> "No Mother's day" : faire taire et disparaitre les mères pour la fête des mères est-ce la solution?

mercredi 30 mai 2012

"No Mother's day" : faire taire et disparaitre les mères pour la fête des mères est-ce la solution?



Chaque année 360 000 femmes disparaissent, soit une toutes les secondes. Presque toutes ces morts sont évitables. Elles ne sont liées ni à la vieillesse ni au cancer mais sont dues aux complications rencontrées lors de la grossesse et de l’accouchement.

Afin de marquer les esprits, Christy Turlington et son association « Every mother counts » ont lancé une campagne virale à quelques jours de la fête des mères (le 13 mai aux Etats-Unis). Dans ce film qui comptabilise déjà plus de 214 000 vues sur You Tube, l’ex-mannequin et d’autres femmes, célèbres ou inconnues, expliquent leur façon de sensibiliser le grand public au problème de la mortalité maternelle.


Cette année, elles enjoignent les femmes à boycotter, comme elles, la fête des mères : pas de cadeaux, pas de statut Facebook ou Twitter,  pas de coups de fils. Le 13 mai, les femmes se tairont et disparaitront afin de marquer les esprits et démontrer à quel point « les mères nous manquent quand elles ne sont pas là ».

Quand on regarde les commentaires sur Youtube ou ce qui se dit sur les blogs, on réalise à quel point la campagne a été mal perçue aux Etats-Unis  "There must be a better way to raise awareness. Asking me to disappear on Mother Day punishes me and my family." (« il doit y avoir de meilleurs façons de sensibiliser les gens. Me demander de disparaître le jour de la fête des mères me punit, moi et ma famille »).
D’autres avouent ne rien comprendre à cette action « It’s an important message – that goes without saying – but her campaign is totally confusing. In fact, it makes zero sense » (« C’est un message important, il va sans dire, mais cette campagne est totalement confusante. En fait, on n’y comprend rien »).

Ce qui ajoute à la confusion, ce sont les récentes déclarations de Christy Turlington qui a affirmé qu’elle déjeunerait le 13 mai avec ses enfants, sa sœur, sa mère et sa belle-mère pour fêter cette journée.

Pour ma part, même si l’intention est louable, je trouve la campagne très maladroite voire contre-productive. La première chose qui me choque c’est de demander aux mères de se taire et de disparaître une journée. Quand on voit la difficulté qu’ont les femmes à être visibles (dans les médias ou dans le monde du travail) et à sa faire entendre, les réduire au silence et à l’invisibilité, même une journée, c’est trop. Je trouve la démarche aussi gadget et farfelue que d’afficher sa couleur de soutien-gorge en statut Facebook pour lutter contre le cancer ou de faire disparaître toutes les femmes d’un village pendant une semaine, comme le faisait une célèbre émission de télé-réalité. De plus, le lien entre la fin et le moyen sont totalement déconnectés : ce sont avant tout les enfants qui vont faire les frais de cette disparition de leur mère et qui vont se retrouver avec leurs colliers de pâtes sur les bras ! Et cette journée, même si elle déculpabilisera celles qui suivront le mouvement, ne changera rien au sort des femmes du bout du monde.

Pourtant, il y a aurait eu des moyens plus efficaces et plus viraux pour faire bouger les choses : par exemple développer une application « cadeau virtuel » sur Facebook qui permettrait à ceux qui le souhaitent d’investir la somme d’argent prévue pour la fête des mères dans une organisation humanitaire.

Ou d’acheter des cartes en ligne de fêtes des mères dont le bénéfice serait reversé à des associations.

Je crois beaucoup plus aux vertus de la parole qu’à celles du silence pour ce genre de problématique. La puissance des médias sociaux permet d’engager des conversations : il est dommage de s’en priver en bâillonnant les mères, même une journée.