> Tu ne mentiras point

mardi 6 décembre 2011

Tu ne mentiras point


Via le blog « apprendre à manipuler », je suis tombée sur une histoire incroyable. Cathal Morrow, un intellectuel anglais a fait le pari fou de passer une année entière sans mentir ! Appliquant à la lettre les préceptes de Kant qui condamnait le mensonge au nom de la morale et de la raison, il a tiré un livre de son expérience « The complete Kant », dont on peut lire le premier chapitre sur son blog. L’homme, qui a quitté son entreprise de ressources humaines pour se consacrer à l’écriture, a passé un appel à contribution sur le réseau social « a small world » en indiquant qu’il reverserait la moitié des bénéfices à qui le financerait. Une société de capital-investissement a relevé le défi en le subventionnant pendant un an, sans signer de contrat : à quoi bon quand on ne ment pas ?

Cathal Morrow raconte que cette expérience l’a ouvert sur le monde mais qu’il y a parfois eu des moments difficiles : lorsque sa femme lui a demandé si elle avait de grosses fesses (« oui mais je les aime ! ») ou quand ses enfants lui ont demandé si le père Noel existait par exemple !

Mais à partir de quand commence-t-on à mentir ? D’après l’auteur du blog « « apprendre à manipuler », un enfant de 3 ans ne ment pas. « Absolument pas par « bonne conscience » mais parce qu’à 3 ou 4 ans, on ne distingue qu’une seule justesse : celle que l’on perçoit. A cet âge, tout ce que nous faisons nous parait juste, il n’y a aucune raison de vouloir le dissimuler ! »

Cette expérience filmée par la TSR le prouve en images !

"Les adultes qui n’ont jamais appris à suivre un chemin spirituel personnel, et qui désirent absolument être consensuels, mentent. Ils n’ont jamais évolué et restent dans la même logique qu’à leur enfance : ils doivent s’adapter aux désirs des autres pour plaire, pour ne pas être exclu. Pour cela, ils mentent. »

Et moi, où en suis-je avec le mensonge ? Jusqu’à il y a quelques années, je mentais aux autres par besoin de reconnaissance, animée par une irrépressible envie d’être aimée. Je disais oui alors que je pensais non, je fuyais la confrontation, je maquillais mes idées. Et parfois, quand la limite du supportable était atteinte, quand la différence entre mon moi véritable et mon moi social était devenue intolérable, j’explosais. A la grande surprise de mon entourage, secoué par le décalage soudain entre la fille lisse du quotidien et cette furie échevelée. Avec le temps, j’ai appris à davantage m’accepter, j’ai cessé de chercher la reconnaissance et l’acceptation d’autrui à tout prix. Je suis devenue moins consensuelle et plus diplomate.

Si je devais faire l’expérience du non-mensonge pendant une semaine comme le propose le blog « apprendre à manipuler », je pense que je m’en sortirais plutôt bien.

Ayant beaucoup souffert du non-dit dans mon enfance, je me suis toujours jurée de dire, dans la mesure du possible, la vérité à mes enfants. Je leur dis que jouer avec eux m’ennuie, je leur dis quand je n’ai pas le moral, je leur explique pourquoi leur père m’énerve parfois. Je leur dis aussi que je les aime, que je crois en eux et que sont les meilleurs enfants du monde. Car dire la vérité ce n’est pas seulement assener des phrases assassines.

Avec mon mari, j’ai toujours fait preuve d’une extrême franchise (parfois excessive d’après ses dires !). Je me souviens que ma grand-mère paternelle, effrayée par mon franc-parler, me conseillait de le complimenter régulièrement, même si je n’en pensais pas un mot ! « Dis lui « oh que tu as une belle cravate ! » ».

C’est finalement dans le cadre de mon ex-sphère professionnelle que j’ai été amenée à mentir le plus fréquemment. Chaque jour, je jouais le rôle de quelqu’un que je n’étais pas, masquant mes envies et mes aspirations, essayant tant bien que mal de devenir l’employée du mois. Jusqu’au burn-out.

Depuis que je ne me mens plus à moi-même, je ne mens (presque) plus aux autres. Et si c'était ça la maturité?