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lundi 12 mai 2014

Blanche-Neige 30 ans après




De Raiponce à la Reine des Neiges en passant par Rebelle, on ne peut que constater l’effort des studios Disney pour donner corps à des personnages féminins dotés d'une personnalité affirmée et ne vivant plus dans l’attente du prince charmant.

J’ai eu l’occasion de véritablement prendre la mesure de cette évolution en accompagnant récemment ma fille au cinéma pour aller voir Blanche-Neige. Je n’avais pas vu ce film depuis mon enfance et en gardais un souvenir plutôt flou. Le revoir plus de 30 ans après m’a fait réaliser le chemin parcouru en terme de représentation de la femme.

Blanche-Neige version 2014 versus 1937


Le premier choc a été graphique : tellement habituée à l’image relookée de Blanche-Neige, j’ai alors redécouvert l’héroïne de 1937 et le peu de variété dans ses expressions. Celles-ci se résument ainsi essentiellement à l’étonnement (yeux écarquillés), la peur (bouche ouverte et mains levées) et la rêverie enamourée (yeux dans le vague).





La scène d’ouverture donne le ton immédiatement : on ne sait alors rien de Blanche-Neige mais on la découvre en haillons, occupée à astiquer le sol. Elle se penche ensuite au-dessus du puits à souhaits en chantant « Je souhaite voir celui que j’aime et qu’il vienne bientôt, je l’attends ». L’héroïne n’est définie ici que dans son rapport à l’homme, qu’elle attend comme le sauveur. « Les femmes Disney sont incomplètes sans un homme » cite cette passionnante étude « De Blanche-niaise à Blanche neige » : cela se vérifie bien ici.


Plus tard, on la retrouve entrant dans la maison de 7 nains et se mettant immédiatement à astiquer et à ranger, en chantant et en souriant, comme s’il s’agissait d’une activité innée et agréable. L’étude « De Blanche-niaise à Blanche neige » nous apprend que Disney est ici bien plus sexiste les frères Grimm  "car dans le conte ce sont les sept nains qui invitent Blanche-Neige (laquelle accepte bien volontiers) à s'occuper de leur ménage, cuisine, lessive… tandis que chez Disney c’est Blanche-Neige elle-même qui propose ses services aux nains inquiets de recueillir chez eux une fugitive : " Si vous me gardez, je m’occuperai de tout : je ferai la lessive, la couture, le ménage et la cuisine." "

Idem pour la renaissance de Blanche-Neige : dans le conte, les nains font tomber le cercueil, ce qui conduit Blanche-Neige à recracher le bout de pomme empoisonnée. Dans le dessin animé « pas de maladresse, la pomme qui tue Blanche Neige disparaît grâce au baiser du prince : c'est l'homme qui sauve la femme et non la contingence ».


On apprend également que contrairement à Disney, « les nains des Grimm sont une
masse, aucune personnalité individuelle ne leur est accordée ». Dans le dessin animé, chaque personnage est caractérisé par un défaut ou une qualité, ce qui, mis bout à bout, constitue une sorte d’archétype masculin. Ils travaillent dur, ne font pas le ménage et n’aiment pas se laver. « Bande de lavettes ! Vous n’êtes tous qu’un ramassé de poules mouillées ! Il n’est pas né celui qui m’ forcera à m’ laver si j’en ai pas envie ! » s’exclame Grincheux. Le même qui affirmera à plusieurs reprises « Ah ! C'est une femme ! Et toutes les femmes, c'est du poison ! Elles sont pleines d'artifices ! ». Encore une phrase qui ne figurait pas dans le conte d’origine !

Disney plus sexiste que les frères Grimm ? Walter Kimball, un ancien salarié de Disney Pictures cité par Meryl Streep assurait que le fondateur du studio se vantait de n'avoir aucune confiance en deux choses: les femmes et les chats.

Les seconds ont au moins trouvé un moyen de se venger!