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jeudi 5 avril 2012

Internet : miroir déformant ou filtre de vérité?

Suite à mon dernier billet au sujet du twittclash avec Maitre Eolas, une amie a réagi sur Facebook « Pour moi le plus grave, c'est l'image que l'on projette via le virtuel- qui ne correspond que de très loin à la réalité(...) C'est cette disproportion qui m'interpelle, ces à prioris sectaires et vaguement humiliants, qui cherchent à rabaisser l'autre en le résumant à 2 ou 3 clichés. Le virtuel n'est vraiment pas un monde meilleur, c'est peut-être même le pire des endroits qui révèlent les individus. »

Quand on regarde de très loin la prise de bec que j’ai eue avec l’élue, on peut en effet avoir ce sentiment. Pourtant, je ne partage pas cette vision. Si cette personne m’a résumée à une paire de chaussure et un cliché de gâteau c’est qu’elle n’a pas pris le temps de lire mes articles, mon blog, ma timeline. Elle s’est contentée de parcourir mon album photo, qui n’est évidemment qu’une vision parcellaire de ce que je suis. Si elle m’a mal jugée, ce n’est pas parce qu’internet est caricatural, c’est parce qu’elle a sorti quelques éléments de leur contexte et en a fait une valeur d’exemple. Paradoxalement, je trouve au contraire qu’internet me permet de me montrer telle que je suis réellement, au-delà des clichés et des étiquettes.

Dans la vie réelle, je ne compte pas les fois où on m’a jugée rapidement sur pièce : grande, à talons donc forcément superficielle, plutôt réservée donc coincée…Sans parler de mon cursus universitaire : pas d’école de commerce, pas de bac +5 donc évidemment« limitée intellectuellement » (je précise que ces mots viennent d’une DRH). Dans la vie réelle, c’est au quotidien que je dois me battre contre ces clichés, démontrer que je suis autre chose qu’une grande tige décérébrée et malgré tous mes efforts, je me rends compte que je n’y arrive pas tout le temps.

En faisant du rangement, j’ai retrouvé une carte écrite par une de mes anciennes équipes lors d’un pot de départ. Malgré les 5 années passées à leur côté, tous ne semblent avoir retenu que mon goût pour les chaussures. A l’époque, j’avais trouvé ça drôle, quelques années après, je le prends comme un cuisant échec. Plus récemment, une amie de 10 ans ne s’est adressée à moi lors d’un dîner que pour me demander la recette de mon gâteau et la marque de mon robot. Pour elle, j’avais quitté le monde de l’entreprise et était par conséquent devenue l’archétype de la femme au foyer. Pourtant, si elle avait pris le temps de me demander l’adresse de mon blog, le nom des sites pour lesquels j’écris, elle aurait découvert une facette de moi qu’elle n’a même pas pris le temps de découvrir dans la vie réelle.

Je me suis longtemps posée la question de l’anonymat puis ai décidé de tout assumer : de Twitter à mon blog, j’écris tout sous mon nom réel. Je ne joue pas de rôle sur internet, je me montre sans masque et sans filtre. Si la teneur de mes propos rebute un éventuel recruteur ou client, je me dis qu’à un moment ou un autre de l’expérience cela n’aurait pas marché. Car je ne dissocie pas mes écrits de ce que je suis.

Internet m’a permis de dépasser les castes et les étiquettes de la vie réelle. Je n’ai pas fait d’école de journalisme mais j’ai pu me créer un réseau solide grâce à Twitter, j’ai réussi à diffuser mes écrits sans que l’on me demande mon CV ou mes références, j’ai fait de belles rencontres.

Je souriais l’autre jour en échangeant sur Twitter d’égale à égale avec une ancienne DG de mon ex boîte : elle ne m’aurait peut être même pas dit bonjour à l’époque !

Pour toutes ces raisons, je ne trouve pas que le web caricature la réalité, pour peu qu’on prenne le temps, bien au contraire. Les nombreuses rencontres que j’ai pu avoir m’ont confirmé cette intuition : les gens montrent beaucoup d’eux-mêmes en ligne et je n’ai eu, jusqu’ici, jamais de mauvaise surprise.

Bien sûr, l’anonymat peut décomplexer et pousser certains à l’agressivité gratuite et au trolling. Mais avec le temps, on arrive facilement à les détecter et à les tenir à distance.

Internet n’est pas un monde meilleur en effet. Les cons et les excités sont là aussi. Cependant, il offre la formidable opportunité de tomber le masque plutôt que d’avancer masqué. De sortir des castes ou des étiquettes auxquelles la société nous assigne.

Et en ce qui me concerne, ça n’a pas de prix.