> Tout à l'ego

jeudi 22 novembre 2012

Mère juive versus mère indigne


Depuis que mes enfants ont vu le jour, il y a 2 personnes différentes qui parlent dans ma tête.

La mère juive, angoissée, mère poule, possessive.
La mère indigne, légère, égoïste, indépendante.

Selon les jours, c’est la première ou la seconde qui s’exprime. Parfois, c’est plus compliqué et elles se livrent à des joutes oratoires mouvementées au sein de mon crâne.

Enceinte, la mère juive en moi me soufflait à l’oreille que c’était magique de porter la vie.  La mère indigne, quant à elle, soufflait et ne supportait pas d’être traitée comme une malade. Elle avait hâte de retrouver sa liberté et sa silhouette.

A la naissance de mon fils, j’ai découvert que l’instinct maternel était loin d’être une évidence. La mère juive en moi me demandait d’allaiter mon fils, la mère indigne m’exhortait à arrêter cet esclavage qui de toutes façons était un échec total.

La mère juive ne pouvait pas s’empêcher de culpabiliser devant ce bébé qui pleurait non-stop, imaginant les pires maladies et se ruant chez le pédiatre à la moindre occasion. La mère indigne tenait le coup à la maison en se disant qu’elle allait bientôt reprendre le boulot, parler à des adultes et retrouver une vie sociale.

De retour au travail, la mère juive appelait la nounou tous les midis. Effondrée par les pleurs en fond sonore, elle raccrochait au bord des larmes. Puis la mère indigne reprenait vite le dessus et repartait en réunion en se disant que sa place était plus enviable que celle de sa nounou.

Quand la mère juive en moi parle à mes enfants, elle leur dit qu’elle les aime et que même s’ils ne se marient pas (mes enfants sont opposés au mariage), ils pourront rester chez elle toute leur vie. Elle leur dit qu’elle profite de leurs câlins et bisous à profusion car un jour ils la repousseront.
La mère indigne leur dit qu’elle est ravie de pouvoir reprendre les cours, de les confier à une baby-sitter pour faire des choses sans eux. Elle leur montre l’immeuble où elle vivait en tant que célibataire pour leur montrer qu’elle avait une vie avant eux.
Et leur apprend qu’il ne faut pas semer ses « je t’aime » à tous les vents, que l’on n’a pas besoin de le répéter toutes les 5 minutes pour prouver à quelqu’un ses véritables sentiments.

A 16h30, la mère juive se trouve tous les soirs devant l’école, avec son pain au lait et sa tablette de chocolat, guettant avec impatience la frimousse de ses 2 rejetons.
La mère indigne regarde sa montre en se disant qu’elle n’a pas fini ce projet important et qu’elle devra continuer cette nuit.
Grâce à sa force de persuasion, elle a réussi à faire comprendre à la mère juive que mettre ses enfants à la cantine n’était pas un crime. Elle a même casé son fils à l’étude le jeudi soir. Comme il est ravi d’y aller, la mère juive n’a pas eu son mot à dire.

Aujourd’hui mes enfants sont malades. La mère juive a vu leurs visages blafards, a entendu leur toux caverneuse et a décidé de les garder avec elle. La mère indigne a pourtant pointé du doigt le fait qu’ils n’avaient pas de fièvre et qu’elle se les était déjà coltinés toute la journée la veille. Pourtant, elle n’a pas gagné cette fois.

Elle se venge en ce moment, en tapant ces lignes alors qu’elle a mis les enfants devant la télé. Tout en essayant d’envoyer balader la mère juive qui crie de loin que c’est l’heure du déjeuner. Ca sera Mc Do pour la peine !

mardi 20 novembre 2012

Les "mammographie party" : quand le médical fait dans le marketing genré



Après les baby-showers et les divorce parties, voilà que les américains inventent les « mammogram parties ». Le concept : encourager les mammographies en proposant aux femmes venant passer l’examen manucure, fontaine de chocolat, massage et consultation beauté. Le tout dans une atmosphère festive, entourée de ses amies ou collègues.

« Une bonne façon de tordre le cou à l’idée reçue voulant que la mammographie soit une expérience horrible et inconfortable. Et de passer une soirée très agréable » affirme une des participantes.

Sauf que certains médecins ne voient pas l’initiative d’un bon œil, d’autant qu’il y a controverse au sujet de l’âge à partir duquel les femmes doivent se soumettre à cet examen.
L’American Cancer Society et la plupart des médecins affirment que c’est 40 ans mais l’United States Cancer Society Services Task Force a recommandé aux femmes l’année dernière d’attendre 50 ans. Et de ne passer qu’une mammographie tous les 2 ans jusqu’à l’âge de 74 ans. La raison évoquée : leur éviter un stress et des traitements inutiles dus aux faux positifs (d’autres pensent qu’il s’agit davantage d’une raison économique).

« Cela pourrait être une bonne manière d’améliorer l’observance et de rendre la mammographie plus agréable mais tout le monde ne devrait pas être invité » affirme le Dr Julie Silver. « Toutes les femmes n’ont pas besoin d’une mammographie et cet examen doit être prescrit selon des critères bien définis. ». Elle conseille donc aux femmes d’effectuer cet examen chez un médecin qui sera à même de le programmer en fonction de l’âge et de l’histoire personnelle de sa patiente.

Au-delà de cette raison purement médicale, un autre aspect me dérange à titre personnel. Pourquoi, dès lors qu'il s'agit de susciter l’intérêt des femmes (pour leur faire passer une mammographie, leur faire acheter une carte de crédit ou un stylo Bic), doit-on systématiquement utiliser la futilité et la couleur rose ? N’est-ce pas les infantiliser que de leur proposer fontaine à chocolat et manucure pour les inciter à passer un examen médical ? Autant je peux comprendre l’intérêt d’un groupe de femmes et d’amies pour se motiver à passer ce moment pas très agréable, autant je reste dubitative quant à l’aspect festif et genré.

Une façon de s’adresser aux femmes qui peut même avoir les effets inverses à ceux escomptés, comme je l’expliquais dans mon article sur Slate: une étude publiée dans le «Journal of marketing Research» a ainsi montré que les publicités genrées contre le cancer du sein (ruban roses, visages de femmes) amoindrissaient la perception qu’avaient les femmes de leur propre vulnérabilité. Le Professeur Sweldens de l’INSEAD l’explique ainsi «Notre recherche montre que les communications sur le cancer du sein présentant de forts signaux sexués activent une réaction défensive “ça ne peut pas m’arriver” chez les femmes».
«Nos résultats vont à l’encontre des convictions répandues dans le secteur de la publicité, a indiqué le Professeur Tavassoli de la London Business School. Les campagnes sur le cancer du sein devraient éviter d’utiliser des signaux liés au genre tels que montrer une femme se couvrant les seins, car elles sont moins efficaces une fois placées dans des contextes médiatiques qui amènent les femmes à réfléchir à leur propre genre.»

Une bonne raison d’arrêter le marketing genré, même pour des campagnes de santé publique. 

jeudi 15 novembre 2012

Revue de théâtre : "Rendez-vous au grand café" et "Le père"



Mon meilleur moment au théâtre c’est juste après le noir. Quand la lumière se fait et que l’on entre par effraction autorisée au sein d’un huis-clos dont on détaille avec avidité les moindres recoins. Ce petit moment savoureux situé dans l’entre-deux.

J’ai eu l’occasion de voir ces derniers jours 2 pièces très différentes. La première « Rendez-vous au grand café », grâce à mon amie Clotilde, élève du cours Jean-Laurent Cochet, qui m’a gentiment fait profiter d’une de ses invitations.

Cette comédie romantique adaptée du roman de Daniel Glattauer "Quand souffle le vent du nord" raconte la rencontre virtuelle entre Emmi et Léo. Alors qu’elle tente désespérément de résilier son abonnement à une revue, la jeune femme se trompe d’adresse mail et rentre ainsi en contact avec Léo. Ce dernier lui signale son erreur et ce sera le début d’une longue conversation entre la conceptrice de site internet, mariée et le psychologue du langage, tout juste remis d’une rupture.

J’ai beaucoup aimé cette adaptation : les acteurs, mari et femme à la ville, sont très complices, merveilleusement justes et complémentaires. Emmi, la malicieuse, piquante et prolixe forme un très joli duo avec Léo, bougon, cynique et à l’humour froid.

Alors que toute la pièce ne se déroule que par écrans interposés, on aurait pu craindre un manque de dynamisme ou de chaleur mais il n’en est rien. La mise en scène rend au contraire le rythme des échanges tour à tour trépidant, drôle ou intime. On se prend au jeu palpitant du virtuel, on vibre avec les personnages à l’unisson, on partage leur fébrilité et leurs questionnements. La pièce retranscrit à merveille ce moment délicieux où le cœur et l’esprit fabriquent à partir de bribes de mots cet être idéal que l’on n’attendait plus. Comme eux, on a envie d’y croire !


Changement de registre avec « Le Père » au théâtre Hebertot . Dans cette pièce de Florian Zeller créée sur mesure pour Robert Hirsch, ce monstre sacré incarne un vieil homme, autrefois brillant, qui perd progressivement la mémoire et la raison. Isabelle Gelinas, solaire et toute en sensibilité, incarne sa fille Anne dont on devine l’histoire familiale en filigrane. Tiraillée entre culpabilité et instinct de survie, elle lui propose de s’installer chez elle sans se douter des bouleversements qu’entrainera l’arrivée de cet homme en fin de vie.

La performance de Robert Hirsch est éblouissante : il incarne à merveille ce vieillard tantôt capricieux et détestable, tantôt attachant et enfantin, qui sent, malgré lui, sa raison lui échapper. A tel point que l’on est parfois mal à l’aise, ne sachant si son allure souffreteuse et son essoufflement perceptible sont crées de toutes pièces ou trahissent son grand âge.

Mais ce qui rend la pièce extrêmement troublante c’est la sensation d’être littéralement dans la tête du vieillard grâce à une scénographie très étudiée. L’appartement se vide peu à peu, nous laissant dans un état de confusion assez déstabilisante, sans aucun repère de lieu. Les personnages changent tour à tour d’identité et sont successivement joués par des acteurs différents. Dans cette valse troublante, on ne sait plus si l’on a en face de soi la fille ou l’infirmière. La chronologie sans queue ni tête finit de parfaire la confusion.

Petit bémol sur les textes que j’ai trouvé un peu superficiels et pas vraiment à la hauteur de la performance scénique. Nous ne saisissons ainsi que des bribes de cette relation père/fille très vaguement esquissée et qui aurait mérité plus de profondeur.

Cette réserve mise à part, « Le père » reste un grand moment de théâtre dont on ressort chamboulé et admiratif. Une farce tragique que l’on n’oublie pas de sitôt.

Preuve en est l’accueil tonitruant du public, debout et conquis, à la fin de la pièce.

Pour en savoir plus :

« Rendez-vous au grand café », Théâtre des bouffes parisiens, jusqu’au 16 décembre 2012

« Le père », Théâtre Hebertot, à partir du 20 septembre 2012

Lego, CIC, Quick : quand les marques partent à l'assaut de l'école



L’année dernière, je pointais du doigt à la période des fêtes l’irruption du business à l’intérieur de l’école par le biais de ventes de sapins, huitres, chocolats, mugs, torchons…

Derrière ces nombreux appels au porte-monnaie se cachent en réalité des sociétés privées qui reversent des commissions aux écoles qui les accueillent. D’où l’empressement de ces dernières à proposer ce type de vente.

Je précise que je n’ai rien contre les ventes de gâteaux ou les tombolas quand elles visent à financer des projets pédagogiques (même si cela devrait être la mission de la coopérative scolaire). Je les dissocie clairement de l’irruption croissante de sociétés privées au sein de l’école.

Une marchandisation d’ailleurs dénoncée dans cet article du Monde : « permise par la circulaire du 28 mars 2001 dont le nom 'Code de bonne conduite des interventions des entreprises en milieu scolaire' se passe de commentaires : parrainage d'initiatives par des entreprises privées, introduction de logos visibles dans le cadre de jeux promotionnels ou de la distribution de matériel.

Ces actions permettent bien souvent à des marques de se donner bonne conscience et de se refaire une virginité à moindre frais…, sinon en s'accaparant par la contrainte culturelle de nouveaux marchés. Il est ainsi à regretter qu'en pleine crise financière, quand il faudrait justement gouverner face aux banques, des collectivités locales comme le conseil général socialiste de Seine-Saint-Denis aient succombé aux sirènes marchandes de BNP-Paribas pour mettre en place une fondation qui systématise l'intervention des entreprises dans le financement des projets pédagogiques ».

Aujourd’hui je découvre que Lego s’est introduit dans l’école maternelle de ma fille à la veille des vacances pour proposer « un atelier de construction » encadré par des animateurs de la marque. Les enfants, toutes classes confondues, ont ainsi passé l’après-midi (sur le temps scolaire) à effectuer des constructions avec des briques mises à leur disposition. Des photos ont été prises et collées dans le cahier de vie, comme s’il s’agissait d’une activité pédagogique organisée par l’école. Puis, les animateurs ont remis à chaque enfant un catalogue et une toise en papier dans un sac estampillé « Lego ». Façon à peine déguisée de transformer l’élève en homme-sandwich prescripteur à quelques semaines des fêtes. Tout cela avec l’assentiment de l’école (qui a dû sans doute recevoir une contrepartie en échange).

Certes, Lego est une marque qui se veut éducative et l’activité de construction a beaucoup plu aux enfants : néanmoins, je reste fortement choquée par l’irruption d’une société commerciale au sein de l’école, d’autant qu’à cet âge les enfants sont incapables de reconnaître un message publicitaire.
L’école est, de fait, devenu un véritable marché à conquérir pour ces sociétés, appâtées par les formidables gains potentiels (les enfants sont prescripteurs d’achat de leurs parents à hauteur de 50%) . Le manque de financement public de l’enseignement amène également les directeurs d’établissement à accepter plus facilement des activités gratuites ou entrainant une contrepartie. L’ école autrefois sanctuarisée devient alors un eldorado pour les marques.

Ce qui entraîne forcément des dérives, à l’image de ce Père Noel sponsorisé par Quick qui distribuait bonbons et dépliants dans les écoles belges. Ou encore ce jeu-concours organisé par la banque CIC au sein des établissements scolaires et qui valorisait la Bourse et la spéculation.

Et ceci n’est sans doute qu’un début….



mardi 13 novembre 2012

Journée de la gentillesse : je n’écris plus « bonne » avec un grand « C »



Enfant, puis adolescente, j’ai été gentille par facilité. Pour ne pas faire de vagues, pour me faire aimer inconditionnellement. J’étais toujours d’accord car je pensais qu’exprimer une opinion contraire me rangerait immédiatement dans le camp des fâcheux.  Je disais oui mais pensais non. J’étais sage comme une image.

Mais j’étais aussi d’une gentillesse désintéressée, inculquée par ma mère qui m’a toujours appris « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fit ». Dès l’école primaire,  j’ai détesté et craint les effets de meute, l’acharnement collectif contre le moins beau, le moins populaire, les boucs émissaires. J’ai toujours été du côté des plus faibles, des moqués, ce qui m’a souvent valu l’étiquette d’assistante sociale.

J’ai donné, beaucoup, à la manière belle et pure de ma mère, sans rien attendre en échange. J’ai offert mon cœur sur un plateau d’argent à des gens qui ne le méritaient pas, mes jours, mes nuits, mon cerveau et mes tripes. Mais ça ne m’a pas empêchée de continuer.

On m’a souvent dit, que, de par ma grande taille, on me prenait pour une fille distante : j’ai dû donc mettre les bouchées doubles pour prouver le contraire, faire preuve de 2 fois plus de gentillesse pour faire oublier mon physique encombrant.

Professionnellement, on m’a régulièrement reproché d’être trop gentille. Un N+1 m’avait dit « tu es humble, c’est une grande qualité. Mais pas au travail». Une directrice marketing était allée encore plus loin lors d’un entretien de fin d’année « Tu es la petite fourmi besogneuse, qui fait son boulot consciencieusement mais ça ne se voit pas assez. Tu es transparente, pas charismatique. Il faut faire des notes, aller taper la discussion dans les couloirs, se montrer ». Et surtout montrer les dents.

A l’aube de la quarantaine, mon rapport à la bonté a changé. Et moi aussi. Je crois que je reste fondamentalement une gentille, au sens noble du terme. Je peux me mettre en 4 pour ceux que j’aime, je suis toujours prête à défendre le faible, le raillé, je ne refuse que très rarement de rendre service. Je crois fondamentalement au pouvoir de la gentillesse, à son cercle vertueux, je reste persuadée que le mal se paye toujours.

Mais je ne me musèle pas pour autant. J’ai des opinions et j’ose les communiquer sans peur d’être immédiatement désavouée. Quand je dis oui, je ne pense plus jamais non. Et je me rends compte avec plaisir qu’on ne m’en aime pas moins pour autant.

Ce qui a changé, c’est que je ne sème plus ma gentillesse aux 4 vents. J’arrive à repérer assez vite ceux qui en profiteront à mauvais escient, ceux qui viennent se servir sans jamais rendre la pareille. Ceux pour qui « bonne » s’écrit avec un grand « C ». Ou les toxiques, les manipulateurs, les empoisonneurs du quotidien.

Ma capacité d’empathie n’a pas changé : j’arrive toujours à décoder ceux qui m’entourent, à ressentir leurs peines, leurs joies mais aussi leurs sentiments les moins nobles. Et j’arrive très vite à faire le tri entre le bon grain et l’ivraie. Je préfère réserver ma bonté aux belles âmes qui la méritent.

J’ai désormais la gentillesse sélective.