> Lettre au Président de la République : coup de gueule au sujet de la réforme du statut d'auto-entrepreneur

samedi 29 septembre 2012

Lettre au Président de la République : coup de gueule au sujet de la réforme du statut d'auto-entrepreneur



Monsieur le Président de la République,

Clarifions tout de suite les choses entre nous : je n’ai pas voté pour vous. Ni pour personne d’autre en fait. Je suis apolitique, non encartée et ne me reconnais dans aucun des programmes politiques de façon absolue. Je ne suis même pas sûre d’être centriste, c’est pour dire.

Si je vous écris, c’est parce que je bous depuis ce matin en apprenant la mort annoncée du statut d’auto-entrepreneur. Votre projet de budget 2013 prévoit en effet un calcul des cotisations de façon forfaitaire (alors que, jusqu’ici, le régime prévoyait une exonération de charges en l’absence de chiffre d’affaire). Ce qui constituait, ni plus ni moins, le cœur du dispositif, passe à la trappe pour calmer la grogne des artisans qui dénoncent une concurrence déloyale.

Je fais partie depuis 3 semaines seulement de ces 300 000 personnes qui ont réussi à sortir de leur statut de demandeur d’emploi pour monter leur auto-entreprise et je me demande de quoi demain sera fait. Le parcours n’a pourtant pas été simple, en dépit des démarches simplifiées. La semaine dernière par exemple, j’ai été radiée de Pole Emploi, ni plus ni moins. J’ai dû y retourner et réexpliquer une énième fois que le statut d’auto-entrepreneur et demandeur d’emploi étaient conciliables. Erreur humaine m’a-t-on répondu.

Pour la première fois, j’ai facturé 800€ il y a quelques jours. J’étais fière et excitée à la fois. 800€ qui ne sortiront pas de la poche de l’Etat et sur lesquels seront perçus des charges sociales. 800€ qui ne changeront rien à la fin du mois pour moi car ils seront déduits de mes allocations. Cependant, ces 800€ représentent beaucoup: ils sont la preuve de mon dynamisme, de mon utilité sociale et me font passer du statut de « demandeuse d’emploi » à celui de « créatrice d’entreprise ». Et c’est beaucoup.

En taxant ces 800€ plus qu’ils ne le sont déjà par le biais d’une cotisation forfaitaire, vous tuez toute envie d’entreprendre. Savez-vous que, dans ce cas, je perdrai davantage d’argent à travailler qu’en touchant tranquillement mes allocations ? Travailler plus pour gagner moins, c’est censé me faire lever le matin ?

Vous dites que le régime est précaire : non, la vraie précarité, c’est le chômage et je sais de quoi je parle. Ce statut, certes améliorable, m’a permis de me lancer sans trop de risque et de tester la viabilité de mon projet. Il m’a redonné confiance en moi sans mettre en péril mes finances. Surtout, il m’a permis de créer mon travail et de sortir de la cohorte des demandeurs d’emploi, comme 300 000 autres personnes avant moi.

Vous le savez, en l’absence de ce dispositif, 3 auto-entrepreneurs sur 4 n’auraient pas crée leur société, moi y compris. Je ne me fais d’ailleurs pas d’illusion à ce sujet : avec votre projet de budget, beaucoup y renonceront ou travailleront au noir. Et vous serez très loin des 130 millions d’euros de gains que vous espériez récupérer.

On dit qu’un raciste c’est quelqu’un qui se trompe de colère. J’ai l’impression qu’en vous attaquant aux auto-entrepreneurs, vous vous trompez vous aussi de colère. Ce n’est pas aux nantis que vous vous en prenez, aux grands patrons qui partent s’exiler pour des raisons fiscales. Personne ne pleurera pour nous, après tout, nous sommes les suppôts du capitalisme, des exploiteurs comme les autres. Pourtant, vous le savez, neuf auto-entrepreneurs sur 10 gagnent moins que le SMIC et le revenu moyen annualisé n’était que de 4300 € en 2009. Votre cadeau aux artisans touche donc une population précaire, à des années lumière de l’image du grand patron et constitue pour nous un impôt indirect de plus.

Ce qui renforce mon amertume, c’est que cette mesure n’a jamais été discutée au préalable. J’ai l’impression d’être une épouse trompée, foutue à la porte sans préavis à cause d’une maîtresse trop possessive.

« Ceux qui ne comprennent pas une chose assurent qu’elle est inutile ».

Pas de doute, Monsieur le Président, à vos yeux, nous ne sommes qu’1,1 million d’inutiles…