vendredi 29 mai 2015

RE-CREATION : mon expérience de jurée d'un prix de mode éthique


Crédit photo : David Gaudichaud

La vie est drôle parfois. Tous les 2 mois, lorsque j’accompagne mon fils chez l’orthodontiste, je ne peux m’empêcher de lever la tête en sortant du métro, captivée par ce bâtiment transparent où s’agitent des étudiants. J’imagine les robes, les modèles, les patrons, les coutures, les bâtis et surtout j’envie ces jeunes qui peuvent vivre leur passion au sein de ce joli endroit dédié à la mode et au design, l’Istituto Marangoni.


Coup du hasard, j’ai reçu il y a quelques semaines un message de l’Istituto Marangoni m’invitant à participer en tant que jurée au prix « RE-CREATION».  L’initiative m’a immédiatement enthousiasmée d’autant que le but du concours était de sensibiliser les jeunes créateurs et le public au développement durable dans la mode (une problématique que j’avais déjà abordée pour l’Express Styles).

A cet effet, une quinzaine d’étudiants en 2ème année de « Fashion Design » ont créé une silhouette à partir de 20 vêtements choisis par eux à la Friperie Solidaire avec une utilisation maximum d’éléments issus du recyclage. Un projet qu’ils ont dû mener en plus de leurs cours et qui ne leur rapportait aucun point supplémentaire. Une initiative doublement louable donc !

Les notes se décomposaient de la façon suivante : 10 points étaient attribués à la créativité, 10 portaient sur l’utilisation maximum d’éléments issus du recylage.


Voici ma petite sélection de modèles :

Un formidable travail du cuir avec cet ensemble militaire




Un ensemble sportswear réalisé par le seul homme du concours !




Mon coup de cœur du concours, une tenue qui fait totalement oublier les vêtements d’origine (que l’on peut apercevoir sur la planche suivante)




Mon deuxième coup de cœur : une silhouette très japonisante, inspirée de l’univers de « Comme des garçons »




Une robe faite à base de rideau, pull et chemise d’homme




La créatrice de cette robe était malheureusement absente ce jour-là, je n’ai donc pas pu avoir d’explications sur sa création



Une chemise à pans très aérienne




Un ensemble noir, réchauffé par des fleurs bariolées



Un ensemble bicolore à bords francs



Une robe baroque et colorée




Un ensemble marin très chic




Une robe de mariée, réalisée à partir de draps et de perles récupérées sur un t-shirt




Une robe très « wonder Woman » créée à partir d’une veste, d’un drap et d’un châle





Un ensemble militaire très créatif dont le haut a été réalisé à partir d’un pull détricoté et dont le dos se transforme en sac à dos.



J’ai trouvé l’exercice de notation particulièrement intéressant et j’ai découvert à quel point la personnalité du créateur est importante dans la note finale. Certaines silhouettes, qui, au prime abord, ne m’inspiraient pas d’intérêt, revêtaient, après les explications du créateur une toute autre dimension. Après avoir compris l’intention du designer, entendu l’histoire des vêtements, certaines notes passaient parfois, dans mon cas, du simple au double. D’où la nécessité de ne pas être seulement un créatif mais également de vendre une histoire  (cet impératif est également valable dans la plupart des métiers créatifs d’ailleurs).

Voici donc les visages des 3 gagnantes (fierté de voir 2 de mes coups de cœur représentés !). Bravo à elles pour le superbe travail réalisé !


Crédit photo : La fashionerie


Vous pourrez admirer les créations des étudiants lors du salon Emmaüs le 14 juin, à la Recyclerie du 19 au 20 juin, sur le festival Atmosphère du 16 au 20 septembre.

Pour en savoir plus :

Le blog de PikPik environnement
Le site de l’Istituto Marangoni
Le site de la friperie solidaire

lundi 25 mai 2015

Bikini versus bedaine ou le double standard de la beauté



 Dans un précédent billet, j’avais évoqué l’injonction insidieuse faite aux femmes d’être belles en toutes circonstances.

Aujourd’hui, je m’attarderai davantage sur le double standard de la beauté : selon que vous êtes un homme ou une femme, le degré de perfection esthétique exigé, la palette des physiques socialement valorisés ou représentés n'auront pas la même ampleur.

Une simple recherche sur Google permet de se faire rapidement une idée du phénomène :

Lorsque l’on tape « être belle » dans le célèbre moteur de recherche, les suggestions Google portent pour 3 réponses sur 4 sur des considérations esthétiques : « être belle au naturel » « être belle sans maquillage » et « être belle au quotidien ».


Lorsque l’on tape « être beau », aucune suggestion ne porte sur un objectif esthétique à atteindre (la suggestion "être beau" porte uniquement sur la manière de conjuguer le verbe).


Et puisqu’une image vaut mille mots, il est également intéressant de se pencher sur les galeries photos de Google. Le site « Sociological images » avait ainsi fait l’expérience instructive de taper « visages de femmes » et « visages d’hommes » dans le moteur de recherche d’images. Les résultats sont édifiants : la très grande variété de visages masculins (drôles, vieux, jeunes, étranges…) s’oppose de manière flagrante à l’homogénéité des visages féminins, dont la seule caractéristique semble être la beauté juvénile.

L’illustratrice et dessinatrice Laurel avait d’ailleurs réalisé il y a quelques mois le même test en comparant les personnages masculins et féminins des films d’animation : là encore, même conclusion : la grande diversité des physiques masculins s’opposait à l’homogénéité des physiques féminins, avec, pour ces dernières,  la beauté et la jeunesse comme unique dénominateur commun.

Car, alors que la beauté masculine possède 2 standards de référence, le jeune homme et l’homme, la beauté féminine se réfère à un idéal unique : celui de la jeune fille.

C’est ce que l’essayiste américaine Susan Sontag appelle le « double standard du vieillissement » comme l’explique Sophie Cheval dans son livre « Belle, autrement !: En finir avec la tyrannie de l'apparence » : « Au fil du temps, le visage des hommes passe d’une apparence juvénile, fragile, à une autre plus mature : avec l’âge, leur visage devient plus épais, plus rêche, plus marqué par le rasage. Ce faisant, il passe d’un idéal de beauté à un autre. Or cette transformation du jeune homme vers l’homme le rend plus masculin. 

Les femmes, en revanche, sont soumises à ce que S. Sontag appelle le « double standard du vieillissement ». En vieillissant, la femme ne perd pas seulement sa jeunesse : en s’éloignant de l’unique standard de beauté féminine, elle perd également sa beauté et sa féminité. Ce standard unique de beauté conduit les femmes à devoir ressembler à des jeunes filles pour demeurer féminines et séduisantes. Jeune et jolie, telle est la représentation la plus communément associée au concept de visage féminin. Un seul exemple suffit à témoigner de cette différence homme/femme : en 2008, à 78 ans,  Sean Connery était l’une des icônes publicitaires d’une célèbre marque de sellerie de luxe. De son côté, en revanche, la James Bond Girl se doit, comme son nom l’indique, rester une jeune fille ».

Double standard dans la perception de l’âge mais également du physique. Le « dad bod » , dont on a beaucoup entendu parler ces derniers jours via un article très viral (« pourquoi les femmes aiment le Dad Bod ») en est une illustration éloquente.

Le « Dad Bod » ou “corps de papa, avec bedaine incluse, serait devenu un idéal prisé par la gent féminine si l’on en croit la blogueuse MacKenzie Pearson, théorie reprise par de nombreux médias : « Le “dad bod” peut dire “Je fais du sport de temps en temps, mais j’adore aussi voire énormément le weekend et me goinfrer de pizzas.” Ce n’est pas un type qui est en surpoids, mais il n’a pas de tablettes de chocolat non plus. ». Dans le magazine GQ, on a pu lire également : « Si vous êtes vraiment père, qui va vous critiquer pour ne pas trouver le temps d’aller à la gym frénétiquement et d’élever un enfant en même temps ? Un terroriste ! ».

Les mêmes terroristes qui exigent des femmes et des mères des « beach bodies » en toute impunité.

Ou qui taxent de « grosse star » une actrice qui rentre dans une taille 38 (merci Voici)



2 poids, 2 mesures vous avez dit ?

Edit : j'ai oublié de parler de cette BD très pédagogique de Mirion Malle sur le sujet : "Barbie versus Musclor ou l'allégorie de la mauvaise foi"




mercredi 20 mai 2015

Littérature enfantine : quand les Editions Magnard genrent la planète



Récemment, j’évoquais ici le caractère stéréotypé des magazines pour enfants : de l’action, de la découverte, des sciences pour les garçons, du rose bonbon, de la cuisine, de la mode, de l’amour et des poneys pour les filles.

L’auteure du blog « Activités à la maison » a récemment fait le même constat : en parcourant le rayon livres d’un supermarché, la blogueuse est ainsi tombée sur 2 cahiers  d’activités « spécial filles » et « spécial garçons » destinés aux enfants de CP.

La couverture donne immédiatement le ton : du rose et des dauphins pour les premiers, du bleu et des chevaliers pour les seconds.

Un grand classique des livres genrés.

Mais les stéréotypes ne s’arrêtent pas là puisque l’éditeur a décidé d’aller encore plus loin dans la segmentation en genrant la planète, rien que ça.

Dans le planisphère version garçon : des détails sur les habitants, la végétation, les monuments, les moyens de locomotion, le climat.





Dans la version fille, du rose, quelques animaux mignons (un panda, un dauphin, un lapin, un castor) et…c’est tout ! Après tout, les filles ont-elles vraiment besoin de connaître autre chose ?




Les Editions Magnard ne sont malheureusement pas les seules à véhiculer des stéréotypes d’un autre âge : Fleurus avait déjà fait très fort question clichés avec sa collection « P’tite fille » et « P’tit Garçon ».


Heureusement, des alternatives existent : si vous manquez d’inspiration, j’avais dressé il y a 2 ans une liste de livres garantis 0% de sexisme !

A consulter sans modération!

Edit : Les Editions Magnard ont répondu sur leur page Facebook...avant d'effacer leur message :

"Nous avons vu depuis hier les critiques concernant la collection de parascolaire "Mon cahier d'activités", sur notre page facebook et sur les réseaux sociaux.
Voilà la réponse que les éditions Magnard souhaitent faire à tous ceux que ces cahiers ont choqué :
"Les critiques concernant le contenu des ouvrages « Mon cahier d’activités » sont infondées : les activités pédagogiques proposées sont les mêmes d’un cahier à un autre, aucune discrimination n’est faite entre les filles et les garçons dans les apprentissages, ni ailleurs !
Les thèmes proposés sont variés : ainsi, on trouve la thématique de la cuisine pour les garçons, et celle des instruments de musique, pour les filles…
Concernant la carte du monde, elle est, dans chacun des ouvrages, l’interprétation libre d’un illustrateur sur le thème du monde, l’un ayant préféré aborder cela sous l’angle des animaux, l’autre sous l’angle des monuments, sans aucune arrière-pensée sexiste.
Ces cahiers sont avant tout des ouvrages ludiques et nous sommes sincèrement désolés si certaines personnes ont voulu y voir une atteinte à l’égalité homme-femme !"


Edit 2 : Voici la deuxième réponse officielle des Editions Magnard postée sur leur page Facebook:

"C’est avec la plus grande attention que nous avons pris connaissance de vos messages concernant nos cahiers d’activités.
Il y a quelques années, nous avons conçu ces ouvrages en interrogeant des parents. Nous les avons donc édités en pensant répondre à leurs demandes.
Après un examen minutieux de leurs contenus, à la lumière de vos messages, nous prenons bien-entendu en compte vos remarques et vous informons que ces cahiers seront refaits.
Avec nos remerciements,"
 

mardi 19 mai 2015

L'être et l'avoir

Les très jolies théières que ma généreuse amie Ariane offrait à ses visiteurs lors de sa braderie à 0€


Quand l’Express Styles m’a proposé il y a quelques mois d’écrire un article sur la mode éthique, j’ai d’abord été décontenancée tant cette problématique me paraissait éloignée de mes sujets de prédilection.

Puis j’ai réalisé que finalement, comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, j’appliquais au quotidien et depuis longtemps beaucoup de préceptes de la slow-fashion. Et plus généralement ceux de la consommation éthique.

En matière d’habillement, je privilégie désormais essentiellement les basiques et préfère la qualité à la quantité. Au lieu d’accumuler les chaussures Made in China à 10€ et les vêtements jetables, je choisis d’acheter une à 2 paires de chaussures par saison mais de bonne facture. Je fais réparer les talons usés, recoudre les vêtements abîmés ou reprendre ceux qui ne sont plus à ma taille. J’évite de céder à l’achat d’impulsion, notamment lors des soldes, et essaye de prendre mon temps pour me renseigner sur les marques, la façon dont sont fabriqués mes vêtements (pas toujours hein, il m’arrive quand même de craquer parfois chez H&M). Je chine sur le bon coin, lors des vides-greniers ou dans des dépôts-ventes de jolies pièces que je n’aurais pas eu les moyens de m’acheter à prix fort. Et revends systématiquement ou dépose dans les bennes "Le Relais" celles qui traînent depuis trop longtemps dans mon placard. Idem pour la garde-robe des enfants qui est en très grande partie composée de vêtements d’occasion. Pour leurs chaussures, là encore, je privilégie les marques de qualité made in France mais dénichées dans des magasins de déstockage (Kata Soldes et Magenta Chaussures permettent de trouver de très jolis modèles entre 10 et 20€). 

De manière plus globale, je réalise que mon rapport aux possessions a changé. Alors qu’auparavant, je tirais une grande jouissance dans l’accumulation (de vêtements, de nourriture dans les placards ou dans les frigidaires), je ressens désormais une véritable ivresse à me séparer des choses. Je me dis que ces objets, autrefois chéris et désirés, vivront désormais une autre vie et rendront quelqu’un d’autre heureux. Vider c'est se délester, c'est gagner en légéreté.

Plus d’être, moins d’avoir, tel est désormais mon credo. Et la « sobriété joyeuse » résume assez bien mon état d'esprit du moment, pour reprendre la jolie expression de mon amie Ariane.

Voilà pourquoi j’ai décidé de créer une nouvelle rubrique sur le blog intitulée « Consommer autrement ».  J’y donnerai mes bons plans pour acheter moins mais mieux, mettrai en avant des initiatives qui me tiennent à cœur ou évoquerai les façons de donner une nouvelle vie aux objets du quotidien.

N’hésitez pas, de votre côté, à me communiquer vos bonnes adresses !


Les 2 théières d'Ariane ont finalement élu domicile dans mon étagère!

dimanche 17 mai 2015

La copine moche, le nouvel it-accessoire de l’été (et autres conseils improbables à destination des femmes)



Sois belle, consomme et tais-toi : on retrouve cette triple injonction de façon plus ou moins discrète au fil des pages des magazines, sur nos écrans de télévision mais aussi sur des panneaux au format 4X3.

L’injonction d’être belle, en toutes circonstances. On ne s’en rend pas forcément compte tant nous sommes bombardés de messages de toutes part mais, si on s’y attarde, on réalise que le conditionnement est subtil mais régulier. Il faut que le message nous rentre dans la tête et la répétition est le meilleur medium pour y parvenir.

Twitter n’échappe pas à la règle : il y a quelques jours, je suis tombée sur ce tweet sponsorisé des 3 Suisses qui posait une question cruciale à travers la vidéo d’une blogueuse mode : « Comment avoir la classe à la piscine municipale ? ».


En ce qui me concerne, être classe est bien le cadet de mes soucis quand je me rends à la piscine municipale.

Soit je m’y rends avec mes enfants et je veille plutôt à ce qu’ils aient un slip propre dans leur sac, à ce qu’ils ne fassent pas de vol plané en courant sur le carrelage et ne chopent pas de mycose dans le pédiluve.

Soit je m’y rends seule et mon but est d’enchaîner les longueurs, peu importe mon allure en maillot une pièce et bonnet de bain en silicone.

Je ne ressemble sans doute pas à grand-chose mais mes congénères masculins ne sont pas mieux lotis (scoop, le maillot moulant et le bonnet ne mettent pas en valeur à toutes les morphologies). Pourtant, aucune marque ne viendra leur expliquer, à eux, comment être classe à la piscine municipale.

La réponse des 3 Suisses à ce propos est assez édifiante: « On y va avec une copine pas bombasse et on ose le flashy ».



Si je résume donc, pour être montrable à la piscine, on sort le maillot fluo et on dégote une copine moche afin de jouer le faire-valoir. Le laideron, le nouveau it-accessoire de l’été.   
Désormais, je ne pourrais m’empêcher de regarder avec suspicion les copines qui me proposeront d’aller faire quelques brasses en leur compagnie. Merci les 3 Suisses.

Dans le genre question existentielle, le Figaro nous explique, quant à lui, comment rester belle sous la pluie.

Une problématique visiblement cruciale puisque lorsqu'on tape "être belle sous la pluie" sur Google, les articles pleuvent (ah ah).


Rien en revanche, lorsqu'on tape "être beau sous la pluie". Après la piscine municipale, les hommes peuvent être moches en toute tranquillité même sous des trombes d'eau. Double standard j'écris ton nom.


Pour aider les femmes à se sortir de l'épineuse question de la beauté sous la pluie, le Figaro a la solution. On s'en doutait, la classe ultime par temps humide a forcément un coût : elle passe notamment par des « indispensables » tels que d’improbables bottes de pluie à talons à 150€ ou un imperméable rose bonbon, façon plastique pour recouvrir les livres à 1000€.
Sois belle, tais-toi et surtout n'oublie pas de consommer.



Après comment être belle sous la pluie, belle à la piscine municipale, à quand un article qui nous expliquerait comme être belle aux toilettes, chez le gynécologue ou à un enterrement ?

Ah mince, on me dit dans l’oreillette que le dernier sujet a déjà été traité par Biba.
Heureusement que les magazines féminins pensent à tout. A notre place.