> Peut-on être femme au foyer et féministe?

lundi 31 mars 2014

Peut-on être femme au foyer et féministe?



Ca fait plusieurs semaines que je souhaitais traiter ici de la problématique des femmes au foyer et du féminisme.  A cause des réactions suscitées par mon changement de situation professionnelle tout d’abord. Puis après être tombée sur cet article. Je précise que je ne partage pas toutes les opinions des 2 auteures, notamment en ce qui concerne le partage des tâches. Je ne valide pas non plus l’analyse psychologique de comptoir qui voudrait que les féministes aient toutes « une haine de la mère ».

Mais l’article a le mérite de mettre le doigt sur la place des femmes au foyer au sein du féminisme.

Quand j’ai vu qu’il a été relayé par un de mes contacts Facebook, engagé dans la cause des femmes, accompagné du commentaire « Texte pétainiste qui veut renvoyer les femmes à la cuisine », mon sang n’a fait qu’un tour. 
Est-ce qu’on peut arrêter 5 minutes de décider à la place des femmes ce qui est bon pour elles ? 

Est ce que le but du féminisme n’est pas justement de laisser le choix à celles-ci plutôt que de constamment juger leurs décisions? 

Bien sûr, certaines femmes subissent le fait d’être une mère au foyer mais pour certaines, il s’agit une décision éclairée et pas forcément une conséquence de l’endoctrinement de leur mari machiste. Leur refuser ce libre-arbitre est aussi condescendant à mon sens que d’estimer que toutes les femmes voilées le sont contre leur gré. Ou qu’elles subissent une oppression dont elles n’ont pas conscience.

Quelle prétention de croire que c’est à nous, féministes, de les libérer malgré elles. Ou de décider de les exclure du mouvement comme le déclarait Gisèle Halimi «Être une femme au foyer reste un choix, et il est respectable, mais c'est un choix qui n'est pas compatible avec la démarche de libération des femmes».

Non, le travail n’est pas forcément un épanouissement, une libération. Allez dire ça à la femme de ménage qui récure des toilettes ou à l’ouvrière qui travaille à la chaîne. La lutte pour le travail des femmes et pour la parité des salaires est une longue bataille, nécessaire. Mais elle ne doit pas pour autant nous empêcher de respecter celles qui ont décidé de faire une pause ou d’arrêter leur carrière professionnelle.

Pourquoi dans ce cas-là, s’agit-il alors majoritairement de femmes m’objectera-t-on ? Pourquoi peu d’hommes décident de devenir homme au foyer si c’est si valorisant ?

Parce qu’en général les hommes sont mieux payés que les femmes (oui c’est scandaleux et oui il faut lutter contre cela) : renoncer à leur salaire mettrait en péril les finances du ménage. Et puis, dans notre société patriarcale, il n’est pas bien vu pour un homme de partir tôt le soir pour un rdv chez le pédiatre, pas plus qu’il n’est facilement admis qu’un homme s’arrête de travailler pour s’occuper de ses enfants. Même s’il s’agit d’un père particulièrement progressiste ou impliqué. Le conditionnement est parfois tellement puissant qu’il ne s’autorisera lui-même pas même l’idée.

Ce qui m’attriste c’est que j’ai le sentiment que les pires jugements viennent des femmes elles-mêmes. Le clan des working-girls toise de haut celui des mères au foyer. Les mères qui travaillent n’ont de cesse de démontrer qu’elles arrivent à tout faire, qu’elles ne sont pas des mères indignes pour autant. Les mères au foyer n’ont de cesse de revendiquer le fait qu’elles aussi ont une utilité et demandent à être payées. Et chacun des clans juge l’autre partie pour se persuader qu’il est dans le vrai. Qu’il a fait le bon choix.

Quand j’ai annoncé ma décision récente de mettre fin à mon CDI, les réactions les moins empathiques sont venues de femmes. Entre celles qui m’ont dit ne pas vouloir me voir tant que je n’aurais pas fait un point sur ma vie professionnelle, celles qui m’ont dit « C’est drôle pour une féministe », celle qui étaient ravies de déjeuner avec moi tant que j’avais un boulot puis s’évaporent ensuite, la liste est longue. Ma copine Sophie a d’ailleurs écrit un billet très drôle au sujet des réactions suscitées par sa décision.

Ces jugements perpétuels me font penser aux nombreuses polémiques autour de l’allaitement, à la guerre entre celles qui donnent le sein et celles qui préfèrent le biberon. Aux justifications perpétuelles de toutes pour prouver finalement qu’elles sont des bonnes mères, indépendamment de leur choix.

«L’allaitement est-il compatible avec le féminisme ? » titrait encore cet article récemment.

Et si, ce qui était féministe finalement, c’était tout simplement d’avoir le choix ?

28 commentaires:

  1. "Et si, ce qui était féministe finalement, c’était tout simplement d’avoir le choix ?" Je me bats tous les jour pour le faire comprendre à mon entourage, c'est pour moi LA définition du féminisme. Je fais tourner l'article avec plaisir.

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  2. Ce qui me gêne par-dessus tout pour les personnes au foyer (qu'elles soient hommes ou femmes), c'est la dépendance économique vis-à-vis du conjoint. Sur l'instant, soit, mais aussi à long terme car ce choix de vie a un fort impact sur la retraite notamment. Du coup, en cas de séparation, c'est la "double-peine" !

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    1. Je suis d'accord, c'est un vrai problème. Mais à mon sens, cela ne concene que celle qui fait ce choix. Les autres femmes n'ont pas a le juger.

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    2. Bien sûr que l'on a pas à juger le choix d'une personne, je n'ai jamais méprisé les femmes au foyer, élever ses enfants n'a absolument rien de débilitant ! Mais la question de la dépendance économique fait selon moi qu'il est dangereux de promouvoir ce modèle, c'est bien la liberté de gagner sa vie, de gérer son propre argent qui a permis aux femmes de s'émanciper, comme le dit Alice faire une pause après une naissance c'est normal mais arrêter tout travail des années si on se retrouve larguée c'est la porte ouverte à la pauvreté ! Bon d'un côté étant une jeune fille sans enfant, je n'ai peut-être pas encore l'expérience suffisante pour débattre sur ce sujet.

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    3. Bien sûr que l'on a le droit d'avoir un avis sur le sujet, même sans enfant! Je suis la première à dire qu'il est important d'avoir une indépendance financière. Pour autant, je n'irais pas dire à une femme au foyer qu'elle est aliénée, qu'elle doit absolument se libérer à travers un travail si c'est son choix. C'est là la différence.

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    4. Etre aliéné est peut-être un terme un peu fort, je parlerai plutôt de l'influence de l'éducation, je n'irai pas dire à des femmes au foyer qu'elles font une erreur et doivent obligatoirement se mettre au travail. Il faut cependant reconnaître que le fait d'élever ses petits est et a toujours été considéré comme une affaire de femmes et que beaucoup d'entre elles y sont assignées au détriment d'autres travaux auxquels elles aspirent parfois mais n'osent pas se lancer par manque de confiance et commodité financière parce que leur compagnon gagne d'avantage et que l'équilibre du logis repose en entier sur leurs épaules. Il faudrait pousser les garçons à cultiver leur côté mère-poule et fée du logis pour que chacune puisse y trouver son compte.

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  3. Bel article.
    En fait, j'ai l'impression que cela peut être généralisé pour beaucoup de chose. J'ai l'impression qu'on juge en premier avant d'essayer d'écouter et de comprendre. Essayer d'avoir de l'empathie, essayer de se mettre à la place de l'autre et ne point juger.
    Je dérive un peu, mais cela me fait aussi penser à mon tout premier devoir de philo qui raisonne encore pour moi comme une question difficile à répondre : "peut-on tout tolérer?"

    Perso, je trouve ton choix de boulot personnel avant tout, et courageux, car je ne pense pas que je pourrais le faire.

    Après, voilà, je n'oublie pas la fable des gros cailloux... Chacun les définit comme il l'entend... et avec le temps ils peuvent changer...

    Bon, désolée, mon commentaire est un peu fouilli... Peut-être une manière de te dire aussi que j'aime toujours lire tes article,s même si je commente peu :-)

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  4. Merci pour cet article.
    Je suis tout à fait d'accord (et pas que sur le sujet femmes qui travaillent / femmes au foyer), il faut arrêter de dresser les femmes / les mères les unes contre les autres, et travailler ensemble à un monde qui soit meilleur pour TOUTES.
    Dans les récents débats sur la réforme du congé parental et la levée de bouclier des mères au foyer pour défendre leur statut, j'ai été extrêmement blessée, en tant que mère qui travaille, par les articles de blog vantant le fait d'être au foyer, par opposition au fait de travailler, qui nous décrivaient comme de mauvaises mères qui ne faisaient pas le "noble" choix de passer plein de temps avec leurs enfants.
    Je suis favorable au choix qu'on fait de sa vie, et franchement, entrer dans le débat en s'armant d'un "notre choix c'est le meilleur" m'a semblé totalement absurde (et c'est valable d'un côté comme de l'autre). Des solutions de société existent qui permettent de faire une place à tout le monde, ouvrons le débat, serrons-nous les coudes ! (ça fait un peu syndicaliste-des-femmes-démago, là, désolée ^^)

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  5. En lisant ton article, j'ai eu envie d'applaudir, tellement je le trouve remplit de bon sens. J'avais vu un jour un badge/sticker Facebook qui disait "feminism is the radical notion that women are people" (plus ou moins "le féminisme est la notion radicale que les femmes sont des gens comme les autres") et cet article convient totalement à cette idée. Pour moi, ce que cherche le féminisme avant tout c'est que nous soyons considérés en tant que personnes individuelles, et non comme une masse homogène de femmes indentikit avec les mêmes caractéristiques.

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  6. Je suis tout à fait d'accord, le but ultime, c'est que chacune (et chacun !) puisse choisir ce qu'il veuille faire sans être jugés. Pour en revenir au fait que peu d'hommes font le choix de faire une pause carrière, ce que tu dis est très juste. On va toujours être étonnée, dans le meilleur des cas, et poser des questions qui donneront peut-être à cet homme le besoin de se justifier, ce qui ne serait pas forcément le cas pour une femme. C'est dommage.

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  7. Pour moi, la chasse à la mère indigne qui existe parmi les femmes, et le rejet des autres "choix" de vie, traduit un malaise qui est réel dans toute la société. On ne sait pas quoi faire de ces mioches. Ils sont considéré comme une nuisance par un peu tout le monde.
    Et ne soyons pas hypocrite, les enfants d'aujourd'hui en sont réellement une, tant ils ont été éduqué pauvrement par des "adultes" plus ou moins attardés. Combien d'hommes et de femmes se retrouvent face à leurs enfants comme une poule devant un ordinateur ?

    C'est une situation que nous devons assumer. Car en rejetant (à raison évidement) la société patriarcale, il a fallu rejeter les "anciens" pères et mères. On s'est par là privé de leurs expériences. On a été capable d'inventer des nouveaux modèles éducatifs, qui n'ont pas à être mal jugé en eux même. Ils correspondent aux changements que l'on a voulu de la société. Bien sur, il convient de les critiquer et de les améliorer. Mais le problème c'est le manque de compétences et d'expérience des parents. La société a cessé d'être transgénérationnelle. On est passé d'un foyer large (où les grands parents étaient à proximité et les enfants étaient nombreux et de tout âge) à des foyers rikiki. On ne cessait jamais de vivre avec des enfants. On apprenait en grandissant à gérer d'autres enfants. Aujourd'hui, non seulement, on élève mal nos enfants mais en plus on ne les prépare pas non plus à devenir des bons parents.

    Cela dit cette crise de la parentalité est peut-être transitoire. La crise aidant (...) les grands-parents recommencent à vivre avec leurs petits enfants, et jouent peut-être d'avantage leur rôle que par le passé. Et les générations de parents féministes commencent à avoir du recul pour faire la critique de leurs erreurs passées. Nous avons donc bien besoin des femmes (et des hommes) au foyer ET FÉMINISTES pour devenir des "anciens" expérimentés et réfléchis capables d'aider les autres à devenir des parents efficaces. A eux de faire disparaitre ce "métier" de mère, en donnant à tous les hommes et à toutes les femmes, les moyens d'élever des enfants sans se galérer outrageusement comme aujourd'hui. Et cela ne doit pas nous empêcher de diminuer notre temps de travail, si on en a les moyens et l'envie pour faire autre chose, dont beaucoup d'enfants si le cœur nous en dit.
    Cela permettra d'éviter de faire perdurer cette société de transition si décriée par les nostalgiques du patriarcat.

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  8. Totalement d'accord avec toi. Pour moi, le féminisme que je pratique c'est exactement ça : AVOIR LE CHOIX ET NE LAISSER PERSONNE VOUS DIRE CE QUE VOUS DEVEZ FAIRE SOUS PRÉTEXTE QUE VOUS ÊTES UNE FEMME.
    Et il est vrai qu'il est extrêmement pernicieux de voir que les critiques les plus violentes viennent souvent des femmes. Même si c'est selon moi dû à leur socialisation qui a tendance à toujours montrer les autres femmes comme des concurrentes et non comme des alliées...

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  9. Hélas, je ne peux pas commenter leur article sans m'inscrire, donc je vais faire deux remarques à ce sujet ici :

    "La méthode est globalement la même s'agissant des violences que certaines femmes - se déclarant «féministes» - infligent actuellement à d'autres femmes."

    Oui, ça, c'est bien beau de taper sur les féministes (pour changer) mais elles ne sont pas les seules dans ce cas. J'ai dernièrement causé maternité, accouchement, avec deux amies, qui ont été très virulentes sur l'allaitement et décrété qu'elles n'étaient ni des animaux, ni des vaches à lait au service de leur bébé, qu'elles comptaient avoir une vie en dehors de "la mère", etc. Ce sont deux personnes qui jamais ne se reconnaîtraient comme féministes, et qui pensent que ces dernières sont des hystériques avec trop de temps libre.
    Donc "on" devrait arrêter de mépriser les femmes au foyer, mais "on" c'est très vague et recouvre bien plus que certaines féministes.

    "Comment expliquer que ces «féministes» maltraitent ainsi leurs sœurs, dans le silence apeuré des hommes, tétanisés à l'idée de se faire traiter de «machos»?"

    Ah, un peu de male tears. Les féministes sont épouvantables et terrifient les hommes. Bouhouhou.

    _________

    Au sujet de l'article ici-publié, moi ce que je trouve drôle pour une féministe, ce n'est pas de quitter son boulot, c'est de juger celle qui le fait. Je ne suis pas du tout témoin de ce genre de mépris (envers les femmes au foyer) dans ma vie quotidienne et ça m'attriste de constater qu'il y a vraiment une dissension qui existe entre les mères et certaines féministes. Je trouve ça tellement incompatible, de vouloir libérer la femme et de lui dicter ce qu'elle doit faire – que ce soit concernant l'habillement, l'accouchement, travailler ou non...
    Que chacun choisisse ce qui lui plaît, ça paraît encore si utopique ?

    ps : cela tombe à point, je viens juste de voir cette image : http://24.media.tumblr.com/41acd597b7aa091040c11564a2320971/tumblr_n05n7hmnpG1qayeymo10_400.jpg

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    1. Ah oui, cette image tombe à pic effectivement!

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  10. Pour revenir sur la notion de "dépendance financière" par rapport à son mari, je crois qu'il faut replacer les choses dans leur contexte. Il s'agit là de situations où évidemment le mari ne force pas sa femme à rester à la maison s'occuper des enfants et où la femme a des compétences pour trouver du travail si elle désire en retrouver. Peu importe que ce boulot soit une affirmation sociale et corresponde à une suite logique d'études supérieures et de progression professionnelle ou un simple job alimentaire. La femme choisi ce qu'elle a envie de faire : en gros si elle a envie elle bosse, si elle a pas envie elle bosse pas.
    Tout cela n'est pas inscrit dans une situation de dépendance parce qu'il s'agit d'une décision commune. Il n'y a pas de logique du "ton salaire c'est ton salaire, mon salaire c'est le mien et on fait un compte commun pour les dépenses du ménage". Il s'agit là d'une association, d'une réelle collaboration. Un homme et une femme qui gèrent leurs priorités, leurs choix sans penser au couple qui va peut être un jour se casser la figure (spectre de la nana qui se retrouve seule ! La pension alimentaire insuffisante, le boulot à retrouver ...).

    J'ai le souvenir d'une collègue de bureau qui refusait de se mettre à temps partiel et qui pourtant avait un confort de vie assez conséquent. Ce temps partiel aurait pu lui permettre de finir tôt et d'aller chercher ses enfants à 16h30 (au moins) afin que ce ne soit pas la nounou (employée de maison à plein temps) qui s'en charge. Je n'étonnerai personne en affirmant qu'il est un peu plus agréable pour un enfant de passer du temps avec sa propre mère plutôt que sa nounou (enfin en théorie !)
    Quand je la questionnais sur cette volonté de rester en temps plein (et de finir même très tard, je bossais à la TV à l'époque et il nous arrivait de rentrer vers 21h, 21h30) Elle ne savait rien dire d'autre que "imagine si mon mari me quitte, il est hors de question que je me retrouve sans travail".

    Cette femme qui avait TOUT à dispo (la possibilité de se mettre en temps partiel, les finances qui suivent, l'employée de maison pour la soulager) ne vivait qu'avec la hantise de se faire plaquer par son mari. Elle n'imaginait même pas une seule seconde qu'avant de penser à l'éventualité de se séparer, il fallait peut être déjà penser à celle de vivre en harmonie le plus longtemps possible (couple = compromis, remise en question ALLO ???) et qu'un temps partiel pouvait se retransformer en temps plein si un coup dur se présentait. (à suivre … 1/2)

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  11. (suite …2/2) Nous voici donc devant une volonté farouche de la femme d'être indépendante, comme si elles avaient leurs valoches toujours prêtes à partir, posées dans l'entrée et au moindre mot de trop JE ME CASSE !

    Je n'ai pas la sensation de dépendre de mon mari parce que je m'occupe de mes enfants. j'ai la sensation de m'occuper de ma famille ( et des gens que j'aime qui gravitent autour de moi ) j'ai la sensation de leur donner du temps, de prendre mon temps sur des choses que je considère essentielles, d'aider mon mari dans son épanouissement professionnel en le déchargeant de certaines contingences que je suis à même de gérer. Tout comme lui me permet de gérer la nouvelle orientation professionnelle que je souhaite donner à ma vie, et qui ne se construit pas en 6 mois. Il s'agit là d'une collaboration. Une réelle collaboration amoureuse, affective, émotionnelle, pragmatique, psychique et surtout mutuelle. Il s’agit là d’une vie extrêmement privilégiée parce qu’effectivement j’ai ce choix. Comme le situait Sophie, on ne parle pas ici d’une mère célibataire qui travaille à l’usine et qui n’arrive pas à joindre les deux bouts. On parle simplement ici de ce que l’on vit et par extension, de ce que l’on connaît.

    Si demain le vent tourne et que je me retrouve dans une position délicate, je me connais suffisamment pour savoir où dénicher les ressources nécessaires pour aller de l'avant et rebondir. C'est peut être présomptueux d'avancer cela. Je n'en sais rien. C'est ce que je ressens et à 40 ans, la vie m'a déjà permis de rebondir dans une multitude de situations délicates. Raison pour laquelle je m'autorise à penser de cette façon. Chaque contexte est spécial, chaque situation est particulière et très personnelle et c’est en ce sens que la généralité est insupportable.

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  12. euh...
    j'vais faire mauvais genre : vous en avez rencontré beaucoup des hommes à qui on a proposé de devenir "homme au foyer" ?

    ensuite, c'est qui le "on" qui leur aurait proposé ?

    nan parce que bon, un homme au foyer, en fait, il est plus en couple... très souvent... il est chômeur... et y'en a plein qui se retrouvent sdf, quand ils ne peuvent par revenir chez leurs parents...

    bref, je suis pas sûr que ce soit parce que les hommes sont "en général" mieux payés que les femmes. c'est intéressant d'ailleurs d'avoir précisé "en général", ça indique qu'on est consciente de l'existance de cas n'y correspondant pas : est-ce que ces cas là sont en couple et sont-ils nombreux ?

    nan parce que bon, j'ai effectivement croisé quelques cas, dont certains remontent à mon enfance, d'hommes ne travaillant pas et ayant quand même une vie de couple, voire, mariés, avec même des enfants !!! et qui s'occupaient de la maison, et dont l'épouse, compagne et complice exceptionnelle, avait une situation intéressante : ben sans dec, tout leur entourage leur faisait bien comprendre que c'était exceptionnel, voire, très louche... genre, qu'est-ce qu'elle fout avec cette lavette, ce minable, ce paûmé... ce sous-homme...

    la réponse, me semblait évidente pourtant : ils s'aimaient de façon simple.

    mais ça aussi, j'ai observé depuis mon enfance que c'est exceptionnel...

    ce que je veux indiquer, c'est que les injonctions et les stéréotypes sont symétriques et très bien organisés pour se reproduire dans les faits comme dans les inconscients.

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    1. Alors c'est dommage si ça n'apparait pas clairement dans mon billet mais oui les hommes subissent également des injonctions, notamment être celui qui ne s'accomplit que par son travail. Mon père a été un temps père au foyer pendant que ma mère travaillait, il s'est occupé de mon frère alors bébé et ça n'a pas du tout été bien perçu par certains, je confirme. Surtout que ça se passait il y a 30 ans.

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  13. bon, pour revenir sur la question de la "personne au foyer"

    nan parce que bon, que ce soit les femmes ou les hommes, y'a un truc qui me semble évident : c'est que dans tous les cas, ce n'est pas le fait en soi d'être au foyer qui est méprisé, de diverses façons, par les gens, à l'égard d'hommes ou de femmes.

    c'est le fait de ne pas reproduire le modèle culturel viril et masculin en vigueur qui s'exprime à travers le volatarisme du travaileur engagé avec foi dans une activité économique LUCRATIVE bien plus qu'alimentaire.

    car, on voit déjà le mépris pointer dans la hiérarchie des jugements de valeurs à l'égard des différentes activités : il faut non seulement qu'elles se fassent à l'extérieur d'un intérieur domestique rabaissant l'acteur à l'état d'enfant n'ayant pas "solutionné" son complexe d'oedipe : c'est évidemment pas Freud qui pensait ça, c'est ce que le processus de socialisation de la psychanalyse à récupéré pour légitimer son système culturel.
    Mais il faut que l'activité soit lucrative et elle ne l'est que si l'acteur exprime son engagement identitaire, même en tant qu'esclave de niveau zéro, à travers une identité corporatiste, qui prouve qu'elle est plus qu'un apport logistique, de conservation de base, et répond à une autre imbécilité projective illustrée par la pyramide de maslow : la réalisation de l'idéal.

    or là encore, c'est pas viril d'avoir pour idéal de pas vouloir être autre chose qu'un ou une ardente combattante affrontant les rigueurs d'un monde extérieur effrayant mais qui prouve la force de la bête...

    Il FAUT en plus ye CROIRE

    d'ailleurs, si t'es chômeur, c'est que t'y croit pas assez, voire, en fait que tu veux rien fouttre, c'est à dire être : ben si, le principe viril c'est de fouttre.

    ben nan hein...
    nan parce que bon, être à la maison, ben c'est rester au chaud bien protégé... si si...

    donc voilà. c'est pas dur à comprendre, dans leur système, y'a qu'un seul modèle de référence : celui du guerrier qui part combattre fièrement et prouve tous les jours sa force.
    donc faut qu'il quitte son toit, son lit,... tout quoi qu'est-ce que n'importe quel animal même pas très futé semble cultivé dans toutes les niches écologiques observables...
    nan mais
    les zhumains, justement, c'est pas des zanimos
    et faut qu'ils le prouvent.

    donc voilà.
    non seulement, faut que tu bosses, mais faut que ce soit pas pour juste ta gammelle et ton toit, et pas non plus parce que tu t'emmerdes à la maison hein (quoi ? tu t'emmerdes devant la télévision ?... genre y zont rien d'autre à la maison que la télé...)

    faut en plus que tu te développes, tépanouïsses, réalises ton idéal, ton identité sociale par exemple en étant militant syndicaliste si t'es ouvrier, n'an parce qu'autrement t'es jaune, et qu'en plus t'aille avec les autres aux match de foot, au rotaryclub, enfin le truc de ton groupe corporatiste.

    autrement, c'est que t'es une merde

    et c'est valable quelque soit le genre.

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  14. nan pis la question de départ, est-ce qu'on peut être femme au foyer et féministe, ça me rappelle des questions du genre est-ce qu'un bourgeois peut être anarchiste, ou communiste etc...
    bref
    dès que t'as des zidées, faut, tu dois, être quelque chose selon l'idée que les zôtres se font de l'idée de tes zidées.
    y'en a un peu raz la cafetière des devoirs de ce genre.
    c'est de la pensée catégorielle de comptoir du commerce ça.

    ça veut pas dire non plus que quand on n'est féministe, "faut" refuser de travailler parce que le modèle du travail, j'observe que ça correspond à un truc viril de merde.

    ce que je cherche à indiquer, c'est que tous ces jugements sont profondément conformistes, faussement diversifiés et contestataires d'un système culturel et social dont ils sont des reproducteurs rivalitaires.

    y'a des gens qui font beaucoup mieux les activités incontournables du foyer, que celles d'autres domaines.
    y'a des gens qui sont pas faits pour vivre en famille, ou en couple.
    d'autres qui sont très efficaces pour leur entourage, social ou privé, en tant que professionnel de quelque chose, ouvrier ou autre...
    ben ils sont tous utiles de diverses façons.
    le problème, c'est qu'à force de chercher des valorisations idéalistes à un tas de trucs, on a fabriqué des tas de trucs et de positions et de hiérarchies de jugements, qui n'ont aucune utilité réelle en dehors de la valorisation, la gloire, l'égo...
    et ça rend la vie... pas belle du tout.

    du coup, ben y'a des moments, où on se sent très mal quand on est la cible d'un jugement pour cause de dérogation à un truc "valorisant" auquel on ne participe pas, parce qu'on a autre chose à faire.
    des fois
    on sait pas très bien ce qu'on a à faire.
    mais on sait ce qu'on ne peut pas faire.

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  15. je suis entièrement d'accord avec toi :)
    ps:mon dernier fils a décidé d'être père au foyer^^

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  16. En tant qu'homme et père, ce qui me parait d'une ringardise et d'un sexisme d'un autre age, c'est de considérer que c'est le rôle quasi exclusif de la mère d'élever les enfants. C'est bien ce qui est sous tendu par la polémique bonne mère/mauvaise mère face au travail.
    En dehors de la grossesse et de l’allaitement je ne vois RIEN qui doive d'office dépendre plus du père que de la mère.
    Comme quoi tout n'est pas toujours très net dans la tête de certaines "féministes"

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    1. Euh ça serait bien que les commentaires ne virent pas au "féminist bashing". Le discours des féministes va dans le sens du partage des tâches justement et l'éducation en fait partie. C'est plutôt la société en général qui a du mal à l'accepter. Quant à l'allaitement, avec un tire-lait le père peut tout à fait participer.

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    2. Je ne voulais pas du tout faire du "feminist bashing" comme vous dites, je dis simplement que parfois on ne va pas jusqu'au bout de la logique : Dans le même style expliquer que des crèches plus accessibles sont la solution pour aider les femmes à avoir une vie active plus confortable me hérisse : c'est encore une fois accepter que c'est le rôle de la femme de s'occuper des enfants( et par extension de la maison).
      Et je suis tout à fait d'accord avec vous que c'est la société en générale qui est "machiste". Il ne faut pas réduire cela à un combat homme-femme car - même s'il ne s'agit pas de nier le fort machisme d'une partie de la population masculine - le problème est plus insidieux que cela et parfois les femmes aussi doivent être vigilantes !

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  17. "Non, le travail n’est pas forcément un épanouissement, une libération" : tout à fait d'accord, n'empêche que le salaire, l'argent qui va avec... assure l'autonomie. Je pense qu'il faut le prendre comme ça. D'autre part, quand il s'agit des hommes, on ne se demande pas si c'est un épanouissement ou une libération pour eux ... simplement idem, gagner son argent signifie être autonome... Donc une femme qui n'en gagne pas perd, de fait, son autonomie. Dans un monde où tout est payant, forcément, ça met en situation de fragilité.
    Si une femme reste au foyer, forcément, l'homme sera encore moins obligé de participer, donc ça donne un schéma où la femme a plus de temps à consacrer aux tâches ménagères et éducatives, et l'homme peut + rester tard au boulot, il est déchargé et + libre dans son boulot. Au niveau du groupe humain, cela renforce une schématique stéréotypée.
    Je pense qu'il faut tenter de faire comme on peut, mais surtout peser sur les gouvernements pour que l'articulation maison/boulot se fasse mieux, et cela passe (je mets le disque...) par : des places en crèche ou en nourrice, une législation du travail qui prenne en compte le salarié comme un parent aussi, une évolution des mentalités, etc etc
    Perso j'ai bossé, bossé, pour payer ma part des factures, et de tout, et je regrette de n'avoir pu m'arrêter un peu pour chaque enfant, j'ai été épuisée et je regrette de n'avoir pas pu passer du temps, surtout avec mon 2e enfant. ça nous a permis de vivre dans un quartier plus agréable, et d'avoir une simple sécurité matérielle, sans excès ni luxe. C'est la crise aussi, lâcher un peu son boulot quand on en a un... ne me paraissait pas très prudent. Je pense que j'ai bien fait, mais ce n'est pas parfait...

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  18. merci pour cet article très intéressant, ainsi que les commentaires !

    la phrase qui m'a interpellée, c'est "celles qui m’ont dit ne pas vouloir me voir tant que je n’aurais pas fait un point sur ma vie professionnelle" : quelle ingérence et quel jugement de leur part !
    démissionner d'un boulot qui bouffe la vie au bout d'une semaine, c'est bien un point sur sa vie pro non ? savoir ce qu'on veut ou pas, ce qui nous convient ou pas.
    Elles auraient préféré une femme qui se fait bouffer moralement et physiquement par son boulot, parce que c'est "mieux" d'avoir un travail que d’être mère au foyer ?

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  19. Je partage totalement ton point de vue, être féministe c'est que les femmes puissent avoir le choix d'elle même.
    C'est bien que tu ai fait ce choix.
    Perso je travaille, mais je n'ai pas toujours travailler mais ce n'étais pas un choix, ce n'étais pas non plus une volonté machiste mais un vrai soucis de garde, en effet déménagement, nouvelle région, pas de crèche, pas de nounous ... va trouver du boulot dans ses conditions ... J'ai été contrainte de fait de prendre un congé parental de quelques mois.
    Je l'ai très mal vécu car ce n'était pas MON CHOIX.
    Or, il est v rai que parfois on n'a pas le choix , on voudrais arrêter de bosser mais on peut pas car la baisse de revenus (globale du couple, tous le monde n'est pas cadre) serais problématique ou l'inverse le mode de garde est trop onéreux vis a vis des revenus (je pense notamment aux femmes qui gagnent le smic ou moins dans les grandes villes ou les nounous sont chères comme a Paris) .
    Bref, selon les régions les inégalités sont bien réelles et contraient trop souvent à l'absence de choix véritable. C'est la, la véritable honte, le véritable combat a mener.
    En vérité, on peut tout faire question éducation, bosser et allaiter, bosser et ne pas allaiter, ne pas bosser et allaiter, ne pas bosser et ne pas allaiter, et on peut continuer comme çà avec tout.
    Halte aux différents diktats et laissons vraiment le choix aux femmes un point, c'est tout.

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  20. Justement NON! Simone de Beauvoir a dit que les femmes ne devaient pas avoir le choix de rester au foyer, sinon elles le feraient!

    Donc NON, le féminisme n'est pas pour la liberté de choix des femmes! C'est une idéologie totalitaire qui déteste la famille et les hommes!

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