> Peut-on aimer Martine et être féministe ?

jeudi 27 février 2014

Peut-on aimer Martine et être féministe ?


Quand on se déclare féministe, il faut s’attendre à être très régulièrement remise en question au sujet de ses choix ou ses goûts. « Quoi, t’es féministe et t’aimes Houellebecq ? » « Quoi, t’es féministe et t’as adoré le premier album de Doc Gynéco ? » « Quoi, t’es féministe et t’acceptes d’acheter des Barbie ? » « Quoi t’es féministe et ta fille a des livres de Martine dans sa bibliothèque ? ».

Oui, je plaide coupable, jetez-moi des pierres, déchirez mon beau certificat de féminisme, j’assume tout. Même les livres de Martine.

Il faut savoir qu’à part les appareils électroménagers type aspirateur ou fer à repasser miniatures, je n’interdis rien à mes enfants. Cela s’applique également aux lectures.

Je pars du principe que la diabolisation d’un objet ne fait qu’attiser la convoitise. Et que tant que le dialogue et les contre-exemples sont là, rien n’est perdu.

La maîtresse de mon fils avait ainsi choisi l’année dernière une méthode de lecture datant des années 50 : papa y fumait la pipe et allait travailler à l’usine tandis que maman reprisait ou faisait les courses. 

Ce côté rétro avait fait rire mon fils : cela a été l’occasion de lui rappeler à quel point certaines choses avaient changé depuis. Que les femmes n’avaient pas toujours eu le droit de travailler, de voter ou d’avoir un compte en banque.

Autre exemple : un de nos amis avait été choqué de voir que mes enfants possédaient des pistolets en jouets alors que lui les avaient interdits aux siens. Il nous a alors raconté qu’enfant, ayant subi la même interdiction, il avait volé de l’argent à ses parents pour pouvoir en acheter un à son tour. Preuve que la méthode a ses limites.


Pour en revenir à Martine, c’est même moi qui ai acheté le premier album à ma fille. Il s’agissait de "Martine petit rat de l’Opéra", un livre qui m’avait marquée enfant et qui a largement contribué à mon envie de suivre des cours de danse classique. J’ai depuis très vite réalisé que le monde merveilleux de Martine n’avait pas grand-chose à voir avec la réalité. Notamment en tombant sur un professeur de danse qui m’a traumatisée à tout jamais à coup de règles sur les pieds.

Question irréalisme, que dire de cette fantastique fête organisée à l’occasion de l’anniversaire de Martine ?






Les lampions, les chapeaux en papier, la mini fête foraine : je me souviens de mes yeux qui brillaient d’envie à la lecture de ces pages tout en sachant que tout ceci n’existait pas vraiment. A mon époque, les anniversaires se résumaient à une part de gâteau Savane et un verre de Pcshitt (oui, je suis née dans les années 70), ma mère travaillait et nous réchauffait des plats cuisinés plutôt que des mets mijotés pendant des heures. C’est pour toutes ces raisons que le monde de Martine me fascinait et me rassurait en même temps.

Et c’est cette magie que j’ai eu envie de transmettre à ma fille. Bien sûr, il y a bien des choses qui m’agacent aujourd’hui, comme cette obsession de l’illustrateur pour les petites culottes. Ou cette manie de vouloir astreindre Martine aux courses ou au ménage. Mais j’aime aussi constater que le petit frère de Martine est systématiquement à ces côtés pour toutes ces tâches, ce qui n’est pas toujours le cas dans nos livres d’aujourd’hui. Et que dire de ces illustrations magnifiques, de ces détails de l’enfance si finement capturés ?





De plus, Martine a évolué depuis les années 40 : elle voyage en montgolfière et est même devenue une geek !



Voilà pourquoi je ne brûlerai pas les albums de Martine en dépit de mes convictions féministes! Mais cela ne m’empêche pas de proposer à mes enfants d’autres alternatives, que j’ai récapitulées ici et ici.

Cette fois-ci, dans le match entre mon coeur et mon cerveau, c'est le coeur le grand gagnant!

PS : Si vous êtes fans de Martine, je vous déconseille l’exposition qui se tient actuellement au musée en herbe. Bâclée, expédiée en 20 minutes, elle ne vaut pas le coup.