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jeudi 8 mai 2014

Rose pour les filles, bleu pour les garçons : une invention récente


Une princesse bleue ça n'allait pas à ma fille, qui l'a donc relookée en rose. Pfff...

Rose pour les filles, bleu pour les garçons : ce code couleur est si puissant et universellement répandu qu’on en oublierait presque qu’il est une invention récente.

C’est en effet ce qu’a démontré l’historienne américaine Jo B. Paoletti dans son livre paru en 2012 « Pink and Blue : Telling the Girls from the Boys in America ». Ainsi, à l’époque victorienne, filles et garçons étaient vêtus de robes blanches jusqu’à l’âge de 6 ans. « Ce qui était autrefois une question pratique – habiller son bébé d’une robe blanche et de couches  (le coton blanc pouvant être blanchi) est devenu un problème de « Oh mon dieu, si mon bébé porte la mauvaise couleur, il grandira perverti » explique l’historienne.

Dans la première moitié du 20ème siècle, des règles ont commencé à apparaître pour le rose et bleu, mais elles étaient peu rigides, certains attribuant le bleu aux filles en raison de son rapport avec la Vierge Marie par exemple. Un article de 1918 affirmait quant à lui : « Le rose, qui est une couleur plus affirmée et forte, va mieux aux garçons. Le bleu, en revanche, plus délicat et gracieux, va mieux aux filles ». D’autres sources expliquaient que le bleu mettait en valeur les blonds tandis que le rose allait mieux aux bruns.

Dans les années 50, le rose était fortement associé à la féminité, mais les garçons le portaient toujours souvent tandis que dans les années 70, les deux couleurs ne dominaient pas le marché de jouet. Jo B. Paoletti écrit que pendant « l'âge d'or de parentalité unisexe », qui a duré de 1965 à 1985, « le rose était si fortement associé à la féminité traditionnelle qu'il a été rejeté violemment par les parents féministes pour les vêtements de leurs filles. Au plus fort de la tendance (le milieu des années 1970), les catalogues Sears ne comportaient aucun vêtement rose pour les enfants et seulement quelques articles roses pour des bébés. » Aux Etats-Unis, les couleurs primaires, particulièrement le rouge et le jaune, ornaient les pages des catalogues de jouets et la plupart des vélos étaient rouges, comme l’était l'emballage du Spirographe. Des produits genrés y figuraient, comme une tête à maquiller mais l'emballage était très éloigné de l’abondance de rose et de paillettes d'aujourd'hui.

Le triomphe du bleu et du rose s’explique notamment par l’apparition de l’échographie, au milieu des années 80. Les futurs parents découvraient alors le sexe de leur bébé et se précipitaient ensuite pour acheter tout le matériel nécessaire en « version fille » ou « version garçon ». « Plus on individualise les vêtements, mieux on vend » explique Jo B. Paoletti.

Et cela marche également pour les jouets, ce qui a encore accéléré la segmentation bleu/rose dans les rayons des grands magasins. En effet, si votre fille possède un vélo rose, il sera difficile de le céder ensuite à son petit frère. Ce qui vous amènera certainement à en acheter un autre.

Derrière le rose et le bleu, le billet vert n’est jamais loin…