> Vol de contenu, insultes et conspirationnisme : mes mésaventures avec Wikistrike

mercredi 5 novembre 2014

Vol de contenu, insultes et conspirationnisme : mes mésaventures avec Wikistrike




Ce blog ne me rapporte rien (en termes financiers j’entends) : l’absence de publicité ou de billets sponsorisés me permet une grande liberté de ton ainsi qu’une latitude  appréciable dans la régularité de mes écrits. Cette indépendance à néanmoins un coût : je ne tire aucun revenu de ce que j’écris ici.

C’est pourquoi je suis particulièrement vigilante face au vol de contenu : très régulièrement, je prends la main dans le sac des sites d’information qui aspirent mes écrits sans autorisation ou les plagient sans vergogne. Je signalise systématiquement ces entreprises qui ont fait du vol un modèle économique, engrangeant des rentrées financières sur le dos d’articles ne leur appartenant pas.

Hier, en jetant un œil à mes statistiques, une d’entre elles est rentrée dans mon radar.

En observant le nombre de visites de mon dernier billet, j’ai pu ainsi constater qu’environ 80 d’entre elles provenaient de Wikistrike, un site que je ne connaissais pas.

En cliquant, j’ai alors découvert que mon article avait été entièrement dupliqué, laissant croire que je l’avais écrit pour le site. Seule une discrète mention « source » à la fin menait vers mon blog.


Vous pensez que cela suffit ? Vous avez tort. Comme je l’ai déjà expliqué ici, le droit de la propriété intellectuelle s’applique aussi au blog. La citation d’un article doit être courte (2 paragraphes maximum) et l’auteur doit être clairement mentionné. Faire état de la source comme l’a fait Wikistrike ne le dédouane absolument pas du vol de contenu.

La reproduction d'un article au-delà de la longueur autorisée ou dans son intégralité peut-être considéré comme contrefaçon, délit pénal pouvant être sanctionné jusqu'à 2 ans de prison et 150 000 € d'amende, si vous ne pouvez justifier de l'autorisation de l'auteur.

Je sais d’expérience que pour obliger les voleurs de contenu à agir rapidement, rien de mieux que l’interpellation sur Twitter, les mails restant en général sans réponse. Cela permet également à la communauté d’être informée des procédés de ce genre de sociétés.

Poliment, je demande donc, non pas le retrait de mon article mais uniquement le maintien des 2 premiers paragraphes, comme l’exige la loi.



Qu’elle n’a pas été ma surprise en constatant la réponse de la personne en charge du compte Wikistrike sur Twitter : pour elle « Ce n’est pas du vol puisqu’on vous amène beaucoup de monde ». 


 Drôle de conception de la légalité.

Après quelques échanges sur Twitter que je vous laisse aller consulter si vous le souhaitez, j’ai alors la surprise de trouver un mail du fondateur de Wikistrike, Gisham Doyle alias Ghislain Hammer.   


 Il me confirme la suppression de l’article (que je n’avais pas demandée) et me traite alors d’ « agitée du bocal » avant de s’excuser. Surréaliste.

Je décide alors d’en savoir plus sur le fondateur de Wikistrike et le site en lui-même.
Sur Twitter, il se décrit comme « poète, dramaturge et chercheur indépendant ». Rien que ça.



En jetant un coup d’œil plus approfondi sur le site qui se décrit comme « LE site des civilisations » (vaste programme), je découvre que le flou est volontairement entretenu au sujet des contributeurs réels des articles. 


La mention « Libérez l’information, faîtes (sic) un don » figure dans la colonne de droite, juste au-dessus d’un bouton Paypal, faisant croire aux internautes de passage qu’il s’agit d’information et pas de contenu dupliqué, contenu qui représente environ 80% du site. 

La publicité est présente partout, intrusive et clignotante, garantissant ainsi au fondateur du site des rentrées d’argent sur des textes qu’il n’a pas écrit.

En tapant Wikistrike sur Google, je tombe alors sur plusieurs articles qui en dénoncent les agissements : le blog Mediatala raconte : « Voilà plus de cinq que je suis chez le même hébergeur Overblog, aspiré par JFG Networks. Ce blog Wikistrike qui était inconnu il y a encore un an se voit par magie prendre systématiquement la première place, et ce, depuis quasiment son ouverture quand tous les autres blogs rament depuis des années sans ne jamais parvenir à cette place.

Il a été également le mieux placé dans les moteurs de recherche en à peine quelque mois. Et il lui arrive trop souvent d'être le premier sur Google en copiant l'article d'un vrai site d'information comme l'Express ou un autre par exemple qui se retrouve derrière lui. Comment est-ce possible sans connivence interne quand, si vous faites la même chose, vous n'obtenez qu'une page loin derrière lui ? »

« Son travail consiste à mettre en ligne des dizaines d’articles par jour, jusqu'à presque 1000 par mois ;  c'est incroyable ! Et sans aucune cohérence éditoriale ni idéologique pour un dit site d'information. En faisant des copier/coller d’articles, qu’il prend partout, et parfois en s’attribuant ceux-ci sans citer leur source et en s'en attribuant l'exclusivité alors que c'est faux. Ce qui lui a valu de nombreuses remontrances et principalement venant de P.Jovanovic, chacun en tirera de ce fait le rôle qu'il joue. Allant même écrire un article disant que Luc Ferry avait cité Jack Lang ici, comme étant le ministre pédophile, ce qui est entièrement faux. ».

Mais cela ne s’arrête pas là. Je découvre alors que Wiksitrike s’est fait le spécialiste de l’info conspirationniste et bidonnée : s’y trouve pêle-mêle un article affirmant que Diana a été assassinée par un membre du Mossad, un autre révélant l’existence du base OVNI dans l’Himalaya.

Dans un article intitulé « Internet,nid du complot : la toile rongée par les mythes », Télérama épinglait déjà Wikistrike l’année dernière pour ses méthodes : « Fondé en mai 2011 par un certain Ghislain Hammer, alias Ghisham Doyle, le site Wiki­Strike est le dernier-né de ce fatras idéologique. Le portail se présente comme un « média citoyen », le « site des civilisations », et affiche fièrement sa devise au frontispice de sa page d'accueil : « Rien ni personne n'est supérieur à la vérité. »

La vérité selon WikiStrike ? Un pot-pourri malodorant qui, entre deux pillages de dépêches de l'AFP, fait sa réclame sur l'existence des extraterrestres autant qu'il traque les signes d'un grand complot mondial ourdi par les puissants. Revendiquant « entre vingt mille et soixante-dix mille visiteurs par jour », ce repaire disparate de « dubitationnistes » est un ovni qui brasse sa prose new age avec des considérations sur l'économie ou l'industrie nucléaire. Autrement dit, tout est fait pour donner au faux l'apparence du vrai, quitte à mélanger allègrement les deux. »

Et le journaliste de conclure « On en rirait volontiers si cet agrégat sans queue ni tête n'était pas révélateur d'une banalisation, voire d'une démocratisation, des théories conspirationnistes ».

Vol de contenu + conspirationnisme : 2 raisons pour ne pas laisser sans réponse les agissements de Wikistrike.

Si vous souhaitez agir, je vous conseille la lecture de ce billet très instructif : « Comment lutter contre le vol de votre contenu ».

Affaire à suivre.