> Information en ligne : pourquoi nous n'avons pas besoin d'une rubrique "spécial femmes"

lundi 16 décembre 2013

Information en ligne : pourquoi nous n'avons pas besoin d'une rubrique "spécial femmes"



Question marketing genré, on connaissait le Bic pour femme, l’eau minérale pour femmes ou la carte bleue pour femmes.

Je vais aujourd’hui m’intéresser à un secteur que je n’ai pas encore évoqué ici : les sites d’information en ligne pour femmes.

Il y a quelques jours, je suis tombée par hasard sur la section « Women » du journal « The Telegraph » et ai été agréablement surprise par les rubriques qui la composaient : « Politique » « Business » « Famille » « Sexe » « Life » « Chroniqueuses Wonder Women ».



Même l’aplat de couleur jaune se démarque du rose utilisé habituellement.

Le magazine explique ce choix éditorial : « Trop souvent, l’information à destination des femmes se limite à des sacs à main ou des rouges à lèvres, des ragots ou des complaintes au sujet de la difficulté d’être une femme. Pourtant, la nouvelle génération ne s’identifie que rarement à ce genre de contenu, pas plus qu’elle ne prend plaisir à le lire. « Wonder Women », avec son équipe de brillants journalistes définis par leur style honnête et plein d’esprit, vise à articuler les points de vue. Des articles qui enthousiasmeront aussi bien les hommes que les femmes, mettront en lumière les histoires individuelles et feront rire les lecteurs. »

Même volonté de sortir des clichés pour le site « The Guardian » : dans la section « women » on ne trouve ni beauté ni shopping ou cuisine mais des rubriques telles que « féminisme » « femmes en politique » « femmes dans les média » ou « femmes dans le sport ».



Les anglo-saxons seraient-ils donc plus progressistes que nous ? Pas tous visiblement, il suffit de jeter un coup d’œil au très classique « Mail Online » pour retrouver les traditionnelles rubriques assignées aux femmes habituellement « beauté » « jardinage » et « bonnes affaires ».




En France, les sites d’information en ligne tendent globalement à enfermer les femmes au sein de la sphère privée et de l’apparence : beauté, parentalité, sexualité, cuisine, mariage, couple sont les rubriques les plus courantes. Les thématiques « culture » ou « société » apparaissent parfois mais sont reléguées en fin de menu.

Quelques exemples :

La Parisienne (supplément du Parisien)



Version Fémina (supplément du journal du Dimanche)


L’Express Styles (supplément de l’Express)



Le Figaro Madame



Yahoo pour elles


Auféminin.com

Confidentielles



Journal des femmes


Seul le site « Terrafemina » semble sortir les femmes des rubriques classiques : « @work » « actu » « web and tech » « culture » apparaissent ainsi en première position dans le menu horizontal.



Mais a-t-on vraiment besoin de ces rubriques « spécial femmes » ? Et que disent-elles de notre société ?

Pour la journaliste Fiona Snyckers «  Les sujets qui trouvent leur place dans les rubriques pour femmes incluent généralement la parentalité, les relations humaines et l'équilibre vie professionnelle / vie privée. L’ensemble de ces sujets appartient à la sphère privée. Tout ce qui a trait à la sphère publique est supposé susciter l’intérêt masculin ou général, tandis que la sphère privée est assignée aux femmes uniquement. Cela sous-entend que les hommes sont davantage eux-même en public alors que les femmes le sont davantage en privé. Cette supposition est problématique dans la mesure où les hommes occupent la sphère privée dans la même mesure que leurs homologues féminins. Eux aussi entretiennent des relations, deviennent parents et sont forcés de jongler entre vie personnelle et professionnelle. Avancer qu’il ne s’agit que de préoccupations féminines contribue à perpétuer des stéréotypes patriarcaux. »

« Les sites internet ne développent que peu de sections « spécial hommes ». Quand l’internet tout entier est une rubrique « spécial homme », ces derniers n’ont pas vraiment besoin d’avoir un endroit dédié». 

« Tant que les femmes seront envisagées comme un groupe d'intérêt minoritaire, le fait d’avoir leur propre rubrique se justifiera - de la même façon que le Huffington Post a une section gay et que Le Guardian a une section africaine. (…)

Mais les femmes ne constituent pas une minorité dans le monde. Elles représentent la moitié du genre humain. N’importe quel sujet intéressant les hommes devrait intéresser les femmes et vice versa ».

La parité sera-t-elle atteinte le jour où les rubriques « spécial femmes » auront disparu ? En attendant, espérons que les sites auront davantage d'imagination et moins d'oeillères...