> Les club des 5 et la baisse de niveau : nouveau marronnier de la réacosphère?

dimanche 18 mai 2014

Les club des 5 et la baisse de niveau : nouveau marronnier de la réacosphère?



« Le niveau baisse » est une rengaine qui revient très régulièrement.

« D'où vient qu'une partie des élèves qui ont achevé leurs études, bien loin d'être habiles dans leur langue maternelle, ne peuvent même pas en écrire correctement l'orthographe? ». Cette phrase alarmiste qu’on croirait contemporaine date en réalité de 1835, preuve que ce sentiment ne date pas d’hier !

Pourtant, rapports et historiens ne cessent de le répéter : le niveau n’a pas baissé si l’on compare aux générations plus éloignées. Comme l’explique Claude Lelièvre, historien de l’éducation, cité dans ce billet du blog « L’instit humeurs » "si vous mettez entre parenthèses la question de l'orthographe, on a des élèves qui font des rédactions supérieures par rapport à des copies du certificat d'études de 1923".

Le sociologue Vincent Troget, quant à lui, va plus loin : « Compte tenu du rôle autrement symbolique qu’avaient acquis l’orthographe, les dates de l’histoire de France et la liste des départements dans le processus de scolarisation, le sentiment d’une baisse générale de niveau se répand ainsi dans l’opinion publique. Si l'on change de critères, tout indique au contraire que le niveau a augmenté. De nombreuses connaissances nouvelles ont été introduites : géométrie et, désormais, langue vivante à l'école primaire, biologie, histoire contemporaine, géographie économique, approche linguistique de la littérature, sciences économiques et sociales, etc. (…). Certains critères d'évaluation sont devenus plus exigeants. Dans les années 30, par exemple, il suffisait qu'un élève sache déchiffrer à haute voix un texte simple et répondre à quelques questions de vocabulaire pour être jugé bon lecteur à la fin du primaire. Aujourd'hui, un élève n'est reconnu lecteur à l'entrée en sixième que s'il peut répondre par écrit à des questions montrant qu'il a compris le sens d'un texte après l'avoir lu silencieusement ».

Cette rengaine de la baisse du niveau se retrouve régulièrement sur les blogs. Un billet sur le blog « Je suis en retard » avait d’ailleurs fait grand bruit en 2011 : il affirmait que le niveau baissait puisqu’on a avait osé s’attaquer à ce monument de la littréature qu’était le Club des 5 (qui est une traduction, ne l'oublions pas) ! En cause, les modifications apportées à la version originale de 1965: remplacement du passé simple par le présent, du « nous » par le « on » et actualisation de certaines tournures de phrases un peu datées. Mais aussi suppression des stéréotypes sexistes (Annie pleurniche et fait la tambouille) et des clichés au sujet des forains (décrits comme des personnes violentes et craignant la police). Des modifications que l’auteur du blog taxait de « politiquement correct » et de « révision idéologique », rien que ça ! 

Aujourd’hui, la rengaine continue comme le démontre ce tweet de @BocoS23 posté hier :

Je comprends que l’on puisse être attaché à ses lectures d’enfance et se sentir trahi en découvrant les changements qui y ont été apportées. Pour autant, ne mélangeons pas tout : récupérer la modification d'une traduction par une une maison d'édition pour conclure à une baisse de niveau est au mieux un raccourci sur l’air du « c’était mieux avant », au pire une forme de malhonnêteté intellectuelle.

Qu’on le déplore ou non, la langue est fluctuante, le vocabulaire évolue et je trouve logique qu’un ouvrage s’adressant à des enfants en tienne compte. Le passé simple disparaît du Club des 5 ? Nul doute que ceux qui s’en offusquent (essentiellement des CSP+ et/ou des gens éduqués d’ailleurs) sauront conseiller à leurs enfants d’autres ouvrages qui y ont recours, comme les classiques de la littérature française. Car c'est un fait établi : la lecture est un acte éminemment social, apanage des familles les plus dotées socialement, habituées de longue date à valoriser la culture de l'écrit comme l'explique cette étude. Si le Club des 5 ne satisfait plus à leur exigence de niveau de langue, ils auront donc les ressources nécessaires pour proposer d'autres pistes de lecture à leurs enfants.

Par ailleurs, n’oublions pas que le Club des 5 est avant tout une première lecture dont la vocation est de donner le goût de lire à un jeune public. Et que le livre est désormais mis en concurrence avec les tablettes, les consoles, les écrans de télévision ou d’ordinateurs. Mais aussi Harry Potter. D’où l’importance d’attirer les lecteurs avec un ton collant à leur époque, un style plus dynamique et des expressions moins désuètes. Et tant mieux si cela permet à un plus grand nombre d’accéder à la lecture et de, peut-être, leur donner envie de lire autre chose par la suite. 

D’ailleurs, si l’on jette un coup d’œil aux 2 versions postées par @BocoS23, on peut constater que l’actuelle (celle de droite) est beaucoup plus dynamique et synthétique, sans perdre pour autant le sens initial du récit.


Si j'en crois mon expérience personnelle, mon fils n'a jamais accroché avec le Club des 5. Il lit d'autres choses (Geronimo Stilton, Le journal d'un dégonflé) et cela me suffit, même si le passé simple n'y est pas utilisé et que le registre de langage reste quotidien. Pour moi, il lit avec plaisir et c'est l'essentiel.

En ce qui concerne la disparation des stéréotypes au sein de la nouvelle édition, l’utilisation abusive et galvaudée  de « politiquement correct » et « novlangue » m’agace au plus haut point. A l’instar de la langue, notre perception du racisme et du sexisme évolue et il faut s’en féliciter : tout comme les publicités Banania ou « Moulinex libère la femme » ne seraient plus tolérées aujourd’hui, il paraît nécessaire de ne plus véhiculer de clichés sous-entendant que les forains seraient tous violents et les petites filles forcément pleurnicheuses et assignées à la cuisine. Surtout lorsqu’on s’adresse aux enfants.

Fait amusant, alors que la réacosphère s’emballe en brandissant l’exemple du Club des 5 comme illustration de la baisse du niveau, peu d’entre eux savent en réalité que la série bat en brèche tous les stéréotypes de genre à travers le personnage de Claude, comme l’explique cette tribune de Philippe Reigné.

Et que cette petite fille aux cheveux courts et aux allures de garçon manqué s’inspire beaucoup de Blyton, l’auteure de la série, elle-même homosexuelle.

« Le ton presque militant de son livre, queer avant la lettre » prend alors un tout autre sens…


27 commentaires:

  1. Au delà de la modification passé simple ou non, et de l'amélioration (selon moi) du racisme ambiant qui reflète bien la société de l'époque (et un peu la nôtre, encore, malheureusement).
    J'aimais bien, même enfant, ce côté désuet et ces expressions incroyables qu'ils employaient. Cela me projetait dans un autre monde, un autre univers. Non seulement, ils pouvaient partir seuls en camping (de nos jours, cela paraît assez fou) mais ils parlaient comme...des personnages.
    C'est un peu comme s'imaginer en princesse médiévale, par exemple ou en cow-boy : expressions, costume, époque, lieux, tout est modifié.

    RépondreSupprimer
  2. Bonjour,
    Merci pour cet article.
    Je me souviens en seconde de ma prof de français qui exigeait qu'on se bouffe tout le répertoire du nouveau roman (Sarraute, Robbe-Grillet, Borgès, etc.). Franchement, je trouvais ça incompréhensibles et je préférais lire des romans plus "facile" et accessible. Sans doute car à cette époque, je n'avais pas la maturité nécessaire à comprendre et apprécier cette littérature.
    Forcer à lire, c'est dégoutter quelqu'un de la lecture. Le résultat est exactement contraire à l'intention ! Cela ne m'empêche pourtant pas aujourd'hui d'adorer les grands classiques français, aussi bien que certains romans plus légers (Anna Gavalda, par exemple). Mais l'élitisme est un grand problème typiquement français...
    A propos du niveau qui "baisse", il faudrait faire un tour en Grande-Bretagne. Ici, pour passer les A levels (bac), il faut choisir 3 matières, genre géo, physique et sport, et tout le monde l'obtient. Résultat, on a des stagiaire de médecin ou master sciences qui sont incapables de faire une dilution au 1000ième ou une règle de 3. Alors, je pense qu'on n'a pas trop de soucis à se faire !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bon alors désolée pour toutes les fautes d'accords... Je ne me suis pas relues et le clavier Qwerty n'arrange rien (j'essaye déjà de mettre des accents !). ;-)

      Supprimer
  3. En CE2 ma fille a appris le passé composé, le passé simple sera pour plus tard.. et justement on a eu une grande discussion, elle voulait comprendre la différence entre les deux temps... au final je lui ai dit que dans la vie de tous les jours on utilise beaucoup plus le passé composé et le passé simple est plutôt réservé aux romans et à l'écrit... sérieux, qui parle au passé simple dans la vie de tous les jours ? j'ai lu tous les club des 5 quand j'étais jeune, ça ne m'avait jamais frappée peut être parce qu'en effet ça reste dans le domaine du roman écrit... quand à la baisse de niveau je pense que c'est plus compliqué que ça et que le peu d'attention apporté à l'orthographe par les jeunes va de pair avec les modes de vie, l'utilisation des codes sms et cie... "ce qui compte c'est qu'on comprenne ce que je dis, que le message passe..."

    RépondreSupprimer
  4. Autant je vois comme quelque chose de positif le fait de supprimer des stéréotypes racistes/sexistes/etc (je préfère ça plutôt que devoir lire par-dessus l'épaule de mon enfant pour lui dire que "attention, ils disent ça, mais c'est parce qu'à l'époque, les gens avaient des préjugés etc, mais il ne faut pas prendre le tout pour argent comptant"), autant je ne comprends vraiment pas la transposition au présent. Clairement, personne de mon entourage enfantin n'utilisait le passé simple à l'oral, ça ne me gênait pas dans la compréhension des textes ; et la lecture m'a ainsi appris des éléments de langue que la vie quotidienne n'aurait pas pu m'apporter.

    RépondreSupprimer
  5. ho mon dieu, merci pour cet article!! j'ai absolument en horreur cette rengaine du "c'était quand même mieux avant, quand les gamins 1) lisaient Victor Hugo 2) se tenaient correctement 3) ne brûlaient pas des voitures 4) se faisaient taper les doigts avec une règle (bon ok, j'extrapole... mais pas tant que ça) je pense que c'est vraiment une grosse illusion rétrospective, d'autant que les adultes ont tendance alors à faire la comparaison avec eux-mêmes enfants, ce qui fausse la donne.
    Et comme vous dites, ce genre d'exemple arbitraire (mon dieu! le présent remplace le passé simple! mon dieu! ils écrivent les sms en abrégé! mon dieu! ils préfèrent harry potter à madame bovary!) montre surtout le manque d'honnêteté intellectuelle et de rigueur de l'auteur de cette comparaison oiseuse. Je vous tire mon chapeau. ça me rappelle d'ailleurs un article sur un autre blog, je vais essayer de vous retrouver ça.

    RépondreSupprimer
  6. Bonjour,

    Mes deux garçons n'ont absolument jamais voulu lire le club des 5, ils trouvaient ça NUL me disaient-ils et pourtant ils lisent un peu et pas toujours des livres adressés à leurs âges.
    Pour moi le plus important c'est qu'ils lisent alors, roman, magazine, BD, manga... tout y passe ! et on en a partout dans la maison, chambres, salons, couloirs, toilettes...

    RépondreSupprimer
  7. Au passage, aujourd'hui mon fils de 16 ans corrige parfois mes fautes de grammaires, et oui, chez nous c'est mieux maintenant !

    RépondreSupprimer
  8. Merci pour ces rappels nécessaires face aux paniqués de la "baisse de niveau" ! Et pour cette invitation à la lecture plaisir ! Dans la bibliothèque où je travaille, je passe du temps à dire aux parents que l'essentiel c'est que leur enfant lise, et y prenne du plaisir, et que si, les mangas et les BD sont de "vrais livres". Et qu'à mes yeux il vaut mieux une série de mangas lue avec plaisir qu'un roman lu à contrecoeur qui ennuie l'enfant.
    Concernant "le club des cinq", il me semble que plutôt qu'un changement de niveau de lecture des enfants d'aujourd'hui, les modifications du club de cinq correspondent à un changement de positionnement éditorial de Hachette. A l'origine, la bibliothèque rose s'adresse aux enfants jusqu'à 12 ans, et la bibliothèque verte aux adolescents. Actuellement, avec ces rééditions de séries "classiques", Hachette vise des enfants plutôt plus jeunes (8-10 ans plutôt que 10-12 ans, ces romans deviennent vraiment des premières lectures). Un autre exemple récent significatif : une autre série "les six compagnons", autrefois publié en bibliothèque verte (donc pour ados) a été adapté aux plus jeunes et est désormais publié en bibliothèque rose.
    La différence d'âge entre les deux collections a été gommée, tous les "classiques" sont publiés en bibliothèque rose, et pour le reste, Hachette s'oriente vers une édition plutôt plus genrée, comme on le voit sur cette page : http://www.bibliothequerose.com/collections : la bibliothèque rose pour "l'humour et l'émotion" avec trois filles en illustration et la bibliothèque verte "la collection de l'action et de l'aventure" avec trois garçons.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour ce commentaire, c'est intéressant d'avoir cet éclairage concernant le tournant marketing pris par Hachette!

      Supprimer
  9. Il n'y a pas que le "Club des Cinq" qui soit caviardé: la série des "Alice" (qui s'appelle, dans la version originale, Nancy Drew et non Alice Roy...) a également été purgée d'une partie de son contenu par Hachette, depuis une dizaine d'années.
    Aux États-Unis, l'éditeur a aussi fait des modifications, mais elles concernent notamment l'actualisation des expressions désuètes et l'effacement des commentaires/préjugés racistes et sexistes. En France, Hachette ne modernise pas du tout la série de la même façon: il s'agit surtout de simplifier l'intrigue en réduisant les éléments descriptifs pour donner la priorité aux dialogues. Bref, il me semble que là où l'éditeur américain avait (entre autres) une démarche politique louable (proposer aux enfants un roman qui soit exempt de racisme et de sexisme), l'éditeur français a une démarche esthétique critiquable.
    Je m'explique: proposer une œuvre simplifiée à des enfants plus jeunes me paraît intéressant d'un point de vue pédagogique (cf. les versions abrégées des classiques, souvent bien faites) et d'un point de vue "hédoniste" (ça me semble chouette que les enfants aient accès au plaisir de lire ces textes). Mais dans ce cas, il faut aussi conserver le texte de départ dans une autre édition, pour qu'il puisse être lu sans les simplifications. Ce n'est pas le cas du Club des Cinq ou d'Alice, à ma connaissance. La démarche est donc radicalement différente: il ne s'agit pas de donner à lire *davantage* le texte, mais de le donner à d'autres lecteurs. Les 6-8 ans se réjouiront, et les 10-12 ans iront voir ailleurs pour un texte de leur âge. Ce qui me semble dommage.

    Bref, je voulais juste signaler que la modernisation des œuvres est parfois plus ambiguë qu'il n'y paraît. J'espère que vous ne trouverez pas mon commentaire hors-sujet: Alice me semble d'autant plus emblématique de ces ambivalences qu'elle est considérée par certaines féministes américaines comme une icône du "girl power"... jusqu'au remaniement des livres, que nos consœurs outre-Atlantique n'ont pas vraiment apprécié :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Votre commentaire n'est absolument pas hors-sujet, je ne connaissais pas tout l'historique du "remaniement" et j'ai appris plein de choses, merci à vous!

      Supprimer
  10. et voilà! http://uneheuredepeine.blogspot.fr/2012/03/notes-sur-la-socialisation-des-profs.html bon, ça date un peu, mais c'est toujours pertinent je trouve

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah, une heure de peine, je suis fan! Je n'ai pas lu cet article mais vais le faire de ce pas, merci Julien!

      Supprimer
  11. Bonjour,
    En ce qui concerne les suppressions des passages sexistes ou stéréotypés, je ne suis pas du tout d'accord avec ce qui est dit ici. Certes, ces passages véhiculent une morale qui n'est absolument pas la nôtre. Et alors ? On ne va pas me faire croire que les enfants absorbent cette idéologie, de la même façon que "les jeux vidéo ça rend violent". Quand j'ai lu cet épisode du Club des Cinq et des Saltimbanques (vers 8 ans, version non expurgée) dont parle le blog Je Suis en Retard, je ne me suis absolument pas rendu compte de tous ces aspects misogynes/raciste. Parce que je m'en foutais. L'histoire parlait d'un méchant et d'un enfant qu'il fallait aider. Je ne suis pas allé chercher plus loin que ça. Pourquoi l'aurais-fait ? Je n'avais que 8 ans.
    Je veux dire, quand j'ai lu Tintin au Congo, j'avais 10 ans. Je ne me suis aperçu du racisme de cette BD que quatre ans plus tard. Et maintenant, je le relirais volontiers, si je l'avais sous la main. Plutôt que de censurer à tout-va comme le veut le politiquement correct, c'est une excellente occasion d'expliquer à l'enfant que oui, il y a eu une triste époque où on considérait que les Noirs étaient inférieurs, mais que heureusement, c'est fini (et c'est bien évidemment stupide).

    Concernant les suppressions du passé simple, des mots compliqués etc. Lila mentionne plus haut que ces changements sont faits notamment pour changer de public cible. Je trouve ça dommage. C'est en lisant des livres comme ceux-ci que j'ai découvert du vocabulaire, des expressions et des tournures de texte que je n'aurais jamais pu apprendre autre part. Et si le livre est trop ardu, ce n'est pas grave ! Il existe bien d'autres romans jeunesse. Je prends par exemple "Bilbo le Hobbit" de Tolkien, qui était originellement censé être un roman pour enfant. Pour le coup, la lecture dure, et il se vend désormais plus pour les ados de 14-18 ans, et même là il faut de la volonté (peut-être est-ce la version française qui fait ça, je ne sais pas). Baisse de niveau ? Je n'en sais rien, mais au moins l'oeuvre originale (ou du moins sa traduction, aussi fidèle que possible) n'aura pas été sabordée. Pour moi, c'est aussi une question du respect de l'oeuvre, même si je salue aussi les éditions jeunesse d’œuvres vraiment dures à lire pour cet âge (Les Misérables, l'Odyssée etc.), comme le disait Marie.

    En espérant ne pas avoir assomé tout le monde. :)

    RépondreSupprimer
  12. 1er point sur les stéréotypes : bien sûr qu'à 8 ans on ne se rend pas compte du sexisme/racisme qu'on peut lire, c'est bien là toute la force du stéréotype. On prend ce qu'on lit pour argent comptant et donc on intègre que les gens du voyage sont violents, que les filles pleurnichent, que les noirs sont moins intelligents que les blancs etc... Ok pour expliquer, mais vous pensez qu'à 8 ans on est à côté de nos enfants quand ils lisent? Mon fils a cet âge donc je peux en parler. Il lit ses livres seuls dans sa chambre et je ne suis pas là pour pointer du doigt "oh la, attention, ce que tu lis actuellement c'est un stéréotype raciste". Et puis vous semblez oublier également quelque chose d'important : les personnes noires ou les gens du voyage directement visés par ces propos. Vous êtes un enfant noir ou un enfant du voyage et vous tombez sur ces phrases. Vous imaginez un instant ce qu'ils peuvent ressentir? Concernant les passages supprimés : vous comparez Bilbo Le Hobbit au Club de 5. Je pense qu'ils ne s'adressent tout simplement aux mêmes cibles. Le Club des 5 s'adresse à un public de jeunes lecteurs, qui passent des albums illustrés aux livres de la bibliothèque verte. Il s'agit donc d'être simple et de leur donner envie. Bilbo le Hobbit s'adresse à des lecteurs plus confirmés, qui sont passés par d'autres livres avant.

    RépondreSupprimer
  13. Justement, c'est là où je ne suis pas d'accord. Pour moi, un enfant ne fera pas de généralisation hâtive sur des stéréotypes qu'il peut rencontrer dans un livre. Le méchant frappe son fils ; et il est Rom (pour revenir au Club des Cinq). L'enfant, plutôt que de conclure que "Les Roms frappent leurs fils", conclura plutôt que ce monsieur était Rom, et qu'il frappait son fils. Pourquoi devrait-il y avoir un lien de cause à effet ? Idem pour Annie qui pleurniche : Annie, elle pleurniche. C'aurait pu être François, Claude ou n'importe qui d'autre, mais c'est Annie. Parce que c'est dans son caractère.
    Ensuite, si les stéréotypes sont généralisés, comme dans Tintin au Congo, ou durent sur plusieurs épisodes (comme probablement les filles qui font la cuisine dans le Club des Cinq), on peut bien mettre un avertissement sur le livre, comme quoi il y a des préjugés et patata. Mais je ne pense pas que ce soit une solution de tronquer l'oeuvre de l'auteur, pour cette raison ou pour une autre. De plus, si un enfant est perturbé par ce qu'il lit, pas besoin d'être constamment derrière lui : il ira spontanément voir ses parents. Mais de façon générale, je ne pense pas qu'il faille donner à l'enfant de capacités de généralisation qu'il ne possède pas forcément : nous avons tous été enfants, est-ce que le Club des Cinq nous a tournés en affreux misogynes, Tintin en d’exécrables colonialistes ? Je suis d'accord que si l'enfant évolue dans ces préjugés, il les intégrera, mais s'il ne les voit que dans les livres... Ce n'est pas parce que j'ai lu La Guerre des Gaules que je me suis converti aux bienfaits de l'esclavagisme.

    Concernant Bilbo le Hobbit, c'est bien là mon argument : si Bilbo le Hobbit est désormais "réservé" aux personnes ayant déjà lu plusieurs livres, pourquoi ne pas faire de même avec le Club des Cinq, plutôt que d'en tronquer la moitié des descriptions ? On ne va pas me faire croire qu'il n'y a pas assez de romans jeunesse pour ça.

    RépondreSupprimer
  14. Albert de Pétigny20 mai 2014 à 19:22

    J'ai l'impression qu'il y a 2 choses qui se mélangent là.
    - la rengaine du "c'était mieux avant"
    - le respect de l'intention de l'auteur (droit moral)

    En tant que lecteur j'aime pouvoir lire autant que possible le texte original d'un auteur.
    En tant qu'éditeur, je me refuse de transformer l'œuvre d'un auteur en un produit plus facilement assimilable.

    A quoi avons-nous affaire ici ? A un gros éditeur qui surfe sur la vague nostalgique des parents (et grands-parents) qui souhaitent que leur descendance lise les même livre qu'eux.
    Comme l'éditeur a bien envie de vendre un max, il adapte le style à la cible, et comme l'auteure est morte, que les ayants droits sont bien contents de toucher des sous, personne ne dit rien.

    Et bien moi, je dis non, pas d'accord.
    Si je souhaite que mes jeunes enfants lisent, je privilégie des auteurs contemporains. Je fais d'une pierre, deux coups :
    - mes sous iront faire bouillir la marmite d'un auteur, pas de ses ayants droits
    - le texte sera adapté à la langue d'aujourd'hui

    Ensuite, une fois que mes enfants sont plus à l'aise avec la lecture, rien ne m'empêche de leur proposer d'autres lectures, "plus difficiles", qui leur montreront ce que je lisais à leur âge, où ce que lisait leur grand-mère.

    Bref, oui, notre langue change, évolue et hier c'était hier.
    Mais non, ce n'est pas une "bonne chose" de changer ainsi les traductions ou textes originaux, témoins de leur époque sans le dire clairement.


    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour,
      Etes-vous le fondateur de la maison d'édition "Pour penser à l'endroit"? Si oui, je suis fan de vos livres découverts à l'occasion d'un salon du livre!
      Ce que je critique dans mon billet, c'est la récupération du changement de traduction pour justifier une supposée baisse de niveau. Mais je comprends tout à fait que l'on y soit opposé pour d'autres raisons, notamment celle du respect de l'intention de l'auteur. C'est pour moi un sujet différent et je vous rejoins sur ce point.

      Supprimer
  15. Je n'aime pas les réécritures qui sont faites dans l'idée que les pauvres enfants sont nuls et ne peuvent pas comprendre quelque chose d'un peu "compliqué" (on parle tout de même du Club des 5!). Le passé simple s'acquiert très vite à la lecture et ne constitue pas un frein. Quant au style qui serait plus enlevé, je trouve par exemple que la phrase "Je me demande où on va les trouver"est plus banale et plus balourde que "Où les trouver, voilà la question" qui se trouvait dans l'original...

    RépondreSupprimer
  16. Avez-vous lu ou relu les romans édités par Hachette dans les années 70 : d'un côté une BD et de l'autre le texte redondant. La on pourrait dire que depuis le niveau a monté. Ces romans n'était pas traduit de l'anglais (Enid Blyton) mais écrit par Claude Voilier à l'aide de la "bible" structurant ces livres. Le titre était différent : Le Club des Cinq devenait Les 5 et en début de volume Hachette indiquait "une venture des personnages créés par Enid Blyton , racontée par Claude Voilier. Ces volumes ont finalement perdu leur BD et sont retombé dans l'anonymat de la collection du Club des Cinq. En stage de formation, j'ai souvent utilisé avec les enseignants ces livres afin de comprendre leur fonctionnement et ainsi les amener à faire écrire leurs élèves du primaire. J'avais expliqué cette démarche dans mon livre "Apprendre à aimer lire" paru chez Hachette éducation. Michel Peltier peltiermichel.com

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est fou, maintenant que vous m'en parlez, je me souviens effectivement d'avoir lu à l'époque la version dans laquelle coexistait la BD et le texte. C'était très perturbant d'ailleurs! Je ne savais pas du tout qu'ils n'avaient pas été écrits pas Enid Blyton, merci pour l'info!

      Supprimer
  17. Ce n'est pas une question de niveau par rapport à avant, mais de passerelle vers la littérature des 200 dernières années.

    Il y a maintenant pléthore de livres jeunesse contemporains, écrit avec le langage d'aujourd'hui. Si on préfère ce style, on a de quoi faire. Garder le Club des 5 tel qu'il était ne limitera pas l'accès des jeunes à la lecture.

    Mais plus vite certains mots disparaissent de notre connaissance, plus vite les auteurs anciens deviennent inaccessibles. Aujourd'hui, on ne peut pas lire Gargantua dans le texte et le moderniser lui permet être encore lu aujourd'hui.

    Laisser à disposition des enfants des livres jeunesse avec le langage des années 50 ajoute à leur répertoire un vocabulaire et style certes vieillot, mais qui leur permettra ensuite sans trop d'effort de lire ensuite les classiques du XIXe (Hugo, Balzac), voire du XVIII (Molière). C'est plus facile de passer du langage des années 50 au langage des années 1900, que de sauter de 2000 à 1900. Voilà à quoi peut servir de lire ces classiques du milieu du XXe siècle sans "modernisation".

    Ainsi, à moderniser le club des 5, on accélère la perte de ce vocabulaire qui est indispensable pour lire ensuite nos plus grands auteurs. Nous comprenons encore Molière, mais je me demande si ce sera le cas pour nos petits enfants, ou même s'ils seront encore capable de lire Zola.

    C'était pas mieux avant. Mais c'est dommage de se priver de ce qu'on avait avant sous prétexte que ce qu'on a aujourd'hui est tout aussi bien. On peut avoir les deux.

    A.L.

    RépondreSupprimer
  18. En me relisant, j'ai l'impression de ne pas être très claire dans mon développement...
    Ce que je veux dire, c'est que je ne suis pas foncièrement contre la modernisation des textes (pour Gargantua, par exemple, elle se justifie, car l'auteur serait perdu pour 99% des lecteurs sinon).

    Mais en modernisant trop vite, on retire des passerelles et ainsi on accélère volontairement l'évolution du langage, ce qui nous amènera bien plus vite à devoir moderniser la littérature du XIXe siècle, alors qu'on pourrait laisser ces textes en l'état plus longtemps si on laissait les outils qui permettent de les comprendre à la disposition des jeunes lecteurs.

    Désolée d'avoir dû m'y prendre à deux fois.
    A.L.

    RépondreSupprimer
  19. un autre article sur ce sujet :
    http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1205546-le-club-des-cinq-retraduit-et-simplifie-on-prend-les-enfants-pour-des-imbeciles.html

    perso, je trouve aussi que ca contribue a appauvrir leur vocabulaire, grammaire

    RépondreSupprimer
  20. Tout cela est bien beau mais qu'en est-il du Clan des sept ? Absolument personne n'en parle et je crains donc le pire, au niveau des oubliettes... :)

    RépondreSupprimer
  21. Il y a plusieurs questions qui se posent ici :

    1/ la traduction n'a pas pour mission d'appauvrir le texte de l'auteur mais de le restituer le plus fidèlement possible. Auquel cas Gallimard devrait indiquer que le texte qu'il propose n'est pas la traduction d'Enid Blyton, mais une nouvelle oeuvre faite à partir d'un texte original ; ce n'est plus véritablement une traduction, mais une oeuvre dérivée.

    2/ Non seulement le niveau de langage a été changé, mais également l'histoire elle-même (les enfants ne vont plus à la messe mais au marché, etc.). Que la référence soit religieuse ou profane m'importe peu, mais il y a un vrai problème d'interprétation et de ce fait, de droit d'auteur. Enid Blyton racontait une sortie à l'église, pourquoi le traducteur envoie-t-il les enfants au marché ? Soit le traducteur est mauvais et ne comprend pas l'anglais, soit il y a une volonté de réécrire l'oeuvre à sa manière. Là encore, nous ne sommes plus dans la traduction, mais dans l'oeuvre dérivée.

    En droit de la propriété intellectuelle, une traduction et une oeuvre dérivée ne sont pas du tout la même chose et l'une ne peut pas être le prétexte de l'autre. Il faudrait donc être sûrs que les ayants droit d'Enid Blyton ont donné leur accord pour ces interprétations. Enid Blyton est décédée en 1968, son oeuvre entier n'est donc pas tombé dans le domaine public ; il ne le sera qu'au 1er janvier 2039. Aucune liberté ne peut être prise par l'éditeur sur ses textes et l'autorisation de ses ayants droit pour toute modification est absolument nécessaire.

    Enfin, on peut se positionner comme on le souhaite sur un plan pédagogique, c'est effectivement mieux de lire Tchoupi que de regarder Peppa Pig sur une tablette, mais personne ne pourra m'empêcher de croire qu'un enfant saura d'autant mieux manier la langue qu'il aura eu la chance de lire des textes qui en font un usage varié et correct, dont le passé simple. Lire oui, mais pas seulement des textes simples. Ou bien l'argument est fallacieux. Et dire, "tant pis pour les grincheux et les réacs, ils n'ont qu'à faire lire autre chose à leurs enfants", est un non-argument ! si un enfant veut lire le Club des Cinq avec un vocabulaire riche tel qu'on l'a trouvé jusqu'alors, pourquoi l'en empêcher au nom des impératifs économiques de vente de Gallimard ?

    Ensuite, si la maison d'édition continue à proposer les deux traductions avec la mention de celle qui est utilisée, aucun problème ! tout le monde pourra choisir ce qu'il veut lire !

    Mais s'il ne veut pas continuer d'éditer la première traduction, je considérerais donc qu'ils abandonnent l'édition de ce texte et en ferai des copies. Et si l'éditeur prend la mouche, tant pis pour lui, je n'achèterai pas le Club des Cinq chez lui et mes enfants attendront et le liront plus tard dans la langue de Shakespeare. En attendant, il reste Tchoupi, n'est-ce pas ? l'essentiel est bien qu'ils lisent si j'ai bien compris la plupart des propos....

    Enfin, je ne vois absolument pas à quoi sert la référence à l'homosexualité de l'auteur. Quand on est attaché au passé simple, on est supposé ne pas aimer les personnes homosexuelles ? j'en serais étonnée, beaucoup de nos grands érudits sont homosexuels et s'expriment au passé simple. Alors les stéréotypes de genre face à la qualité d'une traduction et aux libertés éditoriales d'une grande maison...

    RépondreSupprimer