lundi 20 mai 2013

"La contre-histoire des internets" : où sont les femmes?




On a tous une histoire à raconter au sujet des débuts d’internet. Je me souviens encore du bruit strident du modem, petite madeleine de Proust acoustique, de mon premier blog bricolé en 2002 et hébergé sur Multimania, des tchats sur Caramail, de l’arrivée du mail dans le cadre professionnel, de mon ordinateur acheté à crédit sur 3 ans.

On a tous une histoire à raconter au sujet des débuts d’internet, c’est pourquoi je me suis précipitée avec enthousiasme sur le teaser du documentaire diffusé sur Arte « La contre-histoire des internets » : « Internet a été créé par des hippies tout en étant financé par des militaires ! Cet improbable choc des cultures a donné naissance à un espace de libertés impossible à censurer ou à contrôler. C’est pourtant ce que cherchent à faire, depuis des années, un certain nombre de responsables politiques, poussant hackers et défenseurs des libertés à entrer dans l’arène politique. ». Le documentaire laissera la parole à Richard Stallman, l'inventeur des logiciels libres, Rick Falvinge, créateur du Parti pirate suédois, et Julian Assange, fondateur de WikiLeaks nous apprend le site d’Arte.

Poussée par la curiosité, je clique donc sur le bouton « Play » de la bande annonce du documentaire.



Et ce que je retiens de ces 4 minutes 05 c’est que, vraisemblablement, Internet s’est crée sans les femmes. Pas qu’elles étaient minoritaires, non, mais totalement absentes. En 4 minutes et 5 secondes, 14 hommes à l’image, pas une femme. PAS UNE SEULE.

On va me rétorquer que c’est représentatif de l’histoire du réseau, dont les femmes ont été cruellement absentes. Certes, mais d’après la bande annonce, le documentaire laisse la parole à des contemporains, comme Julien Assange par exemple et ne s’intéresse pas qu’aux pionniers. Aujourd’hui, un internaute sur 2 est une femme, il est démontré qu’elles sont plus actives et plus présentes sur les réseaux sociaux que les hommes et représentent désormais 60% des joueurs sur plateforme mobile. C’est aussi ça la réalité d’internet.

Même si la communauté hacker reste à 90% masculine, n’oublions pas que Jude Milhon, hackeuse depuis 1967, voyait dans internet un outil de libération et clamait dans cet interview:  « Les filles ont besoin de modem ». Quant à Ada Lovelace, qui aurait eu 198 ans cette année, elle est considérée comme l’une des pionnières de l’informatique puisqu’elle est la première programmeuse au monde.

Bien sûr, je ne demande pas la parité, difficilement réalisable du fait de la sous-représentation des femmes dans les domaines purement techniques. Mais avouez qu’avec 3 femmes seulement dans un documentaire d’1h30, on en est loin. Surtout quand l’une d’elle, Marie-Françoise Marais, est considérée comme "la Mère Fouettard du Net" d’après l’expression reprise dans cet article du Monde.

On va me rétorquer que les femmes rechignent à prendre la parole sur ce genre de sujets, qu’il est difficile d’en trouver pour témoigner. Ce sont les motifs que m’avait évoqués le rédacteur en chef de l’Usine Nouvelle quand je m’étais émue de ne trouver que 7 femmes dans son Top 100 du numérique. Pour autant, cette excuse n’est pas suffisante. Un journaliste (ou un réalisateur) dont le but est de retranscrire la réalité de la manière la plus fidèle possible doit mener un vrai travail d’investigation et ne pas s’arrêter à l'impression d’invisibilité des femmes sur ces sujets.

Les expertes existent, il suffit de les chercher. Pour ma part, les 2 associations auxquelles j’appartiens,  « Girlz In Web » et « Girl Power 3.0 », recèlent de talents féminins prêtes à s’exprimer sur des thématiques high-tech/digitales. Il ne faut donc pas hésiter à faire appel à elles.

Un réflexe à avoir pour ne plus jamais mettre au ban de l’histoire numérique la moitié des internautes.



vendredi 17 mai 2013

Rebelle : Disney ne plie pas et conserve sa Merida sexy



En dépit de la pétition ayant récolté plus de 200 000 signatures et  de certaines rumeurs, Disney n’a pas l’intention d’abandonner sa version sexy de Merida.

Comme l’explique le « Los Angeles Times », le nouveau look de l’héroïne de « Rebelle » a été crée spécifiquement afin de l’accueillir au sein de la collection « Princesses » de la marque. Selon un représentant de Disney, l’image de Merida qui a mis le feu aux poudres fait partie d’une série limitée de produits incluant des sacs à dos et des pyjamas. La version originale non relookée sera également disponible sur certains produits.

La nouvelle Merida, qui présente des cheveux beaucoup plus disciplinés, une taille amincie, du maquillage et a déposé arc et flèches, n’a jamais figuré sur le site Disney. On peut la trouver sur le site « Target » et sur un site spécifique invitant des blogueuses au couronnement de Merida à Disney World.

Brenda Chapman, la créatrice de « Rebelle » a exprimé son mécontentement à cette occasion : « C’est horrible, Merida a été créée pour casser le moule, pour offrir aux petites un meilleur modèle, plus fort, plus accessible, quelque chose de consistant, pas juste un joli visage qui attend l’amour ». L’américaine Peggy Orenstein, auteure et blogueuse conclut : « En réalité il ne s'agissait pas d'être courageuse. Il s'agit finalement d'être jolie ».

lundi 13 mai 2013

Quand 01net et C&A jouent à la reine d'Alice au pays des merveilles : "Qu'on leur coupe la tête"!



Le 1er mai, en feuilletant VSD, je tombe avec étonnement sur cette publicité pour 01net, un magazine high-tech et qui met en scène une femme. OK c’est une femme en robe de soirée, mais le fait est suffisamment rare pour être mentionné.




J’en profite pour tweeter la photo et décide d’en savoir un peu plus sur ce magazine.


Successeur de Micro Hebdo et de L'Ordinateur Individuel, "01Net" se veut "le magazine de la high-tech plaisir".  J’en déduis que la femme présente sur la publicité n’a d’autre vocation que d’incarner ce « plaisir », en opposition au côté parfois rebutant de la technologie. « Si facile et agréable à lire que même une femme peut le faire » semble sous-entendre la photo.

Et c’est ce que va me confirmer le spot TV « les collègues » : on peut y voir 3 jeunes femmes s’extasier devant un magazine (mode pintade on) : « oh non regarde, celui-là il est trop beau » « ah ouais ! et regarde le prix en plus » « ah mais c’est sûr avec ça tu vas être au top » « moi j’adore franchement » « les filles j’achète » puis gros plan sur un article au sujet des smartphones. Le message est clair : des filles qui gloussent devant un Iphone comme elles le feraient au sujet d’une paire d’escarpins, on est bien dans le « plaisir », la légèreté. Quitte à être caricatural.


Le spot « le couple » ne relève pas le niveau question stéréotypes : « Chéri tu viens m’aider ? » demande la femme qui s’affaire à la cuisine, à son mari, confortablement assis dans le canapé, son magazine à la main . « Attends 2 minutes j’arrive ».


Malgré tout cela, le message de la simplicité, du PLAISIR, ne devait pas être assez parlant pour le journal. Une semaine après, Pascal Castro, un de mes followers, m’envoie cette nouvelle publicité de 01net, issue de Sciences et Vie.



Surprise, la tête de la jeune femme a été remplacée par un énorme smiley ! La mannequin est-elle censée représenter le fantasme geek : un corps de rêve + une tête de smiley ? Peut-être n’était-elle pas assez souriante ? En tout cas, pas de quartier : « qu’on lui coupe la tête ! » (Quitte à la remplacer par un immonde émoticône). J’ai essayé d’avoir des explications de la part de 01net sur Twitter afin de connaitre la raison de cette modification de campagne, je n’ai reçu aucune réponse.

Cette « morcellisation » du corps féminin, dans laquelle des femmes sans tête sont mises en scène, est chose courante dans la publicité. Pour les publicitaires, elle favorise la projection mais objectivise la femme. Celle-ci, privée de sa tête, l’est également de ses facultés intellectuelles. L’accent est mis sur le corps, objet de plaisir interchangeable puisque non identifié.

Exemple, cette affiche pour Babette: 



Les publicités Aubade

Ce spot pour les magasins Digital


Plus récemment, des images d’une vitrine C&A  marseillaise ont circulé sur Twitter la semaine dernière (via @ameneechan).



Les têtes des mannequins femmes y avaient été remplacées par des tubes de crème solaire alors que les hommes et les enfants avaient conservé les leurs.



Réponse de C&A : « C’est l’été, il faut se protéger quand le soleil est là. Profitez du soleil :) »


Pour C&A, le soleil est apparemment inoffensif pour les hommes et les enfants…

Des explications sans queue ni tête!








mercredi 8 mai 2013

Quand Disney relooke Merida façon sexy, elle n'a plus rien de rebelle


En 1938, il ne faisait pas bon être une femme chez Disney comme en témoigne cette lettre de rejet exhumée aujourd’hui sur Flickr.



Mary V. Ford, qui avait écrit au studio d’animation pour connaître les critères d’admission à l’école Disney qui formait ses animateurs, avait ainsi reçu la réponse suivante :

«Les filles ne travaillent pas du côté créatif pour préparer les dessins animés pour l’écran, car cette tâche est exclusivement réservée aux jeunes hommes. Pour cette raison, les candidatures des filles ne sont pas examinées pour l’école préparatoire. Le seul travail ouvert aux femmes consiste à tracer les dessins des personnages sur des feuilles de celluloïd avec de l’encre de Chine et de remplir l’espace entre les traits à la peinture de l’autre côté de la feuille en suivant les directions données.»  

Les femmes ne sont, heureusement plus, aujourd’hui cantonnées au coloriage chez Disney. Les princesses du célèbre studio d’animation ont, elles aussi, bien changé pourrait-on également penser en observant Merida, la dernière héroïne en date.



Cheveux roux bouclés, fière, aventurière, rebelle, tirant à l’arc, montant à cheval et surtout refusant le mariage forcé, elle dénote parmi les autres héroïnes.

Mais alors qu’elle doit être officiellement couronnée le 11 mai en tant que 11ème princesse, il semblerait que Disney ait jugé nécessaire de la relooker, gommant ainsi toutes les aspérités qui faisaient sa différence.



Ses cheveux ont été disciplinés (les boucles ont été remplacées par un mouvement ondulé), sa taille a été affinée, ses pommettes remontées et maquillées, sa bouche épaissie et lipstickée. Elle paraît plus âgée et ses poses ainsi que ses épaules, désormais découvertes, l’inscrivent davantage dans le registre de la séduction que de l’ « empowerment » de ses origines.



Une pétition lancée sur le site change.org a depuis récolté plus de 18 000 signatures pour protester contre ce relooking sauvage : « Le relooking de Merida en prévision de son intronisation au sein de la collection Disney princesses porte préjudice à des millions d’enfants pour qui elle était un exemple d’émancipation. Elle incitait les petites filles à être des actrices du changement plutôt que des trophées à admirer. De plus, en la rendant plus mince, plus sexy et plus âgée, vous envoyez le message suivant : la version originale de Merida, plus jeune et réaliste, est inférieure à la  nouvelle. Pour que les femmes et les jeunes filles aient une valeur (qu’elles soient reconnues en tant que vraies princesses), elles doivent se conformer à une définition étroite de la beauté. »

Les filles chez Disney ne sont désormais plus cantonnées au coloriage…mais les héroïnes semblent, elles, contraintes au maquillage !