> Le point du mari : mythe ou journalisme au rabais?

mardi 25 mars 2014

Le point du mari : mythe ou journalisme au rabais?



C’est une grosse claque que j’ai reçue hier en voyant passer cet article du site 20 minutes sur Twitter :
« Point du mari, le mythe d’une chirurgie destinée à donner plus de plaisir aux hommes » (le titre a depuis été modifié).

En 3000 signes, le journaliste jette à la poubelle sans aucune nuance l’intégralité des témoignages de femmes, méprise leur souffrance et balaie d’un revers de main les descriptions pourtant circonstanciées des sages-femmes (si vous souhaitez en savoir plus, je vous renvoie vers le témoignage d’Agnès Ledig)

Un mythe. Du « délire ». La sage-femme « a dû sauter sur une plaisanterie pour écrire cela. C’est impossible ». « C’est farfelu ». « A moins d’avoir affaire à des «médecins déjantés».

Sur la base de quels témoignages contradictoires,  à partir de quelle enquête fouillée s’est donc basé le journaliste pour affirmer que le point du mari n’existe pas, qu’il est le fruit d’un délire collectif ? Sur le témoignages de 2 médecins.

Seulement 2 médecins. Dont l’un d’entre eux affirme sans ciller qu’il « faut le consentement éclairé des patientes pour opérer ». La vaste blague. Combien d’épisiotomies réalisées sans consentement (je suis là pour en témoigner), de touchers vaginaux sans permission, d’ocytocine injecté ou de poches des eaux percées au bon vouloir du praticien pour accélérer le travail ?

Ce médecin semble par ailleurs ignorer une pratique apparemment très répandue (et que l’on ne peut remettre en cause puisqu’ici ce sont des internes qui témoignent) : le toucher vaginal sous anesthésie. Ben quoi, faut bien que les futurs médecins se fassent la main ! Prévenir la patiente ? « Je pense qu'elle a pas besoin de le savoir ! ça va rien lui apporter à la patiente » explique cet interne. On en parle du consentement éclairé ?

Il est clair que, dès le départ, le journaliste avait une vision orientée et une connaissance très approximative de la problématique. Si Isabelle Alonso est décrite comme membre des chiennes de garde (alors qu’elle ne l’est plus depuis 2003, ce point a été corrigé depuis) et Agnès Ledig une ancienne sage-femme (elle l’est encore mais au diable la précision) « militante » c’est bien pour sous-entendre qu’il s’agit encore d’un délire de féministes.

D’ailleurs le journaliste a très vite mis en cause la crédibilité d’Agnès Ledig sur Twitter.


Peu de temps après la parution de l’article, beaucoup se sont émus du titre et de son contenu sur Twitter.

Ce qui a sans doute amené la rédaction de 20 minutes à demander des témoignages de femmes après coup. Comme si l’on décrétait « Les extra-terrestres n’existent pas. Si vous en en avez rencontré, merci de témoigner ».



En pointant l’absurdité de la démarche, je me suis vue octroyer une leçon de journalisme par l’auteur du papier.


On notera par ailleurs que dans son esprit « sage-femme » n’équivaut pas à spécialiste.

Depuis hier soir, 20 minutes a changé le titre (désormais « Le point du mari est-il un mythe ? ») et affirme chercher des témoignages « en même temps » que l’article (soit plusieurs heures après sa mise en ligne).


Pourquoi dans ce cas ne pas avoir attendu? Parce qu’il s’agissait avant tout de se positionner dans les premiers résultats de Google en étant le premier à réagir sur ce sujet qui « buzze ». Quitte à faire de la désinformation.

Ecrire d’abord et vérifier ensuite, une nouvelle conception du journalisme ?

Edit : des praticiens ou futurs praticiens témoignent de l'existence de cette pratique dans les commentaires de l'article et Agnès Ledig réagit également. Quant au journaliste, il est venu s'expliquer ici dans les commentaires du blog en m'accusant notamment d'être une jalouse désireuse de lui voler sa place. No comment.