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lundi 10 février 2020

Age critique



Lorsque je me connecte sur Linkedin, je navigue habituellement entre des visuels aspirationnels dégoulinants (j’ai déjà parlé de mon aversion pour la chose ici), des témoignages de RH déclarant à longueur de posts leur amour pour les profils atypiques et des promesses de vendeurs de bonheur.
En les lisant, on finit par croire tout est possible, que la réussite n’est qu’une question de volonté individuelle. Dans ce monde merveilleux du personal branding chacun.e est l’artisan de sa carrière, personne ne restera sur le carreau.

Et puis un jour, je tombe sur cet article : « Si vous n’avez pas déjà un bon poste à 45 ans, la plupart du temps c’est trop tard, plus personne ne misera sur vous ! ». Ouch, voilà qui tranche avec le rose bonbon habituellement de mise sur Linkedin. Et pourtant, en tant que femme de 46 ans, ma réalité est bien plus proche de ce constat amer que des envolées lyriques des RH à mon endroit.

Il y a 2 ans, j’ai cherché du travail et, côté recruteurs, c’était plutôt silence radio. Pourtant, j’ai fait ce que je conseille aujourd’hui à celles que j’accompagne: j’ai identifié puis contacté sur Linkedin les personnes ayant passé l’annonce avant de postuler, j’ai fait marcher mon réseau, j’ai adapté mon CV et ma lettre de motivation. Mon parcours est certes atypique mais plutôt riche : 11 ans chez L’Oréal, 3 ans de journalisme, 1 an et demi dans un ministère Je n’avais jusqu’ici jamais connu de période sans emploi. De plus, grâce à mes activités militantes et mon livre, je suis visible et identifiée comme experte des questions d’égalité. Et pourtant.

Au début, j’ai lu, relu et fait relire par mes proches mon CV et ma lettre : si ça se trouve, l’absence de réponse à mes candidatures venait d’une énorme coquille rédhibitoire. Rien à signaler de ce côté-là.
Et puis, à force de relances, une recruteuse (que j’avais rencontrée lors d’un événement lié à l’égalité femmes hommes, comble de l’ironie) m’a avoué « On a préféré une junior ». Jolie litote pour m’annoncer que j’étais déjà périmée. Ne venez pas me dire que j’étais trop chère, le salaire était (pour une fois ) dans l’annonce et j’étais prête à m’y aligner pour travailler sur le sujet des droits des femmes.

45 ans, trop vieille ? Impossible. La suite de mes recherches allait me donner tort. Lorsque j’arrivais à décrocher des entretiens, certaines questions me ramenaient systématiquement à mon âge. Un jour, un recruteur m’a même demandé si je savais me servir des réseaux sociaux. Alors que je suis très active sur Twitter, que j’ai créé un blog, un Tumblr et un podcast. Cruel manque de curiosité et d’ouverture d’esprit, ces informations figurant sur mon CV. Une autre fois, on m’a même lancé en entretien : « Vous avez très bien fait de mettre une photo car vous faites plus jeune que votre âge ». 

Et alors, c’est si grave de faire 45 ans ?

Quand on est une femme, oui, indubitablement. C’est même la double peine : âgisme et sexisme.

Si vous assistez à un événement autour de la recherche d’emploi, vous tomberez toujours sur un.e coach vous enjoignant à ne pas vous laisser aller, à teindre vos cheveux, à vous maquiller. Car c’est bien connu, les cheveux blancs chez un homme c’est charmant (n’est-ce pas Georges) chez une femme c’est négligé. Dans l’article cité plus haut, Anne Thévenet-Abitbol conseille aux 45 ans et + : « A nous d’être et de montrer toujours autant d’allant, d’envie et d’énergie ! ». L’énergie, je n’en manque pas. J’ai l’envie chevillée au corps.  Mais c’est la société qui ne veut plus de moi. 

J’enrage quand j’entends qu’il faut traverser la rue ou que les employeurs peinent à recruter. Je ne veux pas que l’on m’embauche pour se donner bonne conscience à peu de frais, pour remplir un quota de « seniors » (quel horrible mot). Je suis fatiguée de voir que les femmes de mon âge que l’on voit au cinéma ou en couverture des magazines fasse 10 ans de moins. Je ne les critique pas, elles aussi subissent cette implacable pression de l’âge.

Avant de la vivre, je n’aurais jamais imaginé qu’elle commencerait si tôt.

C’est quoi alors le bon âge pour faire carrière quand on est une femme ?

Quand j’ai commencé à travailler à 25 ans, on m’a dit que je n’avais pas assez d’expérience
A 30 ans, on m’a dit que j’allais faire des enfants
A 35 ans que j’allais m’en occuper et être moins disponible
Et à 45 ans, on me dit que je suis vieille. Pardon, qu’on m’a « préféré une junior ».

Pourtant, aujourd’hui, mes enfants sont au collège et ont moins besoin de moi, finis les soucis de nounou ou de visite chez le pédiatre. Je dispose enfin de davantage de temps à consacrer à ma carrière. En termes personnels, je suis bien dans mes baskets, j’ai pris confiance en moi (même s’il y a encore du travail !), je sais ce que je veux et ce que je ne veux pas. Professionnellement parlant, je peux m’appuyer sur des expériences riches et diversifiées.

Heureusement, l’année dernière, j’ai eu la chance de pouvoir me reconvertir dans un métier passionnant où l’âge est reconnu comme une richesse : l’accompagnement professionnel des femmes. Une de mes clientes m’a même avoué un jour m’avoir préférée à une autre consultante trop jeune ! Un comble !

Pour autant, la question n’est pas réglée. Aujourd’hui freelance, je reviendrai sans doute un jour sur le marché du travail en tant que salariée. Et on m’opposera encore une fois mon âge.

Alors que l’on se prépare à travailler plus tard que nos ainé.e.s et que les 50 ans et plus constitueront la majorité de la population, on ne peut plus continuer à nous laisser sur le bas-côté dans l’indifférence la plus totale. 

Les entreprises n’ont que la RSE à la bouche , signent des chartes diversité à tout va mais occultent soigneusement le sujet de l’emploi des seniors. Pas assez glamour sans doute. Promenez-vous dans les couloirs des principales sociétés du CAC40 et vous verrez à quel point la culture du jeunisme bat son plein. 

Selon l’étude d’ADP The Workforce View in Europe, plus d’un tiers des salariés français estime avoir subi une forme de discrimination au travail liée à son âge. 

Quand est-ce que la société prendra enfin ses responsabilités sur ce sujet?

jeudi 14 février 2019

Sortie de mon livre "Les filles peuvent le faire aussi/les garçons peuvent le faire aussi"


J'ai l'immense plaisir de vous faire part de la sortie de mon livre "Les filles peuvent le faire aussi" "Les garçons peuvent le faire aussi" aux Editions Gründ!

Il s'agit d'un album double (un côté fille/un coté garçon) déconstruisant les stéréotypes de genre.

Chaque double page est l'occasion de proposer à chaque fois 2 situations (un garçon peut être gai...ou pleurer, une fille peut être timide...ou tout oser). L'objectif est d'ouvrir le champ des possibles et de s'adresser aux petits garçons et aux petites filles (l'un comme l'autre peuvent lire les 2 côtés du livre).




Pour avoir écrit depuis 9 ans sur le sujet, je sais à quel point l'éducation est prépondérante. C'est pourquoi cet album s'adresse aux 3-6 ans. J'ai beaucoup travaillé sur les sonorités pour le rapprocher d'une comptine et que les enfants aient du plaisir à l'entendre lu par leurs parents.

Il est, de plus, magnifiquement illustré par Isabelle Maroger qui lui apporte poésie et douceur.



Comme quoi, il ne faut jamais désespérer : j'avais envoyé un premier manuscrit à Gründ il y a 6 ans et il n'a été édité que maintenant!

Si vous souhaitez me rencontrer, je serai en dédicace au Salon du livre le 17 mars de 11h à 13h et serais ravie d'échanger avec vous!

A très vite!




vendredi 8 septembre 2017

Mauvais sang


Depuis la naissance de mes enfants, j’ai l’impression que mon immunité s’est renforcée.

A force de patauger dans les miasmes, d’aspirer dans le mouche-bébé (si tu es nullipare, je te déconseille une recherche Google) et de nettoyer des fesses, mes défenses ont visiblement mangé du lion. Rétrospectivement, j’ai beaucoup soigné mais ai peu été malade.

Jusqu’à ce dimanche soir d'août dernier.

Tremblements, fièvre, délire (je me voyais réécrire compulsivement un billet de blog, preuve de mon état). Une bonne grippe pensais-je. J’ai laissé passer un jour, puis 2. Jusqu'à la fin de nos vacances à la montagne.

Après 6h de voiture et de retour à la maison, dans un piteux état, je me décide à prendre ma température. Verdict : 39.6°.

Le médecin appelé en urgence pense rapidement à une pyélonéphrite (une infection des reins que j’avais déjà eue enceinte). Il décide donc de faire venir un laboratoire à domicile pour effectuer une prise de sang. A 21h, coup de fil du médecin-conseil alors que j’étais endormie: “Madame, je vous rassure ce n’est pas une pyélonéphrite. En revanche, il y a autre chose qui m’inquiète. Etiez-vous en bonne santé avant?”

Immédiatement, je sens le sol vaciller sous mes pieds et mes penchants hypocondriaques reprendre le dessus. Je réponds d’une voix peu assurée “Oui pourquoi?”
 “Parce que vos analyses révèlent une thrombopénie et une leucopénie. Une baisse anormale des globules blancs et des plaquettes. Cela peut être dû à plein de choses. Consultez votre médecin traitant” “D’accord mais est-ce que cela nécessite d’aller aux urgences?” “Madame, vous avez compris ce que je,viens de vous dire?”.

Ensuquée et comprenant qu’il n’y aurait rien à attendre de ce médecin question empathie, je m’assois dans mon lit, écarquille les yeux et déchiffre ces 2 mots que j’avais eus le temps de griffonner à la va-vite sur un bout de papier : leucopénie et thrombopénie.

Une recherche Google me fait immédiatement envisager le pire. Leucémie, cancer, maladie de la moelle osseuse. Je suis dévastée. Et épuisée.

Le lendemain, mon état s’aggrave : impossible de me lever ou de manger. Les simples effluves en provenance de la cuisine me donnent des hauts le cœur. La nourriture que j’essaye d’avaler n’a aucun goût. Je repense à mon père, parti en un mois d’un cancer du côlon et qui me disait la même chose. Je suis terrifiée.

J’ai enfin rdv chez mon médecin généraliste. Je demande à mon mari de m’accompagner car je sens l’angoisse me dépasser. Je pleure devant lui, tiens des propos qui traduisent mes peurs donc pas forcément très rationnels.Je lui dis que j’ai des enfants, que je ne peux pas les laisser, qu'ils sont trop jeunes. Je sens que je ne suis pas prise au sérieux. Ma mine bronzée de vacancière ne plaide pas en ma faveur non plus. La fatigue? Ca va passer, il faut se reposer. L’appétit? Ca reviendra. Je repars avec une ordonnance sous le bras pour de nouvelles analyses.

Le lendemain, j’arrive tout juste à me rendre au laboratoire. Arrivée devant l’infirmière, je manque de faire un malaise, je ne tiens plus debout. Je lui dis que je suis fatiguée, que je n’y arrive plus. Devant mon état, elle me conseille d’aller aux urgences. 1 heure après, me voici dans la salle d’attente de Georges Pompidou, l’hôpital dans lequel mon père a été soigné puis est décédé. Mon mari repart pour ne pas laisser les enfants seuls. Mon seul contact avec l’extérieur est mon frère que je spamme de SMS en continu. L’angoisse ne me quitte pas.

Dans la salle d’attente, une femme pliée en 2 avec une perfusion dans le bras. Une, plus âgée avec un masque sur la bouche. Une troisième, la soixantaine et les cheveux gris, le nez dans son portable. Un homme, avec une perfusion, pull noué sur les épaules et mocassins pieds nus, archétype du type qui a voté Fillon. Une femme d’une cinquantaine d’année endormie contre le mur.

Le téléphone de la dame au masque sonne très fort, dans le genre sonnerie ridicule qui casse les oreilles. Habituellement, j’aurais été agacée, comme l’homme au pull noué sur les épaules, mais là j’ai un fou-rire. Ca sonne. Puis ça re-sonne. Comique de répétition. La dame aux cheveux gris lui propose de l’aider mais n’y arrive pas “Ah, c’est un vieux téléphone, c’est pour ça”.

J’essaye de deviner le degré de gravité des maladies des personnes présentes, on s’occupe comme on peut. La dame au masque a l’air mal en point, ça doit être grave. La dame aux cheveux gris me devance en lançant: “Je n’ai pas fait pipi depuis 2 jours, je viens pour qu’on me débloque”. Assommée de fatigue, je regarde mes pieds en espérant être rapidement prise en charge.

Alors que je somnole, la dame au masque m’interpelle “Madame, je suis cardiaque. Si je fais un malaise, j’ai une feuille dans mon sac. Surtout dites aux infirmiers que je prends l’antibiotique XXXX”. A moitié réveillée, je n’entends pas la fin de la phrase. Quelle responsabilité! Pourquoi ce genre de mésaventure ne tombe que sur moi?! L’interne arrive enfin pour la prendre en charge. Alors qu’ils partent dans une salle adjacente, je guette d’une oreille le verdict, m’attendant au pire. Cardiaque, un masque sur la bouche : autant de détails qui ne trompent pas. “Madame, pour les gencives qui saignent, il faudra voir votre dentiste. Nous n’avons pas de service dentaire aux urgences”. Tout ça pour ça.

Un interne vient enfin me chercher. Je lui ré-explique mes symptômes, lui dis que je suis fatiguée, que je n’ai pas faim, lui donne mes analyses. Je pleure de nouveau. Il m’examine tout en me posant des questions “Vous habitez dans une maison ou un appartement?” “Vous habitez à quel étage?” “Il y a un ascenseur?” Je me demande quel est le but de ces questions saugrenues. Me changer les idées? Tester mes capacités cognitives? J'essaye de rassembler mes souvenirs de la série "Dr House".

Je sens à sa moue lorsque je lui explique ma détresse qu’il ne me prend pas au sérieux. “Bon, je pense que vous pouvez rentrer chez vous. Je vais quand même demander l’avis d’un médecin senior”. Il revient 5 minutes après pour me dire que le médecin souhaite quand même que je fasse une prise de sang. Il me renvoie dans la salle d’attente.

Il est 14h et je n’ai rien mangé depuis la veille. Je demande à la cantonade “Savez-vous où est-ce que je peux trouver un distributeur de boissons?”. La dame aux cheveux gris réparatrice de portable et qui n’avait pas fait pipi depuis 2 jours me répond qu’elle a soif aussi et qu’elle va m’accompagner. Je ne sais pas pourquoi mais je n’ai pas un bon pressentiment.

Nous croisons une malade sur un brancard encadrée par 2 infirmiers visiblement pressés.Typiquement la scène que l’on imagine aux urgences. La dame aux cheveux gris leur lance alors, sans-gêne: “S’il vous plait, j’ai soif. Où est ce que je peux trouver un distributeur?”. “Voyons madame, vous ne voyez pas qu’on est occupés?”. Ils me lancent également un regard noir et là tout de suite je rêve de porter un t-shirt “I’m not with this idiot”. Nous croisons une infirmière qui nous indique le chemin : il faut suivre les points rouges sur le sol. Rien à faire, la dame aux cheveux gris n’en fait qu’à sa tête et m’assure que c’est la porte à droite. J’insiste pour suivre les points rouges. Nous arrivons enfin au distributeur. Je l’entends taper la discussion avec un médecin qui me regarde d’un air compatissant, pensant sans doute que c’est ma mère.
Sur le retour vers la salle d’attente, c’est moi qui prends les rennes et nous ramène à bon port.

De nouvelles personnes sont depuis arrivées dans la salle d’attente. Une femme de mon âge prend un journal, voit qu’il s’agit de Closer et le repose en soupirant. Une autre lui donne le Nouvel Observateur avec Simone Veil en couverture “Ah oui, c’est mieux!”.

Mon téléphone sonne : c’est le laboratoire où j’ai fait mes analyses le matin même. Alors que nous sommes samedi et que le laboratoire est fermé, un médecin a pris le temps de m’appeler car mes résultats sont alarmants. “Vos transaminases sont très élevées. C’est sans doute une hépatite”“Mais, c’est grave??” “Je vous conseille de consulter rapidement un médecin”. Après le manque de globules blancs et de plaquettes, voilà maintenant que mes transaminases explosent. Mon corps est complètement chamboulé, mon sang est sens dessus dessous.

Je raccroche, abattue. La dame qui a reposé le magazine Closer me regarde d’un air compatissant, je dois faire peine à voir. Je m’empêche de consulter Google.

Nouvel appel, de mon mari cette fois. Ma fille qui s’est fait percer les oreilles il y a 2 mois a enlevé ses prothèses car ses trous s’étaient infectés. Après un passage à la pharmacie, on lui conseille de les remettre rapidement. Sauf que mon mari ne les retrouve plus. Je fais profiter de ma conversation à la salle d’attente “Ses prothèses? Mais je ne sais pas où elles sont, j’ai d’autres chats à fouetter là tout de suite. Son trou sera bouché, tant pis”. En raccrochant, je vise la mine interloquée de certaines personnes de l’assistance. Hors contexte, il est vrai que la conversation prête à confusion. Je me plonge dans le magazine Closer.

L’interne revient me voir, je suis pendue à ses lèvres. “Avez-vous pris beaucoup de Doliprane récemment?”. Mon cerveau tente de rassembler ses derniers neurones, mince, c’est quoi la bonne réponse? Si je dis oui, je suis sauvée? “Euh oui?” “C’est à dire?” “2 par jour”. Il repart.Je l’attrappe par le bras “C’est grave?” “Je reviens, ne vous inquiétez pas”. Consciente du pathétique de la situation, je jette un oeil discrètement aux autres patients. La dame qui n’a pas voulu lire Closer me lance un sourire attendri.

Un homme dans la salle d’attente s’énerve, brisant l’harmonie qui régnait depuis mon arrivée aux urgences. Il en a marre, il est là avec sa mère depuis le matin, on est en plein mois d’août, on ne peut pas dire que les médecins soient débordés. D’ailleurs, la salle d’attente n’est même pas pleine. La dame qui n’a pas voulu lire Closer essaye de tempérer la situation : il y a sans doute d’autres salles d’attente aussi remplies que la nôtre. Moi qui suis l’impatience incarnée n’ai même pas la force de m’énerver. Et puis, je trouve que la prise en charge a été globalement rapide et efficace.

L’interne revient, je vais enfin être fixée!
C’était sans compter l’intervention de l’homme impatient qui me passe devant et l’interpelle “Je suis là depuis ce matin avec ma mère c’est scandaleux, je veux voir un responsable”. Je m’étonne de ma patience, je dois vraiment être malade. Il arrive à le calmer et promet de revenir le voir.

“Voilà, j’ai les résultats de votre prise de sang. Il s’agit d’un virus du foie”. “Le foie, c’est grave?” “Grave, non mais très fatigant. Certains attrapent un virus dans les bronches. Vous, c’est au foie. Vous pouvez rentrer chez vous mais vous devrez revoir votre médecin pour suivre l’évolution” (après coup, j’ai appris qu’il s’agissait d’une hépatite mais il a dû se douter que j’allais frénétiquement Googler “hépatite”).

Soulagée, je souffle en regardant mes pieds. En levant les yeux, je croise le regard de la dame qui n’avait pas voulu lire Closer.

“Ben voilà, tout s’explique. Fallait pas se faire de mauvais sang”.







dimanche 14 mai 2017

Haut les coeurs!




« Où vous voyez-vous dans 5 ans ? ».

Je ne compte plus les fois où cette question m’a été posée, par la DRH de la World Company où j’ai travaillé pendant 11 ans ou par de potentiels recruteurs. 

Je n’ai jamais vraiment trop su quoi répondre.

Il faut dire que je n’ai jamais fait de plans de carrière ou exercé 2 fois le même métier. Et qu’à chaque fois, ma bonne étoile m’a ouvert des portes auxquelles je n’aurais moi-même pas pensé.

Qui aurait dit il y 14 mois que j’intégrerai le cabinet de Laurence Rossignol, Ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes en tant que chargée de mission puis conseillère en charge de la communication ? Si on m’en avait parlé, j’aurais cru à une mauvaise blague.

A cette époque, j’étudiais la possibilité de retourner au salariat, après 4 années en tant que journaliste web freelance. Je me disais qu’un poste aux horaires plutôt cools, idéalement en 4/5ème serait l’idéal.

C’est alors que Laurence Rossignol, tout juste nommée Ministre, m’a contactée sur Twitter pour me proposer de travailler à ses côtés. Nous avions échangé plusieurs fois virtuellement, au sujet de mon blog ou bien la fois où elle avait interpellée par un sénateur UMP en ces termes délicats « C’estqui cette nana ? ». Sa réponse du tac au tac m’avait impressionnée et je lui avais dit à l’époque que cela m’inciterait à ne plus jamais me laisser faire.

Après 14 mois de cette aventure hors du commun, j’ai définitivement fermé la porte de mon bureau et ai clos mon unique carton vendredi dernier.

Je quitte donc le ministère sans regrets ni amertume, la tête et le cœur remplis de moments incroyables.

On dit qu’une année de chat compte pour 7 ans de vie d’humain, il en est de même pour la vie de cabinet. Jamais de ma vie professionnelle, je n’avais connu une telle intensité, jamais je n’avais eu ce sentiment d’être exactement au bon endroit, au bon moment. Pendant 14 mois, j’ai vécu cabinet, mangé cabinet, dormi cabinet, rêvé cabinet (plutôt raté, pour le coup, le poste aux horaires cools en 4/5ème!:-)). 

Chaque jour je mesurais ma chance en passant sous le drapeau et la responsabilité que nos fonctions impliquaient. Chaque jour, je pensais à mon père mais aussi à mes grands-parents, venus de Roumanie et d’Algérie et qui auraient été si fiers de me voir travailler pour la France.
Je ne remercierai jamais assez la Ministre de m’avoir permis de vivre ça.

La vie de cabinet est une expérience très particulière, qui oblige chacun.e à aller au-delà de ses limites, justement car nous savons que le temps nous est compté. Une ruche à des années lumière de l’image technocratique et déconnectée que l’on pourrait en avoir. Ce matin, lors de la passation présidentielle, un journaliste expliquait que l’Elysée était un endroit étonnamment calme, où les gens chuchotaient. Notre cabinet était tout l’inverse : ça grouillait, ça courait, ça criait, ça riait (je me suis d’ailleurs fait reprendre plus d’une fois à cause de mon rire tonitruant devant le bureau de la Ministre !). Alors que j’avais été habituée dans mon ancienne vie professionnelle à des circuits de validation tellement longs que certains projets n’ont jamais vus le jour, j’ai pu, comme les autres membres, bénéficier d’un accès direct à la Ministre. Pouvoir pousser sa porte pour avoir son avis ou au contraire pouvoir exprimer le sien et défendre ses idées est un incroyable accélérateur de projets et une liberté hautement appréciable.

Notre travail main dans la main avec les associations, les nombreuses personnes reçues au cabinet nous ont permis de garder une connexion constante avec le terrain. Le Ministère n’a jamais été une tour d’ivoire.
Très vite, j’ai d’ailleurs oublié les titres de ses membres, qu’ils soient énarques, normalien.ne.s ou agrégé.e.s pour ne voir en elles et eux que des militant.e.s, totalement investi.e.s dans les causes défendues.

Chaque personne au sein de ce ministère m’a appris quelque chose sur moi-même. Et notamment l’humilité. Quand dans tes autres jobs, tu es décrite comme celle qui écrit bien et que tu découvres tu es la moins bonne au sein du cabinet, tu retournes humblement à ton blog sans trop fanfaronner. Quand dans tes lettres de motivation, tu loues ta résistance au stress et ta polyvalence et que tu constates l’efficacité et l’endurance de ton équipe alors que tu es toi-même au bord du burn-out, tu te dis qu’elle ira loin (et qu’accessoirement tu es vieille! :-) ).

Après 14 mois, je ne dirai pas que je retrouve ma liberté car je ne l’ai jamais perdue. J’ai eu la chance d’être acceptée telle que j’étais, avec mes licornes, mes chaussures à paillettes, mes coups de gueule et ma tête des mauvais jours. C’est si rare dans une vie professionnelle de ne pas avoir à porter de masque que je mesure ce que je perds aujourd’hui.

La suite, je ne la connais pas encore. Mon plan actuel c’est de faire une pause jusqu’en septembre, reprendre mes esprits et mon blog et qui vivra verra !
Comme me disait ma mère quand j’avais le cafard le dimanche soir à l'idée de retourner à l'école: «Haut les cœurs ! ».

C'est ce que je nous souhaite à tou.te.s !


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