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mercredi 26 février 2014

Doux-amer



Tic tac tic tac, le compte à rebours avant de commencer mon nouveau travail a commencé.

Chaque jour qui passe signe la fin d’une chose que je ne ferai plus la semaine prochaine.

Chaque seconde écoulée a le goût doux-amer de la disparition.

Dernier marché du mercredi matin, sans la foule et la cavalcade chronométrée. Le temps de soupeser les fruits lourds, les légumes parfumés, de m’emplir les yeux et les narines en rêvassant.

Dernières matinées où l’on prend le luxe de traîner, de grappiller quelques minutes, enroulé dans la couette tiède.

Dernières cavalcades des petits pieds nus sur le parquet en guise de réveil alors que le jour est déjà levé.

Dernières sorties au square. Le froid, les enfants qui hurlent, l’ennui, tout ce que je jusque là je détestais a désormais un goût de trop peu, d’instant volé.

Dernier bain donné aux enfants, derniers devoirs surveillés, dernier petit pain au lait à la sortie de l’école. Etrange nostalgie des contraintes contre lesquelles je pestais habituellement.

Derniers billets de blog écrits en prenant mon temps, la tête fraîche et les idées claires, à mon rythme.

Derniers déjeuners à l’autre bout de Paris, sans me soucier de ma montre.

Dernières balades le nez au vent, sans but. Tiens, et si je coupais par le jardin ?

Moi qui habituellement ne sais pas vivre le moment présent, je me surprends à savourer chaque instant. Intensément.

Je serre les petites mains chaudes de mes enfants un peu plus fort. J’observe leurs mimiques, leurs expressions, leurs tics avec davantage d’acuité. Je les embrasse en croquant leurs joues, j’enfouis ma tête dans leurs cheveux en plissant les yeux. Fort.

« Aïe maman tu me fais mal ».

Rouvrir les yeux. Et sourire, faute de mieux.