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mercredi 11 juin 2014

Gâteaux Prince : quand Lu rate de peu l'occasion de briser les codes



Après BN et ses mauvaises blagues, j’ai découvert récemment au cinéma la nouvelle campagne pour Prince.

Dans les premières secondes, je me suis enthousiasmée : chouette, ai-je pensé, la marque a décidé de jouer la parité en mettant en scène Lily, une princesse façon Disney. Avec un peu de chance, elle sera à l’image des dernières héroïnes, façon Rebelle, Raiponce ou la Reine des Neiges, des fortes personnalités qui n’attendent pas le prince charmant.


Mon enthousiasme a été de courte durée en découvrant que Lu était resté bloqué dans les Disney des années 50: Lily n’est finalement qu’une princesse hystérique, qui pousse des cris en s’extasiant devant le gâteau (« Han il est trop beau ») avant de s’adonner au selfie, duckface comprise.

Un coup d’œil rapide aux autres petits films confirme ce sentiment: on retrouve ainsi Lily hurlant devant la vitrine d’un magasin de vêtements : « Regarde ça, ils viennent de sortir la nouvelle collection Hache et Priiiiiiiince ». 


On la retrouve également dans un petit jeu de cartes accompagnant les gâteaux (merci @nlitb pour l’info): devinez à quoi est accro Lili?? Au shopping bien sûr!

Désireuse d’en savoir plus, j’ai effectué quelques recherches puis suis tombée sur cet article de CB News qui explique que la marque met également en scène d'autres personnages :

« L’icône princière, plus que modernisée, est pour la première fois accompagnée d'autres personnages, 6 apprentis-prince qui vont permettre à tous les enfants de s’identifier : Rick, le beau-gosse qui a une peur bleue des araignées  Lily, la jolie jeune fille, prête et apprêtée dans toutes les situations,  les jumeaux délirants Zig & Zag  l’intrépide Joe ou encore Barry, le maître kung fu au cœur d’artichaut. Et comme à toute histoire il faut un méchant,  c’est Mégalo Moustachio qui tente de s'emparer de la recette secrète des biscuits. »

5 personnages masculins pour un féminin, on est loin de la parité! On est même en plein syndrome de la schtroumpfette ! Vous ne voyez pas à quoi je fais allusion ? Comme l’explique le blog du programme Eve, on doit cette expression à l’essayiste américaine Katha Politt  qui avait remarqué que « lorsqu’il n’y avait qu’un seul personnage féminin au sein d’une communauté exclusivement masculine, ce personnage tendait à être représenté de façon ultra-stéréotypée. On en attendait un comportement en conformité avec la perception la plus commune (pour ne pas dire la plus caricaturale) de la féminité. Elle est la femme, et non une femme parmi d’autres. A la fois objet de curiosité (Comme c’est exotique, cette créature en jupe ! Comme c’est frais ! Comme ça fait joli !) mais aussi alibi tout trouvé (Meuh non, on n’est pas qu’entre nous, regardez, on a une femme, même qu’on en est très contents !). »

Sauf qu’en y regardant de plus près, j’ai réalisé que "Joe l'intrépide" était en fait…une fille !



Cheveux courts, côte de maille, prénom mixte et skate à la main, je l’avais pris, comme beaucoup je pense, pour un garçon.

Un miniscule détail a fait la différence : dans un petit film qui présente les personnages sur le site de la marque, elle hurle : « Je ne veux pas mourir maintenant, j’ai même pas embrassé Rick ».

Dommage que Lu n’ait pas davantage capitalisé sur ce personnage féminin hors norme et ait laissé flotter l’ambigüité alors qu’il aurait pu davantage le mettre en avant, dans ses spots notamment. Il aurait pourtant été intéressant de proposer aux enfants un personnage féminin qui casse un peu les codes.

Malheureusement, pour tout ceux qui ne prendront pas la peine d'explorer le site de la marque,  Joe restera un garçon. 

Et l’ « éternel féminin » demeurera incarné par une princesse superficielle.