> Judaïsme, Star Wars et autres considérations...

jeudi 12 avril 2012

Judaïsme, Star Wars et autres considérations...


Question religion, je pars de très loin. Un jour de Kippour, ma grand-mère maternelle, alarmée par le fait que je demande mon petit déjeuner comme si de rien n’était, m’avait demandée « Mais tu sais ce que c’est d’être juif quand même ? ». J’avais alors répondu d’un air très assurée, persuadée de faire mouche « Oui ce sont des gens qui ne sont pas comme nous ». Silence gêné de ma grand-mère suivi d’une cavalcade dans l’appartement « Annie, tu sais ce qu’elle vient de me dire ta fille ? Viens ici ! »
Pour remettre les choses dans le contexte, il faut connaître mon histoire familiale : ma mère, sépharade, vient d’une famille traditionnaliste alors que mon père est issu d’une famille ashkénaze par sa mère. Celle-ci a vécu des épisodes terribles pendant la guerre notamment la rafle de sa mère, qui avait tenu à rester à Paris pour aller à la synagogue pendant Kippour. Elle s’est ensuite mariée avec un catholique et a tout fait pour nier sa religion : Appelée Esther, elle se faisait appeler Ethia, n’avait pas circoncis son fils et faisait tout depuis pour se fondre dans la masse. En tant que première petite fille, j’étais très proche d’elle : je passais auprès de mes grands-parents le mois de juillet ainsi que les mercredis. Et faisais consciencieusement mes devoirs à leurs côtés tous les soirs.
Ma grand-mère tenait beaucoup à ma réussite et à mon émancipation : en dépit de ce qu’elle avait vécu avec « les boschs » comme elle les appelait, elle avait insisté pour que j’apprenne l’allemand. J’ai aussi fait du Latin pour faire plaisir à mon grand-père (la conjonction allemand/latin m’a d’ailleurs valu des années de cohabitation avec des boutonneux à lunettes). Mais réussite ne devait pas rimer avec exposition : elle me répétait sans cesse de ne faire confiance à personne, de ne pas être trop voyante, de me faire oublier. Lorsque j’arrivais chez eux les cheveux lâchés, elles les regroupait à la hâte et lissait mes boucles sur un ton de reproche : « oh la la tu fais trop orientale ! ». Surtout ne pas faire tache, se fondre dans la masse et ne pas parler de religion.
Grâce à la famille de ma mère, j’ai pu, avec le temps me familiariser avec le judaïsme. Même si nous faisions les grandes fêtes à la maison, cela restait assez abstrait, mon père ne lisant pas l’hébreu. Avec la bar-mitsvah de mon frère, j’ai vraiment eu le sentiment de rentrer dans la communauté, en dépit d’un nom bien français qui étonnait parfois.
Mon mariage à la synagogue a symboliquement été le passage vers un judaïsme assumé et revendiqué.
Je ne pensais pourtant pas que la question de la religion allait se poser si tôt chez mon fils. Dès la première année de maternelle, il m’a demandé d’une petite voix après le bain « Maman, pourquoi j’ai un petit zizi ? Les autres enfants se moquent de moi à l’école, j’en ai marre ». Paniquée par tout ce que cette question renfermait, j’ai répondu trop vite « C’est parce qu’on t’a coupé le zizi. Car tu es juif ». Au moment où je prononçais ces mots, je voyais les lettres sortir de ma bouche au ralenti, comme quand un héros de cartoon se voit tomber dans le vide sans pouvoir rien faire. Dolto a dû se retourner dans sa tombe après une bévue pareille : malgré tous les livres ingérés sur la question, zéro pointé en communication maternelle. Je n’ai pas su, à ce moment-là, trouver d’explication adaptée à un enfant de 3 ans, me disant qu’on aurait l’occasion de parler judaïsme au moment des fêtes.
« Fêtes » qui portent paradoxalement mal leur nom puisqu’elles ne constituent qu’une somme de contraintes à ses yeux d’enfants : pour Pessah, pendant que les enfants cherchent les chocolats, on digère péniblement la galette. Pour Kippour, interdiction de regarder la télé ou de jouer à la console. Heureusement Hannouka est plus photogénique : on a des cadeaux et on allume des bougies chaque soir. Mais ce n’est pas simple de faire l’article d’une religion qu’on ne pratique pas au quotidien. Ni de mettre des mots sur sa formidable richesse.
En désespoir de cause, je suis allée à la Fnac chercher un livre pour enfants au rayon religion. Parmi 20 livres sur Pâques, 10 bibles, un ouvrage sur le Coran et un sur le bouddhisme, rien sur le judaïsme.
Du coup, je suis repartie avec un énième bouquin sur Star Wars pour mon fils en espérant qu’un jour la force sera avec moi pour lui expliquer ce qu’est le judaïsme…