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dimanche 2 décembre 2012

Poser ses valises



Voilà c’est fini… mes 10 cours à l’Académie de l’écriture du CFPJ touchent à leur fin.

Mon rdv hebdomadaire du mardi soir va sacrément me manquer.

Bouffée d’oxygène dans ma semaine rythmée par les devoirs, les repas et les lessives, moment de partage dans le désert social que constitue le statut de freelance, cette parenthèse enchantée  de 2 mois et demi se referme.

« Le meilleur moment dans l’amour, c’est quand on monte l’escalier» disait Clémenceau.

Et le meilleur dans la vie, c’est souvent l’avant. Le mardi à 17h30, dès que la baby-sitter arrivait, j’enfilais mon manteau, jetais mon cahier dans mon sac et filais à mon métro d’un pas léger. A la sortie de la station Sentier, le nez au vent, les yeux mi-clos, j’humais à pleins poumons l’air frais, enivrée par ce sentiment inédit de liberté.

Comme un rituel, je m’arrêtais toujours quelques instants devant la jolie papeterie, puis marquais un temps d’arrêt devant la libraire spécialisée en pâtisserie.

Jetant un coup d’œil devant le CFPJ, je continuais ensuite ma route, profitant de cette demi-heure précieuse de liberté avant de retrouver mes collègues d’écriture. J’en profitais alors pour m’offrir chaque semaine un cadeau, sans culpabiliser ou me freiner, célébration joyeuse de cette parenthèse hors du temps.

Au fil des semaines, mon armoire s’est ainsi progressivement enrichie d’une robe avec des matriochkas, d’un slim panthère rouge, d’un pull col claudine, d’un sweat-shirt gris chiné, d’un gilet bleu marine et d’un pull corail à tête de mort.

A 18h25, mon butin sous le bras, je pénétrais ensuite au CFPJ puis rejoignais ma salle de classe. J’étais déjà dans l’après.

Ces 10 séances ont changé énormément de choses dans ma façon d’appréhender l’écriture.

Désormais, je ne suis plus pétrifiée par l’angoisse de la page blanche. Grâce à des exercices de créativité et à des techniques rédactionnelles, j’ai dorénavant la certitude de parvenir à accoucher d’un texte, quel que soit mon degré d’inspiration. Il sera sans doute imparfait et peut être moins bon que ce que je produis habituellement mais il aura le mérite d’exister. Et cette certitude m’apporte une grande sérénité.

J’ai également réussi à faire taire provisoirement le diable sur mon épaule, en tout cas à différer son jugement. L’écriture en 2 temps a bouleversé positivement ma façon de procéder : lorsque j’écris désormais, je vise d’abord la quantité, sans censure, ni jugement, sans chercher à trouver le mot adéquat immédiatement. Puis, une fois seulement le texte rédigé, je m’attaque à son amélioration. Découpage en paragraphe, raccourcissement de phrases, choix du mot juste, suppression des répétitions. Cette gymnastique intellectuelle m’a permis de libérer grandement ma créativité, sans être freinée perpétuellement par ma censure personnelle ni perdre le fil de mes écrits à cause d’un mot sur le bout de ma plume.

Enfin, ces 10 séances m’ont rassurée quant à mes capacités d’écriture. En tant qu’autodidacte, je n’ai jamais réellement su ce que je valais, boursouflée de doutes et habitée par un permanent sentiment d’imposture. Mes autres camarades d’écriture ressentant les mêmes errements, nous évoquions lors des séances ces questionnements en toute liberté et sans peur du jugement de l’autre. Pour la première fois, nous pouvions dire que nous avions peur, que nous ne savions pas, que nous étions parfois transis devant la page blanche. Dans ce monde hyper-compétitif où il faut en permanence endosser les habits du vainqueur, nous pouvions pour une fois poser nos masques et nos valises.

Il est maintenant temps de reprendre la route.

Le mardi soir sera désormais un soir comme un autre.