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lundi 10 février 2014

J'ai 16 ans



Jusqu’à il y a peu, lorsque l'on m’interrogeait sur mon âge, la première réponse qui me venait aux lèvres était seize ans.

Situation quelque peu ridicule passé la trentaine, aussi je prenais toujours un temps de réflexion pour faire le décompte dans ma tête avant de répondre.

Cette année, j’ai fêté mes quarante ans. J’ai eu le temps de m’y préparer, de me le répéter comme un mantra et mon corps et ma tête se chargent de me le rappeler régulièrement.

Désormais je ne me trompe plus sur mon âge. Fin d’une époque. J’ai quarante ans.

Je ne m’étais jamais vraiment interrogée sur la signification de ces 16 ans. Qu’est ce que mon inconscient essayait de me dire en me figeant à cette période ? J’ai toujours pensé que derrière chaque adulte se cachait l’enfant ou l’adolescent qu’il a été un jour. 

J’ai dix ans chantait Souchon. Si tu m'crois pas hé, t'ar ta gueule à la récré.

Il a fallu que je perde beaucoup de choses pour comprendre ce que ces 16 ans représentaient pour moi. 

Mon père, mon insouciance, mon travail, mes cheveux.

Quand je repense à mes 16 ans, c’est cette photo qui revient à ma mémoire.

Mon corps, enfin libéré de mon corset, flottant dans un t-shirt Blanc-Bleu trop grand.

Mon père, face à moi, la tête dans un journal, mon frère, à ma droite, la tête tournée vers l’objectif. Ma mère, derrière l’appareil.

Mes cheveux épais, éclaircis par le soleil, que je laissais à cette époque en liberté. Je n’avais pas encore besoin d’artifice, de fer à lisser ou de maquillage pour être présentable.

Ces vacances d’été passées dans le Sud de la France. Le chant des cigales et le parfum de l’air iodé.

Ce moment délicieux du « juste avant », lorsque l’on pense que tout est réalisable. Je serai juge pour enfants ou journaliste, il suffit juste d’y croire. 

Je me souviens de mon cœur gonflé à l’idée de tous ces possibles s’offrant à moi. Le sang aux tempes et la montée d’adrénaline qui me faisaient sentir vivante.

Mes lèvres, vierges de tout baiser.

Mon cœur encore sous cellophane, préservé des séparations, des mots durs et des adieux.

Cette certitude chevillée au corps que le meilleur est à venir.

J’ai 16 ans.

Si tu m'crois pas hé, t'ar ta gueule à la récré.