mercredi 1 octobre 2014

Congé parental : le féminisme opportuniste de François Hollande


Le féminisme fait vendre. De la serviette hygiénique au shampooing en passant par la serpillère, les marques ont compris que l’empowerment était devenu un formidable levier commercial. Même Karl Lagerfeld s’y est mis le 30 septembre dernier en clôturant son défilé sur une fausse manif féministe.

Mais le précurseur de toutes ces récupérations féministes, on l’oublie souvent, c’est François Hollande. Lui qui déclarait la main sur le cœur en2012 « Je suis féministe ». Qui confirmait qu’il mettrait en place un ministère des droits des femmes. Lui qui avait promis qu’il généraliserait les ABCD de l’égalité dès la rentrée 2014.

Depuis, le ministère des droits des femmes a été rétrogradé au rang de secrétariat d’État. Les ABCD de l’égalité ont été abandonnés. Pourtant François Hollande nous fait encore le coup du féministe en essayant de nous faire passer une économie de 300 à 400 millions d’euros pour une mesure en faveur de l’égalité hommes/femmes. Cette réforme du congé parental n’est rien d’autre que du feminism-washing pur jus.  

Parce que l’égalité hommes-femmes ne se décrète pas en un coup de baguette magique. Et que les mentalités sont longues à changer.

Le nerf de la guerre c’est avant tout le salaire. Et les hommes, tous temps de travail confondus, gagnent aujourd’hui 31 % de plus que les femmes. Si un père prend un congé parental rémunéré 390€ par mois, il risque de mettre en péril le budget de la famille.

Lorsque j’ai eu mon premier enfant, la question du congé parental s’est imposée de fait. Mon fils étant né en novembre, il m’avait été fortement conseillé de prendre un congé parental jusqu’en septembre afin de décrocher plus facilement une place en crèche à la rentrée. Mon mari gagnant un salaire bien plus élevé que le mien, il n’aurait pas été viable pour les finances de la famille qu’il quitte temporairement son emploi. Comme beaucoup de femmes, j’ai donc joué la variable d’ajustement. Jusqu’à ce que je trouve une assistante maternelle à la rentrée.

Justement, parlons-en des modes de garde. Comment est-il envisageable de raccourcir la durée du congé parental sans amorcer la moindre réflexion au sujet des modes de garde ? Aujourd’hui, « l'assistante maternelle reste le premier recours des parents avec un presque 6 places offertes sur 10 » nous apprend cet article du Figaro. « Les établissements d'accueil du jeune enfant (accueil collectif, microcrèches, crèches familiales et parentales) n'arrivent qu'en deuxième place avec une capacité d'accueil de 15 tout-petits sur 100. Selon les départements, la capacité d'accueil des enfants de moins de 3 ans fait le grand écart, passant de 9 à 80 places pour 100 enfants, indique le rapport annuel de l'Observatoire de la petite enfance ». Dans un des articles que j’ai écrit pour l’Express Styles, Marlène Schiappa, une des interviewées, affirmait qu’il manquait aujourd’hui 500 000 places en crèche. Si l’on réduit le congé parental sans réelle réflexion autour des modes de garde, les femmes seront donc contraintes de rester à la maison jusqu’aux 3 ans de l’enfant pour pallier ce manque de solutions.

Un paradoxe qui démontre bien l’absurdité de cette réforme.

Mais en ce qui concerne les droits des femmes, ce gouvernement n’est plus à une contradiction ou à un renoncement près.


lundi 29 septembre 2014

Sur les planches

 Moi il y a 10 ans, dans la pièce "5 filles couleur pêche" montée avec mon cours de théâtre.

Moins d’internet et plus de vraie vie, telle était ma bonne résolution de cette rentrée (dit celle qui tape sur son clavier en ce moment).

Retrouver le goût des choses simples, délaisser la clameur des réseaux sociaux pour se donner rendez-vous avec soi-même plus régulièrement.

Moins de Facebook, de Twitter et de blog, plus de temps au téléphone, au restaurant, dans les librairies et au cinéma. Davantage de mains serrées, de joues embrassées et de rires échangés.

Reprendre le théâtre est une envie qui couvait depuis longtemps et que je viens enfin d’assouvir mardi dernier. Alors que je persistais depuis 6 années de pratique à m’inscrire en « débutant » je viens enfin de sauter le pas en choisissant le cours des « confirmés ».

Sortir de ma zone de confort est une philosophie que j’essaye d’appliquer ces derniers temps à ma vie quotidienne. Ca passe par choisir le couloir de nage rapide à la piscine plutôt que de m’ennuyer dans la file des nageurs lents. Dire oui à un passage à la télévision. Accepter d’intervenir dans une conférence. Ecrire sur des sujets que je ne maîtrise pas à 100%

Et remonter sur les planches.

Bien sûr, après 10 ans d’interruption, l’exercice n’est pas des plus faciles. On retrouve le ridicule des exercices d’échauffement, le contact de personnes qu’on ne connaît pas.

On réapprend à apprivoiser ce corps si grand et si raide, à habiter cette grande carcasse.
On cherche une posture à ces bras ballants.

Et on se compare inévitablement aux autres.

Le dernier exercice a été très révélateur. Chacun d’entre nous devait mimer à tour de rôle 3 émotions (la tristesse, la joie puis la colère) en ne prononçant qu’une phrase proposée par le public. L’exercice est extrêmement difficile car tout devait passer dans le regard, la gestuelle sans pour autant tomber dans la caricature. Tellement obsédée par ma volonté d’occuper l’espace, je me suis levée, ai marché, tourné, et ai fait des grands gestes qui finalement n’apportaient rien à la scène. Une autre s’est simplement assise à chaque fois, a prononcé sa phrase sans fioriture, pleine d’intensité et de conviction. Et est passée d’une émotion à une autre avec une grande maitrise et une infinie justesse. Bluffant.

Passer dans le cours des confirmés m’a réellement fait prendre conscience du chemin qu’il reste à parcourir en terme de jeu. Mais c’est aussi un formidable défi à relever.

Alors que je souffrais d’insomnie depuis des semaines, j’ai enfin pu profiter d’une nuit de sommeil complète mardi dernier. Preuve que d’autres choses se jouent aussi sur une scène de théätre…






vendredi 26 septembre 2014

« My boobs buddy » : l'écoeurante récupération commerciale du cancer du sein



Le cancer du sein serait-il devenu le dernier argument commercial à la mode ?

J’en ai parlé plusieurs fois sur le blog et sur Slate, cette récupération de la maladie à des fins marketing s’appelle le « pinkwashing ».


Aux Etats-Unis, le ruban rose sert à vend tout et n’importe quoi, du papier toilette à la junk food en passant par les serpillères. Si cette cause est devenue « l’enfant chéri du marketing social » c’est parce qu’elle est hautement lucrative. D’après une étude de l’agence américaine Cone Communications, 89% des personnes interrogées seraient ainsi prêtes à changer leurs habitudes de consommation pour acheter une marque qui s’engage.

En France, certains ont bien repéré le filon commercial. C’est le cas de la marque de « vêtements engagés » « My Boobs buddy » (traduction : le copain de mes seins) qui joue à fond la carte du sexisme et du détournement de cause pour faire parler d’elle.



La page d’accueil donne le ton, avec une jeune femme topless, taille 38 et seins hauts et ronds forcément. C’est pratique le cancer du sein, ça permet de montrer du nibard en toute impunité. Celui qui oserait pointer le côté racoleur des clichés serait immédiatement taxé de coincé ingrat « puisque c’est pour la bonne cause ». Forcément, montrer le vrai visage du cancer du sein serait moins vendeur. Les cicatrices, les seins amputés ou qui tombent ça fait moins frétiller la carte bleue. Et faire du fric c’est véritablement le but premier de ce site.


Comme toujours dans le cas du "Pinkwashing", difficile d’avoir accès à des chiffres concrets concernant les montants reversés aux associations. 

S’agit-il d’une enveloppe fixée à l'avance (comme pour le cas de la course « La parisienne ») ou le pourcentage reversé est-il fonction des ventes ? Quel est le montant de ce pourcentage ? Dans la rubrique « Notre engagement » figurent uniquement la bio du fondateur (oui c’est un homme qui est derrière tout ça) et de son équipe ainsi qu’une liste d’associations et un kit presse.

Sur sa home, le  site annonce fièrement "Nous avons déjà reversé 1420 € à l’association « Keep a breast » "ce qui dans l’absolu ne veut rien dire.

Sur une autre page on apprend qu’avec cette somme, 14 200  jeunes femmes ont été sensibilisées au dépistage précoce (inciter des jeunes filles sans antécédent à subir une mammographie précoce est une aberration soit dit en passant).



Un rapide calcul permet de connaître le coût unitaire de la « sensibilisation au dépistage précoce » = 0,10 € le dépistage. Je serais curieuse de savoir à quoi correspondent ces 10 centimes d'euros.

Sur un pull à 69€, la marque affirme financer 20 "sensibilisations au dépistage précoce" : "En achetant ce sweat, grâce à vous, 20 jeunes femmes seront sensibilisées au dépistage précoce du cancer du seinpar l’association que nous soutenons, Keep a Breast""

Soit 2 € seulement reversés sur un pull à 69 €.

2 € la bonne conscience, une vraie bonne affaire.


jeudi 18 septembre 2014

Publicité : petite histoire du féminisme comme argument de vente





Pantène, Cover Girl, Always : le marketing féministe semble avoir le vent en poupe.

Cependant, en dépit de ce que l’on pourrait penser, cette récupération commerciale n’est pas une nouveauté. L’ "empowerment" et la libération des femmes ont, par le passé, déjà fait figure d’argument de vente.

Petit retour sur quelques campagnes emblématiques.

Dans les années 50, la marque Maidenform a été l’une des premières à parler de libération aux 
femmes.

Dans "Dream", une campagne qui a fait beaucoup parler d’elle, on pouvait voir des femmes en soutien-gorge raconter leur rêve : « I dreamed I went to the theater in my  Maidenform bra » ("J’ai rêvé que j’allais au théâtre en soutien-gorge Maidenform").


Au-delà des occupations classiques (théâtre ou shopping), la marque a également mis en scène des situations beaucoup plus novatrices pour l’époque, censées être source d’inspiration pour les femmes :

« J’ai rêvé que je gagnais l’élection en Maidenform »



« J’ai rêvé que j’affrontais les flammes en Maidenform »

« J’ai rêvé que j’étais toréro en Maidenform »

« J’ai rêvé que j’allais travailler en Maidenform »


La marque de tabac Virginia Slims est allée encore plus loin dans les années 60 en vendant la cigarette comme un vecteur d’émancipation pour les femmes et un moyen d’atteindre l’égalité entre les sexes. Pour ce faire, elle n’a pas hésité à juxtaposer dans sa campagne images victoriennes et contemporaines pour sous-entendre que la cigarette, comme le droit de vote, était un signe de progrès social. 



Le slogan « You’ve come a long way baby » (« Tu en as fait du chemin chérie ») assimilait clairement le fait de fumer en public à une victoire féministe.



Les spots télévisés des parfums « Charlie » et « Enjoli » ont, quant à eux, été spécialement marketés pour s’adresser aux femmes actives et indépendantes des années 70. 

L’actrice qui incarne la femme « Charlie » conduit, séduit les hommes avant de s’attabler avec un bel inconnu. 


 

Le spot « Enjoli » met en scène la double (voire triple si on inclut la bagatelle) journée des femmes : l’actrice brandit une liasse de billet (« je peux acheter le bacon ») puis une casserole (« le faire frire dans une poële ») avant de finir en nuisette saumon en satin (« et ne jamais te faire oublier que tu es un homme »).





Toujours dans les années 1970, la marque Massengil a lancé un déodorant intime appelé « Le spray de la liberté ». 

 Sur l’affiche figurait un badge « Freedom now » rappelant les luttes féministes. « La meilleure façon pour se sentir libre d’être une femme » expliquait le texte. « Libre de ne plus se soucier de ses odeurs vaginales ».

Plus récemment, en 2013, Swiffer s’est réapproprié l’image d’une icône féministe, Rosie la riveteuse, pour vendre un nettoyeur à vapeur. 



Devant l’ampleur du bad buzz suscité par cette campagne, la marque a dû s’excuser et retirer cette publicité.

En 2013 toujours, la marque de plats cuisinés « Lean Cuisine » a choisi de s’adresser aux femmes actives en mettant en scène une working girl, lunettes à la main, accompagnée du slogan « Derrière chaque femme qui a réussi, il y a un micro-onde ». 



Près de 60 ans après, on n’est pas très loin du célèbre « Moulinex libère la femme »…

lundi 15 septembre 2014

Dictionnaire participatif du féminisme : "G comme gender marketing" par Starverlane


Le dictionnaire participatif du féminisme reprend du service après des vacances bien méritées!

Toutes les contributions sont les bienvenues! Le principe : choisir une définition puis écrire un petit texte qui explique le mot choisi (3000 signes environ). L'idéal est de ne pas se limiter à la définition pure mais plutôt de l'étayer par des exemples personnels ou plus généraux. Voici quelques mots qui attendent preneur/se : privilège, mansplaining, discrimination, plafond de verre, genre, accouchement, avortement...

Aujourd'hui je reçois Starverlane, blogueuse et qui contribue également au blog participatif "Marketing genrage". Elle nous parle d'un sujet qui me tient particulièrement à coeur, le "Gender marketing".

"G comme gender marketing" 

Qu’est-ce que le gender marketing ou marketing genré en version francisé ? En premier lieu rappelons que le marketing ou mercatique désigne l’ensemble des techniques et moyens mis en œuvre par une entreprise pour fourguer à de braves gens des produits dont ils n’ont absolument pas besoin en leur faisant penser le contraire vendre ses produits en adaptant la production et la commercialisation desdits produits aux consommateurs.   
Clairement le marketing est absolument nécessaire à notre époque mais qu’est-ce qui, alors, caractérise le gender marketing ?  
Avant d’aller plus loin et pour ne pas s’emmêler les pinceaux plus que cela n'est utile il faut faire attention à ce qu’on entend par le terme genre et par la même occasion le distinguer une bonne fois pour toutes du terme sexe car les confusions entre les deux sont malheureusement nombreuses.  

Le sexe fait référence à des caractéristiques biologiques, ainsi on peut d’ores et déjà distinguer deux catégories de sexe que sont l’homme et la femme. Le genre quant à lui fait référence à des caractéristiques décidées par une société donnée. On a tendance à penser que sexe et genre sont forcément liés mais c’est faux. On peut tout à fait être un homme sexuellement parlant tout en étant de genre féminin. Hélas ce genre de possibilités n’est pas ou peu reconnu à l’heure actuelle.  
En somme le fait que vous ayez vos règles une fois par mois fait de vous une femme d’un point de vue sexuel mais ce n’est pas pour autant que vous collerez forcément à la caractéristique de genre féminin stipulant que vous devez vous occuper des corvées ménagères.  

Ce sont les caractéristiques de genre qui sont prépondérantes dans le marketing genré*. 
L’action de "genrer" un produit fait appel à ces caractéristiques, par exemple cela consistera à fabriquer un produit donné en rose pour signaler qu’il s’adresse à un public féminin. Le fait d’associer le rose aux filles est bien une caractéristique de genre et non de sexe car aucune donnée biologique ne corrobore cette association. Encore heureux !  
Par ailleurs qui n’a jamais eu connaissance du sexe d’un nourrisson en regardant la couleur de ses habits ? Qui n’a jamais frôlé l’overdose de rose dans un rayon de jouets" pour fille"? Tout ceci s’apparente au gender marketing quoi qu’on puisse en dire.  
Avant de continuer une petite piqûre de rappel positive avec cette vidéo de Riley, une fillette américaine qui a bien compris qu'avec toutes ces histoires on essaye surtout de lui faire avaler des couleuvres… roses bien sûr.

Mais en quoi cela est-il préjudiciable ? Certes une abondance de rose peut être un obstacle au bon goût mais après ? Le problème vient du fait que certaines caractéristiques de genre sont nuisibles, prenons notamment cette caractéristique comme quoi les femmes sont incapable de réparer une voiture car elles sont obligatoirement mauvaise en mécanique ; mettons maintenant qu’une marque de garage automobile ne veuille en profiter pour mettre en place un garage spécialement conçu pour les femmes. Et alors ? Et bien en faisant cela cette marque conforte l’idée que les femmes sont en effet congénitalement inapte à la mécanique (alors que non pas du tout !) cela servira donc à véhiculer l’idée que les femmes ne pourront jamais apprendre à réparer leurs voitures car elles en sont incapables, que les garages classique sont en fait destinés aux hommes et que les femmes n’y ont tout bonnement pas leur place. Que leurs capacités sont sur ces domaines inférieures à celles des hommes. Un vrai cercle vicieux se met en place car globalement la caractéristique de genre de départ en ressort renforcée.  

Or contrairement aux caractéristiques de sexe les caractéristiques de genre sont discutables. Elles ne sont pas, contrairement à ce qui peut être dit, associées aux caractéristiques de sexe, elles peuvent être fluctuantes, d’un individu à l’autre (indépendamment du sexe, donc), d’une société à l’autre etc.… Malheureusement et ce tout les jours le marketing genré participe à faire croire l’inverse, à cimenter ces caractéristiques avec tout les risques que cela comporte. De plus le gender marketing  encourage une différenciation voire une séparation abusive entre les hommes et les femmes et ce sans raisons. Est-il réellement nécessaire d’associer les produits allégés avec les femmes ? Et pourquoi quand on veut attirer un public masculin auprès de ces produits on choisit d’accentuer les différences de genre en créant un produit spécial homme au lieu de créer un produit neutre destiné tant pour l’un que pour l’autre ?  

Mas que peut-on faire ? Rien de moins que d’avoir conscience de ce qu’est vraiment le gender marketing. Il est vrai qu’il existe depuis de nombreuses années et qu’il a su s’immiscer dans les rayons de nos magasins avec subtilité mais ce n’est pas pour autant qu’il faut le sous-estimer et encre moins le négliger. On peut agir chacun à notre échelle. En apprenant tout d'abord à le reconnaitre, éviter d’encourager sa pérennisation en achetant les produits concernés et surtout en parler autour de soi et casser les idées reçues qu’il véhicule.  

Tous les jours on est susceptible de tomber sous son charme. Quoi de mieux qu’un produit qui  semble vouloir répondre à nos désirs ? Mais est-ce vraiment nos désirs ou des mirages que le marketing genré nous met devant les yeux ? Il faut réfléchir à cela. Pour certain la lutte contre le marketing genré est primordiale pour d’autres elle est futile. Je pense qu'elle est simplement nécessaire.  
Le gender marketing est présent partout (je ne veux affoler personne, hein). On peut le dénicher dans le domaine des cosmétiques mais aussi dans l'alimentation ! Encore plus surprenant il commence même à envahir le milieu pharmaceutique, bref le marketing genré est loin d'être rare et c'est encore plus vrai aux Etats-Unis où il a vu le jour. 

Certains prédisent la fin du "pour homme " en bleu et du "pour femme "en rose. Ce n'est pas faux mais il ne faut pas pour autant croire que le gender marketing va disparaitre. Les entreprises qui le pratiquent ont appris de leurs erreurs, ils ont pu juger qu’une présentation trop caricaturale est néfaste pour les ventes (une certaine marque de brosse à dents en a d'ailleurs fait les frais).  A terme on ne dira plus que tel produit est pour fille mais qu’il est gracieux (entre autres), que tel autre produit est pour garçon mais qu’il appelle au dépassement de soi(entre autres) etc.., hélas on ne peut ignorer que d'une certaine façon cela revient au même. Et c’est face à cette évolution qu'il faut rester vigilant. Et ce pour encore longtemps.  

*Sans blagues ?! Sérieusement le danger vient de cette confusion entre sexe et genre, on croit quelques fois à tort que les produits sont sexués alors que justement non. Ils sont genrés pas sexués. Si on veut citer un produit qui est vraiment sexué on peut parler des tampons ou encore des serviettes hygiéniques parce que ces produits s'adaptent à des caractéristiques d'ordre physiologiques  en rapport avec un sexe.  



Pour en savoir plus:
- Tous les articles du blog traitant du gender marketing





dimanche 14 septembre 2014

Courir contre le cancer du sein : pourquoi il vaut mieux faire marcher son cerveau avant ses jambes



 
Crédit photo: Vincent Krieger

Septembre, c’est le mois de la rentrée, des bonnes résolutions et des cartables neufs qui sentent bon. Mais aussi le moment où l’on commence à réentendre parler de la lutte contre le cancer du sein. Cette période sonne le retour des chaînes débiles sur Facebook (j’en ai déjà parlé ici) et des courses dont une partie des bénéfices est reversée à la lutte contre le cancer du sein, à l’image de la Parisienne qui a lieu aujourd’hui.

Oui, une partie seulement, car la Parisienne est une société privée à vocation commerciale, je l’ai découvert lorsque j’ai écrit cet article pour Slate en mai dernier : « Avec le Pinkwashing, le cancer du sein devient un produit comme un autre ». Je l’ai courue moi-même il y a quelques années, à une période où je n’avais pas trop le moral (litote) car j’avais besoin d’un défi personnel. 

La Parisienne est une énorme machinerie, très bien organisée, elle est aussi l’occasion pour beaucoup de femmes de courir leur première course tout en faisant une bonne action. Sauf que la bonne action est plutôt ici un prétexte. En effet, si l’on se penche sur l’argent collecté, on se rend compte que la somme destinée aux associations n’est pas fonction du nombre de dossards. 

Cette année, 35 000 participants ont été enregistrés, soit 40€ le dossard x 35 000 inscrits = 1 400 000 € rapportés grâce aux participants (sans compter l’argent des sponsors). Sur cette somme, seuls 30 000 € seront reversés aux associations. Quand j’ai interviewé la dirigeante de la Parisienne, celle-ci s’est expliquée sur la raison d’être de la course: « «Nous sommes une société privée, pas une association. Si nous le voulions, nous pourrions très bien ne rien reverser. Ce sont les médias qui nous ont décrits comme une course caritative, nous préférons personnellement nous définir comme une course festive, mettant en avant le sport au féminin. Le cancer du sein ne faisait pas partie du concept de La Parisienne au départ, ça s’est fait complètement par hasard. Il y a 14 ans, un laboratoire qui faisait partie de nos sponsors souhaitait communiquer autour de sa participation à la course. Il a donc décidé de reverser 100 euros à Europa Donna, une association qui lutte contre le cancer du sein, pour toute collaboratrice qui franchirait la ligne d’arrivée. Depuis, la course a pris de l’ampleur, ce qui entraîne des frais fixes et des dépenses marketing très importants. Les sommes reversées ne sont donc plus fonction du nombre d’inscrits mais forfaitaires: cette année nous avons fixé à l’avance une enveloppe de dotation de 30.000 euros.» « Il faut que les gens prennent le temps de lire ce qui figure sur notre site.» concluait ainsi la dirigeante.

Mon but n’est pas ici de mettre toutes les courses dans le même panier ou d’inciter à ne plus courir mais plutôt d’inviter chacun à faire preuve de plus de discernement. Sachez que si vous vous inscrivez à la Parisienne pour participer à la lutte contre le cancer du sein, 2% seulement  seront réellement reversés aux associations.

Cette course est avant tout à vocation commerciale, comme l’illustrent les cadeaux offerts par les sponsors : du liquide vaisselle et des serviettes anti-fuites.

Crédit photo : @desmobetty_




En revanche, Odysséa, une autre course, n’est pas une marque mais une association dont l’intégralité des dossards est reversée à des grands centres de lutte contre le cancer.

« Think before you pink » conseillait aux Etats-Unis une association qui luttait contre la récupération du cancer du sein à des fins lucratives. Autrement dit, « Réfléchissez avant de vous jeter sur tout ce qui porte un ruban rose ». Car du ruban rose au billet vert, il n’y a souvent qu’un pas.




vendredi 12 septembre 2014

Stéréotypes : quand la publicité essaye de ne pas faire mauvais genre


J'ai noté ces dernières semaines quelques exemples de publicités qui ont pris le parti de bousculer certains stéréotypes de genre.

Cette publicité pour les magasins Spar, par exemple, mettant en scène un père et sa fille (désolée pour la qualité de la photo, la page est restée pliée dans mon agenda pendant mes vacances!)


J'ai été également agréablement surprise de découvrir ces affiches dans la vitrine d'un magasin Oxybul. On peut y voir des petites filles prenant le contrepied des clichés utilisés habituellement (froussarde, princesse). Montrer une petite fille en action pour vendre un skate-board est suffisamment rare pour être mentionné (surtout qu'Oxybul nous avait habitués à de jolis stéréotypes par le passé).



Les magasins Lidl ont, quant à eux, choisi de mettre un scène un homme pour vendre leur gamme ménage/entretien.
 
Source photo : @TucoPacifico911

Malheureusement, on a peu entendu parler de ces publicités. Il est dommage que le sexisme outrageux de certaines campagnes (Perrier, Numéricable, Renault) fasse beaucoup plus de bruit.