> A la recherche du sexe parfait : petit, imberbe et...blanc!

dimanche 15 avril 2012

A la recherche du sexe parfait : petit, imberbe et...blanc!


On le sait, le sexe n’est pas épargné par la dictature de la beauté : chirurgie esthétique pour le rétrécir, épilation pour le rendre imberbe, tous les motifs sont bons pour jouer sur la carte de la culpabilité et créer de nouveaux besoins chez les femmes. Les marketeux, qui ne sont décidément jamais à court d’idée, ont crée de toute pièce un nouveau complexe à l’endroit le plus intime qui soit : et si votre sexe était trop foncé ?
Le magazine en ligne Jezebel a ainsi déniché une publicité indienne savoureuse pour un nettoyant intime censé blanchir le vagin et les lèvres : « Clean and Dry intimate wash ». Dans ce spot, on y voit un couple partageant une tasse de café matinale : Monsieur, la tête plongée dans son journal, n’a pas même un regard pour sa douce moitié, qui semble très attristée par la situation. Heureusement, elle a l’idée de génie d’aller prendre une douche avec le fameux produit blanchissant. Et là, miracle : à son retour dans le salon c’est une nouvelle femme, aguicheuse et sûre d’elle qui entraine son mari dans ce qu’on imagine être de torrides retrouvailles.
La publicité a fait grand bruit sur Twitter et dans la blogosphère car elle ravive la douloureuse question des hiérarchies de couleur de peaux en Inde. A l’heure où des actrices blanches étrangères sont embauchées pour jouer dans des films de Bollywood et où les produits blanchissants comme « Dark and Lovely » explosent, ce produit est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
D’autres, comme le comédien indien Alyque Padamsee, jugent malgré tout la polémique exagérée : « le rouge à lèvres rend les lèvres plus rouges, les crèmes blanchissantes rendent la peau plus blanche, quel est le problème ? » « Prenez 2 filles : l’une à la peau claire et l’autre à la peau foncée. Les traits de la fille à la peau claire apparaitront plus nettement car son teint renverra mieux la lumière ». A quand le maquillage intime phosphorescent dans ce cas ?
Dans « Beauté fatale » Mona Chollet rappelle que le désir d’avoir la peau aussi claire que possible s’observe au sein de toutes les populations non-blanches, notamment en Inde où un teint clair représente un atout de poids sur le marché matrimonial. Une valorisation très ancienne puisqu’ on la trouve souvent dans la mythologie, qui, chez les hindoux par exemple, « met aux prises des dieux à la peau claire et des démons à la peau sombre ». Elle s’explique, dit-on, par le fait qu’un teint pâle indiquait le rang social d’une femme n’ayant pas eu besoin de travailler aux champs.
Elle décrypte également comment la mondialisation a progressivement érigé en norme la femme blanche : dans le « Vogue » chinois par exemple, les blondes aux yeux clairs avaient raflé huit couverture sur 12 en 2010. Et quand L’Oréal a mis en scène l’actrice indienne Freida Pinto dans une de ses publicités, elle l’a dotée d’un « teint beigeasse ».
Entre l’ode à la diversité prônée par ces marques et la réalité, le fossé reste énorme…