mardi 17 juillet 2012

Il n'est jamais trop tôt pour inciter les jeunes filles à se faire épiler



Alors que les salons de beauté pour enfants débarquent en France, une polémique fait rage aux Etats-Unis suite à une publicité promettant une réduction de 50% aux jeunes filles de 15 ans et moins venant se faire épiler à la cire.

Sur l’affiche d’Uni K Wax Center, on peut y voir une jeune pré-adolescente en bikini qui saute en l’air en regardant l’objectif. Pour faire le lien avec le 4 juillet, jour de l’indépendance, le salon propose aux jeunes filles de fêter « l’indépendance et la liberté » en expérimentant leur première épilation à la cire « naturelle, sure et agréable ».
La publicité a immédiatement fait le tour du net et a suscité un vif tollé, beaucoup de parents la jugeant "inappropriée" voir "dégoutante".

Le salon a réagi en expliquant que même si la personne sur la publicité portait un bikini, la campagne n’encourageait pas les jeunes filles à se faire épiler le maillot. 

Pourtant, la pratique semble répandue, comme en témoigne la gérante d’un salon « nous avons beaucoup de jeunes filles comme clientes, la plupart viennent se faire épiler le maillot, elles veulent se sentir bien dans leur bikini. ».

La fondatrice de la chaîne Uni K Wax Center affirme quant à elle pour la défense de son salon que « beaucoup de jeunes filles d’onze ou douze ans développent du duvet sur les jambes ou au-dessus des lèvres. C’est non seulement embarrassant mais c’est aussi souvent une cause de harcèlement à l’école.»

A l’écouter, l’épilation à la cire serait presque une mission de santé publique !

Je peux comprendre que dans certains cas, une pilosité excessive puisse être une source de gêne chez une jeune fille pas très à l’aise avec son apparence.

Mais vraisemblablement, ce n’est pas cette cible précisément qui est visée par cette campagne très agressive d’un point de vue marketing. La jeune fille qui saute (blonde et bronzée, forcément) a l’air extraverti et plutôt bien dans ses baskets. Elle invite ses pairs à célébrer l’indépendance et la liberté… en se faisant épiler (comble du cynisme quand on sait l’aliénation et la contrainte que représente la traque du poil !). 

Une pratique vendue comme « naturelle, sûre et agréable ». « Sûre » sans doute, personne n’étant encore décédé sur la table d’une esthéticienne. « Naturelle » sûrement pas, plutôt contre-nature même, en dépit de ce que voudrait faire croire le publicitaire aux jeunes filles. Quant à « Agréable », c'est le dernier adjectif susceptible de décrire l’arrachage de poils à la cire chaude.

Un joli tissu de mensonges qui explique en filigrane aux jeunes filles que la beauté ne vient que de la transformation du corps, forcément imparfait au naturel. Il n’est jamais trop tôt pour commencer le matraquage et la culpabilisation.

En 2004, 326 000 américains de 18 ans ou moins ont eu recours à une opération de chirurgie esthétique. Une étude récente a également prouvé que 80% des petites filles âgées de 10 ans avaient été au régime une fois dans leur vie.
Et que 53% des jeunes filles de 13 ans n’aimaient pas leurs corps. Un chiffre qui passe à 78% à l’âge de 17 ans.

24 commentaires:

  1. Mais on le sait que les Américains sont toujours too much ! Je pense que la pub peut aussi vouloir s'adresser à la maman de la gamine : "si ta fille peut le faire, fais pas ta chichiteuse et viens aussi !"

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    1. Tellement too much que les premiers salons d'esthétique pour enfants arrivent en France!
      Et non, la pub vise clairement les jeunes filles.

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    2. Oui ce sont bien les jeunes filles futures clientes à vie qui sont visées. Réductions jusqu'à 16 ans ... en espérant bien que tu reviendras pendant 30 ou 60 ans.

      C'est dans les maternités que l'on va chercher les futures consommatrices de lait, pots, lingettes et que sais-je encore ; "vos enfants nous intéressent" dans la bancassurance avec des services gratuits ou réduits jusqu'à 18 ans ou 25 ans, ensuite tu es prié de consommer docilement de l'assurance perte de clés en plus du crédit revolving, etc etc

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    3. Considérant que toutes les marques font de la pub, tout est dans le degré d'indécence. Le fait est que de plus en plus d'enfants ont des comptes en banque et que l'on essaie de vendre du crédit revolving à tous quelque soit leur âge (en faisant un raccourci), alors oui, vendre des réductions à des jeunes permet d'attirer des futurs clients vers un produit qu'ils utiliseront tôt ou tard.
      Néanmoins, comme le disait Sophie dans son article ici, on parle bien de transformation du corps, de "toucher au naturel", et l'on tombe à mes yeux dans un registre plus malsain.
      C'est plus ennuyeux pour l'image de soi de devoir se faire épiler toutes les trois semaines pour se sentir belle (et d'autant plus si on commence tôt) que de prendre un crédit, même si on se plante sur le crédit. Parce que c'est le corps et qu'on se le traîne toute sa vie.

      Pour ce qui est d'attirer les mamans avec cette pub, ça me rappelle les gens qui trouvaient normal de montrer une femme enceinte nue pour vendre des vêtements...

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  2. L'épilation sert à dénuder au-delà du vêtement. Dénuder un(e) enfant(e) plus ou moins pubère, de mon point de vue c'est de la pédophilie.

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  3. Je ne sais pas quoi penser de l'épilation des jeunes filles dans la mesure où à 14 ans, toute ma classe s'est moquée de moi parce que j'étais venue en débardeur sans me raser les aisselles. Je pense que le regard de la société peut être dévastateur et qu'il faut savoir s'adapter à chaque cas.

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  4. Je suis maman d'une très jeune fille de 14 ans à qui je paye l'épilation à la cire depuis deux ans dans un institut.
    - A l'âge de la pré-adolescence, elles se sentent très mal dans leur peau qui change. Leur faire accepter leur corps au moment où elles cherchent surtout à se faire accepter des autres - souvent d'une cruauté sans bornes les unes vis à vis des autres - est très lourd à gérer pour elles qui ont aussi besoin de concentrer leur énergie sur beaucoup de choses dont le changement de rythme du collège.
    - Au même âge, ma mère n'avait pas les moyens de me payer cette épilation (alors bcp plus coûteuse) et je me suis massacrée au rasoir dans mon coin.
    - Il n'est pas question de maillot "intégral" ! Juste ce qui dépasse d'un slip à moustaches... Et surtout les dessous-de bras. Je rappelle aussi à propos de cette partie du corps qu'en pleine ado, avec les changements hormonaux, ça transpire pas mal de manière peu odorante...

    Alors pub ou pas, si je peux libérer l'esprit de ma louloutte d'une touffe de poils obsédante, ça ne me pose aucun problème.

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    1. Loin de moi l'idée de critiquer les mères qui cèdent à la demande de leur fille, je m'insurge plutôt contre des campagnes de ce genre, agressives et mensongères. Non l'épilation n'est pas "naturelle" et "agréable", malgré ce que cette campagne semble nous dire.

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    2. Je suis effarée de lire que les jeunes filles de 14 ans se font épiler ( c'est à dire faire policer son corps par une autre personne , l'exposer )
      1)la tranpiration ne sent pas mauvais, il faudrait cesser d'apprendre aux femmes qu'elles doivent se désodoriser, se parfumer etc
      2)je doute que les mères paient à leur fils adolescents des épilations à la cire pour les libérer de leurs " touffes de poils " et de leur "moustaches" au slip

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  5. Très intéressant, merci beaucoup pour cet article.
    Cela me rappelle un article que j'ai moi-même écrit il y a peu :
    http://antigonexxi.com/2012/07/04/jamais-sans-mon-poil/

    Merci beaucoup, je suis de tout coeur avec toi !

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  6. Si on continue comme ça à vouloir "rectifier" la façon don Dieu/la nature nous a fait, ça va mal se terminer!

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  7. Bien dit !!! C'est tellement une corvée de s'épiler mais avec cet été qui ne démarre pas au final, c'est une bonne chose, les gambettes restent couvertes !!
    Amies célibataires, vous me comprendrez !!

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  8. Personnellement je suis atterrée par cette publicité, et ne peux que souligner son caractère mensonger (l'épilation, naturelle et plaisante ?? ha. ha. ha. Quant à "sûre", comme tu dis on ne va pas en mourir, mais certainement pas hygiénique (et quand je vois l'état de la peau de mes jambes...).
    Après pour l'épilation des jeunes filles... étant brune j'ai vite été gênée par les poils sous les bras (en 5ème), puis ceux aux jambes et enfin ceux qui dépassaient du maillot (pas particulièrement échancré). Ma mère m'a donc aidée à ma demande, en m'achetant des bandes de cire froide et en m'aidant pour l'épilation des zones plus difficiles d'accès (aisselles et maillot). Je n'ai pas de fille, mais j'ai l'impression que dans notre société d'aujourd'hui, aussi déplorable que ce soit, c'est violent de ne pas donner accès à l'épilation à une ado. Ce qui n'empêche pas de lui montrer le conditionnement social qui provoque ça.

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  9. J'ai fait un lien sur ce billet en comparant le diktat actuel de l'épilation avec la perception du poil féminin au XVIe siècle.
    http://lesaventuresdeuterpe.blogspot.de/2012/07/le-poil-feminin-au-xvie-siecle.html
    A l'époque, la pilosité était perçue comme érotique puisque la pilosité est un signe de maturité sexuelle.
    La non-pilosité caractérise l'enfance, c'est la raison pour laquelle il y a une dimension nettement pédophile dans cette aversion envers le poil. Je ne suis pas la seule à le penser.
    http://nature-du-corps.blogspot.de/2011/07/lepilation-integrale-pour-mieux-plaire.html
    De plus il y a une dimension d'hypersexualisation et une injonction à se plier aux normes de la pornographie.
    http://www.come4news.com/lhyper-sexualisation-555310
    D'autres y voient également une dimension politico-économique :
    http://pgriffet.voila.net/

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  10. Merci pour le lien, votre billet est très intéressant en effet et complète bien celui-ci.
    J'avais écrit 2 articles liés à cette thématique : http://suite101.fr/article/le-poil-un-objet-politique-reflet-de-notre-epoque-a22220 http://www.slate.fr/story/46449/chirurgie-esthetique-vagin-parfait-labioplastie

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  11. Bonjour à toutes/tous et merci à Euterpe d'avoir mentionné mon site dédié à la pilosité féminine (100 pages A4 où j'aborde tous les aspects, dont l'histoire, la pression sociale, la pilophobie et des témoignages de résistantes à la norme)

    Pour la dimension politique de la pilosité féminine, je le pense depuis des années mais récemment, j'en ai eu confirmation. Jusqu'il y a peu, les pilophobes se contentaient d'insultes, de quolibets ou de regards torves envers les poils féminins mais en Suède, des femmes ayant posté des photos de leurs aisselles poilues sur FB ont été menacées de mort ! On a franchi l'étape ultime : les femmes doivent se conformer à la norme ou disparaître. C'est pour ça que j'encourage toutes celles qui s'enlèvent les poils à ne plus le faire et à arborer publiquement leurs pwals aux aisselles/jambes ou encore la " moustache ", afin de bien faire comprendre aux intolérant-e-s qu'illes n'imposeront pas leur norme sexiste.

    Depuis 2009, les adolescentes subissent déjà le matraquage publicitaire du diktat de l'épilation intime.
    Il y a qq années , W*lk*nson a sorti un rasoir spécial pubis et pour bien faire passer le message, ils ont fait des clips, la cible étant carrément les adolescentes et les jeunes adultes. Autant attaquer le plus tôt possible.
    Voici celui de "Simone elle est bonne" (sic) (2m54s, clip jamais passé à la télé, trop long, donc cible encore plus les jeunes)

    Extrait des paroles (les lyrics se trouvent facilement sur le Net)

    «Quand c´est court c´est plus classe devant glace
    Plus glamour, plus de stress quand tu m´embresses
    Fous rire qu´tu fourrais sans fourrure

    T´accroches, tu irrites
    C´est moche, tes rustique
    T´accroche, tu pique
    C´est moche, moche
    And I don´t like it!»

    Les pré-ados ou les adolescentes sont déjà complètement dégoûtées par leur pilosité, qui est pourtant le signe de leur maturité sexuelle, comme les seins. Voici le début d'un sujet posté la semaine dernière sur doctissimo.fr

    Bonjour, j'ai 13 ans je suis châtain et j'hésite à faire une épilation définitive des aisselles voir peut être des jambes

    La raison de cet acharnement pilophobe est simple et ancestral : la sexualité des femmes a toujours été réprimée. En les obligeant à enlever leurs poils sexuels, on les infantilise.
    En fait, le glabre en Occident rejoint le voile islamique. Dans les deux cas, on ordonne aux femmes de ne pas afficher de quoi " exciter " les hommes ou de ne pas rappeler qu'elles sont sexuellement matures.

    Pour la maman de l'ado de 14 ans, vous généralisez. Toutes les ados ne se sentent pas " très mal " dans leur peau. Concernant l'odeur avec les poils, si ce que vous dites est exact, alors les médecins prescriraient l'épilation comme méthode d'hygiène. Grâce à la pierre d'alun, je ne sens jamais, contrairement à des femmes glabres que je croise en ce moment. Et je transpire bcp moins. Pour celleux à qui elle ne convient pas, il y a des huiles essentielles, voir le blog de Raffa

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  12. Il n'y a pas dze généralité : j'ai apporté mon témoignage.
    Certaines ados - dont la mienne - ont les problèmes que j'ai décrit.
    Concernant les pb de transpiration à l'adolescence :
    - quand la pierre d'alun ne suffit pas, le médecin propose un traitement. Je préfère l'épilation à une modification du corps qui passe par l'intérieur. Et cette fois, pierre d'alun et lingettes discrètes suffisent
    - quant à l'esthétique, mettez donc les pieds dans la cours de récré des CM2 (quand votre fille est un peu en avance) ou du collège et écoutez ce que se prennent dans la tête les JF (et les jeunes hommes)! Il faut être drôlement costaud à 14 ans pour y rester et rester concentrée sur l'essentiel...

    Pourquoi ne vous inquiétez vous pas plus de marques telles qu'E--M ou P----E qui en matière d’hyper sexualisation proposent des string taille 10 ans, des pantalons hyper taille basse, des shorts super échancrés et tutti quanti ?
    Pourquoi ne vous inquiétez-vous pas de la pub pour la mal bouffe qui pollue les chaines et les sites internet dédiées aux ados qui leur suggère de boire des soda sucrés (ou à l'aspartam ce qui renforce l'addiction au sucre), des trucs dégueus qui font grossir, du maquillage pour pré-ados, etc...
    Autant de trucs très bons pour nos tout jeunes ados...
    Et bien plus nocifs que l'arrachage de quelques poils qui leur polluent la tête plus que les aisselles ou les jambes !

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  13. Si, vous aviez généralisé en écrivant "A l'âge de la pré-adolescence, elles se sentent très mal". Vous avez peut-être mal formulé votre propos, il aurait fallu dire "certaines se sentent mal" et je n'aurais pas réagi.

    D'autre part, il semble d'après ce que vous expliquez que votre fille souffre d'une pathologie nécessitant d'enlever les poils, ce que je n'ai jamais entendu, alors que ça fait plus de 10 ans que je m'intéresse à la question et que j'ai lu des tas de compte-rendu médicaux à propos des poils, du fait de les enlever. L'article ici parle d'une publicité qui vise TOUTES les jeunes filles (pourquoi pas les garçons ?), c'est cela qui est dénoncé. La situation de votre fille est donc différente des autres adolescentes puisque même si la norme n'était pas au glabre, elle s'enlèverait les poils pour un problème d'odeur. Avez-vous pensé à l'alimentation ? Les odeurs corporelles sont très différentes en fonction de ce qu'on ingère.
    Pour le fait d'affronter les autres en scolarité, c'est le lot de presque tout le monde et je vois que vous déplacez le problème en disant qu'il faut se plier à la norme, ce que je ne peux cautionner. Ce ne sont pas les poils le problème, c'est le regard de la société sur les poils. Et il faut des jeunes filles qui gardent leurs poils pour que justement, les autres voient que ça existe, que ce ne sont pas des extraterrestres. Je lis de plus en plus souvent des commentaires de garçons tout surpris de voir que les filles ont aussi des poils ! Tout ça à cause du bourrage de crâne des pubs mais aussi du cinéma, de la télé, qui ne montrent que des femmes glabres.
    J'ai plusieurs amies adolescentes qui gardent leurs poils et qui vont au collège/lycée et même s'il y a des remarques, elles passent au-dessus et affirment leur caractère, elles ne veulent pas être des moutons. C'est donc possible de tenir tête à la bêtise humaine. Sans quoi, on régresse au lieu d'évoluer. Heureusement que des gens ont tenu tête à l'intolérance, je pense au combat des gays/lesbiennes qui ont subi aussi des remarques mais qui ont malgré tout osé affirmé publiquement leur orientation sexuelle.
    Quant à vos dernières questions, je suis assez sidéré par le ton que vous utilisez. Que connaissez-vous de ma vie pour me dire ce que je dois faire ? Je suis un féministe radical et TOUT ce qui touche aux injonctions qui visent les femmes m'interpelle, y compris l'hypersexualisation des jeunes filles. Mais ici en l'occurrence, on parle d'une pub incitant les filles à s'épiler.

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  14. moi aussi je suis saisie, notamment par l'extrait de ce comm de Poule Pondeuse (dont je connais le blog donc je ne peux pas la soupçonner de 'suivre la tendance yeux fermés'). Donc perso ça m'a choquée de lire ça :

    "Je n'ai pas de fille, mais j'ai l'impression que dans notre société d'aujourd'hui, aussi déplorable que ce soit, c'est violent de ne pas donner accès à l'épilation à une ado. Ce qui n'empêche pas de lui montrer le conditionnement social qui provoque ça."

    Choquée parce que c'est tristement vrai. Même si, étant peau claire pas poilue, et ma descendance féminine idem... je n'ai pas eu de problème avec ça, rasage minimum donc (et pas épilation, trop violent pour ma peau). J'ai expliqué aux enfants la même chose que je m'applique à moi : ne pas vivre sous contrainte des tendances, et surtout le plus important : la santé d'abord. Donc tout ce qui flingue la peau, à éviter. Après ça dépend de son type de peau bien sûr. Mais en gros : la santé d'abord.
    Mais bon, il y a l'éducation 'silencieuse', c'est à dire le modèle qu'on offre aux enfants, et puis ce qu'ils/elles en font.

    Je trouve ça bien de faire de l'info, de parler de ça, ça peut aider à équilibrer les choses. Si on le laisse la place qu'à la pub... ça va être encore + sexiste, + intolérant envers la nature.

    Je vais nager et des hommes aussi sont rasés (aisselles) un peu ou complètement... Pas tous bien sûr, mais ce n'est pas rare du tout.

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  15. @Emelire, c'est tout l'objet de mon site, le conditionnement social de la norme du glabre.
    Et je suis bien placé pour parler de norme intériorisée car j'ai vécu la même situation.
    Il y a qq années, un végétarien m'a dit «si tu manges de la viande presque tous les jours, c'est parce que tu n'as vu que ça autour de toi. Ton goût pour la viande n'est pas réellement ton choix mais un choix qu'on (tes parents, la société) t'a imposé». Je ne me suis pas braqué, je n'ai pas hurlé au "libre arbitre", j'ai très bien réagi à cette remarque et c'est vrai que je n'y avais jamais pensé. Je mange encore de la viande mais moins qu'avant. Reconnaître qu'on est conditionné/ influencé par des normes ne fait pas de nous des êtres faibles. Au contraire, c'est justement avoir son libre arbitre en se disant qu'on sait qu'on subit des influences.

    Maintenant, concernant le glabre féminin, comment être sûr-e que le goût pour les peaux glabres n'est pas simplement dû au matraquage permanent de corps glabres subi par tout le monde et pas seulement dans les pubs : absolument toutes les femmes qu'on voit dans les médias ont les jambes/aisselles glabres. Comment une jeune fille/femme peut-elle s'identifier à autre chose ? Tout le monde connaît le pouvoir des images et récemment, on a vu des dessins animés avec des personnages féminins qui ne sont plus des princesses attendant passivement le prince charmant. Je sais que des petites filles disent déjà "je veux être comme elle", ce qui veut dire qu'il est très important pour l'identification qu'on voie une représentation différente. Mais pour voir une femme "poilue" (toutes les femmes sont poilues mais je suis obligé d'utiliser cet adjectif), il faut aller sur Internet et chercher des sites "spécialisés". Du coup, des ados de 13 ans se renseignent déjà pour une épilation définitive au laser ! C'est un phénomène très récent et qui montre bien que la pilophobie commence de plus en plus jeune.
    Garder ses poils, ça ne rapporte rien à l'industrie cosmétique. Or, celle-ci est une pourvoyeuse de fonds des médias. Pour aller à l'extrême, si 50% des femmes qui s'épilent à cause de la pression sociale (donc pas par choix) cessaient de le faire du jour au lendemain, on aurait du chômage en plus, des cabinets d'esthétique fermeraient, etc. Il y a donc un enjeu économique (des milliards de $ de CA chaque année pour l'industrie cosmétique).

    Les hommes ne sont pas stigmatisés quand ils enlèvent leurs poils. Les poils des hommes sont encore acceptés, je n'ai jamais vu autant de barbus qu'aujourd'hui. Tant mieux si des hommes ont envie de s'enlever les poils mais pourquoi ce double standard ? Pourquoi les hommes peuvent-ils faire ce qu'ils veulent de leurs cheveux/poils (les garder/les enlever) mais que les femmes n'ont qu'une option, enlever tous ceux visibles dans la sphère publique ?
    Sur n'importe quelle plage d'Europe Occidentale en été, il est virtuellement impossible de voir une seule femme avec des poils aux aisselles/jambes ? 99,99% des femmes qui ont exactement la même attitude, qui pensent la même chose sur un seul aspect de leur corps et certain-e-s parlent de libre arbitre ? Ce % stalinien devrait interroger les sociologues et autres professions en -ogue mais bizarrement, aucun livre en français ne traite de la norme du glabre féminin, une preuve de plus qu'elle est intériorisée.

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  16. Autant je comprends que ça peut être violent d'interdire à une ado de s'enlever les poils, autant les parents peuvent être intolérants dans l'autre sens, voici le témoignage de Mylène, 16 ans, posté sur le forum de MIEL il y a qq semaines. J'ai essayé de la rassurer, elle a son copain qui la soutient, heureusement mais c'est d'une violence extrême, ce qu'elle doit entendre sur son corps.

    «Néanmoins, il s'ajoute un grand bémol. Mes parents. Au début, ils ne faisaient pas vraiment attention à mon choix. Je suppose qu'ils pensaient, comme beaucoup de gens d'ailleurs, que ça me passerait, et que je me raserais de nouveau. Mais, voyant que je sortais mes jambes mes aisselles à l'air libre sans problème, ils ont commencé à réagir...négativement . Ils comprennent mon choix, mes convictions ; il faut dire que je leur en ai beaucoup parlé, etc. Mais que je les mette en application les inquiète, les rebute... Ils s'opposent catégoriquement au fait que je montre mes poils, et me le disent ouvertement . Au début je n'y faisait pas vraiment attention, je me disais que c'était normal qu'ils aient peur que les gens se moquent de moi et que ça me fasse du mal...J'essayais même de les rassurer !

    Depuis environ une semaine, leur propos deviennent vraiment violents - les plus violent que j'avais entendu jusque-là - ...et c'est ceux qui me font le plus mal . Les idées types sur l'hygiène reviennent évidemment : ma mère dit que c'est dégouttant, laid, etc. ça je m'en fiche. Mais elle me dit que je ne trouverais pas de travaille plus tard, malgré mes bons résultats scolaires, parce que je passerai pour une négligée qui néglige tout ; Le pire, c'est qu'à force, ça devient du "bourrage de crâne" et que je commence à la croire...(heureusement que mon copain me rattrape au vol et me remet dans le droit chemin!) Elle va jusqu'à dire que je ressemble à un homme qui se déguise en femme au carnaval (et elle est sérieuses)...Et ce ne sont que des exemples..

    De plus, quand mes parents invitent des amis et que je suis présente, ils me disent de mettre des pantalons, et quand on sort, ils sont bien pire que les gens inconnus qui nous entourent : ils jettent des regards insistants, presque dégoûtés, etc. Bref, on peut dire que mes propres parents ont honte de moi...Et cela me fait beaucoup de mal.. »

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  17. C'est chaud...Il semble y avoir une violence extrême envers toutes celles qui tentent de se sortir du carcan dans lequel on veut absolument les enfermer. "Sois-belle et ta gueule" résume on ne peut mieux la situation. Le féminisme lui-même déclenche des réactions extrêmement violentes du côté masculin (cf. le massacre de féministes à l'école Polytech de Montréal en 1989). Pour de nombreux hommes, l'idée que les femmes puissent échapper à leur pouvoir, ou puissent se foutre de leur regard est tout simplement insupportable et ils préfèrent les voir mortes qu'indépendantes. Et là je vais peut-être faire un raccourci rapidos, mais parfois je me dis mais, comment ce fait-il que ce vieux moche de 65 ans devant lequel je viens de passer me drague ou me fasse une remarque du style "hhhhmmmm" ? N'a-t-il pas conscience de son apparence laide et répugnante ? Pense-t-il sérieusement qu'il a une chance avec moi ? Ou serait-ce parce-que les hommes pensent d'entrée de jeu que toutes les femmes leur sont acquises ?
    Je ne sais pas. Je crois que ce phénomène mérite réflexion.

    En tous les cas, comme le dit très bien pierregr (très intéressant ce que vous dites au fait), un des meilleurs moyens de résister au patriarcat est de ne pas plier sous leur norme de merde. Quitte à s'enlaidir. Avant, lorsque j'étais dans la rue, chez le médecin ou je ne sais où, il fallait absolument que j'adopte une posture féminine dès qu'un homme, ou même dès que quelqu'un entrait dans la pièce. Incroyable ! J'avais beau être super bien, avachie sur ma chaise, il fallait que je me redresse et même que je croise les jambes. C'était inconscient, mais c'était ce que je faisais. Et je me demande combien de femmes ont elles aussi cette attitude. Fallait que je sois sacrément conditionnée pour adopter une attitude pareille. Parce-qu'une femme dans notre société doit être élégante, féminine, disposée. J'ai repris le droit chemin et me permet maintenant de m'avachir où je veux en emmerdant le reste. Mais tout ça pour dire que c'est grave ce qu'on nous met dans le cerveau depuis l'enfance.

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  18. Juste pour compléter suite au commentaire d'Emelire et à la discussion avec pierregr : quand j'étais ado j'étais totalement phobique à l'idée qu'on puisse me voir un poil mal placé, mettre un haut sans manche était toute une logistique pour obtenir l'aisselle parfaitement glabre. A force de lectures (sur le web, parce qu'ailleurs c'est inexistant) et de recul j'ai appris (oui, c'est un apprentissage avec un tel conditionnement) à relativiser mais pour autant je ne me vois pas arrêter de m'épiler. En parallèle et petit à petit j'accepte que mon corps soit gras, qu'il ait de la cellulite ; ça j'y arrive mieux mais là encore c'est un cheminement. Encore une fois je n'ai pas de fille, si un jour j'en ai une j'essaierai de prendre le temps de lui expliquer cette pression sociale, de l'aider à accepter son corps tel qu'il est, de la laisser aussi libre que possible de choisir, mais si elle le souhaite je l'aiderai à s'épiler parce qu'encore une fois la société peut être violente avec ceux qui ne suivent pas ses normes (et encore plus les ados hyper conformistes). Je ne pourrais pas lui demander de faire d'un coup un chemin qui me prend des années, même si je peux faire de mon mieux pour lui raccourcir ce chemin.
    Petit aparté : avez-vous vu un seul film, une seule série avec une femme poilue ? quelles que soient les circonstances (kidnapping, île déserte, jungle, reconstitution historique de n'importe quelle époque), les femmes sont épilées selon la norme actuelle. C'est assez révélateur je trouve.

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  19. @La poule pondeuse, c'est déjà un grand pas en avant d'accepter son corps tel qu'il est (poils, rides, cellulite, kg "en trop"). Pour les pwals, la période idéale, c'est l'hiver. D'ailleurs bcp de femmes laissent en friche jambes et aisselles à cette période. Une preuve de plus que c'est surtout pour le regard des autres (non-intimes) qu'elles s'enlèvent les poils. Sur mon site dont le lien est mentionné plus haut, j'ai posté dans le dernier chapitre une vingtaine de témoignages de femmes qui s'enlevaient les poils (parfois l'intégrale) mais qui ont tout arrêté après une prise de conscience. Et on retrouve à chaque fois les mêmes phrases : elles sont en paix avec leur corps, fini cette chasse perdue d'avance, fini de se demander s'il n'y a pas un poil qui dépasse. Certains témoignages sont très émouvants et j'ai fait en sorte de ne pas toucher à un mot de leur texte, afin de laisser la parole des femmes s'exprimer.
    Concernant les pwals féminins au cinéma, c'est bien vu. Dans le feuilleton "Lost", tous les hommes sur l'île ont une barbe et toutes les femmes sont glabres ! Il n'y a pourtant pas de rasoir ni de salon d'esthétique. A moins que ce ne soit ça le secret de l'île ?
    Comme expliqué sur mon site au chapitre sur le cinéma, il y a eu une censure appliquée à Hollywood, via le code Hays. Voici ce qu'on pouvait lire dans ce code raciste et misogyne

    «Les organes génitaux de la femme ne doivent pas se traduire, sous une étoffe, ni en ombre, ni en sillon. Toute allusion au système pileux, y compris les aisselles, est proscrite.»

    Ce faisant, les puritains anglosaxons ne faisaient que perpétuer une censure ancestrale. Pas de poils sur les statues représentant des femmes dans la Grèce Antique. Au Moyen Age, dans les écoles d'art, les élèves avaient pour instruction de ne pas représenter les poils féminins (sauf ceux sur la tête). Dans les années 50, les pubis des femmes étaient floutés pour qu'on ne voit pas les poils dans la revue Paris-Hollywood (ancêtre de Playboy).
    Le code Hays est heureusement caduc depuis 1960 environ mais curieusement, la seule chose qui reste encore d'application, c'est le glabre pour les femmes. Avec tout de même qq exceptions qui confirment la règle.
    Dans le film "The Dictator" (sorti récemment en France et en Belgique), Anna Faris, définie comme uen féministe vegan militante, a des poils aux aisselles. Il y a même une scène où Sacha Baron Cohen lèche les aisselles d'Anna, ce qui dégoûte évidemment les gens, d'après des connaissances qui ont vu le film. Au moment où l'on voit ses poils pour la première fois, bcp de gens rigolent mais dans la scène de léchage, là c'est carrément des cris d'horreur. Mais quand ces gens vont voir des films où l'on tue des humain-e-s ou des animaux, ils ne bronchent pas. :(
    Il y a donc qqch de très particulier par rapport aux poils des femmes. Pour moi, ce rejet violent est l'expression de la répression sexuelle que les femmes ont vécue pendant des siècles.
    Entendons-nous bien, je comprends parfaitement qu'on préfère le glabre. Mais entre dire "je préfère sans poils" et "les poils, c'est moche/pas féminins/sales", il y a une énorme marge. Dans le premier cas, on exprime une préférence, sans jugement. Dans le deuxième, on est dans le jugement cruel et surtout, sans fondement. C'est tout aussi absurde que si je disais "la viande, c'est dégueu".
    Sinon, il arrive donc que dans qq rares films, des femmes ont des poils aux aisselles : je pense à Laetitia Casta, Kate Winslet. Il y a qq dizaines d'années, Sophia Loren ou Silvana Mangano arboraient fièrement leur pilosité, ce qui était considéré comme très sexy à l'époque.
    Plus d'infos sur mon site.

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