> Le making-of de ma tribune pour "Le Monde"

vendredi 19 octobre 2012

Le making-of de ma tribune pour "Le Monde"



Il y a 2 jours, il s’est passé un truc incroyable, que je n’aurais jamais osé imaginer dans mes rêves les plus fous. Le Monde m’a offert une tribune au sein de son journal.

Ca fait très sérieux dit comme ça mais l’envers du décor est plutôt pittoresque.

Pour vous, chers lecteurs, et en exclusivité, voici donc le making-of de cet article, minute par minute (enfin presque).

Lundi 15 octobre

18 : 00 : « Tu as fait tes devoirs ? » « Et toi, file ranger ta chambre, je vais faire couler le bain ». Entre 2 injonctions et 3 jouets qui trainent, je jette un coup d’œil sur mes mails.

J’y découvre un message d’un journaliste du Monde qui me demande mes coordonnés car son journal cherche quelqu’un pour écrire une tribune sur Twitter et l’antisémitisme. Il est tombé sur mon blog et en a bien aimé le ton.

Je relis 3 fois pour être sûre que le message m’est bien destiné puis j’envoie mes coordonnés. Après tout, il me contacte peut être pour savoir si je connaitrais quelqu’un susceptible d’écrire cette tribune, le mail n’est pas très clair.

19 :00 : « ARRETEZ DE VOUS DISPUTER SINON JE VOUS FICHE AU CENTRE DE LOISIRS ! Taisez vous, mon portable sonne ».

« Sophie Gourion ? Je suis en charge de la rubrique « Débats » du Monde et je souhaiterais vous proposer d’écrire une tribune sur le hashtag #unbonjuif. Vous êtes partante ? »

« Euh… oui ! (Mais pourquoi réponds-tu oui ?? tu es folle ! Le Monde ce n’est pas un blog !). « Mais euh quel angle dois-je choisir, quel ton dois-je employer ? »

« Vous avez carte blanche ! Mais trouvez-nous un angle sympa, un titre accrocheur et il faut bien sûr que ça soit différent de ce que vous avez écrit dans votre blog »

«  D’accord, l’article est à vous rendre pour quand ? »

« 5000 signes pour demain »

« Demain ?? Mais quelle heure ? »

« 17h grand maximum. Allez, à demain et n’hésitez pas à m’appeler en cas de problème ».

Je précise que pendant toute la discussion, les enfants s’entretuaient en fond sonore et m’ont demandé 10 fois « C’est qui au téléphone ? C’est papa ? » . Aux yeux de mes enfants, ma vie sociale se résume donc aux appels de mon mari.

19 :10 : Abasourdie par la nouvelle je touille ma purée panais/pommes de terre maison en me demandant pourquoi j’ai accepté ce challenge fou. J’appelle mon mari qui me dit « Pas de panique, j’arrive. »

19 :11 : « Maman c’était qui au téléphone ? Papa ? »

19 :15 : J’appelle ma mère qui tente de me rassurer « Ne t’angoisse pas, au pire tu n’y arrives pas et ce n’est pas la fin du monde » (oui, lecteur, si tu ne l’avais pas encore compris je suis une grande angoissée). « Appelle Tonton Guy, il est de bon conseil, il te donnera des idées pour ton article ».

20:00 : Tout le monde se met à table. Les enfants trouvent que le panais a un goût bizarre et me disent préférer la purée Mousline. Faites des gosses qu’ils disaient. Moi je fixe ma purée sans arriver à manger quoi que ce soit. Boule dans la gorge et sueurs froides.

20 :30 : Mon mari couche les enfants. Mon fils ainé passe me voir alors que je suis sur mon ordinateur pour me souhaiter bonne nuit puis me demande « Tu écris encore à François Hollande maman ? » d’un air compatissant (il a été un peu traumatisé par ma lettre au président de la République au sujet des auto-entrepreneurs).

20 :31 : Je résume vite fait mon plan à mon mari qui rajoute une idée puis je file à mon bureau pour commencer la rédaction. Je n’appellerai pas Tonton Guy finalement car le plan était assez clair dans ma tête et j’avais peur de perdre le fil.

21 :00 : Je lis la première partie à mon mari qui corrige un ou 2 tournures (je précise qu’il travaille dans l’électronique et n’a rien à voir avec le journalisme mais son avis est toujours éclairé), puis me mets dans le lit et continue le reste.

22 :00 : L’article est fini, énorme soulagement. Je le lis à mon mari qui le trouve bien.

22 :05 : J’appelle ma mère, je lui lis l’article qu’elle trouve bien (forcément). Elle me dit « Tu as appelé Tonton Guy finalement ? Il est de bon conseil ».

23 :00 : J’envoie l’article au Monde

23 :30 : Je m’endors, plutôt sereinement.

Mardi 16 Octobre

8 :30 : Le réparateur Darty sonne à la porte

8 :35 : Alors qu’il plonge la tête dans le lave-vaisselle, je jette un coup d’œil à mes mails. Le journaliste du Monde m’a déjà répondu : « Il faudrait éviter l'usage excessif du "je"... Ce n'est pas dans l'esprit des tribunes du Monde ». Mince, c’est ballot, je pensais justement qu’une tribune était forcément à la 1ère personne. Y a plus qu’à tout refaire…

8 :40 : Le réparateur me tire de mes pensées en me montrant le lave-vaisselle « Vous avez souvent des fuites ? » « Oui très régulièrement » (et pourtant j’ai bien fait ma rééducation du périnée avais-je envie de rajouter !).

9 : 30 : Je paye le réparateur (76€ pour me dire qu’il va falloir changer le lave-vaisselle)

10 :00 : J’envoie mon article modifié

10 :30 : Le journaliste me confirme que l’article sera publié dans le Monde le lendemain, version papier et web

10 :31 : Je relis 3 fois pour être sûre qu’il ne s’agit pas d’une blague

Mercredi 17 octobre

14 :25 : Ma mère m’appelle « Ca y est, Papa est allé acheter le Monde, c’est bon, tu es dedans ! »

14 : 30 : Sous la pluie, avec les 2 enfants sous le bras, je file au kiosque. Je demande 2 exemplaires du Monde, la vendeuse me demande « 2 ? Vous allez les offrir ? », je réponds « Non, je suis dedans ! Vous vous rendez compte ? » « Ah bon ? Dans la rubrique sexologie ? » « Non, pas non plus dans la rubrique cuisine, les femmes peuvent écrire sur autre chose vous savez ? ». Mon fils derrière me demande « Sexo quoi maman ? »

14 : 40 : Dans la salle de cinéma, en attendant le début d’Asterix, j’ouvre enfin le journal et je découvre ma tribune et mon nom. Je suis tellement fière. Mes enfants me disent « Maman, ferme ton journal, c’est pas le moment. Et éteins ton téléphone, hein, tu vas pas encore passer ton temps à tweeter ». Je redescends sur terre.

Si vous souhaitez lire ma tribune, elle est encore en ligne sur le site du Monde.