> La femme invisible, l'héroïne préférée des médias français

jeudi 8 décembre 2011

La femme invisible, l'héroïne préférée des médias français

Ou sont les femmes ? Pas dans les médias en tout cas…Un rapport remis hier à Roselyne Bachelot a mis en évidence de manière flagrante leur sous-représentativité: au total les téléspectateurs entendent 7 fois plus d’hommes que de femmes !

En 2011 seules 18% d’expertes ont été amenées à apporter leur éclairage dans les médias contre 82% d’hommes. La presse reste le média le plus masculin (seulement 15% de femmes), suivie de la télévision (18%) et de la radio (23%).

Le bonnet d’âne revient à Yves Calvi avec 5% d’expertes ! En un mois (du 22 août au 23 septembre), seules sept femmes ont été invitées sur le plateau de « C dans l’air » ! L’impression de voir toujours les mêmes têtes dans cette émission n’est donc pas une vue de l’esprit : les cumulards de l’info qui officient régulièrement chez Yves Calvi portent le costume cravate et sont indéboulonnables !


A force de ténacité, quelques rares femmes parviennent néanmoins à apporter leur expertise dans les médias : cependant, là encore, leur temps de parole est limité ainsi que l’explique « Le Parisien » : « Un sujet sur le grand banditisme sur M 6? La seule spécialiste interrogée parlera quarante-six secondes contre trois minutes pour cinq messieurs interrogés! Idem dans un numéro de « C dans l’air » sur la Sécurité sociale, où la seule experte a eu droit à cinq minutes contre dix pour les autres invités. »

«La légitimité du savoir reste masculin» affirme Michèle Reiser, présidente de la commission : lorsqu’elles sont sollicitées pour témoigner, les femmes reste souvent cantonnées à leur rôle de mère ou de victime.

L’acte d’engagement pour améliorer l’image des femmes dans les médias signé en 2010 par les présidents de chaîne semble donc n’avoir eu que peu de répercussions…

Brigitte Gresy, inspectrice de l'Inspection générale des affaires sociales, veut malgré tout y croire : les choses changeront notamment grâce à l’impératif économique « Dans un monde de plus en plus concurrentiel, faire appel à des expertes permet de capter l'audience féminine. Ce n'est plus seulement un argument qui sert la cause, c'est un argument repris par les professionnels ».

Ces mêmes professionnels qui évoquent la difficulté de trouver des expertes quand on pointe leur sous-représentativité dans les médias…

Au-delà des quotas et des mesures chiffrées, il y a donc sans doute un travail à mener en terme de valorisation des parcours des femmes pour qu’elles n’aient plus de scrupule à s’auto-proclamer « expertes ».

J’avais, pour ma part, déjà remarqué ce déficit en terme d’image personnelle dans mon étude sur l’auto-sabotage des femmes sur internet : les utilisateurs de Twitter se définissant comme « expert » dans leur biographie étaient à 85% des hommes !