> Quand Pole Emploi me donne le blues du businessman...

vendredi 20 avril 2012

Quand Pole Emploi me donne le blues du businessman...



Ce matin, j’étais convoquée à un atelier « création d’entreprise » à l’initiative de mon conseiller Pole Emploi. N’ayant su répondre qu’évasivement à une de mes questions lors de notre dernier entretien, il avait botté en touche en me sortant de son chapeau cette formation de 2 heures. Je l’avais senti soulagé : quelques minutes avant, il m’avait avoué l’absurdité d’un système qui me convoquait alors que je n’en n’avais pas besoin alors que ceux qui insistaient pour le rencontrer trouvaient lettre morte. J’ai bien senti que cette formation qui allait m’occuper 2h lui permettait de justifier à la fois de son efficacité et  de ma volonté de ne pas être une charge financière trop longtemps aux yeux des ASSEDICS.

En arrivant ce matin à 8h50, je n’ai pas été étonnée de trouver comme d’habitude une dizaine de personnes devant la porte close, essayant de se protéger tant bien que mal de ce crachin incongru d’avril. A quelques mètres de l’agence, la porte de l’Hôtel Ibis s’ouvrait et se fermait en cadence, recrachant des nuées de touristes à sac à dos. Le décalage entre ces étrangers, frais, dispos et prêts à découvrir la capitale et ceux qui, le dos vouté, se préparaient à un tout autre voyage dans cette contrée exotique que l’on nomme la bureaucratie était sacrément iconoclaste.
J’aime observer ces touristes et essayer de me remplir de leur énergie, j’aime détailler leurs yeux rivés sur l’horizon et leurs foulées déterminées pour me donner du courage.

A 9h, nous rentrons enfin. Tous les participants aux ateliers sont regroupés au sous-sol. Je les observe du coin de l’œil : beaucoup d’hommes en costume, les yeux rivés sur leur Iphone ou le nez plongé dans leur journal. Je réalise après-coup que je dénote avec ma tenue : Jean, t-shirt « Barbès Business School » et UGG fatiguées. Pas vraiment l’uniforme d’une « créatrice d’entreprise ». Finalement, la foule d’hommes est orientée vers un autre atelier. On nous invite dans une petite salle. 

Je suis rassurée par le public qui m’entoure : 6 femmes pour 2 hommes, plutôt de mon âge et qui n’ont pas fait non plus d’effort vestimentaire particulier. La formatrice nous demande de nous présenter à tour de rôle : ceux qui commencent sont évidemment les bons élèves ! Une psychologue clinicienne qui a ouvert son cabinet, une esthéticienne qui cherche un local pour monter un « bar à dents », un homme qui se lance dans la création d’ateliers floraux. Les business plans sont ficelés, les financements trouvés… et moi, je me demande tétanisée ce que je fais là. Je n’ai pas fait de business plan et je compte naïvement sur ma matière grise, mon ordinateur et ma bonne fortune pour y arriver. La formatrice s’étonne « Pourquoi assistez-vous à cet atelier si vous avez déjà monté votre cabinet ? ». La psychologue répond qu’elle a mis 2 mois à avoir une date pour cette formation, qu’entretemps elle a avancé et qu’elle n’a eu aucune réponse de son conseiller quand elle l’a joint à plusieurs reprises pour annuler. « Il faut savoir qu’un conseiller gère ici plus de 200 dossiers, c’est donc normal qu’il n’ait pas eu le temps de vous rappeler » explique l’animatrice sans se démonter. 

Le tour de table continue : un médecin qui veut ouvrir un cabinet médical, une coiffeuse qui veut travailler à domicile, une architecte qui veut se mettre à son compte, un chef de projet en informatique…et moi. Je passe en dernier, me justifie 3 fois, explique que je n’en suis qu’au début de ma réflexion, que ça ne m’a pas empêchée de travailler et que jusque là je me suis fait payer en droits d’auteur. On ne peut pas vraiment dire que j’ai brillé par ma confiance en moi. Ni par mes talents d’orateur. Pas sûr qu’un banquier aurait misé sur moi…

La formatrice débute ensuite sa présentation : l’âge moyen d’un créateur d’entreprise est de 39 ans (je suis pile dans la moyenne pour une fois !), 29% sont des femmes, la moitié à un niveau inférieur au bac. Et surtout, une entreprise sur 2 met la clé sous la porte avant le cap des 5 ans. Elle enchaîne ensuite avec les démarches, les formalités, l’indemnisation, les projets, le business plan, les chiffres, les chiffres et encore les chiffres.

Une des participantes lève alors le doigt pour remettre en cause un des montants avancé dans la présentation : l’animatrice lui répond alors que ces slides dataient de 2011 et que les choses avaient peut-être changé depuis. Il faut voir avec son conseiller pour en savoir plus (autant dire, jeter une bouteille à la mer). Idem en ce qui concerne les couveuses d’entreprises : « tapez sur Google « couveuses Paris » et vous en saurez plus ». Bien la peine de nous faire venir pour ça. Quand l’une des participantes demande à récupérer la présentation, l’animatrice lui répond qu’elle n’a pas le droit de nous la communiquer. La confiance règne…

Au bout de 2 heures, l’esprit rempli de chiffres et d’abréviations, nous repartons avec nos espoirs, nos désillusions et nos photocopies sous le bras. « Surtout bon courage » nous lance la formatrice avant de partir. Il va nous en falloir je crois…