filles, bleu pour les
garçons : ce code couleur est si puissant et universellement répandu qu’on
en oublierait presque qu’il est une invention récente. Ainsi, à l’époque
victorienne, filles et garçons étaient vêtus de robes blanches jusqu’à l’âge de
6 ans. Dans la première moitié du 20ème siècle, des règles ont commencé à
apparaître pour le rose et bleu, mais elles étaient peu rigides, certains
attribuant le bleu aux filles en raison de son rapport avec la Vierge Marie par
exemple. Un article de 1918 affirmait
quant à lui : « Le rose, qui est une couleur plus affirmée et forte, va
mieux aux garçons. Le bleu, en revanche, plus délicat et gracieux, va mieux aux
filles ». D’autres sources expliquaient que le bleu mettait en valeur
les blonds tandis que le rose allait mieux aux bruns. Le triomphe du bleu
et du rose s’explique notamment par l’apparition de l’échographie, au milieu
des années 80. Les futurs parents découvraient alors le sexe de leur bébé et se
précipitaient ensuite pour acheter tout le matériel nécessaire en « version
fille » ou « version garçon ». « Plus on individualise
les vêtements, mieux on vend » explique Jo B. Paoletti. Preuve que
l’attirance des petites filles vers le rose est plus une construction sociale
qu’une préférence innée.
3°) Vous feriez mieux
de parler de combats plus importants comme les femmes violées ou les femmes
afghanes (voire les femmes afghanes violées)
La dénonciation des stéréotypes de genre ou des publicités
sexistes n’est pas un petit combat. Il permet, à petits pas, de faire changer
les mentalités et de mettre les marques devant leurs responsabilités. Par
ailleurs, il existe une pluralité des luttes : on peut dénoncer le sexisme
d’une publicité tout en s’engageant pour la lutte contre les violences
conjugales par exemple. Critiquer cette
démarche reviendrait à dire « Je ne donne pas 1€ au SDF d’en bas car ça ne
résoudra pas la faim dans le monde ». Un combat n’annule pas l’autre. Par
ailleurs, renvoyer systématiquement vers « l’ailleurs » (la Syrie,
l’Afghanistan) permet de se dédouaner habilement. Le sexiste, le raciste, le
violeur c’est forcément l’autre, celui qui est loin. Fait amusant :
lorsque des féministes se sont mobilisées récemment après l’enlèvement des
lycéennes nigérianes, il leur a été
reproché de ne pas s’occuper des priorités, à savoir ce qu’il se passait en
France. Cherchez l’erreur.
4°) Il ne faut pas
parler des publicités sexistes, ça crée le buzz
Si une publicité m’a choquée, je revendique le droit de le
clamer haut et fort et de dénoncer la marque qui véhicule ces stéréotypes. Je
ne laisserai personne me silencier en me disant quoi faire. Par
ailleurs, pour avoir travaillé une dizaine d’années dans un grand groupe, je
peux assurer que les marques qui possèdent une forte notoriété (BN, Stabilo ou
Bic par exemple) craignent davantage le buzz qu’elles ne le cherchent. Leur
discours est très cadré, maîtrisé, les mots et actions sont en théorie choisis avec soin pour ne pas
sortir des rails en terme de racisme ou de sexisme. Ces grandes marques n’ont
d’ailleurs pas besoin de la clameur des internautes sur les réseaux sociaux
pour se faire connaître. Pourtant, malgré ces précautions, il arrive que
celles-ci véhiculent des messages sexistes sans réellement s’en rendre compte.
Quand j’ai appelé Bic, Sanogyl ou encore la Société Générale dans le cadre d’un
de mes articles pour leur demander des explications au sujet du stylo pour
femmes, de la brosse à dents pour femme ou de la carte bleue « Journée de
la femme » j’ai bien compris qu’il n’y avait rien de prémédité là-dedans,
aucune intention de faire le buzz mais plutôt une volonté d’étouffer l’affaire.
J’ai ressenti de l’incompréhension, de l’incrédulité face aux clichés
dénoncés : ces gens du marketing avaient tellement la tête dans leurs
produits, pensés en terme de micro-niches ultra segmentées, qu’ils n’avaient
même pas remarqué les stéréotypes qu’ils pouvaient véhiculer. Preuve que ceux-ci
sont profondément ancrés. Il faut bien garder en tête qu’une marque à forte
notoriété a beaucoup à perdre en risquant de s’aliéner une partie de sa
cible. Tout comme en laissant entendre
qu’elle véhicule des valeurs contraires à son image.
5°)
Tout ça, ça n’est que de la pub, y a pas mort d’homme
Nous sommes exposés chaque jour à
environ 1 200 à 2 200 publicités, des publicités dont nous n’avons souvent
parfois pas même le souvenir. Pourtant, comme nous l’explique cet article, la majorité
de ces stimuli publicitaires auxquels nous prêtons si peu d’attention et dont
nous sommes le plus souvent incapables de nous rappeler consciemment, vont
laisser des traces mémorielles « implicites », non conscientes, dans
notre cerveau. Femmes futiles, bavardes, idiotes ou naturellement douées pour
le ménage : les stéréotypes féminins égrenés au fil des spots sont donc
loin d’être anodins…Et la publicité agit ici comme une véritable propagande.
Pas étonnant dans ce contexte que 91% des femmes se disent incomprises par les
publicitaires...
6°) Ne vous énervez
pas, ne faites pas votre hystérique
Sur ce blog, je prends bien soin de ne pas céder à
l’invective, d’argumenter posément en sourçant systématiquement mes dires. Mes
billets sont souvent engagés, j’ouvre le débat en répondant aux commentaires
mais je n’hurle jamais après mes contradicteurs. Quand un homme débat, on dit
qu’il est un bon orateur et un polémiste de talent, quand une femme fait de
même c’est une hystérique énervée. Pire, quand 2 femmes débattent, on parle de
crêpage de chignon. Dans les milieux féministes, le fait de se focaliser sur la forme plutôt que le fond s'appelle le "tone argument" (argument du ton) comme l'explique le blog "Genre!" : "L’emploi de l’argument de ton empêche la (le) féministe accusé-e de
développer son propre argument et vise in fine à la (le) faire taire" "[C'est] un argument utilisé dans des discussions, [...] suggérant
que les féministes auraient plus de succès si elles (ils) s’exprimaient
sur un ton plus agréable. Il est aussi parfois décrit comme "on
n’attrape pas les mouches avec du vinaigre", une variante particulière
de l’argument de ton.
L’argument de ton est une forme de détournement de la conversation [derailment], ou un leurre, car le ton d’une affirmation est indépendant du contenu de l’affirmation en question, et le fait d’attirer l’attention sur le ton détourne du problème dont il est question."
L’argument de ton est une forme de détournement de la conversation [derailment], ou un leurre, car le ton d’une affirmation est indépendant du contenu de l’affirmation en question, et le fait d’attirer l’attention sur le ton détourne du problème dont il est question."
7°) Vous feriez mieux
d’aller manifester au lieu de vous planquer derrière un écran, c’est pas du
vrai militantisme ça
Opposer militantisme virtuel et militantisme de terrain
n’est pas pertinent. L’essentiel de ma culture féministe, je l’ai acquise au
fil de mes échanges sur les réseaux sociaux et de mes lectures de blogs.
Beaucoup de gens m’ont affirmé n’avoir rien lu de féministe avant d’atterrir
sur le blog, preuve que cela peut constituer une porte d’entrée vers autre
chose. Je ne me rends pas aux manifestations par peur de la foule, pour autant
j’ai le sentiment que chaque billet écrit ici est une sorte de tract. J’ai par
ailleurs remarqué que la plupart de ceux qui viennent me reprocher mon
« militantisme de canapé » ne militent pas par ailleurs. Si vous
souhaitez en savoir plus, Mrs Roots a
écrit 2billets très pertinents sur le sujet.
8°) C’est pas sexiste
c’est de l’humour, vous n’êtes qu’une féministe coincée
Scoop : l’humour peut être oppressif. A ce sujet, je
vous conseille la lecture du passionnant billet de Denis Colombi : « L’humourest une chose trop sérieuse… »
9°) Vous les Femen,
les chiennes de garde, vous détestez les hommes
Pour commencer, je précise que je ne suis encartée nulle
part et ne fais partie d’aucune association. Ensuite, les Femen et les chiennes
de garde sont des mouvements différents, aux opinions bien distinctes et ne
représentent aucunement à elles seules LE féminisme (à ce propos, il n’existe
pas UN féminisme mais DES féministes). Par ailleurs, les féministes ne
détestent pas les hommes, pas plus qu’elles ne veulent les castrer ou les
dominer. Le socle commun du féminisme c’est aspirer à l’égalité entre hommes et
femmes. Cela passe notamment par la déconstruction des stéréotypes de genre et
les hommes, en dépit de ce que certains pensent, auraient tout à gagner à être
féministes. En effet, ils sont eux aussi enfermés dans des modèles étouffants
de virilité et de réussite , ces mêmes modèles que les féministes aspirent à
déconstruire.
vendredi 13 juin 2014
Coupe du monde : carton rouge pour les publicités Samsung et Citroën
Lorsque les marques décident de célebrer la coupe du monde de football, on est loin d'être dans la nuance.
Les hommes sont réduits comme des cro-magnons rivés à leur écran tandis que les femmes jouent les pots de fleurs ou les pénibles.
Il y a eu d'abord cette publicité pour Citroën dans laquelle le père de famille se réveille tous les 4 ans pour s'écrouler devant son écran, sans même un regard pour ses enfants ou sa femme (le billet de Dom Bochel Guégan est à lire sur le sujet car il montre que la marque n'en est pas à son coup d'essai).
Aujourd'hui, je découvre grâce à Guy Birenbaum cette nouvelle publicité pour Samsung.
Encore une fois, une belle brochette de clichés : l'HOMME s'est sacrifié toute l'année à fêter la St Valentin, à accompagner sa moitié à faire du shopping ou à participer à son régime (car il est bien évident dans la tête des publicitaires ce sont des activités typiquement féminines), il a donc bien mérité de SE FAIRE PLAISIR. En solo. Car vraisemblablement toutes les activités à deux semblent s'apparenter à de la torture.
"Dommage que ce ne soit pas pour un appareil photo vu les clichés..." a tweeté ce matin Guy Birenbaum.
Ou pour un téléphone. Allo les stéréotypes?
Libellés :
Ca m'enerve,
Decryptage de pub,
Football
mercredi 11 juin 2014
Gâteaux Prince : quand Lu rate de peu l'occasion de briser les codes
Après BN et ses mauvaises blagues, j’ai
découvert récemment au cinéma la nouvelle campagne pour Prince.
Dans les premières secondes, je me suis
enthousiasmée : chouette, ai-je pensé, la marque a décidé de jouer la parité en
mettant en scène Lily, une princesse façon Disney. Avec un peu de chance, elle
sera à l’image des dernières héroïnes, façon Rebelle, Raiponce ou la Reine des
Neiges, des fortes personnalités qui n’attendent pas le prince charmant.
Mon enthousiasme a été de courte durée
en découvrant que Lu était resté bloqué dans les Disney des années 50: Lily
n’est finalement qu’une princesse hystérique, qui pousse des cris en
s’extasiant devant le gâteau (« Han il est trop beau ») avant de
s’adonner au selfie, duckface comprise.
Un coup d’œil rapide aux autres petits
films confirme ce sentiment: on retrouve ainsi Lily hurlant devant la vitrine
d’un magasin de vêtements : « Regarde ça, ils viennent de sortir la
nouvelle collection Hache et Priiiiiiiince ».
On la retrouve également dans un petit jeu de cartes accompagnant les gâteaux (merci @nlitb pour l’info): devinez à quoi est accro Lili?? Au shopping bien sûr!
Désireuse d’en savoir plus, j’ai effectué quelques recherches puis suis tombée sur cet
article de CB News qui explique que la marque met également en scène d'autres personnages :
« L’icône princière, plus que modernisée, est pour la
première fois accompagnée d'autres personnages, 6 apprentis-prince qui vont
permettre à tous les enfants de s’identifier : Rick, le beau-gosse qui a une
peur bleue des araignées Lily, la jolie jeune fille, prête et apprêtée
dans toutes les situations, les jumeaux délirants Zig & Zag
l’intrépide Joe ou encore Barry, le maître kung fu au cœur d’artichaut. Et
comme à toute histoire il faut un méchant, c’est Mégalo Moustachio qui
tente de s'emparer de la recette secrète des biscuits. »
5 personnages masculins pour un
féminin, on est loin de la parité! On est même en plein syndrome de la
schtroumpfette ! Vous ne voyez pas à quoi je fais allusion ? Comme
l’explique le blog du programme Eve, on doit cette expression à l’essayiste américaine
Katha Politt qui avait remarqué que
« lorsqu’il n’y avait qu’un seul personnage féminin au sein d’une
communauté exclusivement masculine, ce personnage tendait à être représenté de
façon ultra-stéréotypée. On en attendait un comportement en conformité avec la
perception la plus commune (pour ne pas dire la plus caricaturale) de la
féminité. Elle est la femme, et non une femme parmi d’autres. A la fois objet
de curiosité (Comme c’est exotique, cette créature en jupe ! Comme c’est frais
! Comme ça fait joli !) mais aussi alibi tout trouvé (Meuh non, on n’est pas
qu’entre nous, regardez, on a une femme, même qu’on en est très contents !). »
Sauf qu’en y regardant de plus près, j’ai réalisé que "Joe l'intrépide" était en fait…une fille !
Cheveux courts, côte de maille, prénom
mixte et skate à la main, je l’avais pris, comme beaucoup je pense, pour un
garçon.
Un miniscule détail a fait la
différence : dans un petit film qui présente les personnages sur le site de la marque,
elle hurle : « Je ne veux pas mourir maintenant, j’ai même pas embrassé
Rick ».
Malheureusement, pour tout ceux qui ne prendront pas la peine d'explorer le site de la marque, Joe restera un garçon.
Et l’ « éternel féminin » demeurera incarné par une princesse superficielle.
Libellés :
Ca m'enerve,
Decryptage de pub,
Jouets et genre,
Mère calme à agitée
lundi 9 juin 2014
A qui appartient la rue?

Je vous l’ai déjà dit, j’apprécie tout particulièrement la
lecture régulière du site « Les vendredis intellos ». Chaque article
est l’occasion pour moi d’apprendre quelque chose ou de me poser des questions
salutaires sur la parentalité ou l’éducation.
Le billet du jour de Mme Déjantée ne déroge pas à la règle : celle-ci
s’interroge sur la place de l’enfant dans la ville et en profite pour soulever
des problématiques particulièrement intéressantes : « Comment est-ce possible que, dans une société
où l’enfant est sur-valorisé, considéré comme nécessitant des soins, des
objets, des interlocuteurs spécifiques à chaque instant de son existence, il
soit à ce point considéré comme indésirable dans l’espace public? ».
J’ai à ce sujet
quelques exemples assez parlants :
quand mon fils avait 5 ans, je l’avais emmené voir l’exposition sur Louise
Bourgeois à Beaubourg. Il était très enthousiaste et parlait plus fort que
d’habitude (mais sans hurler néanmoins). J’ai alors était interpellée par une
femme d’une soixantaine d’années, qui après un « Chut » tonitruant,
m’a lancé un cinglant « Un enfant n’a rien à faire dans un musée ».
Je lui alors rétorqué, sous le coup de l’énervement « Les vieux cons
intolérants non plus ». Dans le même genre, Mme Déjantée m’a rapporté
également cette anecdote édifiante sur Twitter « Une
fois j'ai demandé à partir de quel âge un adolescent était autorisé à visiter
le musée seul. Je m'attendais à ce qu'on m'indique un âge style 14 ans... on
m'a dit "un adolescent n'a JAMAIS à visiter seul un musée"
Deux ans plus tard,
je décidais d’emmener mon fils voir l’exposition Basquiat au musée d’Art
Moderne. Comme il adore dessiner, je lui ai proposé de prendre avec lui un
crayon et un bloc de papier pour faire quelques croquis. A peine arrivé dans le
musée, celui-ci s’assoit sur un banc pour commencer à dessiner quand il est
alors interpellé par le vigile du musée qui lui demande de ranger immédiatement
son crayon : il est interdit de dessiner. Quand je demande des
explications, je n’en obtiens aucune. Il n’est pourtant pas rare de croiser des
étudiants qui croquent les tableaux sans qu’il ne leur soit fait aucune remontrance.
Dernier épisode à la
bibliothèque municipale où il a été reproché à mes enfants de faire trop
de bruit alors qu’ils montaient les escaliers vers la section enfantine «Chut ! Les
gens se concentrent ici ».
3 lieux de culture
et de savoir sanctuarisés alors qu’ils devraient être ouverts aux enfants. On
me rétorquera qu’il existe des musées pour enfants : j’ai à plusieurs
reprises été visité le musée en herbe et ai systématiquement été déçue. En
cause, les contenus bâclés, la visite
trop rapide et les prix exorbitants.
Au-delà de ces
anecdotes triviales, on s’aperçoit à la
lecture de l’article des vendredis intellos que la question de l’espace est
politique et que des enjeux de pouvoirs sont ici à l’œuvre.
« Les territoires des enfants sont donc sous contrôle
de ceux des adultes, ils sont à la fois hyper spécialisés (même le revêtement
au sol est spécial!), hyper sélectif (ne sont admis que les enfants de l’âge
correspondant aux équipements, avec leurs parents. On déplore les attroupements
d’ados parfois présents en ces lieux et un adulte seul présent en ces lieux est
regardé avec soupçons) et hyper restreints spatialement parlant. Le reste de
l’espace appartient aux adultes, qui apparaît de fait comme non adapté et
dangereux pour les enfants qui y sont, par mouvement de miroir, indésirables
pour des adultes qui considèrent que l’octroi de quelques territoires à ces
humains miniatures est suffisant pour garantir l’entre-soi générationnel
partout ailleurs. »
L’occupation de l’espace est loin d’être une question anodine : les sociologues de l’enfance qui se sont penchés sur la question ont d’ailleurs relevé ce qui se jouait implicitement dans une cour de récréation. Il a ainsi été observé une occupation différentielle de la cour en fonction du genre. Comme l’explique cette communication de Sophie Ruel à un colloque organisé par le CNRS : « Les filles utilisent les marges et les recoins de la cour pour jouer calmement ou se replient sur les bancs pour discuter. S’appropriant un usage limité de l’espace, elles sont situées le plus souvent à la périphérie de la cour et se réunissent en couples ou en trios » « Demeurant donc sur une petite portion de la cour, elles adoptent des comportements statiques. Elles bougent peu et se déplacent moins que ne le font leurs pairs masculins, l’esprit de dynamisme et de mobilité n’étant pas encouragé dans les jeux de marelle ou de corde à sauter. Lors de leurs déplacements, contrairement aux garçons, les filles courent peu. Elles se déplacent majoritairement en dansant, en se balançant ou encore en marchant à petits pas. Elles se promènent également bras dessus, bras dessous, se tiennent par la main."
L’occupation de l’espace est loin d’être une question anodine : les sociologues de l’enfance qui se sont penchés sur la question ont d’ailleurs relevé ce qui se jouait implicitement dans une cour de récréation. Il a ainsi été observé une occupation différentielle de la cour en fonction du genre. Comme l’explique cette communication de Sophie Ruel à un colloque organisé par le CNRS : « Les filles utilisent les marges et les recoins de la cour pour jouer calmement ou se replient sur les bancs pour discuter. S’appropriant un usage limité de l’espace, elles sont situées le plus souvent à la périphérie de la cour et se réunissent en couples ou en trios » « Demeurant donc sur une petite portion de la cour, elles adoptent des comportements statiques. Elles bougent peu et se déplacent moins que ne le font leurs pairs masculins, l’esprit de dynamisme et de mobilité n’étant pas encouragé dans les jeux de marelle ou de corde à sauter. Lors de leurs déplacements, contrairement aux garçons, les filles courent peu. Elles se déplacent majoritairement en dansant, en se balançant ou encore en marchant à petits pas. Elles se promènent également bras dessus, bras dessous, se tiennent par la main."
Les garçons, quant à eux, « occupent majoritairement l’espace et particulièrement le centre de la cour. Ils étendent leurs jeux à la totalité de l’espace disponible. S’appropriant un usage non circonscrit de l’espace, les garçons investissent et sillonnent en tout sens la cour. » « De plus, les garçons se distinguent des filles par leur mobilité. Lors de leurs déplacements, ils marchent à grands pas, courent à grandes enjambées au sein de la cour, explorent les espaces en se courant après, en grimpant, en criant. Ils bougent, remuent, se bousculent et fonctionnent en groupes plus larges, souvent mobilisés autour d’objets attractifs, comme les ballons. ».
Pas étonnant donc que les urbanistes
reproduisent ces inégalités en créant des espaces a priori neutres mais en
réalité destinés aux garçons (skateparcs, citystades, activités liées aux « cultures
urbaines »…).
Si la ville semble appartenir aux adultes plutôt qu’aux enfants, on peut également observer qu’elle a été pensée par les hommes et pour les hommes. J’avoue n’avoir jamais vraiment réfléchi à la question de l’urbanisme et du genre avant de tomber sur ce passionnant article de Libération (mon amie Ariane m’a également transmis un papier de Télérama très intéressant sur le sujet « Villes : où sont les femmes ? »). A l’heure où le harcèlement de rue devient une question d’actualité, il est intéressant d’interroger les rapports de domination hommes/femmes via le prisme de l’urbanisme.
« Le vrai luxe c’est
l’espace » disait une publicité pour une voiture.
Et si c'était aussi le vrai pouvoir ?
vendredi 6 juin 2014
Lego, Disney : quand les marques écoutent enfin les consommateurs
Les consommateurs auraient-ils finalement pris le pouvoir
sur les fabricants de jouets ?
Il semble en tout cas que les marques les écoutent
davantage, comme le prouvent 2 initiatives récentes.
En février dernier, la lettre adressée à Lego de Charlotte
Benjamin, une petite fille de 7 ans, avait fait le buzz.
Elle déplorait la
faible représentation des figurines féminines et regrettait que « Tout ce
que pouvaient faire les filles c’était rester assises à la maison, aller
à la plage, faire les boutiques et elles n’avaient pas de travail. Les
garçons pouvaient partir à l’aventure, travailler, sauver des gens, ou même
nager avec des requins. Je veux que vous fassiez plus de Lego filles pour les
laisser partir à l’aventure et s’amuser, ok ? ».
Le souhait de Charlotte semble avoir été
exaucé puisqu’un personnage féminin scientifique vient de faire son
apparition dans la série N°11 de minifigurines de la marque.
"La spécialité de cette brillante scientifique est de trouver de nouvelles façons intéressantes de combiner les choses. Elle peut passer toute la nuit dans son laboratoire à analyser la façon de combiner des briques de tailles et de formes différentes (elle a gagné le très convoité Prix Nobrick pour sa découverte du système théorique/Interface DUPLO® !) ou à mélanger deux couleurs dans un seul élément." (source)
D’ici aout, elle sera rejointe par une
astronome et une paléontologue, toute trois réunies sous la gamme
« Research institute ». Une
idée proposée à l’origine par Ellen Kooijman, une fan de la marque, lauréate du
concours « Lego ideas ».
Les personnages scientifiques féminins existaient déjà
auparavant (astronaute, chirurgien ou médecin) mais étaient extrêmement
minoritaires et ne possédaient ni outils ni tenue. Ou étaient vêtues de rose, à
l’image de « Lady robot » ou d’ « Intergalactic girl ».
Après Lego, c’est au tour de Disney de céder à la pression
des consommateurs.
La marque, interpellée par une mère sur Twitter, avait
déclaré récemment ne pas souhaiter commercialiser de produits ou de poupées
représentant la princesse Leia.
C’était sans compter sur le pouvoir de persuasion des
internautes qui ont alors lancé le hashtag #WeWantLeia et ont finalement obtenu
gain de cause ! La porte-parole de Disney s’en explique dans le magazine
Time : « Nous sommes excités à
l’idée de lancer de nouveaux produits dans les mois à venir, dont plusieurs
produits qui mettront en scène la princesse Leia, un de personnages les plus
iconiques de la galaxie Star Wars ».
Libellés :
Gender marketing,
Girl Power,
Jouets et genre
Inscription à :
Articles (Atom)















