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samedi 22 février 2014

Bifurcation



J’ai trouvé du travail.

Ou plutôt j’ai trouvé un nouveau travail (j’ai décidément du mal moi-même à considérer que le freelance était une activité à part entière).

Quand je me suis lancée à mon compte en tant que rédactrice/journaliste web, je m’étais laissée 2 ans pour arriver à en vivre, le temps de mes allocations chômage. Ce sont elles qui m’ont permis de tenir les mois « sans ». Et je dois dire qu’il y en a eu beaucoup.

Cette expérience a été très enrichissante humainement. Beaucoup moins matériellement.

J’ai eu la chance d’être publiée dans Le Monde, L’Express.

J’ai écrit des articles pour Rue89 et Slate qui ont rencontré un nombre conséquent de lecteurs.

J’ai fait de belles rencontres, travaillé sur des projets différents et enrichissants.

Mais je n’ai pas réussi à en dégager des rentrées d’argent suffisantes et régulières.

Je ne suis pas très bonne (doux euphémisme) en démarchage, pas douée pour le réseautage. Je ne sais pas me taire et sourire en échange d’un contact professionnel éventuel. J’ai progressé mais me trimballe encore un gros problème de confiance en moi. Et un sacré complexe d’imposture.

J’ai appris avec le temps à négocier mais me suis constamment heurtée aux contraintes de budget. Investir dans des bureaux prestigieux, un site internet très sophistiqué ne semble pas vraiment poser de problème. Payer décemment un rédacteur web paraît étrangement beaucoup plus compliqué.  Tant de gens écrivent gratuitement, pas facile de faire comprendre dans ces conditions qu’un écrit ne se brade pas.  Que promettre de la visibilité en échange d’un article ne permet pas de payer le loyer.

Alors début décembre, sans trop y croire, j’ai commencé à faire le tour des offres d’emploi.

J’ai décidé dans un premier temps de ne répondre qu’aux annonces qui me plaisaient vraiment, l’alimentaire, ça serait pour un peu plus tard.

A ma grande surprise, j’ai été contactée pour 3 postes. J’ai passé 2 entretiens puis ai décroché un CDI en tant que conceptrice-rédactrice à partir de mars.

J’y suis allée davantage pour m’entraîner que persuadée de décrocher le job: imaginez, cela faisait 15 ans que je n’avais pas passé d’entretien !

Cette fois-ci, j’avais décidé de me montrer telle que j’étais vraiment.

J’imagine que si je devais aujourd’hui me remettre sur le marché du célibat, à 40 ans, il en serait de même. Je sais ce que je veux et surtout ce que je ne veux pas. Je ne veux plus jouer un rôle qui n’est pas le mien, je ne veux plus perdre de temps. Je veux que celui qui se trouve en face de moi partage mes valeurs, mes failles et mes convictions. Ca passe ou ça casse.

Visiblement, c’est passé.

Lors de l’entretien, le recruteur a entrevu la personne derrière le CV. On a parlé de mon blog, de féminisme et de sociologie. De mes expériences professionnelles aussi mais sans me réduire à cela.

Aujourd’hui, je réalise doucement, constamment tiraillée entre la joie et l’appréhension. L’impatience et la peur de décevoir.

Après 4 ans passés hors du monde de l’entreprise, vais-je arriver à y refaire ma place ?
Vais-je être à la hauteur de ce que j’ai laissé entrevoir en entretien ?
Vais-je trouver un équilibre satisfaisant entre ma vie personnelle et professionnelle ?
Vais-je avoir le temps et l’énergie pour alimenter ce blog ?

Beaucoup de questions, peu de réponses.

A suivre…

17 commentaires:

  1. Félicitations !
    Moi, je fais l'inverse :) je viens de créer mon statut d'AE en rédaction web mais je ne ferme pas la porte à des contrats fixes s'ils croisent ma route.
    J'essaie de ne négliger aucune voie, le marché du travail est tellement difficile !

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  2. Tu as eu raison de te relancer à la recherche d'un job salarié, peut-être n'étais-tu pas vraiment faite pour le statut de freelance. Je n'ai guère d'inquiétude quant à tes compétences, ni quant à ton potentiel : tu écris bien, tu as de l'esprit, de l'humour, tu es hyper réactive (dans le bon sens du terme), tu es connectée, bref, tu ne peux que faire le bonheur d'une entreprise ! En tout cas, je te le souhaite le meilleur. Des bises et bon WE à toi. A suivre !

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    1. Merci Corinne! Je vais aller relire tous tes témoignages de reconvertis pour me donner du courage :-)

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  3. le "complexe de l'imposture", ça me parle beaucoup ça! je suis freelance moi aussi et j'ai l'impression qu'il y a beaucoup de domaines qui sont un peu la dernière roue du carrosse dans le budget des clients... bref, j'imagine qu'il va te falloir une période de (ré)adaptation à la vie en entreprise, et puis après tout va bien aller ;)

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  4. wouai
    y'a des gens pour qui ça marche
    donc je m'étais dit, à 40 ans, ben ça va marcher pour moi, vu qu'on me listait régulièrement mes atouts et qualités, ma situation sans attache ni obligation etc...

    14 ans de galère ...

    dernièrement, on m'a fait remarquer, sans méchanceté, que beaucoup de gens considèrent qu'à mon âge, y'a plein de gens qui commencent à monter le dossier de préretraite...
    de là même façon, y'a des recruteurs, qui m'ont dit y'a quelques années, qu'à mon âge, on n'est plus cadre mais patron... etc...

    bon, ben...
    je continue à lire des annonces, et à envoyer des candidatures...

    et à envoyer les fichiers de mes romans impubliables aux bons coeurs curieux que je croise.

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  5. nan mais Sophie, c'est normal d'avoir peur de pas être à la hauteur avant d'être entrée dans le vif du sujet et surtout d'avoir enduré la longueur de temps d'expérience de cohabitation avec une équipe inconnue. Surtout quand on croit à ce que l'on fait, que ça correspond vraiment à un métier auquel on s'est identifié, que l'on a dans la peau. L'enjeu, le risque de déception est important, à la fois consciemment et inconsciemment.
    L'avantage des paûmés comme moi, qui font un peu n'importe quoi parce qu'ils n'ont pas le choix, parce qu'ils sont trop pauvres symboliquement dans la culture locale et contemporaine, c'est qu'on ne croit pas beaucoup à ce qu'on fait. on ne s'y identifie pas. on se contente de faire très attention à bien faire ce qu'on a à faire pour recevoir sa paie, jetée au pieds comme au chasseur de prime de l'album de luckyLuke, et de ne pas avoir de mauvaise relation avec les gens, qu'on est heureux de croiser, parce que ce sont les rares moments où l'on a l'occasion d'avoir des relations sociales en "vraie", en direct.
    Donc avant d'aller, le premier jour, au nouveau boulot, ben on n'a plus ce genre d'appréhension.
    Ça n'empêche pas, que si on n'y croit pas, on se donne quand même avec l'espoir que ça va se prolonger, qu'on sera repris. Et quand ça n'arrive pas, ben ça fait mal à chaque fois.
    Et tout d'un coup, ben on revoit le temps devant soi, qu'il va falloir passer à lire des tas d'annonces, des tas de lettres à écrire, des tas de gens à chercher à rencontrer un peu n'importe comment, en se lançant la tête vide pour ne plus se faire de film, réagir le plus intuitivement possible pour coller au gars qu'est en face avec son pouvoir de dire oui ou merde, pas faire de faux pas...

    Nan, là, c'est un excellent truc qui t'arrive.
    C'est preuve, à mon avis de bonne santé sociale et psychologique, d'avoir peur...
    Après...
    On verra...

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    1. "Jusqu'ici tout va bien" (copyright "La Haine"). Je t'envoie plein de bonnes ondes pour ta recherche d'emploi Paul!

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    2. merci.
      "to be continuated"...

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  6. Félicitations! J'espère que tu t'épanouiras dans ce nouveau travail, même s'il n'est pas très éloigné de ce que tu as l'habitude de faire.

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    1. Merci! Oui, la prise de risque est limitée :-)

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  7. Avoir peur n'est pas nécessairement un défaut, c'est aussi ce qui te protège, te rend prudente. Quand je suis repartie à Paris, avec mes deux enfants sous le bras, ayant travaillé sporadiquement pour mon mari pdt quatre ans, j'avais très peur. Et quand on m'a proposé un job et que je me suis rendue à l'entretien et que j'ai réalisé que j'allais travailler pour mon ancienne agence douze ans plus tard (j'étais hôtesse pdt mes études), je n'ai franchement pas fait ma maligne... Mais on s'adapte, on observe parce qu'on a peur et ça nous permet de prendre nos marques en douceur.

    Tu es une fille intelligente, Sophie. Et l'intelligence, c'est surtout la capacité à s'adapter et à analyser. La peur sert à ça aussi. Il faudra que tu sois indulgente vis à vis de toi-même aussi. Les premiers temps, tu vas un peu pédaler dans la semoule mais très vite, tu vas trouver ton rythme.

    J'ai le souvenir d'une jeune femme (lors de notre déjeuner) dynamique, souriante et solaire. Nul doute que tu seras un excellent élément :)

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    1. Merci Nathalie! Je repense souvent à ton histoire, que tu nous avais racontée lors de notre déj: ça me redonne de la pêche et de l'espoir!

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  8. Je ne me fais aucun souci pour toi ! (Mais je sais aussi commz cela peut être stressant et mettre la pression).

    Et pouvoir répondre à 3 annonces differentes. Comme je t'envie. Si seulement j'habitais à Paris. Je m'aperçois que mon freelance est un non choix.

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    1. Franchement, je suis très consciente des contraintes du salariat et de ce que je vais aussi perdre en quittant le free-lance! En ce qui te concerne tu peux très bien négocier une grande partie en télétravail et ne passer qu'une journée au bureau.

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