> Tout à l'ego: Mes écrits ici ou ailleurs
Affichage des articles dont le libellé est Mes écrits ici ou ailleurs. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mes écrits ici ou ailleurs. Afficher tous les articles

samedi 6 novembre 2021

Red flags : ces offres d’emploi qui font fuir les candidats (et spécialement les femmes)

 

Récemment, j’ai été interviewée au sujet des red flags en recherche d’emploi, ces petits drapeaux rouges que l’on repère lors des entretiens et dans les annonces et qui crient en nous « Fuyons ! » (vous pouvez me lire à ce sujet chez Maddyness et dans le numéro d’octobre de Néon magazine).

 

On a tous ses propres signaux d’alerte, en fonction de son âge, de son genre, de ses valeurs et de ses besoins.

 

Voici les miens :

- Le tutoiement : c’est sans doute une question de génération mais le tutoiement dans une annonce a le don de me faire hérisser le poil, je l’interprète vraiment comme une marque de fausse connivence. D’autant que sous ses dehors cools et sympathiques, le tutoiement n’en est pas moins le reflet d’un certain rapport de pouvoir. Maëlle Le Corre l’explique ainsi très bien dans son article « Recrutement : ce que cache le tutoiement » : « Tutoyer quelqu’un sans son assentiment revient en effet à l’inférioriser, à signifier l’absence de toute déférence à son égard. » souligne le sociologue Alex Alber dans son travail de recherches sur la pratique du tutoiement dans les rapports hiérarchiques en entreprise. Il s’appuie notamment sur l’enquête de l’ethnographe Denis Guigo pour montrer que la pratique du tutoiement en entreprise reste conditionnée par le genre (les hommes tutoient davantage que les femmes), l’âge (on tutoie plus facilement les personnes qu’on identifie comme étant de la même génération) et la position hiérarchique (on s’autorise plus à tutoyer quand on est soi-même élevé dans la hiérarchie) »

- Le nombre d’expressions en anglais par ligne : même si certains métiers l’exigent, le recours trop fréquent à l’anglais dans une annonce a le don de faire s’allumer mon radar à bullshit. Faites attention: à abuser de l’anglais, on tombe très vite dans le pipotron et on devient malgré soi un même sur Twitter:


 - Les expressions type hacker/ninja/rockstar/barbus : clairement, je n’imagine pas une femme quand je lis ces mots, ne vous étonnez donc pas de ne pas arriver à recruter de talents féminins si vous les utilisez dans une annonce

- Couteau suisse : souvent utilisée dans les petites structures, cette expression est un point d’attention. De la compta au community management, elle sous-entend que l’on va sans doute être amené.e à faire toutes sortes de tâches sans beaucoup de moyens à disposition

- On est une grande famille : le travail c’est avant tout un contrat dans lequel on cède sa force de travail contre rémunération alors que cette expression brouille les limites et introduit une part d’affectif qui n’a pas lieu d’être. L’amour inconditionnel que l’on porte à sa famille n’est pas transposable au monde de l’entreprise.

- Baby-foot et afterworks à gogo : arguments souvent utilisés pour contrebalancer une charge de travail excessive, ils trahissent également une grande porosité entre la vie pro et perso et peuvent incarner une « bro culture » où les femmes auront du mal à trouver leur place.

- Bonne résistance au stress, capacité à travailler sous pression, grande disponibilité demandée : autoroute directe vers le burn-out, ces expressions peuvent être également des repoussoirs pour les femmes qui ne souhaitent pas sacrifier leur vie de famille. D’après une étude Indeed 2019, les femmes priorisent davantage que les hommes les questions d’horaires (69% contre 59% pour les hommes).

- Les demandes exagérées : à l’image de cette annonce : questionnaire, vidéo, appel entretien culture, appel entretien technique, appel entretien final, 3 appels de référence. Et pourquoi pas un mars et le plan stratégique de l’entreprise à 5 ans ?


Bon, là c’est pas un red flag mais carrément le grand pavois !

Les mots utilisés dans les annonces sont loin d’être anodins et peuvent même constituer de véritables repoussoirs pour les femmes. Pour contrer cela, les recruteurs chez Slack utilisent une plateforme appelée Textio, capable de détecter les biais inconscients d’une offre d’emploi.

Car même avec la meilleure volonté du monde, on n’est pas à l’abri de stéréotypes de genre.

Ainsi, vendredi dernier, j’ai relayé cette annonce tweetée par Jade Le Maître :

Au programme du processus de recrutement : 4 entretiens avec des hommes puis comité d’accueil avec bière et partie de FIFA. On a vu plus inclusif ! 

Sans tomber dans ce genre d’annonce caricaturale, les stéréotypes de genre peuvent se nicher là où on ne les attend pas et dissuader indirectement les femmes de postuler. Cet article explique ainsi que Textio, l’entreprise américaine évoquée plus haut, a analysé plusieurs centaines de millions d’offres d’emploi . « Les résultats sont éloquents : si une annonce contient le verbe « diriger », alors les femmes postulent moins que les hommes. Changez ce verbe par « construire », et les profils seront bien différents ! Des chercheurs américains s’étaient déjà penchés sur le sujet en étudiant la portée des mots « leaders », « compétitifs », qui réfèrent plus volontiers à la gent masculine. Les femmes étant plus sensibles aux vocables tels que « relations interpersonnelles », « soutien » ».

Et puisqu’une image vaut mieux qu’un grand discours, je ne peux que vous inviter à vous pencher sur cette illustration de @PeemaMin avant de rédiger vos annonces !

 


 

 


jeudi 3 juillet 2014

Un peu de moi, ici ou ailleurs


Un mois de juin riche en rencontres!

- J'ai participé à l'émission "La politique c'est net" animée par Caroline Deschamps sur Public Sénat. Thème de l'émission : le sexisme sur les réseaux sociaux. Un très chouette baptême de plateau télé pour moi (avoir participé à "La famille en or" avec Patrick Roy ne compte pas!) : merci à Caroline pour l'invitation!


Sophie Gourion sur Public Sénat by Sophie Gourion is marked with CC0 1.0 Universal 


- J'ai été interviewée par Cheek magazine ici


- J'ai participé au dictionnaire de la conciliation vie perso/vie pro de Gaëlle Picut sur son blog "En aparté" avec "C comme confiance".

- J'ai écrit 2 articles pour l'Express Styles :
Beau mois de juillet à tous!

vendredi 16 mai 2014

Un peu de moi, ici ou ailleurs



Il s'est passé pas mal de choses depuis mon retour éclair au salariat en mars dernier.

Voici donc un petit récapitulatif pour vous tenir au courant de mes dernières réalisations!


-  J'ai travaillé sur un très chouette projet, YOOBIC, une solution innovante de marketing opérationnel lancée en juin prochain en Angleterre et en France. J'ai fourni le rédactionnel ainsi que le script du petit film qui explique le concept.


Pour info, il est d'ores et déjà possible de s'inscrire pour devenir un Explorer et si vous êtes une marque, sachez que Yoobic offre une mission aux 1000 premiers inscrits.



- J'écris désormais pour le site aufeminin.com, toujours sur mes thématiques de prédilection : marketing genré, stéréotypes, égalité hommes/femmes, sexisme. Certains se sont étonnés de me voir écrire sur un support qui traite aussi beaucoup de régime et de beauté. Le site veut justement évoluer vers un contenu  sortant un peu de ces thématiques et a donc fait appel à moi dans ce but. Je précise que je choisis mes sujets librement et qu'ils sont mis en ligne sans aucune modification, ce qui est une grande liberté. Et puis j'aime l'idée d'injecter un peu de féminisme à un site dont ce ce n'est pas la vocation première.

J'ai à ce jour écrit 2 articles : "Ces superbes photos qui changent ENFIN l'image des femmes" et "Stéréotypes : 3 nouvelles poupées qui vont mettre Barbie KO".

- J'ai écrit un article pour Womenology, site spécialisé dans l'analyse du marketing genré : "Le marketing genré est un gadget inutile, pas les médicaments pour femmes"

- J'ai écrit pour Slate un article sur la récupération commerciale aux Etats-Unis du ruban rose, symbole de la lutte  contre le cancer du sein : "Avec le pinkwashing, le cancer du sein est devenu un produit comme un autre"

- J'ai écrit un article pour l'Express Styles : "Allaiter en public : 3 projets pour changer les mentalités"

- Enfin, j'ai été interviewée dans le Technikart du mois de mai au sujet de l'initiative "Cock in a sock" pour lutter contre le cancer des testicules.




lundi 17 mars 2014

On parle du blog! (mais aussi de mes articles et de féminisme)


La semaine dernière ayant été un peu mouvementée, j'ai oublié de vous parler de deux choses me concernant (un peu de personal branling ne fait pas de mal en ces temps de doute!) :

- Anaïs Giroux m'a interviewée ainsi que d'autres blogueuses féministes pour ce chouette article dans l'Express Styles  : "Comment les blogueuses féministes servent-elles la cause des femmes?"

- Nadia Daam a parlé de l'affaire Stabilo et de mon article sur Slate "Le top 10 des pires produits pour femmes" dans l'émission 28 minutes sur Arte vendredi dernier. C'est à visionner ici (à partir de 21:50).

Bonne semaine à tous!

jeudi 17 octobre 2013

Un peu de moi, ici ou ailleurs...



Un billet vite fait pour vous tenir au courant de mes activités professionnelles en dehors du blog :

- Suite à mon billet au sujet des vêtements à messages, j'ai eu le plaisir d'être contactée par Géraldine Dormoy-Tungate, responsable éditoriale de l'Express Styles pour me proposer d'écrire un article sur le sujet. L'idée était de prendre un peu de hauteur par rapport à la thématique en interrogeant des marques et un sociologue, ce que j'ai fait avec beaucoup de plaisir. Le résultat est à lire ici. Je n'en parle pas souvent sur le blog mais la mode est un sujet qui m'intéresse énormément. J'ai travaillé plusieurs années pour une marque de textile et je garde un excellent souvenir de la collaboration avec les bureaux de style, des visites sur les salons pour dénicher les nouvelles tendances, du travail sur les tissus et les matières...




- J'ai écrit un nouvel article pour Rue89 au sujet de la tyrannie de l'apparence et des seins parfaits. J'y dresse un palmarès de tous les gadgets et instruments de torture qui nous promettent des seins hauts, fermes et aux tétons rosés. C'est à lire ici.

Bonne lecture!

mardi 24 septembre 2013

Un peu de moi, ici et ailleurs

Allez hop, un peu d'autopromo.

Petit récapitulatif vite fait, bien fait de ma présence ailleurs que sur le blog.

- Je viens d'écrire un article pour Rue89 au sujet des parodies inversant les rôles hommes/femmes afin de dénoncer le sexisme, vous pouvez le lire ici. Je précise que le titre n'est pas de moi, je n'aurais pas utilisé le mot "vengeance" que je trouve trop revanchard.

- J'ai répondu aux questions de Gaëlle Picut sur son excellent blog au sujet de la conciliation vie pro/vie perso, vous pouvez lire l'interview ici

- La websérie à laquelle j'ai participé lors des ateliers d'écriture "Les nouveaux talents" est en ligne. Evidemment je déteste ma tête et ma voix mais les conseils de Bruno sont passionnants et à ne pas rater.
Vous pouvez visionner les premiers épisodes ici 

- Enfin, Ouest France parle de mon billet au sujet de Facebook et du cancer du sein ici

Bonne lecture!

mardi 2 juillet 2013

Mes écrits ici ou là




Un petit billet en passant pour vous signaler 2 articles que j'ai récemment signés:

- "Rédaction web : 7 idées reçues décryptées" : un article qui démonte les contre-vérités souvent entendues en rendez-vous client ("tout le monde sait écrire" "le stagiaire s'en chargera") écrit pour le site Girlz in Web, réseau de professionnelles du numérique.

- "A qui appartiennent les seins d'Angelina Jolie (et ceux des autres femmes)?" : un article qui traite de la désappropriation des seins des femmes. Du bébé à Facebook en passant par la publicité, qui en-est le réel propriétaire? Un sujet que j'ai eu beaucoup de plaisir à traiter pour le site "Les Nouvelles News".

Bonne lecture!


vendredi 24 mai 2013

Un peu de moi



En septembre, ce blog aura 2 ans.

En relisant quelques billets au hasard, j’ai réalisé que les posts personnels ont laissé la place à d’autres plus factuels, distanciés.

Ce phénomène s’est accentué avec le décès de mon père. Je n’ai pas envie de faire pleurer dans les chaumières ou de partager des choses trop douloureuses. De plus, certaines réactions  agressives de proches qui n’en sont désormais plus, m’ont refroidie.

Pas envie d’entendre de nouveau que je suis égocentrique, que j’ai des problèmes d’enfant gâtée ou que je m’approprie la mémoire de disparus.

« Tout à l’égo, ma vie en vrac sans tri sélectif », même le nom du blog n’est plus d’actualité. Au départ, sans ligne directrice, je comptais parler, dans le désordre, de moi,  de ma reconversion, de mes enfants, de mes doutes. Mais ce n’est pas si simple lorsqu’on écrit sans pseudonyme.

Alors tout naturellement, mon blog s’est orienté vers les thématiques féministes en laissant de côté mes récits plus personnels. Peut-être que j’y reviendrai, plus tard.

En attendant, j’essaye d’écrire régulièrement ici tout en investissant mon énergie dans des collaborations qui peuvent m’apporter davantage de visibilité et de rémunération.

A ce sujet, j’ai récemment écrit un deuxième article sur le site Rue89 « Seins,sexes, cuisses, pieds : cartographie du corps rêvé » dont je suis la première surprise des retombées : 187 000 pages vues, une fois de plus citée par Natacha Polony dans sa revue de presse sur Europe 1, je ne pouvais rêver de mieux.

Surtout, pas un message ou commentaire me taxant de féministe hystérique, plutôt des prises de conscience de cette incroyable dictature de l’esthétique que nous subissons tous. Et ça vaut toutes les pages vues du monde.

lundi 29 avril 2013

Autopromo : Barbie à la poubelle


Mon premier article sur Rue89 est en ligne : "Raciste, irréaliste, esclavagiste : 5 raisons de jeter Barbie à la poubelle".

En 2 jours, plus de 40 000 visites, 217 réactions (pas toujours tendres) : je ne pensais pas que le sujet allait déclencher autant de polémiques et de passions!

Ce matin, j'ai même découvert que Natacha Polony en parlait sur Europe 1 dans sa revue de presse! (vers la cinquième minute).

En espérant que vous aurez autant de plaisir à le lire que j'ai eu à l'écrire!

vendredi 26 avril 2013

De mains en mains



Plusieurs personnes m'ont demandé de mettre en ligne les textes produits lors de l'atelier d'écriture des nouveaux talents. Voici donc celui écrit lors de l'avant-dernière journée.

La consigne était la suivante : "Ecrire une scène clé de son roman, un moment décisif et prendre un risque. Choisir une difficulté". Si la consigne vous inspire, n’hésitez pas à participer vous aussi.

"J’aimerais, là tout de suite, dire aux enfants de se taire, de nous laisser à nos débats interminables d’autrefois, à nos conversations sans queue ni tête. 

Mais les enfants sont muets, comme nous, calés dans leur siège auto, tels des animaux sauvages sentant l’orage venir. 

J’observe sa main qui va et qui vient, saute du volant au levier d’accélérateur. Ses mains carrées, si différentes des miennes, des mains de pragmatique, de chef d’entreprise. 

Au début nous en riions de ce décalage entre nous,  de cette alliance improbable de la carpe et du lapin. Tu te moquais de mon côté artiste et bohème, je raillais tes atours de bourgeois, ton insupportable côté rive gauche. 

Coup bref d’accélérateur. Coup de frein. 

Ma tête, en retombant, me pèse. 

Je me souviens encore de notre sortie de la maternité, moi assise à l’arrière avec notre précieux trésor, toi conduisant à 2h à l’heure par peur de le heurter, de nous heurter. Aujourd’hui j’ai l’impression que tu comptes plutôt sur les airbags pour nous protéger. La technologie est décidément quelque chose de formidable. Elle permet d’éviter la mort, de rapprocher les gens, de retrouver d’anciennes amours que l’on croyait enterrées. Et de passer à la moulinette un quotidien sans saveur. 

Aujourd’hui cette magnifique berline toute option me ramène chez ma mère, en toute sécurité et sans risque de se perdre grâce à un GPS très sophistiqué. Cet autoradio numérique avec clé USB intégrée beugle sa soupe pop, nous évitant ainsi d’avoir à meubler le silence par une conversation vaine. Je te chanterais bien la complainte du progrès mais tu ne connais sans doute pas Boris Vian. Et je crains que cette petite extravagance que tu appréciais tant autrefois se retrouve consignée dans mon dossier. Pas besoin d’aggraver mon cas.

Pour trouver une maigre consolation à toute cette débâcle, j’observe froidement tes pores dilatés, tes tempes dégarnies, ton ventre qui pointe sous la chemise.

Quand je travaillais dans l’industrie, avant tout ça, on mettait les produits sous des lampes puissantes pour voir comment ils évolueraient avec le temps. 10 ans résumés en 5 minutes, le vieillissement accéléré ça s’appelait. En te voyant, je me dis que ce genre de machine devrait être appliquée à l’humain, ça éviterait bien des désillusions. Sentiments effilochés, corps dégradés, on montrerait la photo aux futurs mariés en leur demandant « Vous êtes vraiment sûr? Le meilleur c’est maintenant, le pire ça sera ça». 

Je pose ma main sur la tienne, en espérant y trouver un peu de chaleur ou au moins sentir le sang y affluer. Mais ta main est comme morte, simplement posée sur le levier de vitesse, comme une main de pantin cassée qui serait tombée là par hasard. Enième façon de me dire que tu passes la main et me rends la mienne. Tu files,  sans doute pour fuir ta vie étriquée et livrer à destination ce paquet encombrant que nous constituons désormais tous les 3.

« Madame, vous m’entendez ? Serrez ma main si vous m’entendez. Elle répond pas, quelqu’un peut appeler une ambulance ? Quelqu’un d’entre vous peut-il sortir ses putains de mains de ses poches et appeler le SAMU ? » "


vendredi 29 mars 2013

Labo de l'écriture des nouveaux talents - Episode 4



Dernier jour. Ce matin, je laisse les habitants de la maisonnée en pyjama, devant leur petit déjeuner. Je file à travers les rues désertes mais j’essaye de retenir mes pas pour profiter de ces derniers moments. Dans quelques heures, je serai dans l’après, en route vers l’hôpital pour voir mon père. Hors de ma bulle comme un poisson sorti de son bocal.

En poussant la porte du Figaro, je traine malgré moi une sourde culpabilité, comme une vieille valise trop lourde. Bruno nous a demandé hier de retravailler chez nous notre dernier texte mais je ne l’ai pas fait. Pas envie et puis comme les 3 autres soirs, je me suis écroulée à 21h comme si j’avais couru un marathon ou gravi une montagne. Après un thé vite expédié et quelques mots échangés avec mes collègues, j’en profite donc pour le faire avant le début de l’atelier. Une nouvelle chute m’est venue à l’esprit en me réveillant ce matin, preuve que nos textes travaillent encore pendant la nuit, aussi je m’empresse de la coucher sur mon clavier. Pourtant, autant j’étais satisfaite de mon texte hier, autant je doute ce matin, preuve qu’il faut laisser reposer ses écrits.

Bruno nous demande de lire nos productions. Tout le monde se réfugie, la tête dans son écran ou dans ses papiers puis Nathalie se lance. Un texte bouleversant, merveilleusement écrit, un coup de poing dans le ventre. Une situation triviale (un couple achète un lit deux places) élevée au rang d’œuvre d’art. L’émotion est palpable. J’avale un verre d’eau pour tenter de la dissiper, je respire par le ventre. Impossible d’enchainer après ça. Pourtant, je me lance. Pour me donner du courage j’annonce « je veux bien lire mon texte car je n’en suis pas satisfaite ». Bruno m’interrompt après le premier paragraphe « pouvez-vous mettre votre 3ème phrase au début de votre texte ? ». Un peu troublée, je m’exécute et le petit miracle opère. Mon texte prend une autre dimension. Je le lis aux regards emplis d’émotion des autres participants, aux remarques de Bruno, que je sens pour la première fois convaincu par ce que j’ai écrit. « Ca y est, vous avez passé le cercle de feu. Maintenant, il ne faut plus se demander « est ce que j’écris ou pas, est ce que j’en suis capable ? Il faut y aller, le sortir ce roman. Et participer au prix Nouveaux Talents » ».

Les autres participants prennent le relais et lisent, tout à tour, leurs textes. La progression de chacun est incroyablement palpable, leurs univers, si personnels et iconoclastes se dessinent. Si on nous soumettait leurs textes à l’aveugle, je suis certaine que nous identifierions leurs auteurs sans faillir. Nous restons quelques instants les yeux dans la vide, la tête emplie des mots des autres. Résonne encore à mon esprit la phrase de Bruno prononcée quelques minutes auparavant et qui prend désormais tout son sens : « Dans un livre, le texte représente la moitié de la page. L’autre moitié est occupée par les marges. Les marges  c'est la part laissée au lecteur, ce que le texte fait résonner en lui, les questions qu'il se pose. ».

Pour détendre l’atmosphère, Bruno nous propose un petit jeu « comme un footing après avoir couru un marathon », écrire un texte avec les prescriptions suivantes : un personnage, un lieu et un objet parmi une liste donnée. La pression retombe, nous nous amusons beaucoup. En dépit des contraintes qui auraient pu corseter nos plumes, on reconnaît encore une fois, à la lecture des écrits des uns et des autres, les univers de chacun. Je crois qu’on aurait pu passer la journée à trouver de nouveaux jeux d’écriture et à y répondre mais l’arrivée des plateaux repas sonne la fin de l’atelier. Le baba au rhum, qui est pourtant un de mes dessers préférés, a du mal à passer. Boule dans la gorge.

Nous nous alignons en silence pour la photo de groupe finale. Les sourires sont figés, les corps raidis. C’est dans la boîte. Nous sommes désormais la deuxième promotion du Labo de l’écriture.

Un énorme merci à Dorothée, GO admirable, nounou attentionnée et organisatrice hors pair. A Bruno pour sa flamme, qu’il a su si bien nous transmettre, sa bienveillance et sa pédagogie. A mes 11 compagnons de plume, dont j’espère lire les romans très vite : Stéphane, Sandra, Catherine, Nathalie, Marine, Juliette, Séverine, Amaya, Sébastien, Johann, Marion. Et à la fondation Bouygues Télécom sans qui tout cela n’aurait été possible.

Pour ceux qui souhaitent poursuivre l’aventure, je vous invite à consulter le site « Les nouveaux talents » ou à les suivre sur Twitter. Et je vous invite à postuler l’année prochaine pour la 3ème édition du Labo de l’écriture.

jeudi 28 mars 2013

Labo de l'écriture des nouveaux talents - Episode 3



Rappel : la semaine dernière, j’ai eu la chance de participer pendant 4 jours à la deuxième édition du Labo de l’écriture de la fondation Bouygues Télécom. Je retrace ici mes souvenirs de l'expérience en 4 épisodes. 

3ème jour. J’y ai pensé sans cesse jusqu’à ce matin. Je suis sûre que Bruno va nous demander de retravailler notre personnage d’hier et de continuer son histoire. Sauf que je ne veux plus. Mon héroïne me sort par les trous de nez, je la trouve trop encombrante, et à moins de lui coller une balle dans la tempe je ne vois pas d’autre dénouement. J’ai enfanté un monstre, un Frankenstein qui me dépasse, mi-moi, mi-autre. Je m’en ouvre auprès de quelques camarades d’écriture et pour la première fois, leur présence me réchauffe autant que le thé vert que j’engloutis debout, adossée à une colonne. 

Je le sens, c’est palpable, nous formons désormais un groupe. J’avais déjà eu cette sensation il y a quelques années en participant à un trek dans le désert du Maroc. On n’aurait pas pu faire pire casting tant nous étions différents les uns des autres et à part notre goût commun pour la randonnée, rien ne semblait rassembler ces 10 individus si disparates. Pourtant, les difficultés, les peurs, les repas frustres et les splendides paysages ont été le ciment d’une amitié commune unique. Un truc incroyable qui ne s’oublie pas de sitôt. Je me souviens avoir erré plusieurs jours dans mon studio comme une âme en peine après cette expérience. Je me sentais à l’étroit et ma petite vie me semblait bien insipide à côté de ces moments communs partagés auprès de mes compagnons de route. Si intenses et uniques. Pour la première fois, je me dis qu’il pourrait bien en être de même après cet atelier. 

Bruno me tire alors de mes pensées en nous proposant de débuter. Il ouvre la séance en nous demandant quelles sont les difficultés rencontrées lorsque nous écrivons. Quel soulagement et quel bonheur de découvrir que je n’étais pas seule face à ces freins et à ces peurs ! Mes compagnons ont, comme moi, des difficultés à se fixer des délais, peinent à retravailler laborieusement un premier jet d’écriture, se demandent constamment si ce qu’ils écrivent intéresse quelqu’un d’autre qu’eux. Bruno, patiemment, nous donne des pistes. Ne pas hésiter à laisser reposer un texte avant de le retravailler. Prendre exemple sur les peintres qui retournent leurs toiles pour s’en détacher et mieux y revenir ensuite. Moi qui ai l’habitude de travailler dans l’instantanéité, que ce soit sur le blog ou pour mes clients, en raison de délais toujours serrés, je me promets d’essayer. Il nous conseille également de repérer quelles contraintes nous aident à écrire et nous invite à cultiver nos rituels d’écriture. Nathalie Sarraute, par exemple, a écrit tous ces romans dans le bistro en bas de chez elle. Elle avait besoin d'entendre la rumeur du monde.

Bruno enchaine ensuite avec le prochain exercice : écrire une scène clé de son roman, un moment décisif et prendre un risque. Choisir une difficulté. Il précise que nous ne sommes pas obligés de continuer avec le personnage crée hier. Soulagement. Cette liberté soudaine souffle comme un vent de créativité sur mes neurones engourdis. Quasi instantanément, je visualise la scène et mes doigts filent sur le clavier. Je choisis une écriture quotidienne, dépouillée, véritable défi par rapport à mon style habituel. Bruno nous demande de lire chacun notre tour la phrase de notre texte que nous préférons. Pour la première fois, ma voix est assurée, sereine. Il s’est passé quelque chose aujourd’hui, c’est palpable. Un déclic, une étincelle.

Le soir, sur le chemin du retour, mon ordinateur et mes pas semblent moins lourds.