> Qu'offrir à un(e) féministe pour Noël? (2ème partie) : Idées de livres

lundi 2 décembre 2013

Qu'offrir à un(e) féministe pour Noël? (2ème partie) : Idées de livres



Après les cadeaux décalés, place à la lecture!

Merci les filles, de Virginie Berthemet, Juliette Joste et Valérie Ganne



Un livre à offrir à un(e) féministe en devenir, pas encore expert(e) et qui cherche un ouvrage drôle, facile à lire et pédagogique. Une sorte de « féminisme pour les nuls » qui revient sur les grandes avancées (droit de vote, avortement, pilule) mais insiste également sur les combats qu’il reste à mener.

Des textes courts qui peuvent se lire indépendamment les uns des autres, un graphisme punchy, un ton décalé : une parfaite entrée en matière pour celui ou celle qui veut en savoir plus sur le féminisme sans avoir à ingurgiter un pavé indigeste !




Du côté des petites filles, d'Elena Gianini Belotti



Ce livre, précurseur de la notion de « genre », date de 1973 mais reste furieusement d’actualité. A travers des enquêtes menées en crèches, dans les écoles et dans les familles, la pédagogue italienne Elena Gianini Belotti met en lumière l’ensemble des stéréotypes liés aux genre, de la grossesse jusqu’à l’école. « Les garçons ça ne pleure pas » « les filles sont bavardes » : tous sont victimes de ces clichés mais les filles restent les plus désavantagées comme nous l’explique l’auteure : « A cinq ans, tout est donc joué, l’adéquation aux stéréotypes masculins et féminins est déjà réalisée. Le garçon agressif, actif et dominateur est déjà modelé. Il en va de même pour la fille, soumise, passive et dominée. Mais alors que le garçon s’est trouvé contraint de s’adapter à un modèle qui non seulement lui permet, mais l’oblige à se manifester et à se réaliser le plus possible, ne serait-ce que dans le sens de la compétition, du succès, de la victoire, la fille, elle, a été contrainte à prendre la direction opposée, autrement dit celle de la non-réalisation de soi. » Un livre indispensable, que l’on ait des enfants ou pas!

Le sein, une histoire, de Marylin Yalom




Un livre passionnant qui retrace l’histoire des seins à travers les époques et qui pose une question fondamentale : à qui appartiennent-ils ? Successivement, à l’enfant, à l’homme, à la famille, au politique, au psychanalyste, aux commerçants, au pornographe, au médecin, au chirurgien esthétique. Selon les époques et les pays, de multiples “propriétaires” ont ainsi décidé de leur fonction, de leur statut et même de leur forme, preuve que le sein est éminemment politique. Un voyage culturel qui se lit avec un grand plaisir et évite l’écueil de la thèse aride.



Beauté fatale de Mona Chollet



J’ai déjà évoqué dans un précèdent billet ce formidable essai de Mona Chollet qui dénonce la tyrannie du look et la somme d’injonctions contradictoires relayées par la presse féminine: être une battante sans être une killeuse, une mère modèle et une amante hors pair, un cordon bleu avec un corps de mannequin… Faisant de la frustration leur fond de commerce, ces magazines entretiennent le mythe d’un idéal de beauté inatteignable voué à l’échec. Relayée par la publicité, la télévision et les industries « complexe mode-beauté », cette vision de la féminité se réduit à une somme d’imperfections à corriger. Le corps féminin est sommé de devenir un produit, de se perfectionner pour mieux se vendre. A travers une enquête très documentée, des blogs en passant par la publicité et les séries télé, Mona Chollet s’attaque ici à la question du corps, très peu traitée jusqu’alors par les essayistes françaises. Un ouvrage essentiel.


Les femmes qui lisent sont dangereuses, de Laure Adler et Stefan Bollmann



Quand l'éditeur a demandé à Laure Adler de préfacer l'édition française de ce beau livre, celle-ci a alors entamé une recherche sur le thème des femmes et de la lecture : "J'ai cherché, en bibliothèque, sur Internet et je me suis aperçue qu'il n'existait rien." Preuve de la nécessité de ce très bel ouvrage qui retrace l’histoire de la lecture chez les femmes. La première partie rédigée par Laure Adler, retrace cette quête d’émancipation, cette liberté acquise grâce aux livres (la Bible était interdite aux femmes avant d’être la seule lecture permise). « Ce qui leur incombait d'abord, c'était de broder, de prier, de s'occuper des enfants et de cuisiner. Dès l'instant où elles envisagent la lecture comme une possibilité de troquer l'étroitesse du monde domestique contre l'espace illimité de la pensée, de l'imagination, mais aussi du savoir, les femmes deviennent dangereuses. En lisant, elles s'approprient des connaissances et des expériences auxquelles la société ne les avait pas prédestinées. ». La seconde partie nous offre une galerie de portraits très riche de femmes prises en flagrant délit de lecture : De Rembrandt à Vermeer, mais aussi Manet, Matisse ou Hopper, jusqu'à la fameuse photographie d'Eve Arnold montrant Marilyn Monroe en train de lire Ulysse de James Joyce. Un très beau livre à feuilleter sans modération.

Contre les publicités sexistes, de Sophie Pietrucci, Chris Vientiane et Aude Vincent

Une étude récente a montré que 91% des femmes se disaient incomprises par les publicitaires. Pas étonnant lorsque l’on analyse la plupart des publicités les mettant en scène : entre femmes-objets, ménagères cantonnées à leur cuisine ou mères dévouées, il n’existe pas beaucoup d’alternatives. Le livre de Sophie Pietrucci, Chris Vientiane et Aude Vincent décortique la manière dont les publicitaires façonnent notre imaginaire et participent à la construction des normes de genre : d'un côté, la féminité associée à la jeunesse, à la beauté et à la maternité et, de l'autre, la virilité à la force, à la puissance et à l'action. Un exercice qui n’a rien n’anodin et qui participe à l’instrumentalisation de l’image des femmes. Un livre très pédagogique et exhaustif.