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dimanche 14 mai 2017

Haut les coeurs!




« Où vous voyez-vous dans 5 ans ? ».

Je ne compte plus les fois où cette question m’a été posée, par la DRH de la World Company où j’ai travaillé pendant 11 ans ou par de potentiels recruteurs. 

Je n’ai jamais vraiment trop su quoi répondre.

Il faut dire que je n’ai jamais fait de plans de carrière ou exercé 2 fois le même métier. Et qu’à chaque fois, ma bonne étoile m’a ouvert des portes auxquelles je n’aurais moi-même pas pensé.

Qui aurait dit il y 14 mois que j’intégrerai le cabinet de Laurence Rossignol, Ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes en tant que chargée de mission puis conseillère en charge de la communication ? Si on m’en avait parlé, j’aurais cru à une mauvaise blague.

A cette époque, j’étudiais la possibilité de retourner au salariat, après 4 années en tant que journaliste web freelance. Je me disais qu’un poste aux horaires plutôt cools, idéalement en 4/5ème serait l’idéal.

C’est alors que Laurence Rossignol, tout juste nommée Ministre, m’a contactée sur Twitter pour me proposer de travailler à ses côtés. Nous avions échangé plusieurs fois virtuellement, au sujet de mon blog ou bien la fois où elle avait interpellée par un sénateur UMP en ces termes délicats « C’estqui cette nana ? ». Sa réponse du tac au tac m’avait impressionnée et je lui avais dit à l’époque que cela m’inciterait à ne plus jamais me laisser faire.

Après 14 mois de cette aventure hors du commun, j’ai définitivement fermé la porte de mon bureau et ai clos mon unique carton vendredi dernier.

Je quitte donc le ministère sans regrets ni amertume, la tête et le cœur remplis de moments incroyables.

On dit qu’une année de chat compte pour 7 ans de vie d’humain, il en est de même pour la vie de cabinet. Jamais de ma vie professionnelle, je n’avais connu une telle intensité, jamais je n’avais eu ce sentiment d’être exactement au bon endroit, au bon moment. Pendant 14 mois, j’ai vécu cabinet, mangé cabinet, dormi cabinet, rêvé cabinet (plutôt raté, pour le coup, le poste aux horaires cools en 4/5ème!:-)). 

Chaque jour je mesurais ma chance en passant sous le drapeau et la responsabilité que nos fonctions impliquaient. Chaque jour, je pensais à mon père mais aussi à mes grands-parents, venus de Roumanie et d’Algérie et qui auraient été si fiers de me voir travailler pour la France.
Je ne remercierai jamais assez la Ministre de m’avoir permis de vivre ça.

La vie de cabinet est une expérience très particulière, qui oblige chacun.e à aller au-delà de ses limites, justement car nous savons que le temps nous est compté. Une ruche à des années lumière de l’image technocratique et déconnectée que l’on pourrait en avoir. Ce matin, lors de la passation présidentielle, un journaliste expliquait que l’Elysée était un endroit étonnamment calme, où les gens chuchotaient. Notre cabinet était tout l’inverse : ça grouillait, ça courait, ça criait, ça riait (je me suis d’ailleurs fait reprendre plus d’une fois à cause de mon rire tonitruant devant le bureau de la Ministre !). Alors que j’avais été habituée dans mon ancienne vie professionnelle à des circuits de validation tellement longs que certains projets n’ont jamais vus le jour, j’ai pu, comme les autres membres, bénéficier d’un accès direct à la Ministre. Pouvoir pousser sa porte pour avoir son avis ou au contraire pouvoir exprimer le sien et défendre ses idées est un incroyable accélérateur de projets et une liberté hautement appréciable.

Notre travail main dans la main avec les associations, les nombreuses personnes reçues au cabinet nous ont permis de garder une connexion constante avec le terrain. Le Ministère n’a jamais été une tour d’ivoire.
Très vite, j’ai d’ailleurs oublié les titres de ses membres, qu’ils soient énarques, normalien.ne.s ou agrégé.e.s pour ne voir en elles et eux que des militant.e.s, totalement investi.e.s dans les causes défendues.

Chaque personne au sein de ce ministère m’a appris quelque chose sur moi-même. Et notamment l’humilité. Quand dans tes autres jobs, tu es décrite comme celle qui écrit bien et que tu découvres tu es la moins bonne au sein du cabinet, tu retournes humblement à ton blog sans trop fanfaronner. Quand dans tes lettres de motivation, tu loues ta résistance au stress et ta polyvalence et que tu constates l’efficacité et l’endurance de ton équipe alors que tu es toi-même au bord du burn-out, tu te dis qu’elle ira loin (et qu’accessoirement tu es vieille! :-) ).

Après 14 mois, je ne dirai pas que je retrouve ma liberté car je ne l’ai jamais perdue. J’ai eu la chance d’être acceptée telle que j’étais, avec mes licornes, mes chaussures à paillettes, mes coups de gueule et ma tête des mauvais jours. C’est si rare dans une vie professionnelle de ne pas avoir à porter de masque que je mesure ce que je perds aujourd’hui.

La suite, je ne la connais pas encore. Mon plan actuel c’est de faire une pause jusqu’en septembre, reprendre mes esprits et mon blog et qui vivra verra !
Comme me disait ma mère quand j’avais le cafard le dimanche soir à l'idée de retourner à l'école: «Haut les cœurs ! ».

C'est ce que je nous souhaite à tou.te.s !


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