> Repassage, dégivrage et autres contrariétés

dimanche 29 juillet 2012

Repassage, dégivrage et autres contrariétés



Un malheur n’arrive jamais seul (poke @Murphy ce visionnaire qui a, un jour, conceptualisé l’essence de la lose en une seule phrase «  Si une chose peut mal tourner, elle va infailliblement mal tourner »).

Bizarrement, cette accumulation de petites contrariétés (on n’est jamais dans le très grave heureusement) se cristallise chez moi autour de la période des vacances ou de la rentrée scolaire.

J’ai donc eu droit conjointement à l’invasion de poux ET à la panne de sèche-linge pendant les vacances de Noel.

A l’infestation de punaises de lit le jour de la rentrée scolaire (avec obligation de tout laver à 60° et d’enfermer l’ensemble du contenu des placards dans des sacs hermétiques pendant 3 semaines).

A l’inondation du 14 juillet, juste la veille du départ en vacances.

Et cette année, à mon retour de Villers, j’ai eu la surprise de découvrir que mon cher mari avait mal fermé le congélateur. Résultat, du givre partout et l’obligation de jeter à la poubelle 4 tiroirs remplis à ras-bord.

Rien de grave en soi si je n’avais eu en parallèle le contenu de 3 valises à laver et surtout 10 paires de draps à repasser d’ici mercredi.

10 PAIRES DE DRAPS (dont 5 draps housse, double peine).

Cette perspective hantait mon esprit avant même le départ en vacances.

En général, le repassage chez moi c’est vraiment le strict minimum. Je donne les chemises de mon mari à un monsieur qui fait ça très bien pour 1,50€ pièce (preuve, s’il en fallait une, que les tâches ménagères n’ont rien de génétique). Je bâcle le peu qu’il reste très vite et mal mais jamais, ô grand jamais, je ne repasse mes draps, que je me contente de jeter froissés dans le fond du placard. Entre le temps passé pour avoir une housse de couette sans pli et la vraie vie, mon choix est vite fait.

Sauf qu’il s’agissait là de draps prêtés par ma mère pour les vacances, qui est, pour votre information, une « DRAP NAZI », en d'autres termes une psychorigide du drap: ceux qu’elle m’avait donné pour Villers étaient ainsi parfaitement lisses, pliés au carrés, exactement de la même taille. La génétique doit jouer car je me souviens des placards de ma grand-mère, impeccablement rangés, draps, torchons et nappes, superposés harmonieusement du plus petit au plus grand.

J’ai dû être adoptée, je ne vois pas d’autre explication.

Mon premier souvenir de repassage remonte au collège, cours d’EMT. Nous avions confectionné un coussin (que j’avais complètement raté, coutures de traviole et asymétrique) que nous devions ensuite repasser. L’exercice me plongeait dans de telles affres d’angoisse que j’avais les mains moites. Le coussin en plus d’être boiteux est donc devenu noir, ce qui m’avait valu un 5. Depuis, trou noir, plus aucun souvenir de repassage à grande échelle.

Pour autant, mon cœur de mère/fille juive ne pouvait se résoudre à rendre à ma mère ses draps impeccablement repassés froissés.

Et comme d’habitude c’est internet qui m’a sauvé la vie. Je suis allée me plaindre sur Facebook  histoire de me donner du courage (pas question d’aller geindre sur Twitter, la dernière fois que j’avais parlé de mon ratage capillaire j’y ai perdu 10 abonnés).

Puis j’ai tapé sur Google « repasser draps housse » et ai découvert un monde parallèle où des ménagères accomplies filment leurs exploits dans des vidéos très pédagogiques.
Les commentaires sont dithyrambiques et à la hauteur du soulagement « cette vidéo m’a sauvé la vie » (rien que ça) « grâce à vous je vais pouvoir épater mon compagnon » (où va se nicher l’admiration).

Pendant que mon mari s’attaquait au pic nord du congélateur, couteau à la main, je me suis donc lancée dans ce travail de titan à grand renfort d’insultes sous l’œil vigilant de mes enfants (« maman t’as dit un gros mot » « LA FERME »). Très régulièrement, mon mari revenait à la charge « mais le givre, c’est normal dans un congélateur non ? Je suis obligé de tout enlever ? » « Oui TOUT ». Bon moyen mnémotechnique pour qu’il se souvienne de fermer la porte du congélateur la prochaine fois.

Quant à moi j’ai sué, éructé, pesté mais j’y suis arrivée. Il y a des faux plis, aucun drap ne mesure la même taille mais qu’importe. Comme un chat rapporterait une souris crevée à son maitre, j’irai déposer mes draps ratés chez ma mère.

Et l’année prochaine, j’achèterai les miens. L’amour filial à ses limites.