> Chère Frédérique Trou-Roy, j’ai 40 ans, je porte des mini-jupes. Et je t’emmerde.

samedi 3 mai 2014

Chère Frédérique Trou-Roy, j’ai 40 ans, je porte des mini-jupes. Et je t’emmerde.

Moi, 40 ans, 2 enfants et une mini-jupe.

Grazia fait partie des rares magazines féminins que je lis. Parce que Titiou Lecoq dont j’apprécie la plume y tient une chronique. Parce que les sujets société sont souvent bien traités. Et aussi parce qu’il est toujours intéressant de se tenir au courant de la façon dont les journaux féminins s’adressent aux femmes. La preuve, ça me permet aujourd’hui d’écrire un billet sur le blog.

Malgré toutes ces raisons, ça ne m’empêche pas d’avoir des grosses montées de tension ou de bouffées de rage en parcourant certains articles du magazine.

Dernier exemple en date, la page débat de cette semaine : « Pour on contre la mini après 40 ans ». Ici « 2 expertes » débattent sans complexe de la façon dont les femmes doivent s’habiller (l'article est accessible en version numérique ici).



Laurence Pariente, directrice artistique d’American Retro, affirme qu’elle est pour et trouve que « ça n’a rien à voir avec l’âge ». Ouf, on se dit qu’on va enfin lire qu’il faut faire fi des diktats, qu’après tout on s’habille comme on veut, quand on veut. Pas vraiment en fait, n’oublions pas que les injonctions ne sont jamais bien loin dans un magazine féminin: « On oublie les imprimés ou les accessoires et les vêtements trop ouvertement sexy. Et surtout on fait du pilates ou toute autre pratique physique qui soigne le galbe » ordonne notre experte.

Avez-vous déjà remarqué le recours quasi-obsessionnel au« on » au sein des magazines féminins ? Une forme d’impératif déguisé, noyé dans l’impersonnalité du pronom indéfini. Et qui permet de donner des ordres sans en avoir l’air. Ici cela donne, « Vous avez le droit de porter des mini-jupes après 40 ans, mais surtout ne soyez pas sexy et ayez la cuisse galbée ».

De telles injonctions émanant d’une personne se déclarant en faveur de la mini-jupe après 40 ans laissent pantoise…attendez pourtant de lire les arguments de Frédérique Trou-Roy, directrice artistique de Manoush : « Je suis totalement contre cette pièce, réservée aux jeunes filles androgynes, passé la quarantaine ». Une bien belle entrée en matière combinant jeunisme et promotion de la maigreur extrême. « Le seul endroit où je la trouve acceptable c’est sur la plage avec un maillot et des tongs. Il existe aussi une tolérance pour les Américaines qui n’ont pas les mêmes codes que nous. On n’y peut rien, c’est culturel. Sinon, pourquoi une telle levée de bouclier ? Tout simplement parce que le genou est une des parties du corps qui vieillit le plus mal. Même avec un collant opaque c’est intolérable. Il n’y a guère que Cameron Diaz qui devrait en porter. Mais elle, elle a le droit c’est une américaine ». Intolérable, le mot est lâché. De quoi parle-t-on ? De la faim dans le monde ? De la violence conjugale ? Non, des femmes qui OSENT porter des mini-jupes passé 40 ans. « Il y a tellement de variétés dans les longueurs que je trouve dommage de s’obstiner à porter du mini quand on a plus de 40 ans. La longueur genou est plus flatteuse ».

Fait amusant, quand on jette un œil à la collection Manoush, on se rend compte que toutes les jupes et robes sont au-dessus du genou. 




Les femmes de plus de 40 ans n’intéressent donc pas la marque si je comprends bien ? Ca tombe bien, la marque ne m’intéresse pas non plus. Chère Frédérique Trou-Roy, j’ai bientôt 41 ans, je porte des mini-jupes. Et je t’emmerde.

Quelques pages plus loin, je tombe sur la rubrique « Fashion Police ». 

Là encore, 3 experts débattent au sujet de la combi-pantalon : « Est-elle une sérieuse alternative de soirée ou doit-on la réserver aux concours de looks Clodettes » ? Une fois encore, les notes sont distribuées.

La combi pailletée « ninja-disco » d’Elisa Sednaoui est jugée « sexy mais pas vulgaire » et remporte donc les faveurs du jury avec même un 9/10. 


                           


Carton rouge en revanche pour la combinaison noire de Jennifer Garner (que je trouve pour ma part plus jolie mais je ne suis pas experte) : « Je ne vois que son gros biscoto. Un peu de féminité please » 
« Des accessoires plus pointus auraient apporté ce petit twist trendy manquant » (autant d’anglicismes en si peu de mots, quel exploit). Et surtout, une dernière petite interdiction pour finir « La pause main à la taille c’est interdit ».

En refermant mon magazine, la tête farcie des injonctions professées par la « Fashion police », je ne peux m’empêcher de repenser à cet article passionnant de Mona Chollet « Sortir du harem de la taille 38 ».

Elle y cite cette phrase lumineuse de Fatema Mernissi :

« Les Occidentaux n’ont pas besoin de payer une police pour forcer les femmes à obéir, il leur suffit de faire circuler les images pour que les femmes s’esquintent à leur ressembler. »

Dont acte. Vous avez vos papiers? C'est la fashion police.