> Torchon, mug, photos de classe : quand l'école rackette les parents d'élèves

dimanche 18 décembre 2011

Torchon, mug, photos de classe : quand l'école rackette les parents d'élèves



La semaine dernière, je suis tombée sur un mot dans le carnet de correspondance de mon fils m’informant du marché de Noel de l’école, « merci de prévoir de la monnaie », était-il précisé. Intriguée, j’ai demandé à mon fils de quoi il s’agissait et il m’a confirmé avoir fabriqué des décorations (des sujets en bois peints et de maaaaagnifiques CD décorés avec des paillettes) destinées à être revendues au marché de Noel. En revanche aucun information dans le carnet au sujet de l’utilisation de l’argent collecté. La semaine dernière, nous avions déjà eu un mot nous proposant de commander des mugs et des sacs imprimés avec les dessins des enfants, le mois d’avant c’était les photos de classe. Dans l’école de ma fille, outre la traditionnelle vente de gâteaux du mardi, nous avons eu droit il y a 15 jours à la vente de livres suivie de celle des calendriers, sans oublier les classiques photos de classe. Et nous ne sommes qu’à la fin du premier trimestre ! En discutant avec d’autres parents sur Twitter, j’ai découvert qu’eux aussi avaient été sollicités pour des ventes n’ayant que peu de rapport avec le monde de l’école : des sapins (proposés 30% plus cher que dans le commerce), des huitres, des chocolats…

J’avoue que ce perpétuel appel aux porte-monnaie des parents m’agace et m’inquiète un peu. Je comprends l’intérêt pédagogique des sorties et autres activités extra-scolaires mais il me semble que la coopérative scolaire, à laquelle nous participons tous les mois, est justement censée financer ce type de dépenses. Ce que peu de parents savent, c’est que derrière ces sympathiques mugs, torchons, livres et autres calendriers, se cachent des sociétés privées qui reversent aux écoles des commissions sur les ventes. D’où l’empressement de ces dernières à proposer régulièrement ce genre d’articles.

Je n’ai rien contre le principe de vendre ponctuellement un objet, dans la mesure où il s’agit de financer un projet pédagogique précis. En revanche, je suis contre cette marchandisation croissante de l’école et la présence toujours plus importante des marques. Il n’est pas cohérent d’interdire aux enfants les cartables et les fournitures de marque tout en permettant l’incursion de sociétés privées au sein même de l’école. Une véritable agression publicitaire, comme l’évoque cet article du Monde « permise par la circulaire du 28 mars 2001 dont le nom "Code de bonne conduite des interventions des entreprises en milieu scolaire" se passe de commentaires : parrainage d'initiatives par des entreprises privées, introduction de logos visibles dans le cadre de jeux promotionnels ou de la distribution de matériel. Ces actions permettent bien souvent à des marques de se donner bonne conscience et de se refaire une virginité à moindre frais…, sinon en s'accaparant par la contrainte culturelle de nouveaux marchés. Il est ainsi à regretter qu'en pleine crise financière, quand il faudrait justement gouverner face aux banques, des collectivités locales comme le conseil général socialiste de Seine-Saint-Denis aient succombé aux sirènes marchandes de BNP-Paribas pour mettre en place une fondation qui systématise l'intervention des entreprises dans le financement des projets pédagogiques. »

Il me semble que cette marchandisation croissante va à l’encontre même du principe de gratuité et d’égalité de l’école. Est-ce aux parents de compenser le manque de moyens de l’éducation nationale, qui va encore se réduire en peau de chagrin dans les années futures si l’on considère les suppressions de postes à venir ?

Si j’avais été logique, j’aurais refusé d’acheter le magnifique CD à paillettes fabriqué par les blanches mains de mon fils. Mais devant ses yeux remplis de fierté je n’ai pas pu résister…Je lui ai quand même expliqué en quoi cela me gênait et lui ai dit que je ne trouvais pas normal que l’école vende des cadeaux confectionnés par les enfants.

Et désormais je m’attends à tout : même à raquer pour le traditionnel collier de pâtes de la fête des mères…