lundi 9 février 2015

Elles osent! Entreprendre au féminin : Kate Pietrasik, créatrice de la marque Tootsa MacGinty



 Pas toujours facile quand on est parents de trouver des vêtements pour filles sans princesse/paillettes/rose bonbon ou des pulls pour garçons avec autre chose que des têtes de mort ou des logos taille XXL.

Au hasard de ma veille sur le marketing genré, je suis tombée sur la marque britannique Tootsa MacGinty qui propose une ligne de vêtements colorés, funs, bien pensés...et surtout non-genrés!

Sa créatrice, Kate Pietrasik, a gentiment accepté de répondre à mes questions (en anglais, j'espère avoir retranscrit sa pensée au mieux!)

Bonjour Kate, pouvez-vous vous présenter ? Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?

Bonjour, je m’appelle Kate Pietrasik, j’ai crée la marque de vêtements unisexe pour enfants Tootsa MacGinty il y a 4 ans. Nous proposons de vêtements de la taille naissance jusqu’à 8 ans et sommes distribués dans 11 pays dans des points de vente tels qu’Harvey Nichols à Hong Kong, Selfridges à London ou Babesta à New York. J’ai grandi à Londres puis me suis installée à 16 ans en Australie peu de temps après le départ de mes parents pour l’Ecosse. 

J’ai depuis vécu aux Etats-Unis et en France. Je suis diplômée en art contemporain et design (Southern Cross University en Australie et Pratt Institute à New York). Après mon diplôme, j’ai passé 12 années très enrichissantes en France. A cette occasion, j’ai travaillé en tant que styliste pour de célèbres marques de sport, de surf et de streetwear telles que Tommy Hilfiger, Roxy / Quiksilver, Henri Lloyd and Le Coq Sportif.

Comment est née votre marque Tootsa MacGinty ?
Après la naissance de mon premier enfant, je suis revenue m’installer en Angleterre et ai été horrifiée par la ségrégation filles/garçons qui régnait dans les rayons des magasins, que ce soit pour les jouets ou les vêtements. En cherchant des vêtements pour ma fille, j’ai été choquée par le nombre limité de couleurs et surtout par les stéréotypes de genre véhiculés : de nombreux produits encourageaient ainsi les petites filles à se préoccuper uniquement de leur apparence alors que l’agressivité était valorisée chez les petits garçons. L’idée de créer une marque de qualité et qui offrirait une alternative est venue de là.










En quoi cette marque est-elle différente ? Quelle est sa philosophie ?
Avant tout, la philosophie de Tootsa MacGinty  est d’offrir aux enfants de jolis vêtements colorés et de qualité. Au cœur de la marque : la volonté de créer une alternative aux stéréotypes en ne séparant pas nos vêtements par genre. Nous utilisons un éventail de couleurs, des imprimés originaux et enfantins qui nous démarquent de la plupart des marques de textile qu’elles soient de niche ou grand public.

Je suis passionnée de design : j’y porte donc une attention toute particulière. Notre but est d’ajouter des détails malins, utiles et funs à des vêtements de qualité. Ca peut être par exemple une marionnette brodée à l’intérieur d’une poche pour que les enfants la découvre. Ou des bandes de tissu brodées sur le côté des jeans pour pouvoir faire des revers plus ou moins grands au fur et à mesure que l’enfant grandit. Cette attention portée aux détails est notre valeur ajoutée.


D’après vous, en quoi les stéréotypes genrés peuvent-ils être nocifs pour les enfants ? Le choix des vêtements est-il important ?
Les enfants ont une imagination débordante et sont fascinés par le monde qui les entoure. Pourquoi limiter leurs choix alors que nous pourrions les encourager à explorer toutes les possibilités qui s’offrent à eux, indépendamment de leur genre ?
Je suis aussi membre fondatrice de la campagne « Let Clothes beClothes ». Sur le site nous affirmons : « Il y a de nombreuses manières d’ « être une fille » ou d’ « être un garçon ». Ces façons d’être ne sont pas définies par une couleur ou par le fait d’être une princesse ou une fée. Jouer avec un train ou aimer les dinosaures ne rend pas les filles « moins filles ». Mettre une robe de princesse ou un t-shirt avec un chaton ne rend pas les garçons « moins garçons ». Les enfants devraient pouvoir choisir leurs propres centres d’intérêt, explorer des couleurs, des thèmes et des idées différentes. Chez Tootsa MacGinty nous n’avons de cesse de proposer des collections de vêtements unisexes.


Beaucoup de parents pensent, à tort, que les petites filles sont naturellement attirées vers le rose, qu’en pensez-vous ?
Avant le 19ème siècle, les couleurs n’étaient absolument pas genrées – pour s’en convaincre il suffit de regarder à travers l’histoire pour voir que les rois portaient du rouge, du violet et du rose, symboles de richesse ! Le bleu et le rose n’étaient d’ailleurs pas des couleurs pensées pour les bébés à l’origine. Il a fallu attendre la 1ère guerre mondiale pour que le rose et le bleu soient genrés. A cette l’époque le rose était considéré comme une couleur masculine. Par exemple, un magazine américain « Earnshaw's Infants' Department » affirmait en 1918 : « Le rose, qui est une couleur plus affirmée et forte, va mieux aux garçons. Le bleu, en revanche, plus délicat et gracieux, va mieux aux filles ». En 1927, le Time magazine publiait un tableau montrant les couleurs les plus appropriées selon les genres d’après les déclarations des magasins américains. Et la plupart affirmaient que le rose était plus approprié pour les garçons. Cela prouve bien, selon moi, qu’il n’y a pas de preuve scientifique de l’attirance innée des filles vers le rose ou des garçons vers le bleu.


Le marketing genré est une invention récente, comment l’expliquez-vous ? Quel intérêt y trouvent les marques ?
La raison est très simple : en genrant leurs produits, les sociétés augmentent leurs bénéfices.
Lego est d’ailleurs un exemple flagrant. En 1960, leur publicité mettait en scène des garçons et des filles jouant avec la même boîte de Lego. Désormais Lego a crée des gammes spécialement destinées aux petites filles (coiffeur, café, école) et d’autres destinées aux garçons (vaisseaux ou châteaux). En affirmant aux enfants « vous êtes différents les uns des autres », les marques incitent les parents à dépenser davantage d’argent en achetant des jouets pour filles et d’autres pour garçons. 
 
D’après quels critères sont crées vos produits ? (matière, motifs, design…)
Tootsa MacGinty est fier de produire des vêtements que les enfants aimeront porter : colorés, confortables et lavables en machine. Sans froufrou ou détails à outrance, ce ne sont pas des versions miniatures de la mode adulte. Nous utilisons des matières de qualité, du 100% coton ou du cashmere que nous prélavons pour qu’ils puissent résister aux enfants !Ils sont conçus pour être beaucoup portés, beaucoup lavés puis donnés à un membre de la famille ou un ami, indépendamment de leur genre.



Ou trouvez-vous l’inspiration pour vos produits ?
Je suis en perpétuelle quête d’inspiration donc le bureau de mon PC est souvent en désordre et j’ai plusieurs boards Pinterest « cachés » où je rassemble ce que je trouve sur internet. Je suis très au fait des tendances. Je suis naturellement la mode et me tiens au courant de tout ce qui touche à l’art, au design et à la musique. Vivre dans un melting pot tel que Londres est une grande source d’inspiration.
Les voyages constituent une grande partie de mon inspiration et je suis souvent influencée par les pays que j’ai visités et où j’ai vécu. Le thème d’une nouvelle collection, par exemple, pourrait très bien tourner autour d’une région ou d’un pays. Je pourrais tirer mon inspiration des tissus locaux, des imprimés et des couleurs. Pour les motifs, je m’inspirerais des animaux ou de la végétation de la région, en les associant au sein d’une palette de couleurs. Pour la collection Printemps/Eté 2015 par exemple, il s’agit de l’Afrique : la collection met en scène les animaux de la savane, les imprimés animaliers et les magnifiques tissus imprimés africains, rappelés dans les détails des vêtements (cols, poignets ou taille).

Quelles sont vos meilleures ventes ?
Nos pulls à motifs en cashmere/laine sont notre signature et sont devenus si populaires que nous avons décidé de produire le modèle « Renard » en édition limitée pour les adultes. Notre best-seller est également un sweat-shirt représentant un ours dont le museau s’ouvre avec un zip, laissant apparaître sa gueule. 


Comment les parents et les enfants ont-ils perçu votre collection ?
Nous recevons beaucoup de retours positifs. Les parents apprécient le fait que MacGinty offre une alternative fun et élégante aux vêtements genrés en proposant des articles innovants, lavables en machine et durables.

Quels sont vos projets pour le futur ?
J’ai noué des liens très forts avec la France après avoir travaillé là-bas de nombreuses années : j’ai donc de nombreux projets avec des artistes et des designers français.
Nous avons déjà travaillé avec une styliste incroyable, Valy Lévy-Debussy, qui a crée pour nous des coussins brodés en tapisserie depuis sa maison de la côte Basque. Nous allons poursuivre cette collaboration tout en élargissant notre offre de linge de maison.

Notre collection automne/hiver 2015 incluera une gamme de t-shirts et de sweat-shirts crées en collaboration avec un talenteux designer graphique « Lucky Left Hand ». Nous allons également lancer une gamme d’espadrilles fabriquées en France.

Notre but ultime est d’offrir une gamme de produits mode et lifestyle non genrés à destination des enfants. Tootsa MacGinty a grandi rapidement et le succès est au rdv au niveau international : preuve, s’il en fallait une, qu’il y a une vraie appétence pour nos produits.

Pour en savoir plus : Site internet de la marque


lundi 19 janvier 2015

Opération Nounours : une bonne action pour aider les enfants atteints du cancer


Il y a quelques jours, je vous ai parlé de l'association "Princesse Margot" qui soutient et accompagne les enfants et les adolescents atteints de cancer et leur famille.

Aujourd'hui, je relaie une nouvelle opération de cette association : une vente de nounours qui lui permettra de récolter des fonds tout en faisant plaisir à l'enfant à qui vous offrirez cette adorable peluche!

Très douce et de bonne qualité, elle ne coûte que 12€ : détail qui a son importance, l'intégralité de l'argent collecté (soit 12€ par peluche) sera intégralement reversé à l'association, les peluches ayant été offertes par un généreux donateur.


J'en ai acheté 2 pour mes enfants et en ai profité pour leur en parler de la maladie, des enfants qui en souffraient et des solutions pour les aider.

Le nounours, au-delà de son aspect ludique, peut être une bonne porte d'entrée pour évoquer ces sujets difficiles.

La peluche a été immédiatement adoptée par les enfants, qui en ont profité pour la rhabiller pour l'hiver!




Si vous souhaitez vous aussi aider l’association, voici les points de vente où vous pourrez acheter les nounours « Princesse Margot » :

*Princesse Margot: 12-14 rue Georges Huchon 94300 Vincennes
* Elia Essentials: 7 rue crébillon 75006 Paris
* Idéal Vision: 96 bd de picpus 75012 Paris
* Sur le Zen: 78 rue Pierre Demours 75017 Paris
* Féminin Pluriel: Centre commercial du RER la Défense, 92800 Puteaux



jeudi 15 janvier 2015

Interview de Muriel Hattab, Présidente de l'association "Princesse Margot



Je reçois aujourd’hui sur le blog Muriel Hattab, Présidente de l’association « Princesse Margot » qui soutient et accompagne les familles dont les enfants sont atteints de cancer.

J’ai connu Muriel par le biais de ma cousine Joanne, elle-même bénévole, et ai souhaité mettre en lumière le travail formidable réalisé en lui donnant un peu de visibilité sur le blog.  

Bonjour Muriel, peux-tu nous parler de l’association « Princesse Margot » : comment est –elle née ?
L'association est née en septembre 2012, juste 3 mois après le décès de ma fille Margot, emportée par un cancer du cerveau à l'âge de 18 ans.

Quels sont ses objectifs ?
L'association soutient et accompagne les enfants et adolescents atteints de cancer et leur famille.

Quelles sont les actions mises en place par ton association pour y parvenir ? As-tu des exemples de réalisations ?
L'association est présente toutes les semaines dans les hôpitaux St Louis, Robert Debré et l'Institut Curie où nous avons mis en place des ateliers manuels, théâtraux, musicaux ou culinaires.
Princesse Margot, c'est aussi une Maison, qui accueille ces enfants malades et leur famille pour un soutien principalement psychologique.

On connaît mal les cancers pédiatriques : quel est l ‘état des lieux à l’heure actuelle ?
Le cancer de l'enfant est la 2ème cause de mortalité infantile, 2000 enfants en France sont touchés chaque année dont 20% ne guérissent pas.
Seulement 2% des fonds alloués à la Recherche sont reversés à la Recherche en oncologie pédiatrique.


En quoi est-il différent des cancers de l’adulte ?
Les cancers de l’enfant sont différents de ceux de l’adulte car un corps d’enfant étant en croissance, donc en constante évolution, l’impact des traitements peut être différent de celui observé chez l’adulte.

Quels sont vos soutiens et partenaires à l’heure actuelle ?
Nous sommes soutenus par de nombreuses personnalités telles que Stéphane Freiss (parrain), Bruno Solo, Kev Adams, Léa Drucker, Jules Sitruck... et bien d'autres mais aussi par les hôpitaux qui nous font confiance.

Comment fonctionne l’association ?
L'association fonctionne aujourd'hui avec une équipe d'une vingtaine de personnes, toutes bénévoles. Nous organisons des évènements pour récolter des fonds ou des opérations, tels que, en ce moment, la vente d'un nounours au prix de 12€ qui est reversé à 100% à Princesse Margot.

Quels sont les retours des familles et enfants que vous accompagnez ?
Les familles sont soulagées de pouvoir se reposer sur l'association pour être soutenues, aidées, guidées, rassurées, mais aussi pour organiser des anniversaires ou des surprises...
Des liens forts se créent entre eux et nous.

Comment peut-on concrètement vous aider ?
Evidemment comme toute association, Princesse Margot a besoin d'argent pour continuer ses actions, sous forme de don ou de sponsor ou de partenariat, mais aussi de bénévoles.

Le bénévolat même si on n’est pas très à l’aise avec les hôpitaux c’est possible ?
Bien sûr, nous sommes à la recherche de bénévoles, mais il n'est pas forcement obligatoire d'aller dans les hôpitaux, il y a bien sûr d'autres tâches qui peuvent aider l'association.

Quels sont les futurs projets de l’association ?
Nous venons de terminer la rénovation des chambres du service AJA (Adolescents et Jeunes Adultes) de l'Institut Curie, et nous allons faire également l'aménagement et la décoration des chambres des services hématologie de l'hôpital Robert Debré et Saint-Louis à partir d'avril 2015.

Pour en savoir plus :
-       Page Facebook
-       Compte Twitter







jeudi 8 janvier 2015

Les oiseaux ne sont pas venus ce soir



Comme pour le 11 septembre, on se souviendra tous de ce qu’on faisait à ce moment-là.

Moi j’étais avec les enfants sur internet. Nous cherchions une mangeoire pour les oiseaux du balcon affamés depuis l’hiver.

Ce devait être un mercredi insouciant, qui sentait bon la galette des rois et les rires.

Mon fils m’avait lancé en enlevant son manteau « J’adore les mercredis ». Moi qui d’habitude peste contre ce jour marathon où je cours d’une activité à l’autre me suis surprise à répondre « Moi aussi j’adore les mercredis ».

J’avais décidé en ce début d’année de chérir chacun de ces petits moments passés ensemble, de moins courir, de profiter car après tout on ne savait pas  jamais combien de temps cette parenthèse enchantée allait durer.

Je m’étais dit qu’apprendre aux enfants à nourrir les oiseaux du balcon serait une bonne idée pour commencer l’année.

Jusqu’à ce que tombe un premier tweet. Des hommes seraient rentrés chez Charlie Hebdo. Une boucherie. Je reste sidérée devant mon écran, quasi hypnotisée. Ma fille me demande ce qu’il y a : « Tu n’arrives pas à trouver la mangeoire pour les oiseaux maman ? ». Ma gorge est nouée. Rien ne sort. Comme dans tous ces moments où elle sent poindre l’angoisse chez moi, ma fille ne me lâche pas. Grimpe sur mes genoux. Me parle sans s’arrêter.

Je l’envoie froidement dans sa chambre.

 Les premiers noms tombent. Charb. Cabu. Wolinski. Je n’ai jamais été vraiment fan de Charlie Hebdo mais j’ai les larmes aux yeux.

La mort de Cabu, c’est toute mon enfance qui disparaît brutalement dans le sang.

Les tartines de beurre salé avalées devant Récré A2 chez mes grands-parents.

Plus tard l’atmosphère enfumée de « Droit de réponse » le samedi soir, la tête sur les genoux de ma mère.

Wolinski, c’est l’odeur inimitable du papier et de l’encre, réminiscences du magasin de journaux de mon père.

Très vite les premières images viennent donner corps à une effroyable réalité à laquelle on ne veut pas croire. Mes premières pensées vont à mon amie dont le père policier s’est suicidé il y a quelques années de cela sur son balcon. Pourvu qu’elle ne regarde pas ça. Pitié.

Les tweets défilent et nous pleurons et souffrons à l’unisson. Parfois juste un « putain » ou trois points de suspension. Juste pour dire que l’on est là. Comme les petits oiseaux du balcon en hiver, nous rapprochons nos plumes bleues les uns contre les autres pour réchauffer nos cœurs et nos âmes.

Seule, j’aurais passé la journée hypnotisée devant mon écran. Mais, comme toujours dans les pires moments, la vie reprend le dessus par la voix de mes enfants, de la manière la plus prosaïque qui soit. « Maman on mange quoi ? ».

J’ai fait à manger, en mode pilote automatique, et n’ai pratiquement pas touché à mon assiette.

Ils ont bien vu que quelque chose clochait. Moi qui ai l’habitude de ne rien cacher à mes enfants, je n’ai pas pu dire. Moi qui interroge régulièrement des pédopsychiatres pour expliquer aux parents comment réagir, comment parler, je n’ai pas trouvé les mots. Les cordonniers sont souvent les plus mal chaussés.

Je n’ai pas pensé que mon fils me prendrait de cours en rentrant de l’escrime.
« Maman, ils ont fermé certaines sorties à l’école. Ils ont parlé de plan et de pirates c’est quoi cette histoire ? ».

J’ai expliqué comme j’ai pu, mal sans doute, mais au moins il l’apprendra de ma bouche et pas de celle de ses copains. J’ai dit que certaines personnes se disent religieuses alors qu’elles sont en réalité des extrémistes qui n’ont rien à voir avec les vraies valeurs de la religion. On les appelle « les fous de D.ieu ». Aujourd’hui, certaines de ces personnes ont tiré sur des journalistes seulement car ils s’étaient moqués d’eux dans leur journal.
« Des journalistes ? Des journalistes » a-t-il répété. Je n’ai pas voulu parler de dessinateurs car mon fils est un dessinateur passionné mais je réalise que le mot « journaliste » l’a touché tout autant.

Je m’attendais à ce qu’il ait peur, à ce qu’il m’assaille de questions ou me demande le nombre de morts.

« Mince, ça veut dire qu’il n’y aura pas de sorties scolaires ? C’est nul ! ».

Les enfants sont décidément imprévisibles.

La journée s’est terminée dans un brouillard flou, le ventre serré. Les images des rassemblements m’ont serré le cœur et on un peu réchauffé ces quelques heures. J’aurais juste aimé les voir au moment de la tuerie de Toulouse.

Nous avons finalement cuisiné notre galette. Nous avons acheté les graines et les avons disposées sur le balcon. Nous avons rempli un petit bol d’eau.

Mais les oiseaux ne sont pas venus hier soir.



lundi 5 janvier 2015

2015


Un petit mot pour souhaiter une merveilleuse année aux lecteurs et lectrices de « Tout à l’ego » !

Pour vous accueillir dignement, le blog s’est fait une beauté (merci à Nepsie pour la jolie bannière). J’ai également ouvert une page Facebook « Tout à l’ego », je serai ravie de vous y retrouver.

En 2014, 138 billets ont vu le jour ici (versus 122 en 2013), ma ligne éditoriale change au fil du temps mais j’ai toujours autant de plaisir à écrire et à échanger avec vous.

Professionnellement, il y a eu de belles rencontres, ma collaboration avec l’Express Styles notamment. Alors qu’habituellement les pigistes sont souvent considérés comme des roues de secours, des pions interchangeables que l’on sort de leur boîte quand on en a besoin, j’ai vraiment eu pour la première fois l’impression d’appartenir à une équipe. Merci donc à Géraldine et Mathilde.

Professionnellement toujours, j’ai également réussi à me pousser à sortir de ma zone de confort, un leitmotiv qui me poursuivra encore cette année : accepter de participer à une émission de télé ou de rédiger une série de 16 portraits en moins de 3 semaines font partie de mes (petits) défis relevés cette année. J’espère qu’il y en aura d’autres en 2015.

Au niveau personnel, je travaille toujours sur le difficile équilibre entre vie virtuelle et vie réelle. Je suis toujours accro à mon portable mais essaye de définir des plages de temps où je ne le consulte pas. J’ai repris avec beaucoup de plaisir le théâtre, je me suis inscrite à la bibliothèque, je retrouve peu à peu le plaisir de feuilleter un bon livre. Je me suis aussi rendue compte aussi que ma perception des possessions  avait changé peu à peu (j’en reparlerai ultérieurement) : cette année, j’ai vendu beaucoup de choses, en ai donné aussi. Moins d’avoir, plus d’être, j’espère continuer sur cette lancée en 2015.

En 2014, je n’ai pas écrit de texte de fiction et j’avoue que cela me manque un peu. Je réfléchis donc à de nouveaux jeux d’écriture pour 2015 sur le blog, j’espère que vous serez partants.

D’ici là, très belle année à tous et toutes et merci de votre fidélité !

lundi 29 décembre 2014

Pour "Rire et chansons", l'incitation au viol c'est LOL


Pas de trêve de Noël pour le sexisme, Rire et chansons, la « radio officielle du rire », en est la triste illustration.

Il y a encore quelques heures, ce visuel du meilleur goût figurait sur la page Facebook de la station, avant d’être retiré suite au buzz né sur les réseaux sociaux (image tweetée initialement par Sophie Barel).

Une incitation au viol en toute décontraction qui confond « rapport amoureux » et absence de consentement. On y apprend ainsi que « retirer ses vêtements sans son consentement » vous permet de dépenser 173 calories ou que « la prendre ivre avec ses vêtements sur elle » permet de brûler pas moins de 1276 calories !

Faut-il rappeler à Rire et chansons que l'incitation à haine, à la discrimination ou à la violence est interdite par la loi sur la liberté de la presse, article 24 ?

Quand on jette un œil à la ligne éditoriale de celle qui se définit comme "la plus masculine des radios", on comprend mieux comment un tel visuel a pu être posté sans aucun état d'âme. Et l'on rit...jaune, à défaut d'en pleurer...


Pour en savoir plus sur la culture du viol, je vous conseille la lecture de cet article très éclairant du blog "Crêpe Georgette".

EDIT : Le Huffington Post en parle ici ainsi que l'Express, 20 minutes et Arrêt sur images. Silence radio (c'est la cas de le dire) de la part de Rire et Chansons.



mercredi 17 décembre 2014

Interview de Sam Farmer, père au foyer et créateur d'une marque de cosmétique non genrée



C’est Agnès Poirier, sur Twitter, qui m’a fait connaître « SAMFARMER », une gamme de cosmétique non genrée créée par un père au foyer.

Une marque de produits de beauté unisexe et garantie 0% de stéréotypes, voilà qui me paraissait intéressant !

J’ai donc posé quelques questions à Sam, son créateur, qui a gentiment accepté de me répondre (en anglais, j’ai donc traduit ses réponses en espérant ne pas avoir trahi sa pensée !).


Bonjour Sam, peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Sam Farmer, je suis marié et père de 2 enfants. Je travaillais dans la production télé quand ma femme, alors actrice, a eu notre second enfant. Il m’a semblé logique de rester avec la maison pour m’occuper de mes enfants pendant qu’elle allait travailler. J’ai donc passé les 11 dernières années à élever mon fils et ma fille.

Comment as-tu crée ta marque de cosmétique ?
En tant que père au foyer, j’ai été amené à acheter les premiers produits de soins et de d’hygiène de mes ados. En observant les linéaires remplis de produits girlys et rose pour ma fille et ceux destinés à mon fils, gris métallisé et plein de stéréotypes machos, je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose. Je suis donc retourné à l’école pour étudier les sciences cosmétiques et ai formulé une gamme unisexe, adaptée spécifiquement à la peau et aux cheveux des adolescents.

En quoi est-elle différente ?

J’ai une formation scientifique. La chimie détruit les mythes et la désinformation au sujet des ingrédients cosmétiques. J’ai créé la marque SAMFARMER pour mes enfants. Il ne me viendrait pas à l’idée de faire cuire un gâteau sans comprendre la recette ou sans savoir si les ingrédients sont bons pour eux. De la même manière, je ne voulais pas créer des produits sans connaitre exactement de quoi ils étaient composés.

Pourquoi avoir choisi ton nom comme nom de marque ?
Parce que j’en avais assez de ne pas savoir qui était derrière les produits ou d’avoir affaire à des centres d’appel sans visage. Mon nom est donc ma marque et mon numéro de portable personnel est le  00 44 7775783339

Quelle est ta gamme actuelle ?
Il y a actuellement 6 produits dans la gamme : un shampooing, un après-shampooing, un gel lavant pour le visage, une crème hydratante, un gel lavant pour le corps et un déodorant.

En quoi les stéréotypes sont-ils nocifs selon toi, particulièrement au moment de l’adolescence ?
Quand je suis allé faire mes courses ce jour-là, je n’aurais jamais pensé qu’un déodorant allait changer ma vie.  J’ai découvert que les média, sous toutes leurs formes, font peser une pression plus ou moins subtile sur les adolescents en leur imposant une vision stéréotypée et photoshopée de la beauté. Ce n’est pas un hasard si le pourcentage d’adolescents se déclarant être insatisfaits de leur apparence est en constante augmentation.
Je ne voulais pas faire partie de ça, je ne voulais pas contribuer à créer de l’insécurité chez les jeunes, dans un monde suffisamment dur comme ça. Les adolescents qui vont rencontrer des problèmes de confiance en eux n’ont pas à être encouragés à se sentir mal dans leur peau ou pas à leur place. J’ai envie d’un futur où ma fille et mon fils marcheront dans les mêmes rayons de supermarché pour acheter des produits de beauté qui sentent bon, qui sont efficaces mais n’essayent pas pour autant de définir qui ils sont ou comment ils doivent se comporter. L’industrie de la beauté dans son ensemble est souvent montrée du doigt en ce qui concerne l’estime de soi et l’acceptation de son image corporelle. Je crois que nous pouvons tous avoir un impact positif sur la vie des adolescents et sur la façon dont ils se voient.

Les marques de cosmétiques justifient les différences de peaux entre hommes et femmes pour « genrer » leurs gammes et donc en vendre 2 fois plus. Aux Etats-Unis, on parle même de « Woman tax » à ce sujet car les produits pour femmes sont généralement plus chers. Qu’en penses-tu et que réponds-tu à cela ?
Scientifiquement, ça n’a aucun sens. Pour ceux qui formulent les cosmétiques, la peau et les cheveux ont pour l’essentiel la même structure, indépendamment du genre. Un shampooing n’est pas capable de reconnaître le genre du cheveu qu’il est censé laver. Pour moi, un produit se base sur son efficacité, pas sur la promesse de vous ramener un petit ami ou une petite amie.

Quels sont les ingrédients clés de tes produits ?
Chaque produit a été formulé spécifiquement pour la peau et les cheveux des adolescents mais j’aimerais mettre en avant 3 produits :

-       Le gel lavant pour le visage : des agents lavants extrêmement doux, combiné à de l’aloe vera et de la glycérine hydratante pour éviter les irritations ou le dessèchement de la peau.
-       La crème hydratante : le Butyl d’avocat – un extrait unique d’avocat qui réduit l’excès de sébum sans dessécher la peau
-       Le déodorant : du Polyglyceryl-3-caprylate, un dérivé végétal sélectionné pour son efficacité anti-odeur

Comment garantis-tu leur efficacité sans promettre des miracles comme le font la plupart des marques de cosmétique ?
Je ne fais pas de promesses. Quand les adolescents voient la différence et sentent que les produits sont efficaces, ils en parlent à leurs copains. Le bouche à oreille est la meilleure publicité pour prouver l’efficacité de la gamme SAMFARMER.

Comment as-tu fait pour choisir des senteurs « neutres » ?
Ca m’est venu lors d’une réunion avec un parfumeur basé à Grasse. Je voulais créer une senteur légère, fraîche et qui respire la propreté. C’est la même pour tous les produits de la gamme afin d’éviter les mélanges de parfums lorsqu’on utilise plusieurs produits en même temps.

Comment  tes produits ont-ils été perçus par les parents ? Par les adolescents ?
Pour la plupart des parents et des adolescents, une marque unisexe et qui ne véhiculait pas de stéréotypes faisait complètement sens.

Quelles sont tes meilleures ventes à ce jour ?
Comme on pouvait s’y attendre avec la peau des adolescents, le gel lavant visage, la crème hydratante et le déodorant sont les best-sellers. Cependant, comme le shampooing est extrêmement doux, il est parfait aussi pour les adolescents qui se colorent les cheveux !

Quels sont tes futurs projets ? (nouveaux produits ? nouveaux points de vente ?)
Je travaille sur la formulation de 3 nouveaux produits, unisexes bien sûr. Ils sortiront en 2015. Question distribution, la chaîne de la magasins Space NK propose à la vente l’ensemble de la gamme dans tous leurs points de vente en Angleterre et en Irlande.

Comment fait-on pour acheter tes produits depuis la France ?
Malheureusement, il n’est pas possible d’acheter les produits en dehors de l’Angleterre et de l’Irlande. Mais j’y travaille pour 2015 !

Pour en savoir plus : le site internet de la marque