> Grosse un jour, grosse toujours?

jeudi 31 mai 2012

Grosse un jour, grosse toujours?



Les clichés semblent peser plus lourd sur la balance que les kgs, tel est l’enseignement d’une étude menée par l’Université d’Hawaii, de Manchester et de Monash.

On y apprend que les femmes en surpoids souffriraient des préjugés « anti-gros », même une fois devenues minces.

Au cours de cette étude, les chercheurs ont demandé aux participants de lire des descriptions de femmes :
-       Qui avaient maigri (de 32 kgs)
-       Qui avaient gardé un poids stable pendant une longue période
-       Qui étaient obèses ou minces

Les participants (hommes et femmes) devaient ensuite noter ces femmes en fonction de leur beauté et d’autres facteurs.
Les chercheurs ont été surpris de découvrir que les participants ont exprimé des préjugés plus importants envers les femmes en surpoids qui avaient maigri qu’envers celles qui avaient gardé un poids stable (qu’elles soient grosses ou minces).
Il est ainsi apparu que les anciennes obèses étaient perçues comme moins attirantes que celles qui ont toujours été minces, en dépit d’un poids identique.
Autre découverte plutôt dérangeante de l’étude : le nombre de préjugés négatifs envers les obèses a augmenté lorsqu’on a donné aux participants des informations suggérant que le poids était facilement contrôlable (fausse information bien entendu).
Comme l’explique Kerry O’Brien, une des co-auteures de l’étude « On entend souvent dire que le poids est facilement contrôlable alors que les plus grands scientifiques de notre époque pensent que la physiologie, la génétique et l’environnement alimentaire sont les vrais facteurs qui déterminent le poids et la perte de poids.
Le poids apparaît ainsi incontrôlable en dépit de la volonté, du savoir et de l’acharnement à vouloir le perdre. Malgré tout, de nombreuses personnes perçues comme « grosses » luttent en vain pour maigrir afin d’échapper à cette stigmatisation sociale douloureuse. Nous devons revoir nos approches et nos perceptions du poids et de l’obésité. »
« Les descriptions de perte de poids, comme on peut en voir souvent dans des publicités à la télévision, peuvent aggraver de façon significative la stigmatisation de l’obésité. Le fait de croire que les obèses peuvent perdre du poids facilement renforce encore plus les préjugés négatifs et les ressentiments envers les personnes en surpoids. (…) Etant donné le nombre important de personnes qui peuvent être touchées par ces préjugés, la discrimination doit être réduite de façon drastique au niveau de la société toute entière ».
C’est en effet une refonte totale des mentalités qui est à envisager : Une étude réalisée en 1961 révélait que des enfants d'âge scolaire préféraient avoir un ami en béquilles, en chaise roulante, dépourvu de mains ou balafré plutôt qu'un ami obèse. Répétée 40 ans plus tard, l'expérience a livré des résultats encore plus accablants : «La prévalence de la discrimination en lien avec le poids était de 7 % en 1995. En 2005, elle atteignait 12 %, signale Simone Lemieux. Contrairement à d'autres conditions qui affectent la santé physique et psychologique des personnes, l'obésité est perçue très négativement dans notre société.».
Plus inquiétant encore, le personnel de santé lui-même ferait preuve de discriminations : « Les personnes qui souffrent d'obésité disent avoir été victimes de stigmatisation de la part de médecins (69 %), d'infirmières (46 %), de nutritionnistes (37 %) et de psychologues (21 %). Résultat: elles moins enclines à consulter un professionnel de la santé ». Une autre étude a démontré que les femmes obèses ont quatre fois plus de grossesses non prévues et quatre fois plus d'avortements. Elles sont également moins suivies sur le plan gynécologique que les femmes de poids normal. Une des hypothèses est que les médecins hésitent à leur prescrire la pilule alors que pour elles les bénéfices seraient supérieurs aux risques, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Certains praticiens croient à tort qu'elles n'ont pas de sexualité.

Quand on voit l’importance de la télévision sur ces préjugés, on ne peut que s’inquiéter de la recrudescence d’émissions racoleuses telles que « Zita, dans la peau d’une obèse » diffusée récemment sur M6. En Angleterre, un documentaire est allé encore plus loin avec « My big fat fetish ». Le concept : suivre 4 jeunes femmes très rondes qui veulent devenir les plus grosses possibles pour tirer profit de leurs corps (les « Fat Admirers », hommes amateurs de femmes rondes, se constituent en fan clubs et sont prêts à payer pour une « squashing dance »).

Un sale coup pour l’image des obèses qui n’avait pas besoin de cela…