> Quand les courbes se croisent et les tweets clashent...

mardi 3 avril 2012

Quand les courbes se croisent et les tweets clashent...

Tout a commencé ce matin par ce tweet de Maitre Eolas : « « Ce qu’il y a de bien avec le retour des beaux jours, c’est que désormais, c’est dans la rue qu’on croise des jolies courbes » (oui, jeu de mots avec les courbes, les sondages, tout ça j’avais compris).

J’aurais pu ne jamais en avoir connaissance puisque j’ai unfollowé l’avocat en question, lassée par sa mégalomanie et sa condescendance. Sauf que j’ai vu passer dans ma TL une réponse de Caroline du blog « Pensées de ronde » qui m’a intriguée « mouais, vous êtes capables de bons mots meilleurs que celui-ci qui fleure un poil le sexisme... ». Pour ceux qui ne la connaissent pas, Caroline est une blogueuse formidable qu’on ne peut absolument pas taxer de troll féministe (je ne me souviens pas avoir lu un billet à ce sujet depuis que je la suis) . Ce tweet pour le moins anodin a déclenché une tempête sur Twitter, à commencer par Maître Eolas lui-même. Alors qu’habituellement il ne parle pas à la plèbe, celui-ci s’est alors empressé de répondre, se sentant personnellement attaqué. Tout y est passé « troll féministe » « police de la pensée » « calomnie ». Il s’en est suivi un acharnement assez décomplexé de la part de supporters d’Eolas ou de simples twittos heureux d’avoir trouvé une occasion de taper sur les féministes. Au-delà du tweet de Maître Eolas, lourdingue et sexiste mais assez conforme à son image, ce sont les sur-réactions à ce sujet qui m’ont effrayée. En dépit des excuses de Caroline, (injustifiées à mon sens, celle-ci ayant été extrêmement courtoise) et sa volonté de mettre fin au débat, les injures n’ont cessé de pleuvoir (« idiote » « connerie abyssale » et j’en passe) les clichés aussi (« les femmes devraient être flattées d’être regardées »). Vraisemblablement la question du sexisme dérange épidermiquement à en juger par le séisme déclenché sur Twitter. Même les différences politiques sur le site ne créent pas une telle violence, un tel effet de meute, un tel acharnement. Ne pas vouloir être résumée à des courbes, ne pas trouver cela flatteur d’être regardée comme un objet sexuel : ces affirmations semblent être d’une violence intolérable pour beaucoup, même formulées avec beaucoup de précaution. Qui a dit que le corps des femmes n’était pas un objet politique ?

Pour ma part, je ne suis pas intervenue dans le débat, me contentant de tweeter « Donc quand on dit à Maitre Eolas qu'on n'aime pas être forcement reluquée comme un objet avec des courbes, on est un troll féministe? ». J’ai pourtant eu droit à mon lot d’insultes, venant paradoxalement d’une élue se revendiquant comme féministe ! « Vous allez arrêter avec ce pseudo féminisme à la con ??? Vous croyez faire de la grande politique ? Ca aide quelqu'un ? » « Mon féminisme, il aide des femmes en galère tous les jours. Les photos de chaussure et les faux débats ça aide quelqu'un ? » « Les recettes de cuisine et le shopping c'est pas mon truc. Les bobos branchouilles non plus, désolée... »

Il faut savoir que quand on se dit féministe on a le droit à 2 types d’attaques : les « anti » qui vont te dire au choix que tu es castratrice/hystérique/sans humour/mal baisée ou les « vraies » féministes qui délivrent des brevets de féministes sur la base de critères assez flous. Pour certaines, si t’es anti-abolitionniste, tu trahis la cause, pour d’autres si tu n’aides pas les femmes violées, tu ne sers à rien. Dans le cas de notre élue, je ne suis pas féministe car je « n’aide pas les femmes tous les jours » (pour info, elle est chargée de la petite enfance et je n’ai trouvé aucune trace d’un engagement quelconque) mais surtout, crime de lèse majesté, je poste parfois des photos de chaussures et des recettes de cuisine. Donc cette personne qui se dit du côté des femmes remet en cause mon engagement car il n’est pas conforme aux pires clichés voulant qu’une féministe ne cuisine pas et n’est pas coquette ! Habituellement, la phrase classique des femmes qui veulent se justifier c’est « je ne suis pas féministe mais… ». Moi je revendique le « Je suis féministe et »…j’ai des enfants, je suis mariée, je suis épilée, j’ai quitté mon emploi et suis temporairement à la charge de mon mari, j’ai une cinquantaine de paires de chaussures, j’ai passé 11 ans à travailler dans la plus grosse boîte de cosmétiques. … Je n’ai pas d’idées arrêtées sur tout, je doute et me cherche, je ne suis encartée dans aucune association ni aucun parti politique…pour autant cela fait-il de moi une féministe au rabais ?