> Légendes urbaines et idées reçues au sujet du soutien-gorge

jeudi 3 mai 2012

Légendes urbaines et idées reçues au sujet du soutien-gorge



Bien plus qu’un simple accessoire de mode, le soutien-gorge à la double fonction ambivalente de couvrir et de mettre en avant (paradoxe à l’image du sein, à la fois nourricier et objet érotique).

Comme l’explique Valérie Nigdélian Fabre, dans sa critique du livre « Le sein. Une histoire » « faire l’histoire du sein, c’est, allant des mamelles énormes des déesses préhistoriques primitives aux soutien-gorges furieusement dégrafés des féministes, tracer l’évolution et les révolutions, les tours et détours de la place accordée à la femme dans la société tout au long de l’histoire de l’humanité – rien moins que cela ! Car un sein n’est jamais qu’un sein : derrière cet authentique enjeu moral et idéologique, ses « propriétaires » successifs – religieux, politiques, médecins, psychanalystes, publicitaires – assignent et régulent en des territoires très sclérosés la bipartition entre identité féminine et maternité. Entre la maman et la putain, il y a la distance qui sépare la « bonne » de la « mauvaise » poitrine, la poitrine nourricière et sacrée de la poitrine tentatrice et agressive. Et l’histoire occidentale d’osciller de l’une à l’autre, de la madone allaitante du Moyen Âge à la poitrine découverte et érotisée de la Renaissance, de la maternité domestique et bourgeoise du XVIIe siècle à la réquisition des seins nourriciers par le XVIIIe siècle républicain comme courroie de transmission de ses idéaux. »

Le sein et son extension vestimentaire le soutien-gorge deviennent des objets politiques à part entière ! Pas étonnant de voir circuler mythes et idées reçues à son sujet !

Petit décodage de 3 mythes qui ont la vie dure.

Ne pas porter de soutien-gorge fait tomber les seins
Cet article récent de Rue 89, en exhumant la thèse de Laetitia Pierrot publiée en 2003, prouve le contraire.  Elle démontre que l’arrêt du port du soutien-gorge est bien supporté en terme de confort et d’esthétique par les femmes. Surprise de taille : non seulement le sein ne tombe pas, mais il se raffermit, remonte et la qualité de la peau s’améliore. Autre constats énoncés dans cet autre article publié sur le site Jurandoubs.com  : atténuation de vergetures, augmentation du diamètre du sein, augmentation de l’angle entre le mamelon et l’horizontale. Laétitia Pierrot y souligne que « le sein est perçu comme un handicap pour les pratiques sportives par le grand public, les écrivains, les scientifiques... » Or, ajoute-t-elle, « ce qui paraît important, c’est le ressenti de ces sportives qui se sentent mieux dès la sixième semaine en terme de confort et d’esthétique ». Ce qui lui fait « émettre l’hypothèse qu’un temps d’adaptation est nécessaire lors de l’arrêt de la contention pour des raisons psychologiques, sociologiques et d’adaptation tissulaire ».
Une autre thèse portant sur un échantillon plus large confirme ce constat : non seulement le sein ne se relâche pas mais il est plus ferme. L’auteur précise « Le non-port est très fréquent chez les sportives de haut niveau ou en Europe du nord où le soutien-gorge n’est pas porté dans les activités de la vie courante et au cours des activités sportives. Cette question est rarement débattue sans doute à cause de la connotation sexuelle, voire érotique du sein et des sous-vêtements ». Historiquement, le soutien-gorge daterait du XIXe siècle : « une hypothèse est qu’il serait apparu pendant la guerre de 1870, compressif pour que les femmes puissent travailler en usine avec les habits des hommes partis à la guerre ».


 Les féministes ont brulé leurs soutien-gorges
Encore une légende urbaine entretenue par les anti-féministes qui a la vie dure ! Une façon de l’associer symboliquement au feu démoniaque, de démontrer la violence d’un mouvement associé à sa futilité purement vestimentaire (« n’y a-t-il pas d’autres combats à mener ? », phrase souvent entendue à chaque revendication). Pourtant, les féministes n’ont jamais fait brûler leurs soutien-gorges  à Atlanta en 1968 lors de l’élection de miss America : même si certaines y ont pensé, elles ont finalement reculé pour des raisons de sécurité. Elles se sont contentées de les jeter dans une « poubelle de la liberté » en même temps que d’autres objets symboliques tels que des chaussures à talons hauts ou des magazines Play Boy... Le rapprochement entre les militants anti-guerre qui brûlaient leurs carte d’incorporation et les féministes a été fait par un journaliste : le lendemain, le « Times » titrait sur le « bra burning » qui n’avait en réalité jamais eu lieu.

Même souvent démentie, cette légende qui fait passer les féministes pour des furies qui brulent leurs soutien-gorges a encore de beaux jours devant elle…

Le soutien-gorge donne le cancer du sein
On ne compte plus les messages sur Facebook ou les Powerpoints qui mélangent allègrement les études sur l’inutilité du port du soutien-gorge et le danger représenté par celui-ci. Un livre a même été publié par 2 anthropologues américains démontrant que le port de celui-ci multipliait par 100 le risque de développer un cancer du sein (précisons qu’il n’ont jamais été publiés dans aucune revue scientifique à ce jour).
Catherine Cerisey évoque dans son blog un article  de TerraEco qui a questionné l’institut National du Cancer  et l’institut Curie à ce sujet. La réponse est sans appel : « Aucune étude scientifique n’est venue corroborer les dires des anthropologues et leurs propos ont été traités de “fantaisistes“par les deux institutions. Le docteur Marc Espié du centre des maladies du sein de saint Louis à Paris d’ajouter : « Le seul risque que courent des femmes qui portent des soutiens-gorges c’est, pour celles qui en choisissent des trop petits pour un effet “push up”, d’avoir les baleines qui leur rentrent dans le sein, créant des lésions bénignes mais absolument pas cancéreuses ».

Alors d’où vient ce mythe ?  Pour Susan Love, auteure de livres sur le cancer du sein et directrice d'une Fondation de recherche sur le cancer du sein interrogée par la revue Scientific american: "le mythe du soutien-gorge vient de la frustration de ne pas savoir ce qui cause la maladie, associée à un désir que celle-ci vienne de l’extérieur, d’un élément qu’une femme pourrait contrôler."