> Et si on foutait un peu la paix aux juifs de France?

vendredi 21 septembre 2012

Et si on foutait un peu la paix aux juifs de France?



Je n’ai jamais fait partie de ceux disant « La France n’est pas mon pays » ou de ceux qui brandissent le spectre de l’antisémitisme pour justifier un départ en Israël. Si je devais émigrer un jour, il y a d’ailleurs de fortes chances pour que je choisisse plutôt de m’établir au Etats-Unis. Même si ceux qui font leur alyah ont tout mon respect, je ne me sens pas capable de sauter le pas pour l’instant.

En toute honnêteté, jusqu’à il y a peu, je n’envisageais d’ailleurs même pas de quitter la France, tant je me sentais attachée à ce pays, à sa culture.
Pourtant, depuis quelques jours, l’atmosphère y est devenue à mes yeux si irrespirable que la perspective d’un départ se dessine progressivement en filigrane dans mon esprit. A chaque fois que j’écoute la radio, twitte ou lis le journal, je fais un pas de plus vers la sortie. Je me sens otage d’une situation dans laquelle je n’ai aucune part de responsabilité, victime collatérale d’une flambée de violence où je n’ai rien à faire. Et ma communauté avec.

Tout a commencé avec le film « L’innocence des musulmans » et les dépêches d’agence se ruant sur l’information, avançant sans précaution que le réalisateur était « un israélo-américain ». Comme l’a expliqué le site Jewpop dans son article, des Inrocks à TF1, en passant par Europe 1 et Le Parisien, ces« articles » sont toujours en ligne et n’ont fait l’objet d’aucun addendum ou mea-culpa. Dire qu’il y en a encore qui pensent que les juifs sont partout surtout dans les médias…

Ca a continué avec ces vidéos qui ont circulé sur Facebook, montrant des manifestants « pacifiques » défilant sur les Champs Elysées au cri d’’Allah Akbar » et « Egorgez les juifs ». Puis la polémique autour des caricatures de Charlie Hebdo. Si le but était de faire le buzz et de provoquer autour du film « l’innocence des musulmans », il fallait le faire jusqu’au bout, sans se sentir obligé de rajouter un religieux juif qui pousse le fauteuil roulant. Quelle est l’idée sous-jacente derrière cela ? Adoucir la colère de ceux qui seraient ulcérés par ce dessin en se justifiant par un « mais les juifs aussi en prennent pour leur grade » ? Si l’idée de la caricature c’est « faut pas se moquer », sous-entendu, dès qu’on se moque, c’est l’escalade de la violence, peut-on me dire quand est ce que les juifs ont manifesté ou tué suite à un dessin ? Si Charlie Hebdo voulait faire de l’égalitarisme religieux à 2 balles, pourquoi ne pas avoir rajouté un curé ? Bizarrement, personne n’a parlé de cet aspect du débat, se bornant à se demander s’il était justifié de publier ces caricatures ou pas. Je n’ai pas non plus beaucoup entendu parler de l’attentat ayant lieu cette semaine dans un supermarché kasher de Sarcelles. 2 individus masqués y ont lancé mercredi dernier une grenade sans que cela ne suscite beaucoup d’émotion.

La goutte d’eau a été cet article publié dans le VSD de cette semaine «Profs à l’école de la haine ». Le journaliste François Nénin y regroupe les témoignages de professeurs décrivant la violence ordinaire rencontrée chaque jour dans leurs classes. Ce prof frappé à coup de poings parce qu’il avait osé dire que le Maroc était une monarchie au fonctionnement dictatorial. Cet autre qui explique froidement que les profs se censurent et qu’il existe une liste de sujets tabous en classe : l’Islam, la guerre d’Algérie, les régimes politiques africains, l’homosexualité et les juifs. « Comment visiter un musée de la Shoah avec des élèves qui ricanent ou regrettent qu’Hitler n’ait pas exterminé tous les juifs ? » se désole Gabrielle Déramaux, auteure du livre « Collège inique (ta mère !) ». Pourtant là encore, le journaliste, peu avant sa conclusion croit bon de mettre les juifs dans le même bateau « D’autres professeurs de lycées huppés de Paris font état de pression de la part de la communauté séfarade : « ce sont certains parents qui vous font savoir que si vous n’êtes pas de confession juive, vous n’êtes pas qualifié pour évoquer la Shoah en cours ».
Bizarrement, alors que dans la première partie, les témoins étaient cités nominativement, on a le droit ici à un flou artistique pas digne d’un journaliste « d’autres professeurs » « certains parents ». « La communauté séfarade », quant à elle, ne veut rien dire, pourquoi n’avoir pas osé écrire « la communauté juive » ? Quant à mettre sur le même plan profs frappés à coups de poings, rires sur la Shoah et réactions de « certains parents » de « certains collèges huppés » c’est juste une imposture intellectuelle.

S’il y a pression de certains membres de ma communauté, il est urgent d’en parler mais autrement que par des « certains disent » évasifs et non-factuels.

Aujourd’hui j’ai mal à ma France. J’ai l’impression que ma communauté sert aujourd’hui de bouc-émissaire et de cache-sexe commode. Et le pire, c’est que je ne vois pas d’issue favorable à cette situation.

Mardi prochain commence Kippour. Je vais, pour quelques heures, ranger mes questionnements et mes déceptions en espérant des jours meilleurs. Mais pas sûr que je pardonne.

(Doudette parle ici aussi très justement de sa "tentation de l'exil")

Edit : et aujourd'hui Marine Le Pen se prononce en faveur de l'interdiction du voile et de la kippa