> Le poids du silence

mercredi 19 septembre 2012

Le poids du silence

Mon sweat-shirt Wonder Woman 

Ce midi, un peu en avance pour aller chercher mon fils à son cours de dessin, j’ai fait une pause au square au coin de la rue.

En pénétrant dans le jardin, j’aperçois de loin un type avec son pitbull en liberté, accompagné cette fois d’un copain, assis sur le même banc. J’avais déjà eu une altercation avec lui il y a quelques mois, alors que j’étais avec les enfants. A ma surprise, il était parti sans faire de scandale, son chien à ses côtés.

Cette fois-ci, j’étais seule et ma pause n’était censée durer que 5 minutes, je n’ai donc pas jugé nécessaire de faire une quelconque réflexion sur le pitbull qui s’ébattait sans laisse ni muselière et venait renifler les bébés de la nounou assise à côté.

Jusqu’à ce qu’une femme avec une cane, âgée d’une soixantaine d’années, pénètre dans le square. Le chien, attiré par ce nouvel arrivant est immédiatement venu la renifler. « J’ai peur des chiens, pouvez-vous lui demander de venir ? » a-t-elle lancé. En rigolant à moitié, toujours vautré sur son banc, le propriétaire à appelé son chien puis a ajouté « il est gentil, il va pas vous bouffer ».

N’y tenant plus devant tant d’incivilité j’ai lancé « vous êtes au courant que les chiens sont interdits dans les squares ? »

« Oui je sais, y a même un panneau à l’entrée. Mais moi j’ai le droit, je suis chez moi ici, j’habite au-dessus, les flics me connaissent ».

« Non, vous n’êtes pas chez vous. Ici vous êtes dans un lieu public, avec des personnes âgées et des enfants. Un pitbull sans muselière n’a rien à faire ici »

« Ah bon, je vois pas en quoi ça vous dérange »

« Ca me dérange qu’un chien aille faire ses besoins dans les buissons ou qu’il aille morde des enfants ». Puis en m’adressant à la nounou « Madame, si le chien mord un des petits, qu’allez-vous dire aux parents ?». Regard baissé de la nounou, pas de réponse. Pas mieux du côté de la petite mamie qui regarde ses pieds.

Le type, toujours vautré sur le banc, chuchote en riant sous cape avec son copain.
« Je ramasse les merdes de mon chien moi ! je peux même vous les montrer (rires gras). De toutes façons, ça se voit que vous êtes une femme aigrie. Vous êtes célibataire, sans enfants, ça se voit. Regardez la dame avec ses enfants, elle ne m’a rien dit ».

« Moi célibataire ? Et ça c’est quoi (tout en brandissant mon alliance comme un trophée. Oui c’est pathétique mais on n’a pas toujours toute sa tête dans le feu de l’action). Et contrairement à ce que vous pensez, j’ai 2 enfants, que je ne peux plus emmener ici à cause de gens comme vous, qui font la loi et ne respectent rien ».

« Moi je suis plus respectueux que vous, vous avez dû voter Sarko ça se voit »

Devant un tel déluge de bêtises et l’heure tournant, je décide alors de lever le camp. A l’entrée du square je croise un jardinier et lui fais part de ma mésaventure « Je sais, ils n’ont pas le droit, je leur ai déjà dit ».
Les 2 types m’entendant discuter se lèvent et repartent de plus belle « Vous êtes une lepéniste, vive Marine le Pen hein ». Le jardinier tente alors un « ho les gars » timoré puis reste pétrifié. Moi, je continue : « Ducon, ma mère est née en Algérie, mon père est de Roumanie et j’ai jamais voté le Pen. Tu te plantes total mec. Mais avec un tel comportement, faut pas t’étonner que des gens le fassent. C’est parce que je parle de respect que tu me traites de FN ? Tu me fais penser à ces élèves qui frappent les profs dans les écoles parce qu’ils « leur ont manqué de respect ». C’est le monde à l’envers ».

« En parlant de respect, tu me parles pas comme ça, j’ai 37 ans »

« Eh ben moi 39 ans ! » (petite fierté intérieure). Je pars et je réalise alors que je porte mon sweat-shirt Wonder Woman. Je ris jaune.

Sur le chemin du retour, je prends conscience qu’au-delà de l’incivilité manifeste des 2 types, personne dans l’assistance n’a osé broncher. Tête rentrée, yeux baissés, la peur a eu le dessus. Et ce silence assourdissant me terrifie.

"Le monde est dangereux à vivre. Non pas tant à cause de ceux qui font le mal mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire". Albert Einstein