> Dictionnaire participatif du féminisme : "X comme chromosome X" par Anna Ploime

mercredi 25 juin 2014

Dictionnaire participatif du féminisme : "X comme chromosome X" par Anna Ploime



Aujourd'hui c'est Anne Ploime, journaliste et auteure du blog "L'abaissée du chômage" qui inaugure notre dictionnaire participatif du féminisme avec "X comme chromosome X"! Bienvenue à elle!

X comme ce chromosome qui nous confère ce précieux 6ème sens, les fabuleuses joies de la maternité, une parfaite maitrise des tâches ménagères … ce même chromosome nous est pourtant défavorable sur le marché du travail. Vérité de La Palice me direz-vous ! Certes, je ne vous apprends rien. Mais alors pourquoi nous marteler ces mêmes slogans tous les ans à l’occasion de la journée des droits des femme :

« Egalité salariale », « Au travail, hommes – femmes même combat ! » Et toujours si peu d’avancées. Même une Ségolène Royal au second tour n’y a rien changé !


Aigrie Anna ?… Non réaliste une fois de plus et peut-être pessimiste, c’est vrai … Mais il y a de quoi !


Lors d’un entretien, un directeur de la rédaction d’une chaine d’information, celle qui donne la priorité au direct (même s’il ne se passe rien) accepte de me recevoir grâce à l’aide d’un ami d’un collègue de mon mari (Cf R comme réseau, primaire et secondaire). 

Ravie, je compte bien tout faire pour réussir ce rdv et ne veux rien laisser au hasard.

Je retouche donc mon cv, je m’entraine à me présenter en 1mn comme le conseillent tous les coach. Je répète devant ma glace, j’imagine plusieurs scénarii et tente de deviner les questions auxquelles je devrai certainement répondre le jour J : 

- comment concilier hard-news et analyse de l’information ?

- comment vérifier les sources d’information à l’heure des réseaux sociaux ?  

- comment promettre une extrême réactivité tout en garantissant un sens aigu de la synthèse et de l’analyse d’information ?


Mais je n’y suis pas du tout ! Naïve que je suis !!


La première question (et la dernière) fut finalement beaucoup plus pragmatique :

« Comment comptez-vous faire garder vos jeunes enfants ?» Tiens cette question à un air de déjà entendu… Souvenez-vous quand Laurent Fabius ironisait sur la candidature de Ségolène Royal à l’élection présidentielle avec cette question « mais qui gardera les enfants » Ah Ah Ah Ah Ah qu’est-ce qu’on se marre !!!!!!


« Mes enfants ? Répondis-je. Ils sont inscrits à la crèche de 8h à 19h ». A ma connaissance aucun journaliste n’assure intégralement cette tranche horaire. 

Peut-être voulait-il me proposer la tranche 0h-4h. Zut c’est dommage, là je ne peux pas. La crèche est en effet fermée la nuit, c’est vraiment bête !!


L’entretien fut bref et s’est soldé par une ineptie qui caractérise tellement ces vrais-faux entretiens (cf E comme entretien) « En ce moment nous ne recrutons pas de nouveaux journalistes présentateurs. » 

Pas un mot sur mes expériences passées, ni sur mes (éventuelles) compétences. Même pas l’ébauche d’une réflexion sur l’info continu, ses écueils, voire ses dérives….

Non. Ce directeur n’aura finalement retenu qu’une chose de mon CV : mon statut parental. J’ai 2 enfants. Mon mari aussi. 
Mais à lui, la question de la garde des enfants ne lui a jamais été posée.


Aurais-je dû procréer une fois ma carrière bien lancée et prendre ainsi quelques risques avec mon horloge biologique ? Bien sur que non !


En conférence de rédaction, ce même directeur a dû certainement commander auprès de son équipe de journalistes plusieurs reportages à l’occasion de la Journée de la Femme; il a dû proposer l’organisation de débats avec des experts et sociologues sur le sujet … Et s’est même probablement targué d’avoir un taux élevé de femmes (jeunes et jolies pour la plupart) parmi ses collaborateurs, sans doute d’ailleurs.


Mais quand même cette question sur la garde de mes enfants … 

Etre une femme … 

Etre une feeeemme comme chantait Michel Sardou déjà très lucide dans les années 80 quand il claironnait « Question salaire, ca ne va pas mieux … celui d’un homme coupé en deux … On les enfume de parité mais qui promet l’égalité » !